COMPLÉMENT DE L'ANALYSE GRAMMATICALE
L'analyse grammaticale telle que la Langue universelle la conçoit n'est donc pas autre chose que cette analyse généralement adoptée chez tous les peuples. En France, dans les moindres écoles rurales^ les six premiers élèves la pratiquent sans peine.
Nous n'avons introduit ici qu'une innovation : c'est celle des signes ou caractères qui laissent la trace de notre travai) sensible aux yeux et à l'oreille.
Cette innovation retire d'ailleurs à l'étude de l'analyse ce qu'elle a de fastidieux dans ces répétitions sans nombre, qui ralentissent les progrès. Une heure d'analyse bien faite, par notre procédé, sera plus fructueuse que des journées laborieuses par les procédés connus. Qui n'a vu combien les enfants sont dégoûtés par ces répétitions, lorsqu'ils cherchent à y remédier par des abréviations plus ou moins inintelligibles.
Si l'enfant du peuple, initié aux principes de l'analyse grammaticale, n'emploie pas plus de deux ou trois jours à lire couramment un ouvrage écrit dans sa langue, en laissant de côté les radicaux, et en les remplaçant par le son (an) — , nous pouvons affirmer qu'un homme mûr n'aura pas plus de difficulté à se façonner à notre système. Ce n'est pas, en effet, une œuvre de mémoire pour laquelle l'enfance a toujours plus de disposition; non, le travail est celui de l'intelligence, et la mémoire est à peine mise à contribution. Aussi, quiconque n'aurait jamais essayé l'analyse grammaticale ou l'aurait complètement perdue de vue, pourrait en une semaine réparer cette omission ou cet oubli.
On a pu comprendre, par ce qui précède, que l'analyse grammaticale devenait une partie essentielle de notre travail, et que chaque peuple, exprimant ainsi sa grammaire par la parole, la rendrait par-
laitement intelligible k tous les autres peuples, au moins en ce qui regarde cette première partie de la Langue universelle.
Avant de mettre sous les yeux du lecteur les exemples variés qui donneront le meilleur modèle de notre analyse grammaticale, nous allons compléter le vocabulaire des mots que nous pouvons appeler grammaticaux, afin que plus tard nous n'ayorrs à nous occuper que de ceux qui méritent véritablement le nom de radicaux. Ce vocabulaire, qui est lui-même fondé sur une corrélation constante avec les radicaux que nous étudierons ensuite, comprend les pronoms (d), les conjonctions (v), les adverbes dits absolus (j), les adjectifs déterminatifs (p), les prépositions (t), les interjections (f) et les particules (z).
Quant aux adjectifs qualificatifs (b), aux verbes (g), aux parti' cipes (c) et aux adverbes dérivés, (h), ils se forment avec les radicaux auxquels leur caractéristique sert d'afiSxe initiale ; leur élude se confond donc avec celle des radicaux.
Nous avons précédemment donné les deux premières lettres des mots que nous appelons grammaticaux ; les tableaux suivants les complètent, indépendamment des finales qui, pour les pronoms et les adjectifs déterminatifs, indiquent le rôle du mot dans la phrase. Ces deux espèces de mots, ainsi que Tinterjection, ne sont pas aussi nombreuses que les autres : voilà pourquoi les tableaux qui les concernent ne sont pas aussi développés que ceux des conjonctions, des prépositions, et surtout des adverbes.
Des tables des Cirammailetia^
ET DE LA IfANIÈRE DE S'eN SERVIR.
Les tables des grammaticaux sont au nombre de sept; elles offrent un aperçu de la manière dont nous formons les tables de nos radicaux. Cette ressemblance est d'autant plus naturelle que ces grammaticaux, poussés jusqu'à la signification spéciale qui leur convient, forraeni en réalité une série particulière de radicaux.
S8 LANGUE UNIVERSKLLK.
