LE VIEILLARD ET LES TROIS JEUNES HOMMES. IX
C’est un raisonnement plein de philosophie. On voit avec quelle force il est rendu, et quel est l'effet du mot seulement placé au bout du vers.
Mes arrière-neveux me devront cet ombrage.
Hé bien ! défendez-vous au sage
De se donner des soins pour le plaisir d’aatrui ?
Cela même est un fruit que je goûte aujourd’hui :
J’en puis jouir demain, et quelques jours encore.
Il n’est rien de plus ‘noble que ce sentiment. Si nos pères n’avaient travaillé que pour eux, de quoi jouirions-nous ?
Je puis enfin compter l’aurore Plus d’une fois sur vos tombeaux.
Ce tour poétique donne un air gracieux à une pensée triste par elle-même.
Le vieillard eut raison. L'un des trois jouvenceaux Se noya dès le port, allant à l’ Amérique :
L'autre, afin de monter aux grandes dignités, Dans les emplois de Mars servant la République, Par un coup imprévu vit ses jours emportés.
Le troisième tomba d’un arbre Que lui-même voulait enter :
Et, pleurés du vieillard, il grava sur leur marbre Ce que je viens de raconter.
Le caractère du vieillard se soutient jusqu’au bout. Il les pleura, quoiqu’ils lui eussent parlé avec peu de respect; mais il a tout pardonné à la vivacité de leur âge : il gémit de les voir sitôt moissonnés,
PABLES,