Courmayeur et Pré-St-Didier (val d'Aoste) leurs bains, leurs eaux & leurs environs
Depuis près de quarante ans , on aurait vainement cherché dans la littérature médicale de notre pays un GUIDE aux eaux et aux bains de Pré-St-Didier et de Courmayeur.
J'ai tâché de combler cette lacune regrettable en publiant ce travail. Il s'en faut que ce soit une monographie complète que je présente au public. J'ai voulu faire connaître aux étrangers la puissance virtuelle de nos sources , et mettre à la portée des gens du monde, un résumé des indications qui se rattachent de plus près aux eaux du A^aldigne.
Comme j'ai voulu faire connaître au lecteur les localités où je veux l'attirer par l'appât tout-puissant de la santé et du plaisir, j'ai cru bien faire d'indiquer quelques-unes des nombreuses excursions que Pré-St-Didier et Courmayeur présentent dans leurs environs.
Je regrette de ne pouvoir enrichir mon ouvrage
des analyses qu'a entreprises , Tan dernier , sur les lieux mêmes, un chimiste distingué, M. le professeur Borsarelli, de Turin, à qui les eaux de Pré-St-Didier sont déjà redevables d'un service de cette nature. Les nouvelles analyses , avec les considérations qui en découlent, feront, sous peu, l'objet d'un Mémoire séparé.
Des travaux qui m'ont précédé, des observations de plusieurs de mes collègues instruits et consciencieux , je me suis efforcé d'extraire brièvement un tout harmonieux, afin de les compléter les uns par les autres, en y ajoutant tout ce que j'ai pu apprécier par moi-même.
Puisse ce fruit de mes études être utile à l'humanité en général et à mon pays en particulier ; ce sera la plus douce récompense de mes labeurs !.....
Aoste, juin 1864.
^ibUogmpljte
RAVETTI et GAMPEGGIO. Analyses des eaux de Courmayeur. —
MOLLO. Traité des eaux minérales de Courmayeur. — Genève, Bousquet et Comp., 1728, in-8°.
FANTONI. Commentariolum de quibusdam aquis medicatis. — Auguste Taurinorum, ex typographia regia, 1747, in-8°.
GIOANETTI. Analyse des eaux minérales de St-Vincent et de Courmayeur, dans le duché d'Aoste, avec un appendice sur les eaux de La-Saxe, de Pré-St-Didier et de Fontaine-More. — Turin, Briolo, 1779, in-8°.
VERRAZ. Sur les eaux de Courmayeur, situées dans la Vallée d'Aoste, dissertation inaugurale. — Turin 1809, Dominique Pane, in-4°.
BERNO. Efficacia ed uso medicamentoso délie acque di Courmayeur e di Pré-St-Didier , con osservazioni sugli stati morbosi e loro cura, sull'azione dei bagni semplici, ecc. — Torino, dalla Vedova Pomba e figli, in-12°, 1817.
RUFFINELLI. Mémoire physico-médical sur les eaux minérales de Pré-St-Didier et Courmayeur, avec des observations cliniques. — Turin, Chirio et Mina, in-8°, 1825.
BERTINI. Idrologia minérale, ossia descrizione di tutte le sorgenti d' acque minerali note sinora negli Stati di S. M. il Re di Sardegna; seconda edizione. — Torino, E. Mussano, 1843, in-8°.
DAVET DE BEAUREPAIRE. Histoire et description des sources minèrales du royaume de Sardaigne et des contrées voisines. — Paris, 1852, in-8<\
DURAND-FARDEL et LEBRET. Dictionnaire général des eaux minérales et d'hydrologie médicale. — Deux volumes in-8° , Paris, Baillière, 1860.
ROTUREAU. Des principales eaux minérales de l'Europe. — Trois volumes in-8°, Paris, Victor Masson et Fils (Supplément). 1864.
GARELLI. Délie acque minerali oVltalia e délie loro applicazioni terapeutiche. — Torino, Sebastiano Franco e Figli, 1864, in-8°.
^Jxr\/^J\y\r\J\/^J^u^\^u^\J\/\J~u^\J\y\J\/\J\/\J^
D'Aoste à Pré-St-Didier et Çourmayeur.
Que le voyageur nous arrive de Suisse par le Grand- St-Bernard, ou d'Italie par le bas val d'Aoste, il fera de nécessité une halte dans le chef-lieu de notre arrondissement, assis, coquet, au milieu de ses vergers, comme pour se reposer du bruit qu'y firent en passant Napoléon, Annibal, Charlemagne. Si le temps le lui permet, si, surtout, l'état de sa santé le comporte, il visitera les monuments, l'arc-de-triomphe d'Auguste, l'amphithéâtre, les remparts, les portes prétoriennes, la tour du Lépreux, la cathédrale, la collégiale, l'évêché, etc. La tête pleine encore de souvenirs historiques , le cœur satisfait de la joyeuse cordialité des habitants, il partira pour Pré-St-Didier et Çourmayeur sur un de ces bons chars qu'on offre à prix modérés aux voyageurs fraîchement arrivés dans notre ville.
Je n'ai connu personne qui osât regretter l'absence de chemin de fer d'Aoste en Valdigne. J'admire cette manière hardie et rapide de se transporter d'un lieu dans un autre, mais nullement quand il s'agit de voir et d'observer. Une fois placé sur un chemin de fer, on part et on arrive, mais un ne voyage pas : on est emporté , voilà tout. Du reste, le paysage, quelque beau, quelque attrayant qu'il soit, n'existe pas, ce n'est qu'un songe, qu'un être fantastique, une image qui fuit et s'échappe sans produire autre que des sensations passagères. Notre pays et les touristes perdraient beaucoup à l'établissement d'un chemin de fer.
A peine sorti de la ville par Porte-Savoie , on aperçoit à sa gauche le Tir à la carabine , où les bourgeois de la cité vont chaque année, dans la belle saison, le dimanche, donner des preuves d'une rare habileté. Le Jeu de l'arquebuse fut approuvé par Amé VIII en 1427, doté de 1000 pistoles par Son Altesse la Régente Marie-Jeanne-Baptiste de Savoie, en 1668, et reconstruit par la ville et les amateurs en 1838.
