CHAPITRE YI
De la paix d'Utrecht, à celle d'Aix-la-Chapslle (1713-1T48).
SOMMAIRE
1-2. Fondation de Louisbourg. — 4. Les Anglais attaquent les Abénaquis. — 4. Massacre du P. Rasle. — 3. Progrès de la Colonie. — 5. Naufrage du Chameau. — 6. MortdeM.de Vaudreuil. — 7. M. de Beauharmis, erouverncur-irénéral. — 8. Mort de Mgr. de Sa nt- Valier, — 8. Mgr. Dosquet, coadjuteur de Mgr. de Mornay. — 9-10. Expédition contre les Outugamis. — 11-13. Fort de la Pointe à la €hevelure. — 14. Mgr. de l'Auberivière, évêque de Québec, sa mort.— 14. Mgr. de Pontbriand, évêque de Québec. — 15. Prisede Louisbourg. — 16-18. Dé-a-tre de la flotte du 'iuc d'Anville. — 16. Le marquis de la Jonquière pris par ks Anglais. — 19-20. M. de la Galissonnière remplace M. de la Jonquière ad intérim. — 21 Traité a'Aix-!a Chapelle.
1. Immédiatement après la cession de l'Acadie à l'Angleterre, on songea à fonder, dans Tile du Cap- Breton, appel e dès-lors Ile-Royale, un établissement solide avec une place fortifiée ayant un bon havre. La ville qui s'y éleva bientôt fut nommée Louisbourg.
2. Le marquis de Vaudreuil, de concert avec M. Begon, intendant du Canada, s'occupa, en 1T14, du soin de fortifier et de peupler la colonie. Ils écrivirent
an ministre pour lui demander un renfort de troupes, et des ressources pour l'augmentation du nombre des colons, Ils lui repiésentèrent que comme la colonie n'avait encore que 448-i habitants en état de porter les armes, de 16 ans à 60, tandis que les colonies anglaises en avaient 60000, on ne pouvait douter qu'à la premièie rupture, elles ne fissent un suprême effort pour s'emparer du Canada.
3. La paix permit au gouverneur de faire continuer les fortifications de Québec. La population de cette ville, en 1720, était de 7000 per.>;onnes, et celle do
1. A quoi songea-t-oû, aussitôt après la cession de l'Acadie à l Augleterre? .'uel nom donna-t-on à la ville qui s'y éleva? — 2. Que fit ie marquis de Vaudreuil, en 1714 ? — 3. Quel bien la paix proour»» t-eUe à lu colonie ?
Montréal, de 3000. En 1723, l'on construisit à Québec deux vaisseaux de guerre et six bâtiments marchands, qui firent voile pour la France, cette même année,' chargés^ de productions du pa^'s. Ces productions consistaient en pelleteries, bois de merrain, goudron, tabac, farine, pois et lard salé. Ce commerce d'exportation, florissant pour le temps, était dû à la tranquillité dont le Canada jouissait alors.
4. Au mois d^aoùt 1724, 280 Anglais, soutenus par une bande d'Iroquois, tombèrent, vers trois heures du matin, sur un village d'Abénaquis, et tuèrent hommes, femmes et enfants. En entendant le bruit, le P. Rasle sortit de sa chapelle ; voyant ses chers chrétiens aux prises avec les Anglais, il s'avança sans crainte vers les assaillants, dans l'espérance de détourner leur attention des femmes et des enfants qui fuyaient. A peine eut-il été aperçu que tous les fusils'anglais furent tournés contre lui ; une grêle de balles l'atteignit, et il tomba mort au pied d'une croix qu'il avait plantée. Sept sauvages qui s'étaient portés à son eecoui's, tomb rent à ses côtés.
