SECTION PREMIÈRE
Du Style simple.
Le Style simple consiste dans expression nue claire et précise de la pensée. IL madmet point tout ce qui est trop saillant en figures et en tours, tout ce qui ressent les ornements d'éclat et La parure, tout ce qui frappe par la vigueur des mouvements, tout ce qui s’élève par la grandeur des idées. Sa marche libre et sans contrainte s’affranchit volontiers des lois de harmonie : un choix de termes propres, une phrase nette, coulante et débarrassée de toute superfluité, une élegance modeste, une négligence même qui lui donne un faux air du langage familier de la conversation, voilà les caractères qui le consti-
tuent, et qui l’assortissent et avec les sujets pour les quels il est fait, qui sont les sujets non suscepübles de mouvement, et avec son objet qui est d’instruire. Du reste, il n’est point ennemi de ‘toutes sortes d’ornements ; il reçoit le sel de
Penjouement et de la plaisanterie, et toutes les:
grâces de la simple nature. C’est une bergère qui se couronne de mille fleurs, mais qui n’a jamais connu Pusage des diamants ct des pierreries. Quoique le style simple soit dépouillé de l’ornement et du sublime qui règne dans les autres, 1l faut bien se garder de croire que, pour cela, il soit plus aisé à imiter. Ce qui le fait paroitre tel, c’est que Les mots sont propres et les tours naturels et naïfs, c’est-à-dire que le terme unique est emploié, et que la phrase paroît s’être arrangée elle-même ; mais quand on en fait essai, on sent que la chose est plus difficile qu’on ne se Pimaginoiït. Les fables de La Fontaine sont un modèle achevé de ce genre de style.
QPline, le naturaliste, dans le récit qu’il fait d’un procès intenté à un paysan par ses voisins, qui Paccusoient duser de magie pour attirer dans son chams les moissons des propriétés voisines, nous fouinit un exemple remarquable du style simple :
\“Je ne puis n’empêcher, dit-il, de rapporter “jci un exemple pris dans Pantiquité, qui fait “ voir que les procès, concernant Pagriculture,
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COURS DE RIHETORIQUE. 297
“ étoient portés devant le peuple, et qui nous ap- ‘ prend en même temps comment les hommes * lalors se défendoient en justice.
Ÿ Caius Furius Crésinus, devenu libre, d’es-
“ clave qu'il avoit été, retiroit d’un très-petit “fonds beaucoup plus que ses voisins ne fai- “ soient de leurs grands domaines. Ils conçu- “ rent une telle jalousie contre lui, qu’ils l’accu- “sèrent d’'user d’enchantements pour attirer ‘ dans son champ les grains des possessions voi. “$sines. Cité devant le peuple par Spurius Al- ‘ binus, édile curule, et craignant d’être condain- ‘ né lorsque les tribus iroient aux opinions, il a- ‘ mena sur la place publique tout son attirail de Jaboureur ; il fit remarquer à l’assemblée des “ outils bien faits, de forts hoyaux, un soc pe- ‘ sant, des bœufs bien nourris, une famille nom- ‘ breuse, robuste, et, comme dit Pison, bien pan- “ sée et bien vêtue ; puis il s’écria : voilà, Ro- “ mains, mes sorliléges, voilà la magie que j'emploie pour rendre mon champ fertile : et que ne puis-je ‘€ yous montrer aussi mes sueurs, mes veilles, mes tra. vaux de jour et de nuit ! Sur cela, il fut absous d’une voix unanime. Ah! certes, c’est du ‘ travail, et non de la dépense, que dépend la “bonne agriculture. Aussi nos ancêtres di.
“ soient-ils que le meilleur engrais d’un champ, C’est œil du maitre.”
Le style simple s’emploie dans les entretiens familiers, dans les lettres, dans les fables, dans
parer les esprits, ainsi que dans les causes peu importantes. Il règne encore dans les ouvrages didactiques, dans les dissertations académiques, et dans les journaux.
NE Phistoire. Il convient aussi à plusieurs sortes LE d'ouvrages sérieux : Il est d’usage dans les mé- 0 moires des avocats, dans les consultations, et | : dans les parties du plaidoyer où il s’agit de raî Î conter, de discuter les faits, d’instruire, et de pré- ‘ A4 L ; ;
SECTION SECONDE
Du Siyle tempéré.
—{£. Le style tempéré est celui qui tient le milieu entre les deux autres. Ce style, plus élégant et plus fleuri que le simple, est moins brillant et | moins élevé que le sublime. Egalement éloigné des deux, il n’a ni la délicatesse de lun, ni la véhémence de l’autre : mais il sait plaire, parce que sa marche douce et coulante à l’heureuse facilité du premier, et quelquefois la noblesse du second. Ce style, qui admet tous les ornements, toutes les richesses de l’art, la beauté des figures, l'éclat des métaphores, les tours nombreux et | périodiques, peut être comparé à une belle rivière qui coule doucement au milieu d’une dou- | ble rangée d'arbres verts qui ombragent son onde claire et pure, et qui entretiennent une fraicheur agréable sur ses bords.