On traverse ensuite les campagnes de la plaine d'Aoste. La nature est belle, le ciel pur, le soleil chaud, l'air doux et tempéré; de toute part la végétation montre sa force. On est frappé du haut degré de culture auquel on est arrivé. Ce sont des champs où le maïs croît et prospère à faire envie aux plus plantureuses campagnes du Piémont, des arbres fruitiers de toutes sortes, des prés émaillés de fleurs où l'on récolte à pleine faulx de gras pâturages. A droite, une colline où les vignes s'étendent , admirablement cultivées, à perte de vue, et du milieu de ces vignes aux vins estimés et variés , aux longs murs , aux nombreux piliers blancs alignés, des maisons de campagne ressortant proprettes et élégantes. A gauche, des prés, des champs, des forêts, des
chalets, puis la Côte de Gargantua (Moraine), aride, s'avançant comme un rideau , au milieu de la campagne, pour dérober une partie de l'horizon aux habitants de Gressan. Gressan vit naître S. Anselme (1033), qui mourut archevêque de Cantorbéry en 1109.
On arrive bientôt au pied du château de Sarre où Ton trouve les restes du Prieuré de Ste-Hélène, ancienne propriété de l'Ordre des Chevaliers de St-Jean de Jérusalem.
Le château de Sarre ne conserve de ses anciennes constructions que la tour du milieu (xme siècle). Le reste du bâtiment date des premières années du siècle passé. Il est assis sur un monticule et commande la route d'Aoste en Valdigne. Au-dessus de Sarre, on voit la Becca-France ; elle est aujourd'hui moins élevée qu'il y a trois siècles. Le 6 juillet 1564, vers 6 heures du matin, la partie méridionale se détacha et ensevelit dans sa chute le grand village de Thora, qui renfermait à lui seul, le tiers de la population de la commune.
A gauche, un peu plus loin, on admire le château d'Ayinavilles qui a vu s'éteindre le dernier du nom de Challand. 11 domine le paysage. Ses quatre tours rondes, élevées vers 1350 par Aymon de Challand, sont encore aujourd'hui en très-bon état.
A une heure au-dessus d'Aymavilles , dans une gorge étroite au sud-est (val de Cogne), on trouve le pont-aqueduc, dit Pondelj Pont d'Ael , construit la 3e année avant l'ère chrétienne. Plus haut, dans la même vallée, Cogne présente une mine de fer , la seule dont les produits rivalisent avec ceux de Suède.
Du château de Sarre on poursuit sa route au milieu des cris aigus et monotones des cigales, et l'on arrive bien vite au sommet du Tour de Sarre. Ici , j'invite le voyageur à
se détourner pour admirer le magnifique panorama que présente le bassin d'Aoste. A droite, avant d'entrer au bourg de St-Pierre , on voit sur des rocs arides quelques vignes qui fournissent un vin rouge fort estimé, dit de Torrette.
Le bourg de St-Pierre est au pied d'un château bâti sur un cône de rochers à trois étages , isolé dans une petite prairie. Au premier plan, on voit les vergers et le presbytère; au second, se trouve l'église et son clocher antique ; au-dessus, le château. Celui-ci existait déjà au xie siècle. Il fut en partie rebâti et surtout embelli par Philibert De Roncas qui en fit un Heu de délices (1640). Peu de châteaux sont assis d'une manière si hardie, si avantageuse et si pittoresque (Aubert). De St-Pierre ou voit très-bien l'arête nord du Nomenon (Grivola) au front blanc et austère qui a reçu les honneurs d'une gravure à part dans le bel ouvrage de M. King(l). Diverses ascensions heureuses ont été entreprises à son sommet depuis 1859.
Le château inférieur de St-Pierre (château de Sarriod de La-Tour) date du xive siècle.
De St-Pierre au sommet de la descente vers Villeneuve ou jouit d'un coup d'œil pittoresque. Ce sont les ruines de Châtel-Argent, plus bas l'ancienne église, puis le bourg de Villeneuve encaissé entre les rochers et la Doire , plus loin le fertile plateau d'Introd et son château assis sur son verdoyant monticule; puis, au fond du tableau, le glacier de Valgrisanche sur le front duquel le Lépreux de la cité d'Aoste voyait mourir les derniers rayons du soleil couchant.
Châtel-Argent a été illustré par la muse du Dr Vagneur
(1) The Italians Valley s of the Alps ; London, 1859, Murray.
cTAoste. Non loin de ses ruines existait du temps des Romains une maison de Sévirs Augustaux qui fut remplacée par une chapelle en ruine aujourd'hui. On y a trouvé des débris d'antiquités romaines, notamment une inscription que Ton peut voir à droite de l'escalier qui mène à la caserne des Carabiniers de Villeneuve. Bien que les ruines de Châtel-Argent soient du moyen-âge , on croit qu'une puissante famille romaine , du nom de Pétilius, y habita dans le temps.
On entre à Villeneuve en passant sur un pont, et l'on se trouve ainsi sur la rive droite de la Doire. En allant de Villeneuve à Arvier, on voit en haut, à droite, l'église de St-Nicolas posée hardiment sur le précipice d'un grand rocher; on trouve, à gauche, sur la route, des tronçons assez bien conservés de l'ancienne voie consulaire. On arrive à Arvier, riche en vins estimés; de ceux-ci, les meilleurs sont ceux dits de Y Enfer. Les vignes qui le fournissent bordent la Doire au fond de l'abîme.
Entre le chef-lieu d'Arvier et le village de Liverogne on voit, à gauche, sur un cône entouré de précipices, les ruines d'un vieux castel, un véritable nid d'aigle. Ce sont les ruines de Mont-Mayeur. A la fondation de ce castel se rattache une légende dramatique que le lecteur trouvera dans la note A à la fin de ce volume.
Liverogne est bien un des sites les plus pittoresques du pays d'Aoste. Les culées de son pont inférieur sont romaines.
On admire bientôt le château (xie siècle) et le paysage d'Avisé.