" Des Sauva^-es, " dit le P. de Charlevoix, '• trouvèrent le P. Pasle percé de coups, la chevelure enlevée, le crâne brisé à coups de hache, la bouche et les y«ux remplis de boue, les os des jambes fracassés, et tous les membres mutilés. Yoilà de quelle manière fut traité un prêtre, dans sa mission, au pied d'une croix, par ces naêmes hommes qui exagéraient si fort, en toutes occasions, les inhumanités pi-étendues des sauvages chrétiens, qu'on n'a jamais vus s'acharner ainsi sur les cadavres de leurs ennemis. "
5. En 1725, un vaisseau français, le Chameau, venant à Québec, se brisa sur la côte de l'Ile-PiOj^ale, près de Louisbourg. Les 250 passagers qu'il avait à son bord et tout l'équipage périrent. Pai mi les passagers, il y avait plusieurs otiiciers de la colonie, des prêtres séculiers, des Jésuites et des Eécollets. Le lendemain *
4. Que firent les Anglais au mois d'août 1724? Comment le Père Kasle fut-il traité?- 5. Quel accident arnva-t-il, en 1725, à un vaigeeau français appelé le Chameau?^
! 1728] CE BEAUHARXAIS. 95
la côte parut toute couverte de débris et de cadavres.
6. Cette même année, la colonie perdit 31. de Vaudreuil. Il mourut à Québec, le 10 octobre, après avoir gouverné le Canada 21 ans. 31. de Longueuil, gouverneur de ilontréal, prit les rênes de radminiï>tration par intérim.
7. M. de Yaudreuil eut pour successeur le marquis de Beauharnais. Celui-ci arriva à Québec vers la fin d'août 1726, avec le nouvel intendant, M. Dupuy. personnage instruit et accoutumé aux affaires, qui venait remplacer M. Begou.
8. A la fin de décembre 1727, le Canada eut à déplorer une nouvelle perte dans la personne de son second évêque, 3Igr. de Saint- Valier, qui mourut à l'Hôpital-Géneral de Québec. Il eut pour successeur Mgr. de Mornay, son coadjuteur. !Mais ce dernier était alors en France, et ne pouvait se rendre dans son diocèse à cause de ses infirmités. Il obtint pour coadjuteur 31. Bosquet, qui fut sacré sous le titre devêque de Samos, et qui, quatre ans plus tard, devint évêquo de Québec par la démission de son titulaire.
9. Le premier soin du marquis de Beauharnais, aussitôt après son arrivée en Canada, fut de porter la guerre chez les Outagamis ou Eenards, qui continuaient leure pillaixes et leurs assassinats contre les Sauvages alliés des Français. Sa petite armée était composée
^de 1200 hommes, tant Français que Canadiens, Huîbns, Iroquois, Outaouais et Xipissingues. Commandée par 31. de Li.f^neris, elle partit de 3Iontréal en canots, le 5 juin 1T28, et fit route par la rivière des Outaouais, le lac Xipissingue et la rivière des Français, d'où elle entra dans le lac Huron, traversa le. lac 3Iichigan, et arriva au village des Sakis, alliés des Eenards.
6. Quelle perte la colonie fit-elle cette même année? — 7. Quel fut le successeur de M. de Vaudreuil? — 8. Quelle perte le Canada eut-il à déplorer en 1727 ? Quel fut le successeur de Mgr. de Saint- Valier? Qu'était Mgr. Dosquet?— 9. Quel fut le premier soin du marquis de Beaubarnais aussitôt qu'il fut arrivé au Canada?
10. A 6C-:> arrivée chez les Itcnards, l'armée trouva le pays dessert, les sauvages s'étant sauvés. Après avoir brû,é les cabanes des sauvages, et démoli leura forts, l'armée revint en Canada.
11. En 1731, le marquis de Beauharnais fit ériger une forteresse à la Pointe à la Chevelure, sur le lac Champlain. Cette forteresse devait servir de poste avance pour tenir en échec les établissements anglais eur les rivières d'Hudson et de Connecticut.
12. Pendant les années 1732 et 1733, la colonie fut éprouvée, d'abord par des inondations et des tremblements de terre, puis par la petite vérole. Cette maladie, contre laquelle on ne connaissait pas alors de préservatif, enleva des familles entières, tant parmi les Françaié que parmi les Sauvages.
