PEY
Jean Pey, né le 2 mars 1720 à Solllès , diocèse de Toulon , appartenait à une famille honnête , et montra dès sa jeunesse beaucoup d'ardeur pour la piété et pour le travail. Il fit ses études à Toulon et à Aix ; et , en 1744, fut licencié en droit canon. Son goût l'aurait porté à la prédication , mais sa santé le força de renoncer à la chaire. Il fut d'abord vicaire à OUioules , puis dans la cathédrale même de Toulon. M. de Choin, évêque de cette ville, ayant connu son mérite, le nomma chanoine de sa cathédrale et vice-gérant de l'officialité. L'abbé Pey se prononça fortement pour les droits de TÉglise dans les disputes qui eurent lieu, vers 1754 et 1755, entre les magistrats et le clergé ; disputes qui s'étendirent aussi en Provence , et qui firent exiler M. deBrancas, archevêque d'Aix , à Lambesc. Sous M. de Lascaris , qui , en 1750, succéda dans le siège de Toulon à M. de Choin , l'abbé Pey devint officiai, et se trouva en cette qualité en opposition avec le parlement. Il venait de paraître un ouvrage anonyme sur les disputes du temps et contre les prétentions de la magistrature. Le parlement d'Aix ordonna de pubUer des monitoires pour en découvrir l'auteur. L'abbé Pey devait, comme officiai, transcrire l'arrêt sur ses registres , il s'y refusa ; on voulut l'y contraindre , mais il aima mieux donner sa démission que de prendre part à un acte qu'il regardait comme fort injuste. Il se retira dans sa famille à SoUiès , puis vint à Paris, où M. de BeaumontFaccueillit. Le prélat le plaça d'abord conmie chapelain chez les dames du Saint-Sacrement, et lui donna, en 1771, un canonicat de la métropole. L'abbé Pey venait depublier un ouvrage de controverse contre les philosophes; c'est la Vérité de lareligion chrétienne prouvée â un déiste, 1770, 2 vol. in-12. Cet ouvrage valut à l'auteur d'être du nombre des écrivains que l'assemblée du clergé de 1775 encouragea à travailler pour la défense de la religion. Pey remplit les intentions du clergé , et publia le Philosophe catéchiste , ou Entretiens sur la religion, entre le comte de *** et le chevalier de *** , Paris, 1779, in-12. Cet ouvrage est solide et bien écrit. M. Dulau , archevêque d'Arles , dans un rapport qu'il fit à l'assemblée de 1780, cita honorablement le travail de l'abbé Pey; et l'assemblée du clergé de 1782 lui accorda une pension de mille francs. On voulut sans doute le récompenser d'un ouvrage important qu'il venait de publier sous ce titre : De l'autorité des deux puissances, Strasbourg, 1780, 3 vol. in-8. L'auteur y prenait la défense des droits de l'Eglise contre les théologiens et canonistes modernes. Le parti janséniste et parlementaire attaqua vigoureusement l'ouvrage et n'épargna point à l'auteur les accusations banales de molinisme et d'ultramontanisme. Son livre fut mieux apprécié dans le Journal historique et littéraire de Feller, et il en parut plusieurs éditions en 1788 et 1790. Il est effectivement très précieux , et il serait aujourd'hui un ouvrage de cireonstance ; cepemlant un peu de gallicanisme le dépare; mais l'an-
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teur, dansses dernières années, se reprochait lui-même d'avoir cédé quelquefois aux idées accréditées en France par les jurisconsultes , et il roulait y faire quelques changements , quoique cet ouvrage eût fort déplu aux gens de parti. On trouva effectivement, après sa mort , dans ses manuscrits , des Additions au traité des deux puis^ sances.QuBiiàPey rencontrait des magistrats exilés et errants comme lui , il ne manquait pas de leur faire remarquer où avaient abouti leur esprit d'opposition et leurs préventions contre Tautorité deTÉglise. Nous avons fait plusieurs emprunts à Y Autorité des deux puissances, notamment dans les articles indépendance et législation. Nous avons toujours cité la première édition de 1780. Cet ouvrage a été traduit enitalien et en espagnol, Bayonne, 1822, 2 vol. grand in-8°. P«y est encore auteur de plusieurs autres ouvrages , entre autres des Vraisprineipes de la constitution de l'Église catholique, qu'il opposa, au commencement de la révolution , au goût d'innovations qui prévalait alors.
L'abbé Pey n'était pas seulement un écrivain laborieux , il joignait à ses travaux les pratiques de piété , s'intéressait à tout ce qui était du bien de la religion, exerçait les bonnes œuvres , dirigeait les consciences , et montrait dans toute sa conduite autant de zèle que de régularité. Quand la révolution éclata, il se retira dans les Pays- Bas. Il résida d'abord à Liège, puis à Louvain. Une nouvelle invasion des Pays-Bas le força de se retirer à Vanloo ; puis, obligé de fuir encore, il traversa l'Allemagne et se rendit à Ferrare, avec le projet de passer jusqu'à Rome. Sa piété et son attachement au Saint-Siège lui faisaient désirer vivement de finir ses jours dans cette capitale du monde chrétien : les circonstances où se trouvait l'Italie et les progrès des Français , le décidèrent à se retirer à Venise , où il espérait jouir de plus de tranquillité , sous un gouvernement qui était en paix avec la nouvelle république ; mais la révolution devait aussi s'étendre dans cette partie : les Français pénétrèrent dans l'État de Venise et y excitèrent des révoltes. La vieillesse et les infirmités empêchèrent Tabbé Pey de chercher un autre asile , il vivait dans une retraite profonde, ne s'occupant qu'à revoir ses ouvrages , et à se préparer à la mort, qui le frappa le 15 septembre 1797, après une longue maladie.