Arrivé au sommet de Pierre-Taillée , on commence à jouir d'un coup d'œil assez favorable du Mont-Blanc et d'une partie du bassin de Valdigne. Vers la fin du siècle dernier,
il y avait à Pierre-Taillée un pont-lévis et un corps de garde contigu. De là , si on se retourne un instant, on voit la Becca de Noua , placée au sud-est de la cité d'Aoste, s'avancer au milieu de la vallée comme pour s'isoler des montagnes qui Pavoisaient. Déjà de nombreux touristes en ont fait l'ascension à mulet, en 7 heures, depuis la cité d'Aoste. De son sommet, en un seul jour, on peut voir les plus hautes cimes de l'Europe. Le coup d'œil dont on y jouit dépend moins de sa hauteur absolue (3165) que de sa position relative (1).
On passe sur le beau pont de YEquiliva et l'on se retrouve sur la rive gauche de la Doire. A partir de ce pont, la vallée s'élargit de nouveau insensiblement. On s'arrête, enchanté, devant les cascatelles de 'Derby et l'on arrive bientôt au pied du plateau de La-Salle, admirable de culture, parsemé d'habitations heureusement placées ; on demande quel est cet ancien manoir, à la tourelle élancée, et l'on vous répond bien vite que c'est la Tour du château du Châtelar, construit au xme siècle par l'archevêque Rodolphe du Châtelar et ses deux frères Jacques et Thomasset. La-Salle donna le jour au pape Innocent V, dont la famille (Descours) était originaire de Morgex. Il fut d'abord évêque de Tarentaise, puis cardinal. La peste de 1630 réduisit la population du bourg à sept couples. En 1711 , Amédée II logea à La-Salle. Au-delà de la Doire, au versant septentrional qui domine le hameau du Chabodey, on peut visiter une grotte de glace (Voir la note B à la fin du volume).
Un magnifique tronçon de route vous mène droit de La-Salle à Morgex; durant le trajet, si l'on se retourne, on voit une blanche pyramide qui s'élance, hardie, du mi-
(1) Voir Carrel, Panorama de la Becca de Nona.
lieu des montagnes qui lui font entourage; c'est encore la Grivola qui présentait tantôt son arète-nord à St-Pierre.
Morgex (Morga-Morgensium, Burgum Moriacium) est fier de posséder un couvent de Capucins fondé en 1632. La vigne ne dédaigne pas de croître à Morgex, mais c'est sa dernière limite et elle ne produit qu'un vin blanc dont la fabrication est fort défectueuse.
De Morgex à Pré-St-Didier une belle route, fort bien entretenue, vous promène à travers des champs et des vergers bien cultivés. On entre à Pré-St-Didier par un beau pont en pierre, d'un seul arc ; on y est très-bien placé pour jouir de la vue du Mont-Blanc.
De Pré-St-Didier, pour se rendre à Courmayeur en voiture, il faut revenir sur ses pas pendant dix minutes. La route de Courmayeur proprement dite est étroite et rapide; les habitants du pays s'associent volontiers aux vœux des étrangers pour que le gros bon sens qui court les rues attrape enfin les hommes du génie civil et leur inspire le tracé d'une nouvelle route destinée à donner à nos établissements une impulsion qui leur a toujours fait défaut jusqu'ici (Y. la note C). On arrive à Palésieux, après avoir contemplé le joli bassin de Pré-St-Didier, et l'on passe, tant bien, que mal, sous Verran. Depuis Verran, la montée cesse et le beau paysage de Courmayeur se déroule de plus en plus aux yeux du voyageur, et l'on regrette de n'avoir employé que sept heures pour un si beau voyage.
Argentier
\A/vvv\^^vvvv^A/\/>y\/v\/v^
Pré-St-Didier,
Souvenirs historiques; Climat; Sol; Productions;
Habitants; Hotels; Promenades aux environs.
Pré-St-Didier (Prata ad Sanctum Desideriam) est un joli petit bourg de 200 âmes environ. Il est situé dans un bassin ouvert dans la direction du levant au couchant. D'un côté, le mont Nona le surplombe; de l'autre, le torrent de La-Thuile joint ses eaux à celles qui viennent de l'Allée-Blanche et de la gorge du Ferrex pour former une source importante de la Doire. Son élévation au-dessus du niveau de la mer est de 3740 pieds. Il est bâti sur un terrain d'alluvion comme la plupart de nos villages.
L'étymologie du nom de Pré-St-Didier n'est pas mieux connue que son origine. Les traces d'antiquité romaine qu'on y a découvertes permettent de supposer que ce fut
dans le temps une villa placée sur la route des Alpes Graïes. En exécutant les travaux de la nouvelle route et du nouveau presbytère, on a découvert des lampes sépulcrales, dont une porte le nom d'un certain Aprio. On a aussi trouvé des restes d'habitations en briques, et des tombeaux.
Pré-St-Didier possède un vieux clocher; un savant archéologue, le chanoine Gai d'Aoste, en fait remonter la construction au xnie siècle.
Le climat de Pré-St-Didier jouit d'une telle réputation de douceur et d'égalité que les longévités n'y sont pas rares. La température moyenne en été est de 22° 3'. Le choléra n'a jamais songé à pénétrer dans ce charmant pays ; aussi, à l'occasion de diverses épidémies, Piémontais et Génois vinrent-ils y chercher un abri paisibile et assuré.
Un séjour plus ou moins prolongé dans le bassin de Pré-St-Didier peut être déjà considéré comme un excellent moyen de guérison. Comment la nature si belle, si libérale pourrait-elle refuser au malade une faible partie de cette force vitale qu'elle prodigue de toutes parts?
Tout contribue ici à produire de salutaires effets; le silence protecteur de la pensée, un certain parfum composé de mille odeurs qui s'exhalent des arbres, des herbes et d'une sève printanière vigoureuse, forment un ensemble de sensation qui toutes reposent l'imagination, apaisent le cœur, calment l'ardeur du sang, détendent les ressorts de l'économie. On aurait beau s'en défendre, un sentiment indéfinissable de repos, de jouissances paisibles se glisse dans l'âme; on éprouve bientôt une plénitude d'existence qui fait qu'être c'est jouir, c'est sentir avec délices (V. R. Parise, Une saison aux Eaux d'Enghien. Paris, Dentu, in-12, 1842, pag. 5, 25 et suiv.).
