PAR M. LE PROFESSEUR BORSARELLI DE TURIN
2,500 grammes de cette matière contiennent:
Silice 0,180
Acide arsénieux 0,184
Oxide de fer 1,460
Carbonate de chaux 0,154
Eau d'hydratation 0,406
Sulfate de soude
Chlorure de calcium
Alumine \ 0,116
Matière organique
Perte
Total . 2,500
M. Righini a trouvé du bicarbonate de fer et du protoxyde de manganèse; il n'a pu découvrir l'arsenic.
M. Borsarelli, n'ayant pu constater la présence de l'arsenic dans un litre d'eau, fut plus heureux en opérant sur cinq. L'arsenic est ici à l'état d'arsénite de fer et dans une proportion moindre de 1 {40,000. Si, pour dissoudre 0,125
(1) V. Giornale délia R. Accademia medico-chirurgica di Torino, 20 settembre 1850.
milligrammes cTarsénite de fer, il faut 5 litres d'eau, en buvant deux litres de cette eau par jour, on n'introduirait dans le corps que 0,050 milligr. d'arsénite de fer.
L'étude comparative des analyses que je viens de rapporter pourrait me suggérer des réflexions nombreuses, importantes. Je ne veux guère m'exposer à dépasser les bornes d'un ouvrage de cette nature.
Il suit de la découverte de M. Borsarelli, que nous venons de signaler, plusieurs conséquences importantes ; celle-ci entre autres: c'est que l'influence qu'on attribuait à certains sels peut être revendiquée, par l'arsenic, en bonne partie du moins.
L'efficacité du bain thermal n'est pas toujours en raison directe de son degré de minéralisation, témoins les bons effets qu'on observe chaque jour près des sources qu'on appelle faibles en France, indifférentes en Allemagne.
L'arsenic est un de ces médicaments qui produisent souvent des effets plus salutaires à faible dose qu'à dose élevée. Les bains de Pré-St-Didier n'agiraient-ils pas homœopathiquement?
La présence de l'arsenic, dans les eaux de Pré-St-Didier augmente certainement de beaucoup leur action médicale; elle aide beaucoup à expliquer la guérison des plaies anciennes, celle des maladies nerveuses, rhumatismales, des gales, dartres, etc. ; elle explique aussi la longue durée de son action sur les malades, et comment il arrive que ce n'est souvent que plusieurs semaines après avoir fait usage de nos eaux que l'on obtient la guérison attendue. Cette action prolongée qu'on peut attribuer à l'arsenic, vient de ce que, son affinité pour les matières animales étant puissante, ses combinaisons peuvent rester longtemps dans l'économie et a^ir sur elle.
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Modes d'administration..
Dans certains établissements thermaux, les eaux, trop brûlantes pour être immédiatement employées, sont refroidies au contact de l'air; dans d'autres, leur température se trouvant inférieure à celle qui convient au bain, il faut les chauffer artificiellement; dans l'un et l'autre cas, elles sont exposées à perdre une partie de leurs principes actifs et surtout les gaz qu'elles contiennent (Despine fils). Aucun de ces inconvénients n'a lieu pour les bains de Pré-Sl-Didier.
Ne variant jamais dans sa composition, l'eau de nos bains est un médicament sur lequel on peut toujours co mpter. Sa température naturelle (28 1|2 R.) (95 Fahrenheit) est pour ainsi dire placée sur les limites du bain tempéré et du bain chaud ; elle constitue comme une transition entre ces deux ordres de température; elle a en outre l'avantage de ne pas contraster avec la douceur du climat.
Argentier 4
Les modes d'administration les plus employés chez nous sont la Boisson, le Bain simple et la Douche diversement modifiée selon les cas.
BOISSON. Berno conseille les eaux de Pré-St-Didier en boisson comme toniques-astringentes. Ruffinelli ne veut pas qu'on administre ces eaux à l'intérieur. 11 fonde sa manière de voir sur leur pesanteur, sur leur température et leur saveur. Il les accuse de disposer aux calculs urinaires.
La saveur et la température d'une eau ne sont pas, selon moi, des causes suffisantes pour qu'on recule devant son emploi. La pesanteur nous dit qu'elle doit être promenée, c. à. d. qu'après l'avoir bue il faut prendre un exercice modéré : les eaux de Pré-St Didier, bues à la température qu'elles offrent aux robinets de l'établissement et à la source, sont moins pesantes, fades et nauséabondes que lorsqu'on les a laissées refroidir, car elles sont alors plus gazeuses. La température est donc loin d'être ici un motif de proscription.
