‹ Cours complet de météorologieChapitre 92 sur 194 · ÉPAISSEUR MOYENNE · texte numérisé non relu

ÉPAISSEUR MOYENNE

nM.

Kaaflord.

Pello. . .

Geffle. . .

Ml

Halle. . .

VI^XftTATJON PKS MnXTACNFS, ooj

Au-dessus do ha région des fo'réls, on trouve dons les Alpes relie des pins rabougris (l\nimmfu)h, t^imts mugho), des rhododendrons, des saules herbacés {Salix liet^acea, S. reticulata, S. serpillifvlia, etc.), des aunes {Ahius viridis) et des genévriers {Juuiperus communis). Dans les (’,arpalhcs c’est aussi le pin mugho, et sur l Ararat un genévrier {Jmiperus oxycedrus) et le Coloneasler unijlora qui disparaissent les derniers.

Cette région des forêts et celle qui la suit immédiatement constituent la partie productive des hautes Alpes. Pendant l'été, elle nourrit de nombreux troupeaux qui montent à mesure qu&la neige disparaît. Il .en est de même |)Our les Alpes Scandinaves, où le Lapon nomade erre avec ses immenses troupeaux do rennes.

Le pin mugho disparaît dans les Alpes à la hauteur de 2270 métros; les i>àluragos montent jusi]u’à 2600 mètres et plus haut; les saules nains «t des plantes herbacées couvrent le sol. On y observe les androsjice [Androsace alpiua, A. helretica, A. pennim, etc.), le carnillet-moussier {Silene acaulis) , des- saxifrages (Saxifraga viuscoïdes, S. bryoïdes, S. aizoides, S. siellaris, etc.), des gentianes (üeutiana verna, G. bavarica, G. glacialis, G. nhalis); à côté de ces plantes sociales, le Cerastium latifulium , les alchemilles (yWchemiUa alpina, A. penlaphylla), et les renoncules {Hanunculus glacialis, R. pyrenœus vivent plus isolés.

Plus nous nous élevons et plus le nombre des phanérogames diminue proportionnellement aux cryptogames. Sur le Mont-Blanc, la dernière phanérogame trouvée par de Sauisure était le Silene acaulis, à 3469 mètres*; .M. deWelden, sur le Mont-Bose, a cueilli le Pyrethrum alpinuin rabougri, et le Phyteuma pauei/lorum aü milieu du glacier de Lys, à l'endroit appelé le Nez, à 36H3 mètres. Plus haut on ne trouve plus quo dos lichens * qui recouvrent le rocher dénudé. Je no donnerai juis l’énumération complète des plantes particulières à ces régions végétales : je me suis contenté de nommer les plus caracléristUiues et les plus apparentes. J'ajouterai seulement quelques remarques sur leur habitus.

Peu de plantes montent depuis la plaine jus(|u’aux sommets les plus élevés. Celles qui sont dans ce cas se modifient smgulièremeut

• M. Itraraii a VU la même plante à 900 mètres au-dessus de la. mer dans les environs de Busekop, lat. C9" 68’. où on In tronve aussi végétant au bord de la mer i l'otabre des derniers pins silvestres de l'Kuropc.

* Au sommet de la J iingfrau , i 41T5 mètres, M. AcatiU a trouvé en 1841 sur le

rocher gneissique qui la termine cinq espèces de lichens, savoir : l.'C'ütn conglonerala, .Vch.; Z. CMjiucm, i'armrlia elegans a min'ula, Scb«n.ri Vmlàücan'a atropr uinota reticulalu, Schercr, et U. virginii, Schercr. M.

J24 ' TKMPÉRATtlRE.

