CORRESPONDANCE INÉDITE
On n'a pas encore réussi à réunir en un volume la correspondance du maître d'Ornans. Il semble pourtant qu'elle présenterait un intérêt certain pour l'histoire de l'art au xixe siècle. Il est vrai que Georges Riat, dans son bel ouvrage sur Courbet (1906) adonné de très nombreux extraits des lettres du peintre à ses parents. Et, plus tard, en io,i3, une Revue de Nice. l'Olivier, publia dixdiuit lettres de Courbet à Bruyas, le riche amateur qui a légué sa collection de tableaux au Musée de Montpellier. Mais il y a bien d'autres lettres conservées par des amis ou dans des familles dont les membres lurent en relations avec Courbet.
Un moment, en 188G, quelques admirateurs pensèrent rassembler une partie de cette correspondance. On va voir ce qu'il advint.
Dans le livre d'Estignard : Gustave Courbet. Sa vie et ses œuvres, livre édité en 1K97. par conséquent vingt ans après le décès de Courbet, il est servi au lecteur, en guise d'épilogue, une lettre (3o décembre 1886) du romancier réaliste Champlleurv. ancien ami du peintre, concernant précisément la correspondance de Courbet, qu'on avait alors l'intention de faire paraître.
Champfleury, consulté, répondit que ces lettres n'étaient pas à
publier :
Kll<:s ne contiennent, écrivait-il, pas un trait utile pour l'histoire du peintre et de ses œuvres ; elles pourraient chagriner <!<■ braves gens. A quoi bon?
lit il ajoutait :
l.a publication dont vous me parlez comme prochaine in- peut être que frelatée (1) ou très remaniée h arrangi
(1) (.<• mot, que nous soulignons, ne figure point dans le texte reproduit par h tignard.
Enfin Champfleury refusait nettement de communiquer les lettres de Courbet qu'il possédait.
Fort de cela, Estignard de conclure avec une satisfaction évidente : Beaucoup de nos lecteurs partageront l'opinion de l'émiiient critique.
Méthode singulière pour un historien ! D'autant plus singulière qu'il existe une contre-partie dont Estignard eut certainement connaissance. C'est une lettre de Bernard Prost, compatriote de Courbet, collaborateur de la Gazette des Beaux-Arts, lettre qui fut adressée, comme celle de Champfleury, au regretté Jules Dufay, l'exécuteur testamentaire du poète Max Buchon : l'ami le plus intime de Courbet.
Nous comblons cette lacune.
Paris, te 1 3 janvier iSS-.
Monsieur,
Avant de vous répondre, j'ai voulu voir, non pas M. Champfleury, avec qui je ne désire pas entrer en relations, mais M. Castagnaiy, un véritable ami de Courbet, qui patronne nia publication ; ni l'un ni l'autre n'avons été surpris île l'appréciation et des prétendus scrupules de l'auteur des Bourgeois de Molinchard. M. Champfleury, qui croit avoir inventé Courbet, n'admet pas qu'un autre «pie lui y toucbe. Mais où nous ne pouvons pas admettre sa manière de voir, c'est lorsqu'il juge en bloc la correspondance de Courbet; il ne la connaît pas, et mon volume se chargera de le démentir. Où nous récusons aussi sa compétence, c'est dans le choix des lettres et des extraits île lettres à publier. Mon volume ne contiendra que des choses intéressantes au point de vue art OU autobiographie. Je ne songe pas à publier tout ce «pie j'ai : tout ce qui le sera aura le visa de M r Courbet et de M. Castagnary. C'est vous dire (pie les amis de Courbet peinent èire tranquilles, quoi qu'en puisse penser M. Champfleury. Si j'étais malicieux, je publierais certaines lettres où Courbet le traite de jolie façon, à propos surtout de l'affaire Bruyas (1); niais ce ne sont pas là de mes procédés. Je veux me borner a l'aire connaître Courbet par lui-même; il a tout à y gagner.
.Merci donc. Monsieur, de votre obligeance. Puisque .M. Champfleury met son veto sur la publication de ses lettres, donnons-lui cette mesquine satisfaction. Le volume, une fois publié, il s'en repentira peut-être!
Pourquoi Estignard n'a-t-il pas joint ce document ? Etait-ce de la part de ce compatriote du peintre, pour satisfaire l'opinion publique qui était encore défavorable à Courbet homme politique?
Bien entendu, notre intention n'est pas d'instruire le procès «le quiconque, pas même celui de Champfleury dans ses relations avec Courbet. Celui-ci n'était pas un styliste; il ne brillait ni comme épistolier ni comme conférencier. C'était « le peintre ». Cependant, lorsqu'on 1891, le 29 janvier, eut lieu à l'hôtel Drouot la vente des autographes de Champfleury, les lettres de Courbet ne déparaient point la collection.
Ainsi, après une description détaillée des Casseurs de pierres, Courbet entretient son ami de Y Enterrement à Ornons (voir p. i5).
La lettre se termine parle récit amusant «lu carnaval à Ornans.