13. De 1733 à 1745, il ne se passa aucun événement de haute importance dans la colonie. Pendant cet intorviiUe de silence et de repos, !e pays se peu plait de plu3 en plus, tant par laccroissement naturel de la population indigène, que par l'émigration do France. En 1721, on n'y comptait que 25,000 habitants, tac lis qu'en 1744, il y en avait 50,000.
La colonie faisait en même temps des progrès du côté de l'industrie. En 1733, elle commença à exploiter les mines de fer de Saint-Maurice; et, en 1739, la compagnie qui avait entrepris cette exploitation, vut s'y livrer avec profit pour elle-même et avantage pour le pays.
14. Le 20 août 1740, arrivait à Québec Mgr. de FAuberivif re, en qjualité -de successeur de Mgr. Bosquet, qui avait donné sa démission l'année précédente. Mgr. do l'Auberivière mourut huit jours après son arrivée, des suites d'une fièvre pestilentielle qu'il avait contractée à bord du vaisseau, en soignant les malades pendant la traversée. Il eut pou^r succes-
10. Que trouva l'armée à son arrivée che? les Renards? — 11. Que lit le marquis de Beauharnais en 1731 ? — 12. Que se passa-t-il i.en-' dant les années 1732 et 1733?— 13. Qu'arriva-t-il de remarquable dans la colon'.e de 1733 à 1745?— 11. Quel fut le s: ccesseur de Mgr. Ousquet ? Par qui fut remplacé Mgr. de l'Auberivière ?
1746] DE BEAUmVUNAIS. 97
Eeur 3Igr. Henri-^Iarie Dubreil de Pontbriand, qui arriva à Québec le 30 août 1741.
15. Louisbourg était devenu une source d'inquiétude et d'irritation pour les habitants de la ZSTouvelle- Angletcrre. Or, le 5 févi-ier 1745, il fat arrêté, dans l'assemblée générale du Massachusetts; qu'il était expédient de faire un armement contre cette place, afin d'ôter aux Français, par la prise de cette forteresse. les moyens faciles qu'elle leur fournissait d'incommoder Ja Xouvelle-Angleterre. La fîotte expéditionnaire, composée de plus de cent vaisseaux, sous les ordres du commodore Warren, portait 4000 hommes. Elle arriva devant Louisbourg, le 30 avril, et. après qruirante-neuf jours de siège, cette place capitula. La garnison en sortit avec les honneurs de la ^erre, et fut transportée en France aux frais de l'Angleterre. Cet échec fut péniblement senti au Canada, mais particulièrement en France.
16. A la nouvelle de la prise de Louisbourg, le gouvernement français envoya une flotte considérable, sous le commandement du duc d'Anville, pour reprendre cette ville et le Cap-Breton. Cette flotte était composée de 41 vaisseaux de guerre, et portait 3000 hommes de débarquement. Elle partit de Eochefort, le 22 juin 1746. Elle avait à peine perdu de vue les côtes de France, qu'elle fut assaillie par une tempête qui sépara les vaisseaux les uns des autres, de sorte que le duc d'Anville n'arriva à Chibouctou (Halifax) qu'au bout de trois mois, 'et avec sept vaisseaux seulement.
17. Le duc d'Anville étant mort quelques jours après son arrivée à Chibouctou, d'Estourmel le remplaça au commandement de la flotte. La proposition qu'avait faite ce dernier, dans un conseil de guerre, d'abandonner l'entreprise, et de retourner eu France,
15. Quel fut le principal événement de l'année 1745 ? Quelle était la f< rce de l'expédition envoyée contre Louisbourz ? — 16. Que fit le gr.uverneraent françai?, en apprenant la prise de Louisbourg? Cefe expédition répondit-elle à la fin qu'on s'était proposée? — 17. Qui rnt le commandement de la flotte après la mort du duc d'Anville ? Que fit M. de la Jonquière?
ayant été rejetée, il en fut contrarié à tel point, que^i la fièvre le saisit, et, dans un moment de délire, il se > perça de son épée. M. de la Jonquière, qui avait été nommé successeur de M. de Beauharnais, prit le commandement du reste de la flotte. Le nouveau commandant avait décidé d'aller attaquer Port-Eoval ; mais, aj^int eu avis qu'une escadre était partie d'Angleterre pour l'Amérique, il se hâta de mettre à la voile. Arrivé près du cap Sable, il fut assailli par une tempête qui dispersa le peu de vaisseaux qu'il avait sous son commandement, et le contraignit de retourner en France.