à mosupe qu’elles s’élèvent. Quelques planles résistent à ces influences; ainsi Ramond avait déjà observé que la gentianô printanière [Gentiana verna) avait le même habilus à toutes les hauteurs dans les Pyrénées. Mais ce ne sont ici que des exceptions : souvent une plante se rabougrit à mesurequ’elle s’élève’. Ainsi la primevère farineuse {Primula farinosa) atteint quelquefois une longueur de 10 à 15 centimètres dans les plaines de la Suisse, et ses feuilles sorti droites.- Sur leRigi, la plante n’a plu? que 8 à 10 centimètres de haut; les feuilles sont étalées et les fleurs d’une couleur plus foncée. Sur le Faulhorn (2683 mètres) , toute la plante atteint à peine deux centimètres de haut; la rosette est étalée sur le sol, et l’ombelle semble sessile.

Des changements anatomiques correspondent à ces modifications extérieures. Les feuilles qui s’étalent sur le sol deviennent plus petites et moins charnues; elles se couvrent de poils, leurs racines sont très-fortes. La fleur seule conserve les mêmes dimensions, mais elle paraît plus grande parce que la plante est plus petite, et la couleur de la corolle plus foncée. Tous les voyageurs sont frappés du bleu intense que prennent les fleurs du Myosotis silvestris rabougri, qu’on a décrit souvent sous le nom de Myosotis nana.

Une autre différence réside dans la durée des plantes; à mesure qu’on monte, le nombre des annuelles et des bisannuelles diminue, tandis que celui des végétaux vivaces va sans cesse en augmentant proportionnellement. Dans les hautes régions, les plantes annuelles manquent presque totalement, et dans les régions moyennes on ne les trouve que dans le voisinage des chalets, où elles ont été apportées par l’homme. En effet, les graines de ces plantes n’arrivaht pas tous les ans à maturité dans un climat aussi rigoureux, l’espèce disparaît. Il n’en est point de même des végétaux vivaces, qui peuvent persister sans mûrir leurs fruits et même sans porter de fleurs : ou bien leur tige résiste aux froids de l'hiver, ou bien si elle périt , de nouveaux rejetons partent de la racine. Ajoutez à cela que les branches couchées des végétaux alpins et des saules en particulier émettent des racines et peuvent alors se séparer de la plante-mère. De là ces gazons épais et touffus où les tiges entrelacées étroitement permettent à peine d’isolcr quelques échantillons complets. Le Silme acauHs en est un exemple frappant et c’est fâcheux, car, suivant la remarque de Ramond, on ne saurait se faire une idée de la beauté de cette plante, si on ne l’a pas vue sur les sommets neigeux, qu’elle embellit de ses touffes épaisses toutes parsemées de fleurs ( l'oy. la noie C).

NEKiKS ÉTERNELLES. 225

XilMXTE DSS IVEXGES ÉTSRNSL.X.SS. — nu milieu de l'été, lorsque des pluies abondantes lomlMjnt dans les plaines, c’est de la neige ou du grésil (jui blanchissent tes montagnes. Ainsi j’ai vu souvent sur le Higi des averses de grésil; mais à trois ou quatre cents inèlres au-dessous il n’y en avait pas, et dans la plaine il avait plu. De même j’ai essuyé dans la plaine de fortes averses; mais, dés quo les nuages s’écartaient, on voyait que les montagnes étaient couvertes de neige fraîchement tombée. M. de Charpentier, qui habite à Bex au centre des hautes A4mîs, assure que ce phénomène est constant après toutes les pluies d’orage.

Ces masses de neige qui tombent en été fondent très-vite sous l’influence du soleil et de la pluie; mais sur les sommets très-élevés elles ne disparaissent plus : c’est la région des neiges éternelles. La limite au-dessus de laquelle la neige ne fond plus est assez bien déterminée dans chaque montagne, et se nomme la limite des neiges éternelles^ Mais avant d’indiquer sa hauteur dans les différentes chaînes de montagnes qui hérissent le globe, j’ai besoin de distinguer les neiges des glaciers.

Si d’un point élevé, tel que le Rigi ou le Weissenstein , on contemple les Alpes, il est facile de distinguer dans le bas la région des cultures, au-rdessus celle des forêts, plus haut celle des prairies, et enfin la région des neiges éternelles. Sa limite inférieure est une ligne droite sensiblement horizontale; et ce n’est quo sur certains points qu’on voit dos traînées blanches descendre jusque dans les plaines; ces lignes, qui occupent le fond des vallées, sont des glaciers.