Une autre fois, il s'agit des Demoiselles de village; ou bien il parle avec enthousiasme de X Atelier, tableau dans lequel il veut exprimer sa manière de voir la société dans ses intérêts et ses passions. Champfleury
(1) Il s'agit d'un récit satirique de Champfleury intitulé : Histoire de M. T., dont le principal personnage était Alfred Bruyas. Ce récit a reparu depuis dans lis Sensations de Josquin (1859).
et Baudelaire y figurent et Courbet exprime le désir que Proudhon vienne poser.
Lisez encore ce qu'il écrit en i85o, ou en 1860. Il a résolu de finir pour l'exposition prochaine son grand Combat de cerfs, puis le Cerf qui se jette à l'eau.
C'est un terrain neutre où chacun s'entend et qui abonde dans la ferveur qu'on a pour le paysage et les animaux.
Ensuite, voici du très scabreux. Je iinis l'Amour et Psyché que vous connaissez, avec de légères additions.
Ensuite, j'ai envie de leur faire un tableau de la guerre, soit le cimetière de Solférino ou autre tuerie au second plan, puis au premier plan deux de leurs soldats qui se distinguent le plus dans ce genre d'exercice, un turco et un zouave. Ces deux bêtes fauves courraient comme deux vampires, emportant avec eux des tètes d'Autrichiens au bout de leurs bayonnettes, puis des dépouilles, le tout au crépuscule; les dents du nègre éclaireraient la campagne. Ce serait deux tableaux de ligures. Le premier serait pour l'Académie, le second pour les guerriers.
Pour en terminer avec ce « dossier », voici une dernière lettre où
il répond à des reproches que lui a adressés Champllcury. Il déclare
travailler avec ardeur, ayant, dans l'année, couvert 70 ou 80 toiles.
Quant à ce que vous me dites du gouvernement, vous vous trompez entièrement sur ma manière de L'apprécier et de le haïr. C'est pour la raison que j'ai dit plus haut et la liberté de chacun que je désire que la France se gouverne par elle-même. Autrement, si je ne considère que moi-même, ce gouvernement l'ait mon affaire admirablement : il me donne l'orgueil d'être une personnalité.
Courbet et Champfleury n'étaient plus d'accord. La rupture définitive devait se consommer en i865, à propos du portrait de Proudhon (1) qui n'eut pas L'heur de plaire à Champfleury.
Quoi qu'il en soit, le projet de publication de Bernard Prost n'eut de suite (a). Champfleury, « crocodile édenté », devenu fonction-
(1) Riat [Gustave Courbet, peintre, p. 220), avaneeque Courbet put assister aux derniers moments de Proudhon « dont il a voulu garder le souvenir en dessinant La tête inanimée du philosophe, maie et noire sur son oreiller. Ce dessin, daté ..fis, a été photographié par Cariai. »
Or, dans une Lettres Gustave Chaudey (l'ami et le confident «les dernières pensées de Proudhon), Lettre envoyée d'Ornans el datée du 24 janvier [865 (Proudhon était mort le 20 janvier 1860), Courbet écril notamment :
• Mon cher Chaudey, veuillez faire mes compliments bien sincères de ma part
(moi qui ai eu le mal lieu r de ne plus le revoir ni d'assister Ce cher ami jusqu'à sa
tombe) à sa femme et à ses Mlles, à vous, à M, Langlois, à M, Massoi, à Carjat, à I > 1 1 ] ■< > 1 1 1 , Ca îtagnary, enfin à ions U*s amis, qui sont si -s disciples, n'en déplaise à M. Nefftzer et qui ne considère pas Proudhon comme un météore.
« Je ne comprends pas que vous laissiez sa tète dans la terre quand j'en ai on si grand besoin, faites-en faire au plus vite un masque ou envoyez-la-moi dans
une boite en fer blanc, non seulement je veux l'aire son portrait, mais encore sa
iculptore, je veux le faire assis sur un banc du Bois de Boulogne, comme il était, «usant avec lui ton les jouis, et je veux mettre dans le bas un epitaphe de moi.
ca
Plus sage que l'homme, son savoir, et son courage furent sans égal
« Envoyez-moi aussi le grand portrait de ruthlinger Rcutlinger] vous l'avez ou bien madame Proudhon, tout à vous <!<• cour. »
Courbet ajoute- en marge de sa lettre : a Je vais faire aussi et d'abord le polirait historique de P. •' . la tête surtout le portrait peint s'il j en a vile vite. » (Lettrée inédites à Gustave Chaudey et à divers Comtois, suivies de quelques fragments inédits de Proudhon et d'une lettre de Gustave Courbet sur /" mort <lr Proudhon, publiées par Edouard Droz, tiré à pari. Société d'Emulation du Doubs. e du ■ ' juin igio.)
( •> Toulcfol li - lettre 1 1 document, qne po tédail Bernard Prost furent mis .1 la di position de < îeoi . ■ Kiat.
naire, s'était embourgeoisé et n'entendait pas se compromettre... Il fit pression sur d'autres détenteurs de lettres de Courbet et la manœuvre réussit.