18. Après !e désastre arrivé à la flotte française, les Anglais allèrent attaquer 31. de Eamezay à Eeaubassin ; mais le 11 février 1747, ils furent complètement battas, et obligés de se rendre à discrétion à une poignée de Canadiens et de Sauvages.
19. Nonobstant le mauvais succès de la première expédition contre Louisboui'g, le gouvernement français résolut de faire de nouveaux efforts pour reprendre cette ville et tout ce qu'il avait perdu en Acadie. Il équipa une nouvelle flotte qu'il confia au marquis ce la Jonquière. Elle était compo.-ée de trente transports chargés de troupes et de provisions, et de six vaisseaux de ligne. Elle fut rencontrée sur les côtes de la Galice (Espagne) par une flotte anglaise de dix-sept vaisseaux de ligne. M. de la Jonquière se battit héroïquement; mais la disproportion des forces le contraignit bientôt d'abaisser ses pavillons.
20. Durant la captivité de !M. de la Jonquière, le Canada fut administré par le comte de la Galissonnière, qui avait été nommé pour le remplacer par intérim. Le même vaisseau qui avait apporté le comte de la Galissonnière, le 19 septembre 1747, reçut M. de Beauharnais, le 14 octobre suivant.
18. Que firent les Anglais, aprùs le (J<'sastre arrivé à la flotte frarça'se? — 19. Quelle résolution ]irit le gouvernement fiançait, ifialgré le mauvais succès de la première expédition contre Louiabourg? A qui fut confiée la nouvelle flttte? Quelle fut l'issue de cette seconde expédition ? — 20, Par qui le Canada fut-il adminiitré, durant la captivité de M* de la Jonquière ?
1749] DE LA JOXQUIÈRE. 99
21. Aussitôt que M. de la Galissonnière eut pris les rênes de l'administration, il travailla activement à se procurer des renseignements exacts sur le pays qu'il avait à gouverner. En homme instruit, habile et entreprenant, il s étudia à en reconnaître particulièrement le sol, le climat, les productions, la population, le commerce et les ressources. Il réorganisa la milice, et la porta à 12000 hommes. Il fixa les limites du Canada jusqu'aux monts Alleghanis.
22. L'événement le plus imj.ortant de l'année 1748 fut le traité d'Aix-la-Chapelle, par lequel la France recouvrait tout ce que l'Angleterre lui avait enlevé durant la guerre, nommément la forteresse de Louisbourg et l'île du Cap-Breton.
CHAPITEE TIL
De la paix d! Aix-la-Chapelle^ à Vadiirinistration de Ai. de Vaudreuil (174S-1755).
SOMMAIRE
1 Le marquis de la Jonquière, gouverneur-général. — 2. Plaintes contre le gouvernement colonial. — 2. Mort du marquis de la Jonquière. — 3.-4. Le marquis Duque.sne de Menneviile,
fouverneur-général. — 5.-7. "Washington chargé de chasser les rançais del'Ohio. — 8. Assassinat de Jumonville. — 9. De Yiiliers venge la mort de son frère. — 10. Prise de V Acide et du Lys. — IL Plan d'attaque du Canada. — 12.-15. Expéditions de Monkton, de Braddock, de Johnson et de Shirley.
1. Peu après la paix d'Aix-la-Chapelle, le Canada fut gouverné par le marquis de la Jonquière. qui. ayant recouvré sa liberté, vint prendre possession de son gouvernement, le 2 septembre 1749.