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À Le style tempéré s’emploie dans les sujets du genre démonstratif; panégyriques, oraisons funèbres, harangues académiques, compliments, etc... Comme Pauditeur ne cherche alors que son plaisir, 1] convient de lui déployer toutes les richesses de Paït, et d’en étaler toute la pompe ; et l’orateur, qui n’a pour but que de plaire, pourra montrer tout ce que lart a de plus brillant, et qui sera le plus capable de remplir son objet.
V Voici un beau modèle de style tempéré ; c’est Fénélon qui dépeint le bonheur des justes dans les champs Elysées :
6 Télémaque s’avança vers ces rois qui étoient ‘ dans des bocages odoriférants, sur des gazons “ toujours renaissants et fleuris: mille petits ruisseaux d’une onde pure arrosolient ces beaux 6 lieux, et y faisoient sentir une délicieuse frai- “ cheur; un nombre infini d'oiseaux faisoient ‘ résonner ces bocages de leur doux chant. On “ voyoit tout ensemble les fleurs du printemps ‘ qui naissolent sous les pas, avec les plus riches “ fruits de automne qui pendoient des arbres, ‘ Là, jamais on ne ressentit les ardeurs de la fu- ‘ rieuse Canicule ; là, jamais les noirs aquilons “ n’osèrent souffler, n1 faire sentir les rigueurs “ de l’hiver. Ni la guerre altérée de sang, ni la “ cruelle envie qui mord d’une dent venimeuse, ‘et qui porte des vipères entortillées dans son ‘ sein et autour de ses bras, ni les jalousies, ni les défiances, ni la crainte, ni les vains désirs
‘ n’approchent jamais de cet heureux séjour de “la paix. Le jour n’y finit point, et la nuit, ‘ avec ses sombres voiles, y est inconnue : une ‘ lumière pure et douce se répand autour des « corps de ces hommes justes, et les environne “ de ses rayons comme d’un vêtement. Cette lumière n’est point semblable à la lumière “ sombre qui éclaire les yeux des misérables ‘ mortels, et qui n’est que ténèbres ; c’est plutôt “ une gloire céleste qu’une lumière : elle péné- “tre plus subtilement les corps les plus épais, “ que les rayons du soleil ne pénétrent le plus ‘ pur crystal : elle m’éblouit jamais; au contraire elle fortifie les yeux, et porte dans le fond de l’âme je ne sais quelle sérénité : c’est d'elle seule que ces hommes bienheureux sont ‘ nourris ; elle sort d'eux et elle y entre; elle « Les pénétre et s’incorpore à eux comme les ali- “ ments s’incorporent à nous. [ls la voient, ils Ja sentent, ils la respirent ; elle fait naître en eux une source intarissable de paix et de joie ; ils sont plongés dans cet abyme de joie, comme 6 Les poissons dans la mer...
‘ Une jeunesse éternelle, une félicité sans fin, “une gloire toute divine est peinte sur leur “ visage: mais leur Joie n’a rien de folâtre et « d’indécent ; c’est une joie douce, noble, pleine « de majesté ; c’est un goût sublime de la vé- & rité et de la vertu qui les transporte. Ils sont s“ sans interruption, à chaque moment, dans le
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our de a nuit, e: une our des rironne
Cette umière érables , plutôt | péné- | épais, le plus u conlans le : c’est 1x sont e ; elle les alient, ils tre en € Joie ; omme
ins fin, ir leur tre et pleine la vé.s sont ans Île
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“ même saisissement de cœur où est une mère “ qui revoit son cher fils qu’elle avoit cru mort ; “et cette joie, qui échappe bientôt à la mère, ne “ s'enfuit jamais du cœur de ces hommes; ja- “ mais elle ne Janguit un instant ; elle est tou- ‘ Jours nouvelle pour ex : ils ont le transport “ de livresse, sans en avoir le trouble et l’aveu- ‘ glement..….
‘ Dans ce ravissement divin, les siècles coulent plus rapidement que les heures parmi les “ mortels; et cependant mille et mille siècles ‘“ écoulés n’ôtent rien à leur félicité toujours ‘ nouvelle et toujouts entière. Ils règnent tous ‘ ensemble, non sur des trônes que la main des ‘ homines peut renverser, mais en eux-mêmes ‘avec une puissance immuable ; car ils n’ont ‘ plus besoin d’être redoutables par une puis- “ sance empruntée d’un peuple vil et misérable. ‘ Ils ne portent plus ces vains diadêmes dont « l’éclat cache tant de craintes et de noirs soucis : les Dicux même les ont couronnés de ‘ leurs propres mains, avec des couronnes que ‘ rien ne peut flétrir.”
ete mega.