La correspondance inédite qu'on va lire, sauf la première et la dernière lettres, est, actuellement, entre les mains du (ils d'Edouard Baille, dont le père était un peintre, ami de Courbet. Ces pièces ont été copiées et remises aux Archives du Doubs, récemment, par le peintre paysagiste Léon Boudot, de Besancon. C'est là, qu'à notre tour, nous en avons pris copie, sur l'indication donnée par M. Boudot, que nous remercions vivement.
Pour la commodité du lecteur, nous avons rétabli la ponctuation partout où elle Taisait défaut. Quant à l'orthographe à laquelle Courbet n'attachait aucune importance, nous la laissons subsister dans toute sa saveur.
Cette correspondance a le mérite de nous donner l'expression naturelle de ses sentiments, sans aucun apprêt. Là, il apparaît tout entier, sans réserve et sans réticence. C'est la nature prise sur le l'ait, comme dans ses tableaux. Aussi quelle chaleur, — il a même des duretés bourrues — lorsqu'il s'agit d'honorer ou de détendre ses amis et leur mémoire.
Ces lettres nous révèlent donc la solide affection qui le liait à ses amis, par delà la mort, et sa profonde tendresse pour ses parents et ses sœurs, Zélie et Juliette. Elles mettent en relief sa sensibilité, l'ardeur de son tempérament, son exubérance, sa naïveté parfois. Et nous le verrons découragé à la suite des outrages et des persécutions, relevant çà et là, d'un trait drôle, inattendu, sa pensée pleine d'amertume.
S'il resta bon enfant — les vieilles gens de la Tour-de-Pcilz en ont conservé un souvenir attendri, — Courbet avait perdu sa belle humeur. Lui qui avait un rire si entraînant : « un rire de bonne foi, a écrit Monsclet, qui L'enveloppe de la tète aux pieds ; à la moindre facétie, Courbet se serre le ventre, se frappe les cuisses, lève une jambe et puis l'autre, en disant : — Oh! là! là! comme s'il se sentait atteint d'une crampe. Puis il baisse la tète et l'on entend longtemps un grand bruit de fusée dans sa barbe et dans ses cheveux. C'est Courbet qui continue de rire. »
Le colosse, qui se débattait dans les pires ennuis, était atteint dans ses forces vives. Il nous fera le récit de ses malheurs.
M. Georges Claudet, sculpteur céramiste, nous communique la lettre suivante qui fut adressée à son père le statuaire Max Claudet. Celui-ci, encouragé par Buchon et Courbet, a laissé des morceaux de jolie qua-
IQO
lité, exécutés dans la note réaliste. On lui doit notamment un buste du poète Max Buchon. œuvre mâle et sincère.
10 février i8;o.
Mon cher Claudet,
Depuis vous, j'ai été malade sans discontinuer, j'ai été dans une prostration et un échaullement qui ne m'a pas permis de travailler.
Au^itôt arrivé à Ornans, je suis allé, comme je l'avais promis, à Vnillafana chez L'oncle Pasteur (i). J'ai été désillusioné comme je n«- ■aurais roui l'expliquer ••! comme vous ne sauriez L'imaginer. Madame
(i) Krère de 1s mire de m ■ Bncbon, dont la famille n'était pai apparentée à
'•••Me de I iliu ii '■ i\ ant.
Flick avait passé parla, vous ne pouvez vous figurer la noireeur profonde, la méchanceté, la calomnie de cette femme sinistre. C'est à tel point que cet oncle qui ne voyait que par son neveu l'appelait devant nous ce polisson de Buclion et sa vourie de femme. « On s'est passé de moi pendant la maladie, on s'en passera après sa mort, etc., etc. »
Voilà la première entrevue. J'y suis retourné le lendemain, même discours. Alors à mon tour je me suis mis en colère. J'ai eu recours à tous les sentiments, à L'orgueil de la famille, surtout, qui est le sentiment dominant; rien. La colère m'a pris, j'ai terrifié la maison à coup de poing sur la table et j'ai terminé en disant que puisque un homme comme Buchon ne pouvait pas avoir le pied de terre, après la mort, dans sa famille, que moi je m'en chargeais, et que j'allais faire une demande à la préfecture pour qu'on m'accorde le droit de relever son corps et de le faire transporter à Ornans sur mon terrain : que là il ne coûterait rien à sa famille. Bref il y a un manque de raison dans tout ceci, que je comprends.
Madame B... a eu tort dans les raisonnements avec Pierre F... ; il fallait prendre l'oncle comme il était, et comme je le disais l'inviter à venir voir son neveu quand il était malade, sans s'en rapporter à M. Flick qui ne sait pas écrire, et qui du reste ne tenait pas à ce qu'il vienne.
En dernier lieu, j'ai écrit, à la famille Pasteur une lettre cent fois plus terrible que celle de Champfleury dans le journal de Monthéliard, qui est restée sans réponse. Et je dis à l'oncle qu'il faut qu'il commande aux Flick de payer l'emplacement, ou qu'ils s'en repentiront. En tout cas, il ne faut pas que le publique paye cet emplacement. Si dans les 1200 francs que vous désirez, l'emplacement est compris ; retranchez-le. Dans quinze ans on verra à pourvoir à tout cela, si l'orgueil de la famille ne s'en mêle pas.