En contemplant un glacier de plus près, on trouve qu’il se compose de glace et nullement de neige, et souvent il est entouré do cham|)s cultivés. La glace ne se compose pas do masses continues transparentes, coihme celle des étangs et des rivières, mais de fragments séparés. Un bloc se brise en une multitude de morceaux transparents et séparés l’un de l’autre par des intervalles capillaires. Cette glace, ainsi composée de fragments, n’est pas glissante, et l’on peut y marcher de pied ferme. Dans le bas, ces fragments ont, à peu de chose près, la grosseur d’une noix; mais à mesure qu’on s’élève ils deviennent plus petits, et à la hauteur de 2700 mètres ils n’ont plus que la grosseur d’un pois. I..a surface du glacier se compose de grains arrondis séparés, dans le.-quels on enfonce comme dans le sable : on la désigne sous le nom de névé [Fim). Dans les régions supérieures, on retrouve la neige.

Le névé est une transformation de la neige que j’ai pu sirivrn

J26 TKMPÉRATURE.

clairemeni en 1833. A la .fin d’aoùt el au commencemenl de septembre, des masses de neige énormes tombèrent sur le Faulborn. Dans quelques endroits , près de l’auberge, elle avait deux mètres d’épaisseur ; la neige se composait de cristaux réguliers ou d’aiguilles rayonnantes. Une série de jours sereins.succéda au mauvais temps, O'ioique le thermomètre à l’ombre ne s’élevùl que de quelques degrés au-dessus du point de congélation , le soleil fondit la surface do la neige, qui, au bout du premier jour, était pénétrée d’eau à la profondeur de 2 centimètres. Le lendemain malin, elle était couverte d’une couche de glace brillante et irrégulière. A peine les rayons du soleil l’eurent-jls frappée pendant quelques instants, que celte couche, au lieu d’ôtre continue, se trouya composée de petits grains do glace de la grosseur do grains de millet. Ce phénomène se renouvela pendant plusieurs jours, et la couche .de glace devint tellement forte qu'elle pouvait supporter le poids d’un homme; la couche des grains de névé avait près d’un décimètre d’épaisseur. A la surface ils avaient atteint la grosseur de petits pois , el ils étaient plus petits inférieurement. Il me fut impossible de suivre plus long- temps ces transformations, parce qu'b de nouvelles masses de neige s'ajoutèrent aux premières et reproduisirent les phénomènes que j’avais déjà observés auparavant..

Celte transformation do neige en névé est analogue à certaines crisUillisations artificielles. Prenez un sol beaucoup plus soluble dans l’eau chaude que dans l'eau froide, du nitrate de potasse, pur exemple; versez-y de l’eau que vous échaufferez tout en l’agitant, au point que sa température soit supérieure de quelques degrés à celle de la chambre dans laquelle vous opérez. Après l’avoir maintenue j)en(lai\t (pielques heures à celte lenjpéralure , versez-la dans une assiette creuse; à mesure qu’elle se refroidit, il se forme un grand nombre de petits cristaux inégaux qni s’étendent de la circonférence au centre sous la forme d’aiguilles. Lorsque la température du liquide est en équilibre avec celle de la chambre , élevez-la do (luelques degrés ; l’eau pouvant dissoudre plus de sel , vous verrez les petits cristaux disparaître el les grands devenir plus petits. Quand l’eau se refroidit do nouveau, les {«lits cristaux reparaissent, mais ils s'accolent aux grands; si l’on répète l’expérience à plusieurs reprises, le nombre des cristaux vu toujours en diminuant, mais leurs dimensions s’accroissent.