Quant à la formation de calculs que notre eau pourrait favoriser, je ne sache pas que l'expérience ait confirmé ces appréhensions par trop chimiques, selon moi. Du reste, les effets diurétiques de notre eau me paraissent assez propres à rassurer contre de tels inconvénients.
Le nombre des verres à boire varie selon les individus et la nature de la maladie. Ce traitement n'est, du reste, jamais employé seul, c. à. d. sans douche ni bain. L'intervalle qu'il faut laisser entre chaque verre d'eau varie selon la force digestive de l'appareil alimentaire ; dix minutes suffisent ordinairement, mais on doit toujours attendre que la digestion du premier verre soit faite avant d'en prendre un second. Il faut commencer par de petites doses
et n'arriver que lentement et graduellement à des doses plus fortes. Les personnes qui négligent cette précaution ne tardent pas à éprouver ou une constipation opiniâtre accompagnée de coliques, ou une diarrhée douloureuse.
BAINS. C'est le mode d'administration le plus fréquemment employé chez nous. Pré-St-Didier appartient à la classe des bains chauds. Se trouvant de quelques degrés au-dessous de la chaleur du sang, la température de nos bains modère celle de l'économie.
Bien que des personnes, aussitôt arrivées, prennent, pour gagner du temps, deux bains par jour, il est mieux, selon moi, de procéder graduellement. Ainsi, le jour de l'arrivée on se repose. Le lendemain, on prend un bain de 40 minutes: celui du jour suivant sera d'une heure; on arrive ainsi jusqu'à prendre, chaque jour, deux bains d'une heure et même d'une heure et demie. Plusieurs malades, pendant ce temps, s'y massent avec succès.
Je ne puis m'empêcher de dire ici deux mots du
MASSAGE. Il consiste, la plupart du temps, en frictions exécutées, à l'aide de deux doigts seulement, le long des muscles sous-cutanés que l'on pince plus ou moins fortement. On se sert, chaque jour, du massage avec succès pour aider la guérison d'un grand nombre d'affections chroniques, surtout des rhumatismes. Les personnes qui s'y soumettent prétendent éprouver par cette manœuvre une indicibile sensation de bien-être et d'excitation ; il leur semble que l'élasticité musculaire de la jeunesse se réveille sous la main qui les presse, que les forces se rétablissent, que le jeu de toutes les fonctions s'exerce plus librement. Il est d'expérience que, dans les rhumatismes aigus non fébriles, dans les rhumatismes chroniques, dans les para-
- 52 ~ lysies qui sont en voie de guérison, dans l'impuissance vénérienne, cette médication est suivie d un heureux résultat.
DOUCHE. La douche consiste à exposer une ou plusieurs parties du corps à la percussion d'une colonne d'eau dont la température, le diamètre et la hauteur de la chute varient ( Despine). On y associe assez souvent l'immersion des pieds dans l'eau chaude; cette précaution sert à détourner le sang de la tête et à prévenir des congestions cérébrales. Des ajutages nombreux, des tuyaux en cuir nous permettent d'appliquer des douches à presque toutes les parties du corps.
La colonne d'eau agit tantôt de haut en bas, dans le sens de la force de gravitation, tantôt elle agit en remontant, tantôt on la dirige horizontalement ou obliquement. Nous employons la douche simple, c'est-à-dire à la température habituelle de l'eau, ou bien elle est chauffée. La douche peut être générale ou locale. Elle est aussi révulsive ou dérivative selon qu'on l'applique directement sur le mal ou sur un point plus ou moins éloigné de celui-ci. Le choc peut en être adouci à volonté, ou bien elle tombe avec toute la force de pression ; dans ce cas , elle prend le nom de grande chiite. Elle n'est, à Pré-St-Didier, que de 1 mètre 80 cent.
Pour obtenir le plus grand effet d'une douche, il faut bien affermir la partie qu'on y soumet. Il faut donc que cette partie soit appuyée et le corps soutenu, la peau et les muscles dans le plus grand relâchement possibile; que les muscles, par conséquent, soient à demi fléchis, et que le malade s'abandonne sans aucun effort.