Monsieur et Madame Flick sont venus, expliquer, en larmes, qu'ils étaient ruinés s'il fallait tenir les conditions du testament : que s'ils avaient réfléchis ils auraient renoncé à la succession, etc., etc. Troisième entrevue : L'oncle P... veut donner cent francs et l'autre oncle aussi, mais ils veulent attendre l'issue de la souscription.
Dernières nouvelles. Le fds Pasteur va se transporter à Salins chez sa sœur pour savoir à quoi s'en tenir et ils feront je crois définitivement ce qui restera à faire.
Mon cher Claudet communiquez cette lettre à Madame B... Excusezmoi près d'elle. Saluez tous les amis.
Je vous enverrai cinquante francs pour moi, cinq francs pour M. Verreur et cinq francs pour Alexis Bourgon, de Ghantran. Je devais envoyer ceux de Gaudy, mais c'est fait. Je vais voir encore si je puis quelque chose. Je ne suis pas fort pour les queltcs.
Si vous envoyez au journal Le J)onbs les souscriptions, on pourrait engager celles du Casino et différentes personnes.
Tout à vous. Bien des choses à voire père.
G. Courbet.
tqq
Sans date; le cachet de la poste donne 9 septembre ^o, enveloppe et papier grand format, avec L'inscription imprimée et raturée : Surintendant des Musées impériaux.
Mes chers parents.
Je ne puis comme désire mon père retourner à Ornans dans ce moment. Je suis nomé président de la Surveillance générale des musées nationaux. Je n'ai rien à craindre je crois, je serai au louvre et du reste j'ai moins à craindre à paris qu'en province ou je serai oblige d'agir. Je crois que vous n'avez rien à craindre montrez leur ma croix. Je crois que les prussiens sont sous paris, je ne sais pas encore "si le siège aura lieu. Je crois que les communications vont être interrompues. Que mes sœurs prennent largent que j'ai chez M. Henriot, en cas de mort placé sur le chemin de fer de lyon.
Je mettrai encore une note chez mon concierge ou chez Chaudev avocat.
Je vous embrasse de tout mon cœur.
Gustave Courbet.
Mes sœurs Zélie et Juliette seulement.
G. Courbe t.
Sans date. Sur l'enveloppe cachet de la poste d' Ornans, 26 juillet 72. Suscription : Mes lemoiselles Courbet, propriétaire à Flagey, canton d'Amancey (Douhs).
Maizières, vendredi, juillet.
Mes chères soeurs,
Je suis tantôt à Maizières. tantôt à Ornans. Mais je suis incapable d'aller à Flagey par cette chaleur. Figurez-vous qu'à la nuit du feu de Maizières, j'ai eu trop chaud en travaillant. Le docteur Hilh m'a l'ail suivre un traitement et je suis guerri maintenant. Je prends des bains dans la Loue. J'ai l'ait en sus \ paysages au puits noir et à Maizières. Je n'ai pas perdu mon temps, j'ai déjà gagné la cude (i) que je lais à Maizières.
En dehors de cela, j'ai vendu, ces jours passés, mon Retour de lu Foire, que j'avais l'ait à Flagey autrefois, dix mille lianes. Tout va admirablement. Si la Commune m'a rapporté des désagréments, elle a
augmenté- ma vente et uni valeur de moitié: c'est-à-dire que depuis
ô mois, tant moi que Les possesseurs de mes tableaux, nous a\ ons \ endus
pour cent quatre \ ingt mille francs de ma peinture. Dans ce cas-là. on
peut laisser geuler les gens.
J'ai faillies tableaux de poissons que les lils Ordinaire avaienl pris. Ils pesaient g livres; c'était magnifique. Vous verrez cela, l'.i des champignons.
Vous m'aviez parlé de vin de bourgogne, j'ai acheté une feuillette de 180 bouteilles, i5o francs d'un voyageur. Elle étail adressée à un curé depuis deux ans <-t était en dépôt chez Lange. Il esl dans notre cave,
I du vin de Beaune, vous viendrez le prendre en bouteilles quand \ ons \ iendrez
d) 1 ri'- code, en patois franc-comtois, <-st un acte d'outrecuidance ou uni- m. m valse entreprise. 1 n mauvais spéculateur est qualifié 'lu terme 'le cudot
ia3
Quand il fera moins chaud, j'irai vous voir. Ce temps-là est dangereux pour moi. Il me faut une grande tranquillité dans ce moment, parce que j'ai trop souffert pendant deux ans ; le foi se prendrait. Vous m'excuserez par conséqvcnt de n'être pas allé vous voir plus souvent, car je pense à vous toujours. J'irai vous voir quand le temps changera. Je vais écrire; à Lydie, la même chose.
Je vous embrasse de tout cœur ainsi que mon père.
Gustave Courbet.
i" Août y 3.
Cher Docteur [lilondon de Besançon.] Enfin, ils sont arrivés à leurs lins. Je suis définitivement expulsé de France. >ious avons su cela, en sous-main, de la préfecture.
La tentative du 3<" Conseil de Guerre de Versailles était aussi un guet à pan. Ecrivez-moi toujours au nom de M. O, poste-restante à Fleurier (i).