Le sol fournit assez aux habitants; les productions consistent en blé, seigle, avoine, pommes de terre, etc.; les fromages y sont d'excellente qualité, et leur vente constitue aussi une ressource pour le pays. Les noyers, les avantderniers du liaut val d'Aosle, y acquièrent de belles proportions.
La Flore de Pré-St-Didier et de ses environs est riche et variée.
L'Apollon, ce papillon exclusif aux Alpes, si rare et si recherché ailleurs, est très-répandu ici.
On trouverait difficilement en val d'Àoste une population aussi belle que celle de Pré-St-Didier et des autres communes du Vahligne. Les habitants indiquent avec empressement aux étrangers les objets qu'ils croient pouvoir leur plaire. Les mœurs sont ici douces et simples, l'instruction et l'aisance répandues ; une bonne partie de la jeunesse émigré en France pour s'y adonner au broiement des couleurs, à la fabrication des crayons, au colportage, etc.
Les fêtes patronales de Courmayeur (27 juillet), Pré-St- Didier (10 août), La-Salle (13 août), Morgex (15 août) se succèdent incessamment durant la saison des bains. C'est là que plus d'un étranger a pu admirer la gaieté villageoise dans ses allures les plus franches, et remarquer l'originalité de certaines coutumes fort anciennes.
Il y a deux hôtels à Pré-Saint-Didier. Ces hôtels vont être élégamment meublés, et organisés de façon à satisfaire les exigences justement croissantes de notre siècle. Prévenances, politesses, propreté, régularité dans le service, bonne table, prix modérés, on ne négligera rien pour gagner la confiance et mériter la satisfaction des baigneurs.
Les divers amusements compatibles avec l'état des malades et les convenances sociales n'ont pas été oubliés. On a
compris tout ce que des distractions variées, bien entendues, peuvent ajouter par l'animation du plaisir aux agréments de rétablissement et à son but d'utilité. Des promenades aux environs, un salon de lecture, un cercle, en voilà assez pour que certaines personnes trouvent un^ vide particulier dans leurs amusements. Il n'y a pas, à Pré-St-Didier, de maison de jeux de hasard, on s'est privé d'y établir un tripot comme dans certains établissements thermaux qui empruntent ainsi beaucoup de leur vogue. Que voulezvous? On ne pense à Pré-St-Didier qu'à se guérir et à s'amuser; la tâche est assez grande.
Les promenades aux environs de Pré-St-Didier ont toutes le caractère pittoresque des régions alpines. Celle qui mène à la fontaine de La-Victoire de Courmayeur est la plus fréquentée. Sa longueur est de trois quarts de lieue; cette promenade longe la rive droite du torrent au nord-ouest de Pré-St-Didier. On traverse alternativement des prairies émaillées de fleurs, des bosquets de sapins, de mélèzes, et l'on rencontre souvent des fontaines d'eau excellente qui vont se perdre dans les flots écumants du torrent.
On voit chaque jour des caravanes de plaisir se diriger, en voiture, vers Courmayeur, Morgex, La-Salle qu'une lieue environ sépare de Pré-St-Didier.
De nombreux touristes, Anglais la plupart, vont contempler le lac de Ruitors, enserré dans une mer de glace, et dont les débordements de 1594, 1595, 1640, 1646 et 1680 sont tristement célèbres dans l'histoire du Val d'Aoste.
Pré-St-Didier est mieux placé que Courmayeur pour ceux qui désirent faire l'ascension du Cramont. De Saussure y fut seul, le premier, en 1764. En 1778, il y fut accompagné de Trembley et Pictet. Du sommet du Cramont, au dire de De Saussure et d'un grand nombre de touristes :
« Le Mont-Blanc se présente de la manière la plus brillatne et la plus commode pour l'observateur » .
Plusieurs malades, avant de quitter ces lieux qui leur ont rendu la santé, vont visiter le Petit-St-Bernard. L'hospice du Petit-St-Bernard (6584 pieds au-dessus du niveau de la mer), autrefois Columna Jovis (Colonne de Joux), fut fondé vers la fin du Xe siècle par S. Bernard de Menthon, archidiacre d'Aoste. Ce nom lui venait de ce qu'on y avait érigé une colonne en pierre d'un seul bloc de granit, qu'on y voit encore et qu'on avait surmontée d'une statue de Jupiter. Les anciens peuples l'avaient d'abord dédiée au dieu Penn, et les Romains la consacrèrent à Jupiter. Il paraît que ces derniers avaient déjà formé quelque établissement sur cette montagne; outre la colonne, on y a découvert un cirque gallique assez spacieux, les ruines d'un bâtiment construit en briques, et dans un amas de pierres , un tronçon de colonne et une portion d' un chapiteau d'ordre corynthien (Roche). Quelques auteurs croient que la colonne Joux est une de ces bornes rondes que l'empereur Auguste faisait planter dans les sommets les plus élevés des provinces de l'empire, lorsqu'il fit mesurer l'étendue des terres qui en dépendaient. Peut-être ne sera-t-il pas hors de propos de se rappeler, en allant au Petit-St-Bernard, qu'en 1600 le duc Charles-Emmanuel y passa avec 10,000 hommes d'infanterie et 5,000 de cavalerie. Il alla camper à Aime, en Tarentaise, pour battre Henry IV qui s'était avancé jusqu'à Moûtiers. En 1704 La Feaillade, venant de Savoie, vint se joindre à Bard aux troupes de Vendôme.
En 1708, le général français, marquis de Mauroy, fit une irruption dans le val d'Aoste, par le Petit-St-Bernard, avec 4,000 hommes.
En 1730, Charles-Emmanuel III, se trouvant aux eaux d'Evian avec la Reine son épouse, y apprend que son père abdicataire veut reprendre les rênes du gouvernement. Charles-Emmanuel passe aussitôt lePetit-St-Bernard, traverse le val d'Aoste et se rend à Turin.
En 4742, durant l'invasion de la Savoie par les troupes espagnoles, Charles fait passer une armée sous ses ordres par le Petit-St-Bernard, pénètre dansla Tarentaise et chasse devant lui les troupes espagnoles qui évacuent la Savoie.