Le malade reçoit ordinairement la douche, étant couché
sur un lit de sangle, la tôle et le haut du corps plus ou moins élevé, ou bien il est assis sur une escabelle, ou étendu sur un coussin de paille ou de crin. Les paralytiques doivent être placés dans un fauteuil adapté à leurs infirmités.
La température de la douche varie suivant les indications à remplir; il en est de même de sa durée. En général, elle est de 20 à 30 minutes; elle doit être moindre, ses intervalles moins rapprochés, pour les personnes sensibles et irritables, pour les femmes et les enfants surtout.
Les douches locales peuvent se prolonger davantage: mais ici, comme dans tout traitement méthodique, il ne faut augmenter la force et la durée des agents médiateurs que graduellement. .
La douche ascendante est surtout employée pour déterger les abcès du périnée, pour faire des injections rectales et vaginales, pour les injections dans le nez, sous le jarret, les aisselles, etc. Le malade, assis sur une chaise disposée à cet effet, peut facilement diriger lui-même l'ajutage.
La douche doit-elle être générale ou locale? Une pratique banale, admise chez les baigneurs, consiste à faire administrer la douche précisément sur l'endroit correspondant à la douleur. Eh bien! c'est là un très-grave abus, qui devient la source d'une foule d'accidents. En effet, toutes les fois qu'une affection, même chronique, conserve encore un certain degré d'excitabilté, la douche locale est dangereuse, en réveillant les douleurs et l'inflammation au-delà du point nécessaire pour en opérer la résolution; et bien qu'il soit établi et reconnu qu'une inflammation chronique ne guérit qu'à la condition de passer à l'état aigu, on se tromperait d'une manière étrange en envisageant cette proposition comme absolue , et en se figurant qu'il suffit
d'abandonner au hasard le soin d'en régler l'intensité (Turk).
La douche locale n'est pas très-souvent applicable; elle ne devient nécessaire que dans les cas où l'état chronique est très-invétéré et s'accompagne d'un état d'atonie qu'il est important de stimuler d'une manière vigoureuse. Dans toutes les autres circonstances, l'excitation produite par la douche générale sur la peau et tout l'organisme, devient en général suffisante pour dissiper une affection locale, en raison de ce principe physiologique que toutes les fois qu'un organe est dans un état de souffrance, c'est sur lui en particulier que vont retentir toutes les stimulations subies par le malade.
Il faut cultiver la sueur qui succède à la douche.
Les effets de la douche peuvent être modifiés par le massage et l'alternat entre des bains et des jours de repos.
La douche générale, avec ou sans massage, est employée dans les paralysies, les affections rhumatismales, l'impotence des membres à la suite des fractures, luxations, entorses, tumeurs blanches, fausses ankyloses, etc.
La pression exercée par l'eau et le choc produit sur la partie souffrante sont d'autant plus vifs que la colonne de liquide tombe plus perpendiculairement à la surface qu'elle frappe. Les malades négligent généralement ce principe et flattés par la sensation plus douce qu'ils éprouvent, ils disposent les membres d'une manière oblique à sa direction. La douche ne fait alors qu'effleurer la partie sur laquelle on voulait concentrer toute sa force: ses effets deviennent presque illusoires, et elle ne remplit qu'imparfaitement l'indication qu'on s'était proposée (Despine). La douche ainsi mitigée peut servir dans les engorgements froids articulaires, bornés à une petite étendue, dans les
obstructions viscérales superficielles, car on n'a pas besoin dans ces cas de porter dans l'exercice des organes le trouble et le mouvement qui sont inséparables des douches à forte percussion.
L'établissement de Pré-St-Didier possède un cabinet pour des bains de vapeurs. Quatre chambres à lit sont continues et permettent aux malades, au sortir du bain, de prendre quelques heures de repos.
Tels sont les modes d'administration de nos eaux de Pré-St-Didier, l'organisation de l'établissement n'est pas telle qu'elle puisse rendre tous les services que l'humanité a le droit d'en attendre. Ces améliorations, que commandent l'intérêt des malades, celui de l'établissement et du pays même, sont le but vers lequel doit viser désormais l'autorité supérieure. Ainsi (pour ne citer que quelquesunes des réformes à introduire) il ne faut pas laisser régler la distribution des bains par le fermier, mais par le docteur de l'établissement, ainsi que cela a lieu dans les principaux établissements de France et d'Allemagne.