Je vous envoie l'assignation au juge de paix d'Ornans. remetlcz-là à l'avocat que vous aurez choisi.
Tout à vous.
(non signé).
{Sans date, sans lien d'origine.)
[Vers Juillet i8yô.~\ Mon cher Baudry,
Quand la guerre arriva malgré nous, nous ne pouvions pas laissé la France. On eut recours à moi pour sauver les arts. Le peuple me noma ainsi que les artistes, le gouvernement du 4 septembre aussi.
Dans ces cas-là ; on lâche les manequiens de la protection, pour prendre des hommes qui constituent réelement le pays.
J'écrivis alors à mon père : tu es assez fort pour delléndre nos intérêts dans notre maison et dans la mienne contre les prussiens, d'autant plus que lu as à ton service ma croix d'ol'ficier de Saint-Michel de Bavière, comme premier prix de l'exposition universelle de Munich ou Mûnchen. Ces gens sont respectueux pour leurs institutions. Ce qui fut vrai. Mon père, maire d'un petit village, Flagev. recevant i5o prussiens, hommes et chevaux, leur montra ma croix, ils sortirent le lendemain matin, offrant des chevaux arabes en présent, qui ne lurent pas acceptés par ma famille. A Ornans, où mon père ne pouvait aller chaque jour, ils envahirent la maison de ma mère ainsi que mon atelier où ils dévalisèrent avec l5o hommes et autant de chevaux, toutes les valeurs et collections qui s'y trouvaient. Ce qui fut une perte de oo.ooo francs pour moi. que je consignai partie; au Tribunal de Besançon par le maréchal des logis des gendarmes d'Ornans, avec objets spécifiés.
Pendant ce temps ;i Paris. M" llochel'ort et Cournet délégués aux baricades de Paris, par le \ septembre, contre les prussiens, m'ont
(i) Fleurier, localité suisse, situé à proximité du Val de Travers sur la ligne Pontarlier-Neufchàlel.
iu4
détruits pour -ib mille francs de matériaux, provenant de mon exposition du pont de l'Aima, qui m'avait coûté 83 mille francs, qui étaient déposés chez un entrepreneur restant porte de la Chapelle Saint-Denis.
C'est ainsi que pour avoir voulu rendre service à la France, en sauvant les arts de toute sorte : Louvre. ïhuilleries, Bibliothèques, musée Dusomrard, Saint- Cloud. Versailles. Meudon. Malmaison, Sèvre, Saint-Germain, Fontainebleau, etc.. etc., j'ai donné en outre, un canon fondu par Caille donné à la délfense Nationale, à l'arrondissement de Grenelle : 3o tableaux anciens, dans mon logement [de la rue] du vieux colombier, tels que Rembrandt ; Saint-Pierre aux Liens ; Mises au tombeau de Carrache ; Simon Vouet, Velasquez, Rubens, Wouwcrman, Poussin, Delacroix, etc, etc.
Les bombes entrant dans mon atelier, rue Hautefeuille. je porle, dans l'Ecole de médecine, les tableaux de mon atelier. On me dit que les prussiens entrant, les monuments de Paris leur appartiennent. Je les reporte dans les caves du [passage du] Saumon. A l'entrée des versaillais dans Paris on m'en volais 3 caisses, que j'évalue, au moins à cent mille francs et les tableaux anciens du vieux Colombier, au moins autant.
Le Gouvernement m'a volé mes fonds qui étaient, au nominatif, à la banque de France ; m'a séquestré mes biens, mes titres, sans droit, me privant de mes objets de travail à Paris et à Ornans. Il m'a déconsidéré dans sou monde, à pure perte.
Il ma l'ail payé les croix, du Conseil de Guerre ainsi qu'une amende. J'ai l'ait dix mois de prison celulaire, ut» jours de jugement devant Villemessant. Dumas et des gendarmes corses, traîné dans les rues de Palis, la (haine aux mains, couché à plat ventre dans 3 centimètres de vermine à L'Orangerie, avec fusils armés par M. Léret
de la Nove( i ). Corse, où que je n'avais que faire après ma condamnation.
Pour continuel- les récompenses nationales, on me lit faire ma
prison, avec des voleurs, on me rendit malade. Nélaton me lit une
opération cruelle. On lit mourir ma mire de chagrin. Ma sœur puinée. vient de mourir de la même façon. Des députés de Besançon, subissant des jalousies particulières et des haines de crétins et de malhonnêtes
gens, m'attaquent à nouveau, pour dette civil, pour m'exiler de la
France, Bans rime ni raison, imaginant que j'ai détruit la colonne Vendôme, plaisanterie la plus colossale qu'on ail jamais \ ne, «pii fait rire l'Europe entière.
Pour poursuivre l'ordre de mes récompenses; après avoir servi la
France, de la façon la plus effectiçe el dans une position où personne,
(i) Le Capitaine v> i rel de Lanoze.
ia5
de ceux qui m'accusent, n'aurait pu tenir (parce que J'étais aimé du peuple de Paris), je puis dire que je n'ai jamais touché aucun traitement, comme mes prédécesseurs, pas même comme ceux du 4 septembre desquels je Taisais partie. Pendant 4 <u»s d'emplois et de persécutions, j'ai perdu, subissant les devoirs qu'on m'imposait (>o ou Ho mille francs par an, je ne sais à quel profit, surtout quand je considère que je n'ai pu pratiquer mon art, qui a servi la France pendant 3/j ans. Depuis le romantisme jusqu'à nos jours.