Quant à moi, je ne saurais assez le répéter, je suis surpris qu'un pays comme celui-ci ne soit pas plus connu; aujourd'hui surtout que nul pays n'est nouveau et que tout le monde a été partout.
wwwww \/\/\/\/\/\nj\/\r\/\Pu'\r\j\/\/ w \zv w\/\/ w \/\/ w w v\y
La Source; les vieux Bains, le nouvel Etablissement,
Des quatre sources que la nature a prodiguées au pied du Mont-Blanc, dans la plus riante position, sur une étendue d'une lieue, celle de Pré-St-Didier est la plus curieuse à visiter.
Au sud de la bourgade on traverse, tant bien que mal, un gouffre, sur un arc en pierre que, par dérision sans doute, on décore du nom de Pont. On passe devant les vieux bains qui ne renferment aujourd'hui que deux baignoires en bois pour le traitement gratuit des pauvres du Yal d'Aoste, puis on longe la rive droite du torrent La~ Thuile. On arrive, après cent mètres d'un chemin trèspittoresque, tout couvert d'une poussière humide que les vents soulèvent en permanence dans le gouffre, à la porte
de la Source. Celle-ci est à 15 mètres au-dessus du niveau de la place du nouvel établissement.
On entre dans une galerie longue de 7 mètres 1/2, sur i 1/2 de largeur et 2 de hauteur, pavée en dessous et garnie à l'entour de fortes planches. Au fond de cette galerie se trouve une piscine creusée dans le roc elle aussi, 1 mètre 40 cent, de profondeur, et 2 mètres carrés.
Les documents nous manquent pour asseoir, d'une manière sérieuse, l'histoire de la découverte de cette source. M. Ruffinelli croit volontiers que Les bains de Pré-St- Didier furent en vogue du temps de Jules-César et pratiqués par les vainqueurs des Salasses. Il croit apupyer son opinion sur V ancienneté et magnificence du bassin creusé dans le rocher et qui est au fond de la grotte, parce qiC on riy entrevoit aucun vestige de Xusage de la poudre, ce qui prouverait que cet ouvrage est antérieur à son invention.
Je ne saurais m'associer aux manières de voir de mon respectable collègue et je dis: < Il est possible que les premières investigations de ces eaux soient antérieures h l'invention de la poudre (qu'on ne commença à employer que vers le xvne siècle pour les mines), mais on n'en peut pas conclure rigoureusement que ce soit l'ouvrage des Romains; que de travaux, que de monuments ne pourrait-on pas attribuer à ces derniers en raisonnant ainsi? Il y a plus : si les Romains avaient connu ces thermes, ils y auraient laissé des monuments de ce luxe éclairé qu'ils déployaient pour des établissements de cette nature. J'ai fait bien des efforts, et inutilement, pour trouver de la magnificence dans le bassin creusé dans le rocher.
L'auteur anonyme d'un manuscrit latin intitulé: Totius Vallis Augustce compendiaria descriplio (1675 environ),
pense que les eaux de Pré-St-Didier étaient connues des Romains; mais il n'apporte aucune preuve à l'appui de ce qu'il avance. En parlant du Valdignc, il s'exprime ainsi :
Vallem dignamsex comportant parrochiœ quarum..b.a est Pratum Sancli Diderii ubi sant aurifodinœ ferri et aliorum metcdlorum quœ antiquitus a Romanis eflbdiebantur ut hodie adhuc videre est, fuit quoque salubrc ad humanam salutem balnœum quod hodie quasi antrum aut luporum cavernam ingreditur.
Mollo, dans son Traité des Eaux minérales de Courmayeur (1728), s'exprime ainsi sur Pré-St-Didier et sa source: je laisse ici à part pour à présent les bains chauds de Pré-St-Didier qui ne sont pas éloignés une heure du chemin des eaux minérales de Courmayeur; lesquels bains sont très-utiles à prendre seuls et séparés desdites eaux pour beaucoup de maladies et même nécessaires, en certains cas, à prendre devant ou après V usage desdites eaux. Vers la même époque, les naturels du pays n'avaient qu'une idée vague de la source et de ses propriétés ; des bergers galeux s'y étant lavés en auraient été guéris. Le silence qui s'est fait depuis 1675 jusque vers 1730, pourrait-on l'expliquer par la fameuse débâcle du lac Piuitors (1680) qui aurait encombré de rochers l'emplacement de la source? Je donne cette opinion pour ce qu'elle valoir, peut sans y attacher une grande importance.
Quoi qu'il en soit, voici ce que De-Tillier écrivait, en 1737, dans son histoire manuscrite du Val d 'A os te : Tout proche de cet endroit-là (Courmayeur) sur le finage de Pré-St-Didier, autre paroisse du mandement de Valdigne , il y a une autre source d'eau chaude qui serait très-propre et admirable pour des bains , mais comme elle se rencontre dans la pente d'un rocher extrêmement élevé
et perpendiculaire , et avec cela dans une gorge trèsresserrée tout joignant le bord et presque la surface de la rivière de Doëre qui la couvre la plupart du temps lorsque ses eaux grossissent par la fonte des neiges ou en empêchent l'abord, on ne peut guère s'en prévaloir aussi avantageusement qu'il conviendrait.
En 1752, l'administration provinciale, informée qu'à travers un tas de rocs sourdaient plusieurs filets d'eau chaude, fit entreprendre des déblaiements. En poursuivant les travaux, on découvrit la véritable source telle que nous l'avons décrite ci-dessus. Cette localité ne se prêtant guère à l'établissement de domiciles, on se contenta, pendant quelques années, de pratiquer des creux, assez mal abrités, dans le terrain qui avoisine la source.
Je ne sais sur quels documents s'appuient Bertini et Casalis pour dire que la source ne fut découverte que vers 1 770. Il est vrai que Berno, avant eux , avait avancé, faute de documents authentiques, sur la simple tradition populaire, qu'on en faisait remonter la découverte à M) et plus d'années (il écrivait en 1817). Mais, déjà en 1764, il devait y avoir des bains plus ou moins organisés à Pré-St- Didier; car nous y voyons accourir le Révd Père Cornut, barnabite à Aoste; en 1769 et 1770, le Frère Guillaume Ruth, du même ordre (1).