Il y aurait avantage, progrès réel, à l'introduction de masseurs et de masseuses, d'une douche écossaise notamment, supprimer les ajutages de fer-blanc, etc.
Pourquoi ces bains vieux qui remplissent si mal les conditions d'un bon traitement, sont-ils réservés aux pauvres du pays sous des conditions qui les leur rendent inaccessibles la plupart du temps? Il ne faut pas vouloir le bien à demi ni seulement pour avoir l'air de le vouloir*
La province devrait se dessaisir de la propriété de ces bains; elle dépense proportionnellement beaucoup et assez mal, et les eaux ne reçoivent pas tout l'essort qu'une société d'actionnaires peut seule leur donner.
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Principes hygiéniques à observer.
Pour augmenter la bienfaisante action des eaux de Pré- St-Didier, il faut que le malade fasse un exercice journalier, mais toujours dans la mesure de ses forces. Des courses bien ménagées sont toujours au profit de la santé.
Quoique les variations du climat soient ici moins à redouter que dans d'autres pays de montagne, il est bon que les malades en traitement aient des vêtements chauds, ceux que , dans les pays de plaine , on porte à la fin de l'automne.
Quoique bien vêtus, les malades devront éviter de se promener après le coucher du soleil, à l'heure de la chute du serein. Cette précaution est d'autant plus nécessaire que la peau, excitée par l'action des bains, à vapeur surtout, est très-impressionnable aux influences atmosphériques. Au sortir du bain, pour se rendre à l'hôtel, un manteau est nécessaire.
Un appétit assez vif se prononce assez souvent, au bout de quelques jours, et les malades s'y laissent d'autant plus facilement aller qu'ils le regardent comme un commencement d'amélioration. Il est bon de se mettre en garde de ce côté, car cet appétit est souvent tout artificiel; il résulte de la stimulation imprimée par les eaux, et si on le satisfait trop complètement, des indigestions ne manquent pas de s'ensuivre, car alors l'estomac a plus de désirs que de puissance.
On peut établir en principe que, pendant le traitement par les bains de Pré-St-Didier, l'hygiène devra soutenir l'économie sans cependant trop l'exciter. 11 faut faire usage d'aliments de nature végétale et animale, de manière à atténuer par cette combinaison les propriétés trop exclusives de chaque nature d'aliments en particulier.
Les viandes, fumées, la viande de porc, les anchois, les sardines, les pâtisseries, les fritures où le beurre et la graisse dominent, sont des aliments très-lourds, très-indigestes.
Il est bon de ne pas dormir après dîner, sauf que l'habitude en ait fait un besoin impérieux.
Ce sommeil est réparateur; il laisse souvent la bouche amère, pâteuse et la tête pesante pour le reste de la journée.
Les baigneurs doivent se lever d'assez bonne heure, parce que rien ne débilite plus que le lit après le sommeil naturel. Est-il nécessaire d'ajouter qu'ils devront éviter les veillées et toute contention d'esprit sérieuse et prolongée, les passions extrêmes?
Il faut ne s'occuper que de sa guérison. « Laissez, dit Àlibert, laissez, en franchissant le seuil du temple d'Esculape, laissez à la porte toutes les passions qui ont agité vo-
tre âme, toutes les affaires qui ont si longtemps tourmenté votre esprit ».
Il faut s'abstenir du bain lorsque le corps est très-fatigué ou en sueur, et ne jamais y entrer que 4 à 5 heures après avoir mangé et autant que Ton ne ressent pas de pesanteur à l'estomac; l'oubli de cette précaution a souvent causé des syncopes alarmantes , l'apoplexie même. Durant la digestion, l'estomac devient un centre de fluxion où les forces vitales se concentrent, où les liquides affluent de toutes parts ; les bains contrarieraient l'ordre de la nature en établissant un mouvement du centre à la circonférence.
Les femmes devront renoncer au bain pendant la durée de leurs règles.
J'ai souvent entendu des sujets fort irritables se plaindre d'une agitation excessive à la suite des bains. J'ai pu me convaincre , dans la plupart des cas , qu'ils faisaient usage, pour s'essuyer, de linges trop chauds, ou qu'ils faisaient trop élever la température de l'eau de la douche; cet agacement de nerfs (comme ils l'appelaient) disparaissait par le simple changement de température des linges employés ou de la douche.