Dans la situation horrible que M. Thiers (il à Paris, et malgré moi. il eut recours à moi. malgré cela. Par la voix de M. Barthélémy Saint- Hillaire. qui me demanda (sous la Commune où j'étais resté pour n'être
pas lâche et l'aire mon devoir d'honnête homme) en l'absence de ces messieurs.
Ils me demandaient de sauver la maison et les objets d'art de M. Thiers, son ami. J'exécutai ponctuellement ce désir et politiquement, j'estimai tous ces objets : Quinze cent mille francs, ce qui fit que sur cette estimation fictive, la Chambre plus tard lui alloua un mil/ion sur lequel, il me doit, au moins, cinq cent mille francs, pour être dans le vrai.
J'ai sauvé la colonne même dans sa chute (à laquelle je n'ai pu m'opposer. On ne s'oppose pas à deux millions d'individus.) C'est moi qui ai l'ait mettre les fascines, pour prévoir les dégâts et les brisures. Et j'étais tellement sûr de mon action que j'ai écrit à M. Jules Simon : si on peut me prouver que j'ai détruit la colonne, je me charge de la relever à mes frais.
Ces frais dirigés par moi. n'eussent pas été grands, si j'avais été coupable, ayant quelques connaissances dans le bâtiment, je me serais fait fort de la remettre sur pied comme (die était. Non pas pour cinq cent dix mille francs, mais bien pour cent quarante mille et sans mise encène.
Pour être dans le vrai, je suis le seul homme qui ail sauvé quelque chose à la France, et dans ses intérêts les plus précieux. Et je disais à M. Merlin, président de mon conseil de guerre : M. si ma vie n'était pas désintéressée de récompenses, je me croirait en droit de demander une récompense nationale, au lieu d'être sur ses bancs.
Saint-Couiitiet Styi.ite.
— I.a colonne a ctô aljaiiuc; lani pial
— On va la'relcver, et on la lora garder par le citoyen Courbet; tant mieux!
Pour continuer la reconnaissance qui m'est due. après que les gens cherchent momentanément à tromper l'histoire, par passion et par haine ; ils mont déjà fait subir 2 ans d'exil que je ne devais pas faire, invoquant, par anticipation, la prise de corps, réservé au Gouvernement par les lois françaises. De telle sorte que, si je n'avais pas été avei'ti, j'aurais déjà fait deux ans de prison préventive, sans savoir si j'avais tort où raison.
J'en reviens toujours à mon dada. Je ne vois pas quel bénéfice la France peut avoir à m'empècher de pratiquer mon art pendant si lougtemps. La vie s'écoule et les crétins restent.
Pour surcroît de malheur j'ai un malheureux beau-frère (1) qui, en mon absence, en profite pour assassiner notre famille affin d'en hériter, n'ayant pas déniant, ils cherchent à faire mourir mon pauvre père. Je crois que dans l'histoire, il sera rare de trouver un homme dans ma position, qui après avoir travaillé toute sa vie pour tâcher d'établir le bien et les arts dans son pays ait été persécuté parce même pays d'une façon aussi épouvantable.
(Article écrit de la main de Courbet) LA COLONNE
Dieu des armées, jamais je ne m'en tire? Reconstituer à moi seul toutes les gloires de l'ancienne armée; ses victoires, ses conquêtes, ses défaites. C'est un ouvrage de géant. Tous ses braves n'en ont pas plus à eux tous — On a vu sur la terre dans le courant de la vie humaine des monuments gigantesques, des montagnes taillées par des assyriens, les pyramides par les égyptiens, le colosse de Khode par les chrétiens, les cathédrales gothiques par des peuples croyants — Mais ce qu'on a jamais vu. c'est un homme seul reconstituant ses gloires guerrières, sur une échelle de ia pieds de diamètre sur i3o pieds de hauteur.
Que pensez-vous d'une insanité semblable, d'une proposition faites par des gens qui sont sensés représenter la majorité d'une nation?
Est-il croyable qu'un seul homme par son inlluence personnel soit l'auteur sans L'assentiment de ses concitoyens d'un acte qui serait aussi antinational ? Non !
Est-il admissible qu'un monument aussi grotesque puisse représenter des gloires nationales et la conquête de l'esprit humain sur la sauvagerie? Non! — Quel perte peut-il avoir pour la civilisation que ce monument puisqu'il est l'ait soit dans un lieu réservé dans une cour ou
(1) Dam une autre lettre ;> Bon père, Courbel écrit qu'il n'a besoin « ni «le surveillant m <\<: directeur», Ceci, à propos de la conduite <l«' son beau-frère. El il termine p;ir cette déclaration ■
« Jr déclare ;i\<>ir (ail le chasseur ;■ cheval, chanse à lu neige. Cette affirmation bit fol davantage qu'une signature peinte sur le tableau qui n'est pas reconnn
fp.'ir l.i loi,
(s.ms date, s;iu^ >ignnture, mais de Is main de Courbet.)
une caserne plutôt que d'être scandaleusement offert aux yeux d'un publique international qu'il blesse journellement.