Il en est do même de la formation du névé et de la glace des glaciers. Qu’on se représente deux < monlagneâ de 3000 mètres de haut séparées par une vallée profonde; pendant l’hiver, des masses de neige considérables y sont accumulées par les vents

NEIGES ÉTEKNELLES. 227

OU précipitées sons forme d’avaUinclies. Au printemps, la chaleur du soleil devient assez forte pour pouvoir fondre la neige; l’eau, produit de cette fusion, pénètre entre les cristaux et les remplit en partie de bulles d’air. S'il gèle la nuit suivante , ce qui arrive toutes les nuits dans ces hautes régions, Teau se combine avec les flocons de neige, et ceux-ci se transforment en granules do glace transparents. Les bulles d’air empêchent le glacier de so transformer en une masse compacte; le jour suivant le soleil agit de nouvetfu ; la croûte se ramollit; les grains, surtout les plus petits, se fondent en eau, puis se réunissent la nuit suivante aux plus gros, qui s’accroissent ainsi successivement. Si la masse de neige accumulée a une grandé puissance et que l’été soit sans chaleur, elle ne se fond pas entièrement, mais se transforme en névé. Si la fusion et les congélations successives d’une masse de neige se renouvellent pendant plusieurs années, il se forme alors un nouveau glacier, comme on l’a souvent s)bservé dans les Alpes; la grandeur des fragments augmente , et quoiqu’ils soient séparés par do l’air et de l'eau encore liquide, cependant leur union est assez intime pour former une masse compacte.

Un glacier n’est point une masse immobile : il descend sans cesse vers la plaine. Cotte progression est due à différentes causes; l’eau, résultat de la fonte des neiges environnantes, s’infiltre dans la masse, la fond partiellement et la sépare du sol. Il se forme des canaux superficiels et profonds où l’eau coule en abondance; si le plan qui porte le glacier est trcs-incliné, son poids tend à le faire descendre. Il se forme des crevasses et des fentes. Quand la température' de l’air descend au-dessous de zéro, l’eau contenue dans les intervalles capillaires se congèle., se dilate, et 1a masse limitée en haut et sur les côtés par des montagnes s’allonge dans la seule direction où elle ne trouve aucun obstacle, c’est-à-dire parallèlement à son grand axe, et de haut en bas. Tout conspire donc à faire descendre le glacier dans les plaines, où sa présence, au milieu des foiéts et des champs cultivés, est un sujet d'étonnement pour tous les voyageurs. Ces glaciers descendent d’autant plus bas que les montagnes d’où ils proviennent sont plus élevées*, parce (juo les masses de neige qui s’accumulent à leur sommet sont plus considérables, et réparent les pertes que la fusion fait éprouver à l’extrémité inférfeure du glacier. Aussi lu glace de l’extrémité infé-

' La Iiaulenr moyenne de l'cxtréinité inTérieure des quatre gl.nciers tes plus bas des Alpes de la Suisse est de 1230 mètres au-dessus du niveau de la mer. Ce sont ceux des Bossons et de la Urcuva qui descendent des flancs du Mont-Blanc; de G;iiiJtlwaM et d'Aletsch qui proviennent du Finsteraarborn et de la Jungfrau.

rieiire des glaciers qui, pendant un nombre d’années, a subi des dégels et des congélations successives, est-elle composée Aie fragments très-volumineux, comparés aux granules du néVé (voy. la note D).

Les glaciers, n’étant que des pliénomènes locaux dépendants de la hauteur des montagnes et de la configuration du terrain, doivent être complètement négligés quand il s’agit de déterminer la limite des neiges éternelles. La hauteur à laquelle on trouve des champs de neige sur des surfaces planes ou peu inclinées pendant toute la durée de l’année, est celle des neiges éternelles. Cette limite varie suivant la quantité de neige tombée pendant lliiver, la chaleur des étés, la localité, et une foule de circonstances qui nous échappent: * aussi la moyenne doit-elle être prise d’après un grand nombre d’observations. M. Bugi avait afiirmé, mais à tort, que la ligne qui sépare les glaciers des névés était plus constante que celle .des neiges perpétuelles. Le tableau suivant , emprunté au savant ouvrage de M. deHumboldt, sur l’Asie centrale, intitulé Recherches sur les chaînes de montagnes et la climatologie comparée, t. iii, p. 359, donne la hauteur de la limite des neiges éternelles à différentes latitudes.

Page 1