Le Glacier d'Entrèves
DE COURMAYEUR AU LAC COMBALLES
On part du chef-lieu pour traverser la Doire près des bains de La-Saxe, et Ton se trouve au pied du Mont-Chétif. On suit un étroit sentier dans un vallon, au fond duquel on voit le glacier de le Brenva. On arrive bientôt à la chapelle du Berrié, puis l'on s'enfonce dans une magnifique forêt
de sapins et de mélèzes. Près de la chapelle du Berné, on admire des moissons de la plus grand beauté , et A'on se demande pourquoi le soleil qui les féconde et les dore, ne fait pas fondre la glace qui les touche. On descend un vallon assez agréable; puis, après une montée rapide, on arrive aux riants chalets de Veny. On traverse le torrent et l'on se trouve sur la rive gauche pour arriver au lac. Celuici est situé à l'extrémité d'une plaine à-peu-près ovale ; on l'appelle aussi le Lac de r Allée-Blanche. Il est formé par la réunion des eaux qui descendent du col de la Seigne et du glacier de l'Allée-Blanche. Ce lac n'est pas poissonneux. En 1792-1800, on a facilité l'accumulation de ces eaux, en pratiquant une digue et des écluses à l'extrémité par laquelle le lac se dégorge. En baissant les écluses, on faisait hausser le niveau des eaux du lac et l'on fermait ainsi de ce côté l'entrée du Piémont. La moraine du glacier de Myage borde le lac au nord-est. Le lac Comballes a 200 mètres de largeur sur 600 de longueur.
DE COURMAYEUR AU BARACON ET AU BERRIÉ-BLANC
Pour se rendre au Baracon, on se rend à La-Thuile (Pont-Seran), et là on dévie de la grande route par un petit chemin à droite qui conduit à Chavanne. Des pâturages supérieurs de Chavanne au Baracon on emploie une heure. On s'y rend sur l'herbe, à dos de mulet.
Le Baracon est un petit bâtiment de guerre placé en observation sur le point culminant de la montagne et dominant les deux versants. Des détachements de soldats sardes y étaient en vedette sous la Révolution Française et épiaient le passage des Français par l'Allée-Blanche.
A louest-nord du Baracon s'étale le superbe glacier de Myage sur une étendue de 5 lieues environ ; on a derrière soi les immenses glaciers de Rhuitor. On jouit de la vue de la chaîne méridionale du Mont-Blanc sur une étendue de plus de 12 lieues; on embrasse d'un seul coup d'œil les deux vallons de Ferret et de l'Allée-Blanche, depuis le col de la Seigne au couchant jusqu'au col Ferret au levant.
Pour ne pas revenir sur ses pas par le même chemin, du. Baracon on descend au nord vers la montagne de YArvieille. On tombe sur le lac des Combattes: on côtoie le glacier de Myage, on parcourt la petite et riante vallée de Veny; on traverse une noire forêt; on touche bientôt à la chapelle du Berrié, et vous voilà de retour à Courmayeur. On peut compter 4 lieues du Baracon à Courmayeur par Comballes, et 6 lieues de Courmayeur au Baracon par La- Thuile. Cette excursion, une des plus belles, des plus variées et des plus faciles que je connaisse, est donc possible en un seul jour.
Les voyageurs plus hardis quittent le Baracon pour atteindre le sommet du Berrié-Blanc d'où l'on jouit d'un coup d'œil plus grandiose et plus étendu. Le Baracon est à 400 mètres au-dessous du Berrié-Blanc. La cime du Berrié-Blanc est à 3170 mètres au-dessus du niveau de la mer, à 420 mètres au-dessus du Crammont, à 620 mètres audessus du Grand-St-Bernard , à 1000 mètres au-dessus du Petit-St-Bernard.
On compte trois heures de Courmnyeur à La-Thuile , et quatre de La-Thuile au sommet du Berrié-Blanc.
DE COURMAYEUR AU CRAMMONT
Le Crammont est très-escarpé du côté du Mont-Blanc et de Courmayeur. Il faut le prendre par derrière en faisant un grand détour. De Saussure fut le premier au sommet du Crammont en 1774. Il y retourna en 1778 avec Trembley et Pictet.
On part de Pré-St-Didier et, au bout d'une demi-heure, on trouve sur la route, à droite, un sentier qui traverse une forêt et mène au hameau des Chantons. On chemine d'abord entre des champs ; puis, par une pente pierreuse, on arrive aux pâturages. La montée est fort rapide; mais, comme il n'y a point de précipices, et que le sentier est assez praticable, on peut aller à dos de mulet jusqu'aux dernières mélèzes. De là, pour atteindre le sommet, en emploie une heure et un quart.
Du sommet du Crammont , on voit que le Mont-Chétif cache la vue de la vallée de Veny et de l'Allée-Blanche , mais le Mont-Blanc se présente de la manière la plus brillante et la plus commode pour l'observateur (De Saussure). On l'embrasse d'un seul coup d'oeil depuis sa base jusqu'à sa cime, et il semble avoir rejeté sur ses épaules son manteau de neiges et de glaces comme pour laisser voir à découvert la structure de son corps. Le Mont-Blanc élève,
tantôt dans les cieux, tantôt dans les nuages, sa cime majestueuse sur une chaîne de plus de cent lieues d'étendue. Les montagnes voisines semblent là, humblement inclinées au pied du trône de leur souverain , et comme pour lui rendre hommage et lui faire la cour.
Taillé presque à pic dans une hauteur perpendiculaire de 2995 mètres , les neiges et les glaces ne peuvent s'arrêter que dans un petit nombre d'échancrures. Sa forme paraît celle d'une pyramide qui présente au sud-est , du côté du Crammont, une de ses faces.
L'inclinaison du Crammont et de sa chaîne est un phénomène commun à toutes les montagnes primitives dont c'est une loi générale que les secondaires qui les bordent ont de part et d'autre leurs couches ascendantes vers elles. C'est sur le Crammont que De Saussure fît pour la première fois cette observation, alors nouvelle.
Du sommet du Crammont, les glaciers de Myage et de la Brenva attirent surtout l'attention. Plus loin , on remarque le col du Géant par lequel on passe pour aller à Chamonix, les grands et les petits «Forasses, les vallées d'Entrèves et de Courmayeur , le col Ferret , le col Serena , les vallées d'Aoste et de Cogne, le Mont-Vélan, les montagnes du Grand et Petit-St-Bernard ; les vallées d'Elèva et de La-Thuile que domine l'immence glacier de Rhuitor, réuni à ceux de Valgrisanche et Yalsavaranche, le Mont-Emilius, le Mont-Nona et la Grivola.
Les six heures que je passai en deux fois au sommet du Crammont sont certainement , dit De Saussure , celles de ma vie dans lesquelles j'ai goûté les plus grands plaisirs que puissent donner la contemplation et l'étude de la nature.