Quelques années plus tard , on choisit un emplacement
(4) 4764. Die 8» julii, ad balnea loci dicti Prê-St-Didier profectus estR. P. Dom. Josephus Cornut praepositus et 25a rediit.
4769. Die 45a julii, Frater Guglielmus Ruth, aegritudinis causa, ad salubria balnea parochiae Sancti Desiderii et rediit die 25 julii.
4770. Die 6a augusti Frater Guglielmus Ruth, agritudinis causa, profectus est ad salubria balnea Prali Sancti Desiderii et rediit 44a (ejusdem rnensis). — (Extrait d'un manuscrit ayant appartenu aux Pères Barnabites d'Aoste).
à 100 mètres en dessous de la source, toujours sur la rive droite du torrent. On y amena les eaux à l'aide de canaux en bois, pour 48 baignoires et une douche. Un pont mettait en communication avec la bourgade. Mais les malades ne passaient pas sans danger sur ce pont au sortir des bains, car ils y étaient assez souvent saisis par le froid-humide intense qui règne dans la gorge. Les canaux de conduite étaient en bois et mal abrités ; c'est assez dire qu'il se faisait une déperdition précieuse de calorique. La source elle-même était mal abritée contre les infiltrations des eaux de pluie; le nombre des baignoires ne correspondait pas à l'affluence toujours croissante des baigneurs ; les modes d'administration se bornaient aux bains et à une douche. Malgré tout ce que cet établissement laissait encore à désirer, le concours s'y maintint, tant l'efficacité de ses eaux était appréciée à sa juste valeur. En effet, en 1782, levêque de Bielle, Viancino Jules-César , des comtes de Torricella , partit d'Aoste le 2 juillet, pour aller prendre des bains à Pré-St- Didier. En 1789, la princesse de Cafignan et le prince son fils, père de Charles-Albert, se rendirent aux bains de Pré- St-Didier et y séjournèrent 40 jours.
Le besoin d'un nouvel établissement, moins éloigné du bourg, plus en harmonie avec l'affluence des baigneurs et les progrès de Part balnéaire , se faisait vivement sentir chaque jour davantage. Vers 1830 on construisit l'établissement actuel qui fonctionna dès 1834. Sans avoir un aspect grandiose , il plaît d'abord à la vue par son heureuse situation. A l'élégance dans l'architecture s'unit la plus gracieuse simplicité. Les cabinets de l'établissement, au nombre de 18, sont assez bien meublés; la propreté en constitue le luxe principal et rien n'est d'un plus grand prix aux yeux d'un pauvre malade que de sentir que partout on a
voulu aider, guérir, consoler, faire du bien plutôt que faire du bruit. Les baignoires, au nombre de 17, sont d'un beau marbre blanc. L'eau, conduite de la source par des canaux de plomb, conserve sa pureté et presque sa température primitives; distribuée dans toutes les parties de l'établissement, elle n'est administrée qu'individuellement c'est-à-dire dans des cabinets particuliers. On a très-bien fait de rejeter les bains ou piscines communes qui existent encore dans certaines eaux minérales. Est-il, en effet, dit Reveillé-Parise, un spectacle plus repoussant" que celui de voir, dans un vaste bassin, pêle-mêle, hommes, femmes, enfants, vieillards, des éthiques, des rachitiques, des dartreux, des impotents de toute espèce, groupés, serrés dans une eau fétide, quelquefois noire de boue et d'immondices, le tout sous la grotesque inspection d'un Commissaire de décence?
Un des pavillons de l'établissement a été décoré avec goût et simplicité, sinon avec richesse, pour les membres de la famille royale.
v/v w w \f\s\s\f w www'^ w w vv vv\/>yv\/\/\/\A/ vv\/v\/\/ w
Propriétés physiques.
Les propriétés physiques de l'eau de Pré-St-Didier, qui méritent particulièrement d'être examinées, sont sa couleur, son odeur, sa saveur, sa pesanteur spécifique, son dépôt, son volume et sa chaleur.
COULEUR* L'eau de la source se trouve dans un rocher composé de spath calcaire, de quartz et de mica , de fer et de plomb argentifère. Examinée dans un vase de cristal, l'eau dePré-St-Didier est d'une limpidité parfaite. Si parfois elle présente une teinte légèrement verdâtre, c'est lorsque les parois des bassins qui la contiennent sont elles-mêmes incrustées d'enduits de cette couleur. L'eau de la source présente le dégagement d'une multitude de bulles gazeuses qui viennent crever à la surface. A l'approche des orages
ou pendant les grandes chaleurs, on a remarqué que le dégagement des bulles à la source est plus prononcé ; les temps humides agissent en sens inverse. Mr Rotureau fait très-bien observer que l'eau de l'établissement est presque entièrement dépourvue des gaz qu'elle renferme au griffon.
ODEUR. Cette eau n'est pas douée d'odeur particulière; elle a simplement l'odeur de l'eau chaude ordinaire. Elle communique, à la source, une odeur particulière, fort agréable du reste, à une certaine racine qu'on y laisse macérer pendant quelque temps.
SAVEUR. Elle est douée d'une saveur sub-astringente qui n'exclut cependant pas une certaine sensation d'insipidité.
PESANTEUR SPÉCIFIQUE. Au moment de l'expérience , à la source , sa densité est moindre; à l'établissement , elle a paru acquérir une densité en rapport avec le degré de déperdition de calorique. En effet, si, à la pression de 74 5, la température étant de + 16 R., on compare sa pesanteur spécifique à celle de l'eau distillée , on trouvera qu'elle est, à la source, comme 100,074: 100,000, tandis qu'à l'établissementelle est comme 100,123: 100,000.
DÉPOTS. Elle forme, sur son passage et dans les baignoires, des incrustations calcaréo-ferrugineuses ocracées, rudes au toucher, assez styptiques au goût; ces incrustations sont inodores; elles sont facilement réduites en poudre de couleur cannelle.
VOLUME. L'établissement reçoit une masse d'eau plus
que suffisante (3 pouces) pour alimenter ses robinets. L'eau jaillit d'une fente de la roche où Ton peut à peine passer la main ; elle monte en bouillonnant comme une douche ascendante et repousse avec force la main qu'on place sur le jet.