Bref si la majorité de la nation s'obstine à croire que cel homme en est le seul responsable et qua lui seul il appartient de la rétablir, cet homme en vue de la liberté absolue de chacun et d'après le vomi de ses concitoyens se soumettra malgré ses principes, sa raison et son sentiment au rétablissement de cette monstruosité. Mais à une condition, qu'on le laisse agir dans la mesure <lo ses moyens, en lui donnant le temps nécessaire à l'exécution de cette ouvre gigantesque, ouvrage de sysiphe, car elle retombera toujours, plus il y aura de temps, et plus
la france y gagnera, car plus longtemgs on parlera dans le monde de ses gloires nationales puisque c'est la croyance de ce pays.
Ce n'est pas la mer à boire. Celte pâtisserie peut être remise sur pieds dans un certain nombre d'années à la condition qu'on lui rapporte sur place les matériaux enlevés. Gomme l'œuvre d'art de ce monument grotesque ne peut être gâté vu qu'il a été fait plutôt par un pâtissier que par un sculpteur; il sengage dans ces conditions a la rétablir aussi pompeuse quelle ne le fut jamais.
La preuve, c'est qu'après en avoir concerté avec ma cuisinière, cette dernière prétend ne pas vouloir m'abandonner dans l'adversité, et sengage a porter le mortier; les maçons et les entrepreneurs de mon pays s'engagent, en coupant sur la place Vendôme, à exécuter ces travaux selon largent que je pourrai y mettre chaque année en Taisant de la peinture et en taisant appel aux républicains vertueux qui respectent la liberté de chacun et qui lui aideront dans ses travaux d'hercule, quoique ne les comprenant pas.
A cet effet, il sera envoyé quatre sapins des montagnes du doubs de i5o pieds de haut qui seront embarqués à Chamblay, sur la Loue (devant gagner le canal de Bourgogne): puis des madriers pour la charpente, puis des planches pour les baraquements. Cela l'ait vous verrez que cela ne traînera pas. Cela ira peut-être trop vite pour le retentissement que l'honneur de la i'rance doit en retirer.
Quel dommage pourtant, quelle action regrettable! La colonne
réédifié, les prussiens seront en droit aussi d'en édifier une semblable pour consacrer les désastres de la france et la ruine de ce pays. Ne parlons plus de cela quoique cela soit impolitique.
Je tiendrai parole ; mais en revanche qu'il me soit permis comme réaliste, comme un homme qui veut la vérité, dans établir une seconde dans un puit. comme au puit, certain par exemple ce sera la colonne de nos revers; lescalier au lieu d'être à l'intérieur sera a l'extérieur; comme je n'ai pas beaucoup d'argent, ce sera très petit. Il n'y aura que les enfants qui pourront y descendre pour leur instruction.
11 me reste une chose à demander à la majorité. Gomme j'ai déjà été ruiné une fois pendant que je fesais mon devoir à paris sous les prussiens et que je vais encore une fois travailler pour le roi de prusse je demanderai qu'il me soit alloué les droits d'entrés dans cette nouvelle colonne, parce qu'avec tout cela, il faut que je vive courament de l'édifice. Si on men charge pas, pour être dans le juste, il faut avouer qu'un homme comme moi est un thrésor dans une natiou. Car, après que j aurai réédifié la colonne, logiquement je vais reconstruire la maison de M. Thiers, puis après lhotel de ville et dans mes loisirs les ïhuilleries. Décidément la peinture est le premier art du monde, car un artiste, à en croire les hommes de génie qui composent la majorité, pourrait transporter les montagnes.
Seulement, je me demande une chose. Ny a il pas à craindre qu'une fois quejaurai relever tons ces monuments, ils deviennent un jour ma propriété? Dans ce cas ces monuments perdraient leur signification originelle et deviendraient des monuments Courbet, Kn réfléchissant plus juste que la Chamhre. il est inadmissible qu'un pauvre homme < omme moi consacre par son autorité propre tous les faits et gestes d'une nation. Voilà qu'on vas me Déifier et je jure que je nai pas cette râleur et que je nen ai pas L'ambition.
Je veux faire ce que je pourrai d»; mon vivant et aller pourir ensuite tout simplement dans la terre sans aucun désir de sanctification
dans 1.- ciel, ni dimortalité ici bas. On poura même hruler toutes mes OeUl rei le jour de ma mort.
Puisque les conservateurs ont se ni s le droit d'existence en ce monde, ils peuvent me prendre tout ce [que] jai réalise par mon travail, me
faire relever tous leuri monuments puisque je suis né dans ce malheureux pays.
(lEDHtSSEMENT DE LA COLONNE VENDOME
— Pas de chance cette unnee avec vos œu
v: os. maître Courbet !
iao
Pour en revenir, en terminant, sur ces sottises; c'est au gouvernement du quatre décembre, ce saint avent, ce resemelleur d'antiquité, ce ravaudeur de vieilles nippes et de vieilles institutions fausses que je m'envai mattaquer.