Parfois des écarts de régime, des exercices trop violents et prolongés, un foyer latent d'irritation ou de phlogose, contrarient le traitement par nos bains en ce qu'elles font marcher trop vitement la stimulation de tout l'ensemble organique. Alors il survient des lassitudes générales, des bouffées de chaleur mordante, les nuits sont agitées et sans sommeil, l'appétit disparaît, la langue blanchit et sèche, la soif s'allume. 11 faut alors suspendre le traitement pour quelques jours, si on en est au début, et le cesser tout à coup s'il est assez avancé. Il faudra aussi s'imposer un régime doux plutôt que tonique. Si l'embarras des premières voies
persiste, avec constipation opiniâtre, il faudra la combattre par la limonade purgative au citrate de magnésie et autres moyens appropriés.
Les personnes d un tempérament bilieux sont plus sujettes que les autres à ressentir des dérangements dans les fonctions digestives, mais ces dérangements se dissipent le plus souvent par le repos et en faisant usage d'une tisane amère rendue légèrement purgative.
Durant le traitement, il est bon de suspendre 2 ou 3 jours l'emploi des bains pour les reprendre ensuite. Cette méthode dispose les organes à une tolérance plus grande et permet, en conséquence, d'en prolonger l'emploi.
La composition de l'eau de Pré-St-Didier nous dit assez qu'on doit en faire usage longtemps , car c'est dans cette impression lente et souvent répétée que consiste une partie de leur puissance curative dans les modifications morbides qu'elles sont appelées à traiter d'une manière douce et continue.
C'est une erreur de croire qu'il faut terminer le traitement minéral par une purgation. Si l'appétit est bon, si les digestions s'exécutent facilement, si l'on n'a point commis d'excès dans le régime, il faut s'abstenir de se purger.
Il est bon de ne partir qu'un ou deux jours après avoir cessé de prendre des bains, de s'en retourner à petites journées et de saisir, en voyageant, les moments où les chaleurs sont moins fortes. Après le départ il faut encore, pendant un mois, suivre le régime qu'on a observé; l'expérience a prouvé que l'action de nos eaux se prolonge même après en avoir interrompu l'emploi, et que la guérison commencée à la source s'achève, se confirme lorsqu'on est de retour dans ses foyers.
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Effets des bains de Pré-St-Didier.
1° Sur le tube digestif. L'action des bains de Pré-St- Didier sur le tube digestif est tonique ; ils excitent l'appétit, activent la nutrition et l'assimilation, et par là réagissent sur tout l'organisme. L'eau, prise en boisson en trop grande quantité , cause des douleurs sourdes à l'épigastre et de la céphalalgie.
2° Sur la circulation. La circulation reçoit, elle aussi, une impression marquée; le cœur bat avec plus de force et de fréquence, le pouls s'élève, il y a tendance aux congestions cérébrales ; les vaisseaux capillaires fonctionnent plus complètement, tout l'organisme se ressent bientôt de cette sur-activfté; le système musculaire semble gagner plus de force et d'élasticité.
3° Sur la respiration. C'est une action toute secondaire et sympathique que celle de ces eaux sur les organes de la respiration. Cependant les poumons deviennent plus excitables, leurs mouvements de dilatation plus étendus, l'air qui y pénètre est plus promptement décomposé , et cela devrait être pressenti par les modifications déjà éprouvées par le sang qui, recomposé d'une façon plus conforme à la nature,
a besoin de s'emparer d'une plus grande quantité d'oxygène.
4° Sur l'appareil g enito-ur inaire. La circulation capillaire de l'utérus, trop souvent languissante, se trouve excitée mécaniquement et chimiquement par l'activité générale et la présence de nouveaux principes constituants dans le sang qui y arrive. Après un court séjour dans le bain, on éprouve des envies d'uriner. Cet effet, qu'on a cru devoir attribuer à la présence de Y acide sulfurique, est propre à tout bain tempéré, ou à peine chaud.