CHALEUR. L'eau commune, portée au môme degré de chaleur que l'eau thermale de Pré-St-Didier , se refroidit plus rapidement que celle-ci. Elle a, à la source, une température de 28 1/2 (R.), tandis que le thermomètre marque + 18 au-dehors. Le froid, la chaleur, les variations atmosphériques ne la font pas varier. En 1808, Vassalli- Eandi l'a trouvée à 28 4/10 (R.), 95 de Fahrenheit. En 1816, à la mi-août, Berno Ta trouvée à 26 1/2 clans les bains, la température extérieure étant à + 7. Je n'ai constaté qu'une déperdition de calorique de 3/4 d'un degré aux bains du nouvel établissement, tandis qu'elle aurait baissé d'un degré entier aux vieux bains, au dire de Ruffinelli. Ceci tient évidemment à la nature des tuyaux de conduite, qui sont actuellement en plomb, assez bien murés dans leur trajet, tandis que ceux des vieux bains étaient en bois, mal abrités contre les vicissitudes atmosphériques.
DE LA CHALEUR DES EAUX THERMALES. On
s'est beaucoup occupé de la cause à laquelle les eaux thermales doivent leur chaleur. Je ne répèlerai pas ici toutes les hypothèses qui ont été tour à tour proposées pour en donner l'explication. Je ne rapporterai avec Mr Bertrand (1), Je ne rapporterai avec M. Bertrand, que celles des hypothèses qui ont compté le plus de partisans éclairés.
(1) Voyage aux Eaux des Pyrénées, in-8°, 1838.,
Argentier 3
Quelques physiciens frappés de l'universalité du fluide électrique dont l'intervention active se trahit depuis les phénomènes les plus imposants de la nature jusqu'aux réactions moléculaires insaisissables pour notre œil ; voyant ce fluide se produire en tous lieux par le contact de deux corps différents ; le retrouvant dans l'évaporation, la végétation, etc., où longtemps on avait été loin de supposer sa présence, ont attribué à ce fluide la thermalité des eaux. Mais cette cause est trop mobile pour expliquer un fait aussi constant que celui de la chaleur des eaux minérales. Les courants caléfacteurs devraient se faire sentir à toutes les profondeurs, et alors pourquoi les eaux profondes sont-elles les plus chaudes? Pourquoi trouve-t-on une source froide tout à côté d'une fontaine thermale? Quand la tension électrique est extrême dans l'atmosphère, elle exerce nécessairement une influence sur l'électricité du sol dont les courants doivent éprouver un accroissement d'activité et d'intensité. La température des eaux devrait donc s'élever momentanément alors, et pourtant le thermomètre n'annonce rien de pareil. Dans ce système, enfin, les eaux thermales seraient nécessairement le fait général, les eaux froides l'exception, car le fluide électrique agissant partout , on ne comprend pas pourquoi ses effets ne seraient point universels.
L'illustre Davy et M. Longchamp ont cru que les métaux encore inoxydés, renfermés dans les entrailles du globe, par la rapide décomposition qu'ils produiraient sur l'eau au moment du contact, dégageaient beaucoup de calorique et en même temps donnaient lieu à la formation des principes tenus en dissolution dans l'eau minérale. Mais, au milieu des séductions d'un pareil système, n'est-on pas tenté de se demander comment , sous l'influence de tant de réactions tumultueuses et progressives, concevoir la formation de ces
sources qui nous étonnent à la fois par la constance de leur température , de leur volume et des proportions de leur principes constitutionnels? Comment la dissolution de ces derniers serait-elle si régulière et si lente au milieu de circonstances pareilles? Les oxydes les plus solubles, les sulfures alcalins, ne .devraient-ils pas être entraînés en quantité plus forte?
Les volcans ont passé pour être la cause de la thermalité des eaux. Mais les volcans offrent des intermittences souvent fort longues; ils finissent par se refroidir et s'éteindre. Or les sources minérales sont régulières et presque toujours semblables à elles-mêmes après bien des années que tout mouvement volcanique a cessé. Et d'ailleurs, comment expliquer par ce moyen la chaleur des sources séparées par de grandes distances de toute influence de cette sorte?
L'existence du feu central , longtemps confondue parmi les erreurs et les préjugés des sciences encore dans l'enfance , commença à trouver crédit auprès de Descartes , de Leibnitz et de Buffon qui se fondaient, sur la forme de la terre, sur l'inclinaison de son axe de rotation, sur certaines observations comparées de températures superficielles et profondes.
M. Cordier, dans son Essai sur la température de finteneur de la terre (1827), puis M. Àrago, ont donné à cette théorie l'appui d'observations aussi nombreuses qu'exactes, de manière à rallier aujourd'hui la grande majorité des suffrages. Toutes les observations faites dans les mines profondes et les puits artésiens, toutes les données fournies par la température des sources jaillissantes concourent à prouver l'existence d'une chaleur souterraine croissante, audelà de la ligne de température fixe , et cet accroissement est d'un degré de thermomètre pour chaque cent pieds.
Voilà une cause universelle et constante à un effet dont la continuité même deviendrait, au besoin, une preuve de plus à l'appui de cette cause. On est autorisé à lui attribuer la thermalité des eaux minérales si Ton considère que .ces eaux viennent constamment de grandes profondeurs, et que partout où Ton a pu se rapprocher suffisamment de leur point d'origine, on les voit sortir du terrain primitif, c'est-à-dire de celui qui avoisine de plus près le feu central.
L'ensemble des faits recueillis et discutés par M. Arago (Annuaire du bureau des Longitudes, 1855), établit qu'il existe dans l'épaisseur du globe et à des profondeurs variables, des nappes liquides plus ou moins considérables. Ces eaux, en raison de leur poids et de l'inclinaison, circulent dans les fissures qui sillonnent les roches diverses , le calcaire surtout , ou s'interposent dans les cavités résultants des ruptures opérées par le retrait des couches solides de la terre. A mesure qu'elles descendent, elles se pénètrent d'une plus forte somme de calorique ; elles remontent ensuite sous l'influence de leur propre poids ou de la tension de leur vapeur, et de nouveau reparaissent à la surface du sol, encore imprégnées d'une somme de chaleur qui sera d'autant plus grande que le trajet de retour se rapprochera d'avantage de la direction perpendiculaire.
