GÉNÉRAL LAMBERT
A l'heure précise où s'éveille Le Siècle-Enfant, jeune Soleil A peine teinté de vermeil, Lambert, le héros de Bazeille, Pour le grand Voyage appareille Et s'endort du dernier sommeil !
A l'heure où de ses mains fébriles
Tombe le glaive des combats,
La France, encor sanglante, hélas !
Fête les héroïques Villes :
On décore les Thermopiles
A l'heure où meurt Léonidas !
Né, chez nous, à Carhaix, tout comme Un soldat de Napoléon, A l'humble et sublime surnom, Lambert était un fameux homme Qui mérite bien qu'on le nomme :
« Le second Grenadier breton ! »
Car il était bien de la race Des Duguesclin et des Clisson, Des Cambronne et des Richemont, De ceux-là que rien ne terrasse, Qui ne savent pas crier : Grâce !
Après avoir répondu : Non !
A présent, sa tâche finie,
Sans peur comme aussi sans remord,
Il retourne au céleste Port,
Laissant pour legs à sa Patrie
La leçon de sa rude Vie
Et celle de sa belle Mort !...
...Dors, ô grand Héros qui te couches Docilement dans le tombeau !
A ton exemple noble et beau
Nous lutterons, fiers et farouches, Jusqu'à nos dernières cartouches Pour la France et pour son Drapeau !
(ier Janvier 1901,1.
BRUYERE BRETONNE
Sonnet remis au Czar lors de sa visite à bord du «MONTCALM tout fleuri de bruyères bretonnes, en rade de Péterhoff.
'Mai 1900).
A S. M. le Czar.
La Falaise bretonne est rude et solennelle ... Hormis quand la bruyère en fleurit le contour Le cœur de nos marins est farouche, comme elle, ... Hormis quand y fleurit la douce fleur d'amour;
Aussi, quand la Patrie au Devoir les appelle, Ces enfants orgueilleux et soumis tour à tour Pour en parer leur « douce » en coiffe de dentel! Vont-ils cueillir la fleur qui parle de retour.
Or, cette fleur aimée au vieux pays breton L'Impératrice l'aime également, dit-on :
Sire, voilà pourquoi, loin des côtes françaises
Les gros vaisseaux montés par les gâs de chez nous Emportent dans leurs flancs les fleurs de nos falaises Pour en fleurir le cœur de votre « Douce » à vous !