5° Sur le système nerveux. L'obscurité qui enveloppe les fonctions du système nerveux m'impose de suspendre toute explication. L'eau minérale étant un médicament complexe dans ses éléments d'action curative, des explications dans ce sens seront toujours difficiles à donner. On pourrait avancer que, pour guérir les paralysies sans lésion organique, ces eaux agissent vraisemblablement en rétablissant l'équilibre et le cours ordinaire de l'innervation. Les effets de l'eau sur le système nerveux ne sont que secondaires à la régularisation des fonctions digestives, à l'activité imprimée à l'assimilation.
6° Sur V enveloppe cutanée. Au moment de l'immersion dans nos bains, sensation de chaleur douce et agréable perçue dans toute la surface de la peau et qui semble se répéter dans les viscères; expansion des liquides de l'économie, et relâchement de la peau dont les débris épidermoïques se détachent et viennent flotter à la surface de l'eau.
Au lieu d'augmenter la transpiration cutanée, de déterminer une éruption critique, une sorte de poussée, les bains rendent les bulbes pileux plus saillants et la peau devient rude au toucher, probablement à cause [de l'action des principes mangano-ferrugineux et du sulfate de chaux qu'ils contiennent.
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Maladies traitées avec succès par les bains de Pré-St-Didier.
Je range ici les principales d'entre elles d'après leur affluence dans notre établissement:
1° Les rhumatismes chroniques apyrétiques ;
2° Les paralysies avec ou sans atrophie musculaire ;
3° Les manifestations diverses de la maladie scrofuleuse;
4° Les convalescences longues , pénibles de maladies graves ;
5° L'épuisement nerveux de causes diverses, avec ou sans pertes séminales, avec ou sans stérilité;
6° Les ulcères a toniques, les plaies d'armes à feu avec ou sans rétraction musculaire ;
7° Les ankyloses naissantes, l'impotence des membres à la suite de fractures, entorses, etc. ;
8° Les flux divers chroniques apyréliques ;
9° Le scorbut;
40° L'incontinence d'urine par faiblesse nerveuse; 11° L'œdème froid des extrémités.
Je ferais un volume si je voulais appuyer l'énoncé de chaque propriété d'observations particulières ; j'en possède néanmoins de très-remarquables , recueillies soit dans ma pratique, soit dans celle dune foule de confrères instruits et consciencieux.
Les bains de Pré-St-Didier constituent un agent thérapeutique des plus efficaces dans cette nombreuse classe de maladies apyrétiques qui commandent l'emploi des toniques, alors que, tout principe morbide ayant été éliminé , il ne s'agit plus que de renforcer la fibre; ils conviennent de même à ceux qui ont de la peine à se remettre de maladies graves, dont la convalescence ne marche pas vite, parce que leurs fonctions digestives ne s'exécutent pas ou mal. Il est bien entendu qu'il ne doit y avoir ni inflammation ni phlogose.
Semblables, en ceci, à celles de Barèges et d'Aix, nos eaux favorisent la formation des cicatrices et fortifient celles qui, tendres encore, ont besoin d'être raffermies.
J'ai vu à Pré-St-Didier des douches à légère percussion, dirigées sur les parties latérales et supérieures du col, hâter d'une manière remarquable la résolution de certains engorgements strumeux.
Dans le traitement des pâles couleurs (chlorose) nos bains secondent admirablement les préparations ferrugineuses. • ,
L'aménorrhée, quand elle dépend d'atonie de l'organisme, lorsque la nature manque d'énergie pour déterminer l'éru-
ption menstruelle , est avantageusement traitée par nos bains.
Six lotions, avec l'eau de Pré-St-Didier , suffisent, en moyenne, pour faire tomber les croûtes de lait; les bains et lotions ont été trouvés fort utiles dans le cas de gale fort invétérée, etc. etc.
La prédominance du système lymphatique chez les enfants , les tremblements nerveux , suites d'excès dans les plaisirs vénériens, les hémorrhagies passives pures et simples, les sueurs atoniques avec état général indéfini (mais sans phlogose ni irritation patentes), se trouvent très-bien de l'usage de nos eaux.
Quatre à huit bains de Pré-St-Didier suffisent pour donner des forces à ceux qui descendent de Courmayeur, guéris mais trop faibles pour entreprendre un voyage plus ou moins long dans la saison d'été.
Enfin, les bains de Pré-St-Didier sont depuis longtemps réputés comme souverainement efficaces pour enrayer les effets des progrès de l'âge. Je pourrais citer une foule de personnages distingués, preuves vivantes de ce que j'avance.