Mais les eaux qui circulent dans l'épaisseur des croûtes terrestres proviennent évidemment des pluies , car les fontaines qu'elles alimentent diminuent ou tarissent par les longues sécheresses et grossissent à la suite des fortes averses ou des fontes de neiges. Or, dans le eaux minérales on ne voit rien de ces alternatives. Ce seul fait a déterminé plusieurs auteurs à placer leur source dans des réservoirs intérieurs tellement profonds que les eaux de pluie ne puis-
sent y arriver. Cela admis,, comment s'approvisionnent ces réservoirs? Comment se compensent leurs pertes continuelles? Ce système n'est pas plus heureux que le premier; il va se heurter contre la môme objection du volume constant des sources. Sur ce point, comme sur tant d'autres, la nature ne nous a point encore livré son dernier mot. Quant à moi, je dirai avec Montaigne* Que scay-je?
-\y\/-v'A/\/\/v\/\/v\/vv\/vA/\jr\/v\/\^ ~<j\r\/\f\/\ris\/\/\/\j\/\/v\/\r\j\r\s\/\/\s
Propriétés chimiques; Analyses à diverses époques.
Connaître la composition chimique dune source, est-ce devancer l'expérience? Peut-on préjuger des propriétés d'après l'analyse et l'analyse d'après les propriétés? A cela je réponds que pour apprécier l'effet probable dune eau minérale, l'analyse chimique est d'un assez grand secours, tandis que l'analogie d'action avec d'autres eaux déjà connues peut également nous fournir des éléments d'appréciation sur les principes qui la composent.
Je ne veux pas m'abuser ici sur la valeur des analyses de certaines eaux minérales. Je sais trop que de simples différences, insaisissables, dans la combinaison moléculaire des éléments des eaux, peuvent entraîner des modifications dans leur mode d'action sur l'économie animale. Je sais
trop qu'une certaine puissance thermo-électrique qui est propre à un grand nombre d'eaux minérales et les rend si efficaces, se soustrait à nos moyens actuels d'investigation. Aussi Chaptal disait-il vrai en avouant qu'en décomposant les eaux minérales on nen dissèque que le cadavre. Ces eaux, transportées dans nos laboratoires sont, en effet, dans une condition presque analogue à celle des fluides exlraits de l'économie animale où l'analyse trouve tout, hormis le principe de vie. Je n'en exclus pas] même les analyses faites sur les lieux.
PROPRIETES CHIMIQUES.
Veau de la source ne change pas la couleur de la teinture de tournesol ni de celle du curcuma; la teinture de noix de galle n'y détermine aucun changement après quelques heures ; mais, par le repos, après quelques jours, elle y produit un léger brunissement; le cyanure ferroso-potassique, après quatre jours de contact, y produit, sous la lumière réfractée, une très-légère teinte azurée; l'eau de chaux , la potasse pure et l'ammoniaque y déterminent la précipitation de flocons blanc-jaunâtres; le chlorure de Baryum et Toxalate d'ammoniaque produisent un abondant précipité blanc; l'azotate d'argent produit, lui aussi, un abondant précipité blanc, partie caillebotté, partie pulvérulent et soluble dans l'ammoniaque ; le sulfate ferreux, après un contact de peu de durée, produit un abondant précipité rouge.
Leaa thermale , à rétablissement, jouit d'une densité plus grande qu'à la source , et fait pressentir la présence d'une somme majeure de substances salines en dissolution. Par l'ébullition, cette eau donne un précipité blanc-jaunâtre de la même nature, mais plus abondant que celui que fournit l'eau de la source. Les autres réactifs sus-indiqués donnent lieu aux mêmes phénomènes, à cette différence près, que les précipités sont plus abondants; la matière organique produit , à une température élevée, une quantité remarquable d'ammoniaque , et les cristaux de sulfate de soude sont obtenus en plus grande quantité (Abbene). L'eau de Pré-St-Didier rouit le chanvre en moins de 24 heures.
La matière d'incrustation, traitée par l'acide hydrochlorique, se dissout presque en entier après une vive effervescence, et laisse un résidu de 0,005 de silice. La dissolution hydrochlorique est légèrement jaunâtre, et produit, par l'addition du cyanure ferroso-potassique, un précipité abondant couleur d'azur; elle précipite aussi abondamment sous l'oxalate d'ammoniaque ; le liquide, séparé du précipité de couleur blanche, en fournit un second, à flocons blancs, à l'aide de la solution de potasse en excès.
Une certaine quantité de matière d'incrustation réduite en poudre, puis fondue avec la potasse pure, produit une masse de belle couleur verte qui, dissoute dans l'eau et filtrée, prend la couleur rosée sous l'action de l'acide chlorhydique et disparaît par l'ébullition.
ANALYSE DE GIOANNETTI
Sur 369 grammes d'eau de Pré-St-Didier il a trouvé :
Air fixe en liberté . . . grammes 0,108 59 Sel maria à base de Natrum . . 0,075 79 — à base de magnésie . . 0,006 89 Terre calcaire avec sélénite . . 0,122 37 Traces de fer
Vassalli-Eandi crut reconnaître dans cette eau la présence de Y acide sulfurique, du sulfate de chaux et du fer ; ce dernier était à l'état de combinaison et de dissolution (V. Mém. dé l'Académie des Sciences de Turin, an 1809). Les analyses particulières du professeur Bonvicino mirent aussi hors de doute la présence du fer. En 1822-1823, M. Ruffinelli entreprit une analyse qualitative de cette eau, dont il expédia plusieurs bouteilles au professeur Cantù; le chimiste turinais n'y put découvrir la présence de l'iode; il se contenta de conclure que la nature et la composition de cette eau n'avaient pas sensiblement changé depuis l'analyse qu'en avait faite Gioannetti. Plus tard, M. Cantù y découvrit le brome et l'iode en des proportions plus que suffisantes pour dissiper toute espèce de doutes sur leur existence.