Les tables se composent d'abord avec les divisions principales que nous avons indiquées dans noire analyse ; ces divisions sont en tête des colonnes verticales, et se trouvent ainsi rangées dans une ligne horizontale qui rappelle cette partie de l'analyse sur laquelle nous nous sommes arrêté. Sous chacune *de ces divisions, et dans une colonne verticale, on remarque un certain nombre de lignes sé« parées, de cinq en cinq, par un titre. Les titres sont au nombre de dix (i) : ils représentent dix classes qui partagent la signification du titre même de la division en dix parties distinctes : de sorte que, pour chaque tableau, il y a dix divisions, et dix fois dix ou cent classes. Chacune de ces classes est à son tour, ou peut être divisée en dix parties nouvelles, qui sont comprises entre deux titres ou deux classes consécutives, et qui offrent presque tous les mots qui appartiennent à une même partie du discours. Ils sont rangés sur deux petites colonnes partagées, de cinq en cinq, par un trait vertical ; or, comme il y a cent classes et que chacune renferme dix mots, on voit que nous pouvons ainsi classer mille pronoms, mille conjonctions, etc.
Dans le plus grand nombre de cas, nous ne pourrons avec les mots connus remplir toutes les cases que nous ouvrons pour nos grammaticaux, et c'est ce qui explique les nombreuses lacunes que Ton remarque dans les tableaux; mais ces lacunes sont réservées pour les mots que les progrès des langues doivent faire nattre, et pour ceux qu'une étude plus approfondie doit nous faire classer à mesure qu'ils se rencontreront. Cependant, il existe quelques expressions qui sont tellement semblables à celles que nous avons classées, que nous n'avons pu les transporter dans une classe différente de celle-ci ; quelquefois, dans l'impossibilité où nous nous trouvions de leur faire trouver place auprès de celles qui peuvent leur servir de type, nous avons été contraint de les mettre à part dans un vocabulaire dont nous faisons suivre nos tableaux. Ainsi
(1) Chaque tableau occupe deux pages : le verso renferme les divisions reprë* sentées par les voyelles douces a, e, i, o, u; et le folio en regard, celles qui sont exprimées par les voyelles fortes «, c, y, w, 1$.
quand nous avons renfermé le mot jamais dans la division des adverbes de temps^ et dans la classe du temps qui exprime la continuité , les nuances de ce mot n'ont pu trouver place dans les deux parties que nous fournit le cadre de la classe ; alors les mots onc, à jamais sont rejetés dans le petit vocabulaire dont il est question : conservant toutefois, comme nous allons le faire voir, la trace du mol jamais » que nous avions considéré comme type. Il en est de même de ces locutions françaises : le plus souvent^ à tout moment, à tout propos, à tout bout de champ ; qui conservent la trace du mot original souvent.
On pourra s'étonner que nous fassious figurer comme adverbes des locutions qui peuvent, sous ce titre, avoir une transformation indiquée par notre analyse, ou même qui peuvent être analysées dans toutes leurs parties, comme seraient : à tout moment, le plus souvent; mais il ne faut pas perdre de vue que nous donnons ici les grammaticaux de toutes les langues ; or, ce qui est une locution en français, dans un autre idiome ne formera qu'une expression dont nous devons rendre compte. Cela n'empêchera pas, quand nous transformerons du français, de prendre à partie tous les détails qui se prêtent à notre analyse.
Voici maintenant comment la classification que nous venons d'indiquer déterminera le mot que nous appelons grammatical. Gomme nous l'avons dit, en traitant des voyelles et des consonnes radicales, ces lettres sont ordonnées suivant le système décimal, c'est-. Mire que nous comptons dix voyelles radicales rangées dans l'ordre suivant :
douces. fortes.
et dix consonnes disposées d'une manière toute parallèle : !>• g, d, V, j, p, c, t, f, h.
douces. fortes.
^^i en faisant alterner les voyelles avec les consonnes, nous Iop
iO LANGUE UNIVERSELLE.
mons des mots qui laissent la trace analytique des diverses classa iîcalions auxquelles nous soumettons les expressions qu'il s'agit de transformer.