C'est lui dans sa pusillanimité qui le premier a donné le pas dans la destructions des emblèmes césariens. N'est-ce pas lui qui détruisit le napoléon empereur romain du guichet des Sts pères ainsi que les aigles, puis après le prince Eugène, statue équestre, puis après, n'est-ce pas lui qui nuitamment jeta le petit napoléon au petit chapeau, à la redingotte grise sous le pont de Neuilly, sans façon. Ce même Napoléon qui avait été inauguré autrefois par M. Thiers et louis philipe sur la colonne. M. Thiers à cheval.
Les hommes de la vieille politique ont peu de mémoire et surtout
peu de principes. Les palinodies leur coûtent peu.
Aujourdhui ce sont les légitimistes, qui tiraient en bas la colonne, atelés a des ficelles, de consorl avec des chevaux et les alliés de 181/4, qui viennent réclamer la réédification de cette colonne.
Ainsi soit-il ! Donnezmoi le temps. Mais ne me prenez jamais pour un napoléonien ni un césariste.
Toutes réflexions faites, il est merveilleux de voir un homme d'une taille si grande dans un pays, il est donc vrai ? Comme autrefois Amphion charmant les rochers, construisait les murailles de Thèbe avec l'harmonie de sa lyre; le peintre Courbet, avec l'harmonie de sa peinture vas reconstituer la colonne, l'expression de nos gloires. Puis après, la maison de l'hôtel de ville, puis après, la maison des rois de france, dans ses loisirs.
Chers chrétiens, c'est merveilleux. Ne vous plaignez plus des gens de la Commune, car pendant qu'il est entrain, ça ne lui coûterait pas davantage de reconstruire aussi le temple de Jérusalem.
Il nous reste une lettre, à publier, que nous extrayons de notre portefeuille. Courbet la dicta et se contenta de la signer. La date, 6 mai 1877, indique qu'il était près de sa fin (1) puisqu'il devait mourir le 3i décembre.
(1) Le 3 juin 1877, il faisait son testament.
Cette lettre fut adressée à M. Rouberol, ingénieur du chemin de fer à Ornans.
La. Tour de Peilz.
6 Mai 183 j.
Mon cher Monsieur Rouberol,
J'ai bien reçu votre première lettre, quoique un peu tai*d; mais avant de vous répondre, il me fallait absolument attendre l'issue de cet ignoble procès fait sur délations locales au préfet de Resançon M. de Sandran.
Ce procès a paru à l'audience de vendredi. Aujourd'hui seulement je puis donc vous répondre quelque chose de positif et d'affîrmatif. Je suis enchanté de confier cette maison à un républicain sincère ; prenez en possession dès aujourd'hui et comme je suis libre de rentrer en France : j'irai vous voir dans huit jours et nous nous ai*rangerons lorsque vous aurez vu ce dont j'ai besoin pour travailler.
Quant au jardin, ma sœur m'écrit que c'est une véritable forêt vierge ; ça ne me déplaît pas, car je n'aime guère la Civilisation actuelle ; laissez-le tel qu'il est jusqu'à mon arrivée ; d'ailleurs il est trop tard pour tailler les arbres fruitiers... Pour ce qui est de la haie, on peut y mettre des palissades comme au chemin de fer; c'est le moment maintenant puisqu'on écorce les chênes. Demandez à mon père des plants de chênes ad hoc, je les paierai.
Pour la distribution de la maison, à l'intérieur, nous nous entendrons ensemble pour le plan. Il faut mettre une imposte à la grande porte cochère pour remplacer la fenêtre qui éclaire le vestibule; il faut que ce dernier serve de salle à manger. Quant à l'appartement du dessus on le disposera en habitation.
La grande fenêtre est terminée depuis longtemps ; elle est chez Amédée, le menuisier, à côté de chez Cliabot. On la lui a payée depuis longtemps.
Je ne sais pas à quoi m'en tenir sur le logement du garde Simon : il pourrait se faire qu'il nous intentât un procès si on en disposait avant la fin de son terme. S'il a remis les ciels disposez-en.
Veuillez dire à mon père ainsi qu'à ma sœur Juliette que mon procès est terminé. On a l'ait tout ce qu'on a pu; j'ai la liberté.
Ne fréquentez pas. je vous prie, M. et Mme Reverdy. Pour mon compte, je désire ne plus les revoir.
Rien des choses à Madame Rouberol, je vous salue fraternellement.
Gustave Couuhet.
Noua ta ona terminé.
En cette année, — centenaire de la uaiaaance «le Gustave Courbet, — qui l'ut marquée par Le transfert de ^«'s cendres de La Tour-de-Peilz
•1 Ornana, non- tairons noire émotion.
Mais nous ne poinons pas dissimuler la sal isl'adion profonde que
nous ressentons, en constatant l'accord unanime qui s'est enfin réalisé sur son nom. Aujourd'hui on reconnaît la toute puissance de son génie de peintre. Aussi, peut-on lui appliquer justement ces belles paroles d'Alfred de Vigny :
Qu'est-ce qu'une grande vie ?
Une pensée de la jeunesse exécutée par l'âge mûr.