En eiïet, chacun de nos tableaux a pour titre une des lettres : D, V, J, p, T, F, z, qui représente l'espèce de mot ou la partie du discours dont nous cherchons les grammaticaux. Par l'analyse dout nous avons exposé la théorie, nous avons déjà établi les dix premières divisions qui correspondent aux dix voyelles radicelles. Ces dix divisions, placées au haut de notre tableau sur une ligne horizontale, sont rappelées par les dix voyelles dans l'ordre que nous leur avons assigné, de sorle que les deux premières lettres du mot représentent : la première, la partie du discours que l'on considère, et la deuxième, la division à laquelle appartient le mot cherché. Pour avoir la troisième lettre, nous cherchons dans celle division à quelle classe sa signiCcation le rattache ; or ces classes étant représentées par les dix titres qui sont placés dans la colonne verticale, dont la division occupe la tête, et ces dix titres ayant pour trace une des dix consonnes, rangées dans l'ordre indiqué ci-dessus, la troisième lettre cherchée sera la consonne qui rappellera la classe.
La quatrième lettre représentera le plus souvent le mot cherché. Celui-ci se présentera, en effet, dans une des dix cases attribuées à chaque classe : ces cases sont affectées aux dix voyelles, savoir les douces à la gauche du trait, et les fortes à la droite; comme elles conservent encore Tordre assigné aux voyelles dans notre théorie, il sera très-aisé de distinguer celle qui se rapporte au mot transformé.
Enfin, nous ferons revenir les consonnes dan^ leur ordre connu, pour correspondre aux synonimies ou aux nuances légères qui distinguent les grammaticaux de quatre lettres ; nous n'avons pas besoin de pousser au delà de cinq lettres celte nomenclature : car jamais les grammaticaux n'atteindront le chiffre énorme que suppose une pareille classification. Toutes les langues réunies fournissent à peine quatre cents adverbes absolus, deux cents prépositions, cent cinquante conjonctions, soixante pronoms, autant
LANGUE UKIYERSiXLB. Ui
EXEMPLES
Soit proposé de transformer la locution en haut de^ qui, dans certaines langues, se rend par une seule préposition.
L'analyse grammaticale nous a d'abord donné les deux premières lettres; en e^t, nous distinguons : une préposition (r); de situation (i) ; en nous transportant au tableau T et à la colonne T, nous trouvons les dix classes sous le nom desquelles nous avons encore marqué les lettres qui en donnent la trace analytique. Parmi ces classes, celle qui exprime dessus^ traduite par la lettre », convient à notre préposition ; t^'est donc dans les dix cases de cette classe que nous devons rencontrer le mot cherché dont la trans(ormation est déjà parvenue à la troisième lettre (liv).. Or c'est dans la quatrième case de la colonne à gauche composée de cinq lignes que nous trouvons cette préposition : ce sera donc la quatrième radicale douce, ou 0, qui sera la dernière lettre, et tivo, signifiera en haut de.
Soit le pronom latin uterque, signifiant Vun et l'autre ; l'analyse grammaticale nous indique que c'est un pronom (d) indéfini (u) ; c'est donc dans le tableau D, et dans la colonne U, que nous devons le trouver : or ce sera dans la classe qui a pour titre. Vautre (2) (f), plutôt que dans celle qui a pour titre, /'un, que nous devons le rencontrer ; et il sera placé à la seconde case à gauche (e) ; le pronom sera donc rendu par : pufea, pufera, pufesa.
De même l'adjectif latin déterminatif tantus, a, um^ se rendra
d'adjectifs déterminatifs (I) et d'interjections; tandis que par notre .1 disposition, chacune de ces parties du discours pourra parvenir au chiffre de dix mille, de cent mille, etc.
(1) Nous exceptons les noms de nombres dont la suite est illimitée comme * celle des nombres eux-mêmes. •
(2 Nous ne croyons pas utile d'indiquer toutes les causes qui déterminent la i case occupée par les mots ; et parce que nos raisons seraient longues à déduire, et parce que nous n'y attachons qu'une importance secondaire. En effet, les progrès ultérieurs de notre tliéorie pourront faire varier non seulement les cases, } mais même les classes elles-mêmes. .
Premlei
UfDËPIlfl.
II (on).
quelqu'un, B.
chacun, G.
chac desdeuk
rien, D.
aTec négative
f'vn.
tel
Vautre, F.
l*un et l'autre l*un Pautre.
plusieurs, J.
• • la plupart.
fnéfni
t {le).
te.
autruL
persi T aucun autre.
aTec négat*".
7nne,
(neuter).
quiconque, H*
q. quecesoîL tout ce que.
TsbiMiai
U nôtre.