‹ Cours complet de pharmacie (volume 2)Chapitre 184 sur 228 · I-e lait. Les poulets · texte numérisé non relu

I-e lait. Les poulets

Le fiel de bœuf, Les œufs.

Les poumons de veau,

Il en est d’autres qu’il conserve telles quelles, dans des vases simplement couverts: le .bois de cerf, les os de sèche, le corail, les pierres d’écrevisses, que leur nature presque exclusivement calcaire, met à l’abri de toute altération profonde, sont plus par ticulièrement dans ce cas. L’on peut leur assimiler :

L’ambre gris, Le castoreum,

La civette , Le musc,

que le peu d’altérabilité de leurs principes constituants, analogues à ceux des huiles fixes et des huiles volatiles, préserve aussi de la putréfaction ; même le blanc de baleine, l’axonge et le suif. La disposition prononcée de ces dernières substances à rancir, doit cependant les faire de préférence enfermer dans des flacons, que l’on en remplit parfaitement, et les y faire fondre, afin que, se prenant en masse compacte par le refroidissement, ils présentent moins de prise à l’action de Pair, et d’ailleurs l’expulsent plus complètement du vase.

Au contraire,

Le kermès animal , Les cantharides,

Les cloportes ,

à l’exemple des plantes, auront besoin d’être maintenus dans

Conservation des vipères , écrevisses, grenouilles.

Couscrvalion des sangsues.

620 62e leçon.

un séchoir à air chaud, jusqu’à parfaite dessiccation, criblés avec soin, avant que d’étre introduits dans des flacons secs hermétiquement fermés. Encore ces dernières finissent- elles souvent par y devenir la proie des insectes, ce qui oblige à faire usage du procédé d’Appert , suivant le conseil donné par M. Wislin.

Les vipères, Les tortues,

Les écrevisses , Et les sangsues,

Les grenouilles,

sont conservées vivantes, à l’aide des précautions suivantes :

On place les vipères dans des boîtes couvertes, en partie remplies de son ; les grenouilles et les écrevisses, au milieu de l’eau qu’on renouvelle de temps à autre, dans des vases au fond desquels on a commencé par tasser de la mousse, de l’herbe, ou des touffes de jonc, et que l’on recouvre de claies en osier, ou de filets, destinés à s’opposer à la sortie des animaux.

Les tortues, sont abandonnées en liberté, au milieu d’un jardin garni de laitue et d’autres plantes potagères, capables de fournir à leur nourriture.

Si l’on ne dispose que d’un petit nombre de sangsues, M. Cresson conseille de les enfermer dans des vases en grès, ou en terre non vernissés, en ayant le soin de ne pas en mettre plus de 200, par chaque 6 pintes d’eau , parce qu’elles s’attaquent alors qu’elles sont pressées; de changer l’eau une fois au moins par semaine en hiver, et de deux jours l’un en été; de l’employer fraîche et surtout à une température constante, parce que les variations de température sont essentiellement nuisibles aux sangsues, d’enlever les matières muqueuses, causes principales de leur mortalité.

Quand on opère sur des masses, suivant M. Derheims, après s’être procuré un bassin muni d’un robinet propre àj changer l’eau toutes les fois que besoin en est, et portant à l’une de ses extrémilées, vers le milieu de la hauteur, une tablette recouverte de mousse tassée, et maintenue comprimée au moyen de cailloux, tandis qu’à son fond se trouve une épaisse couche de mousse et de charbon; on le remplit d’eau, de manière à ce que le lit de mousse de la tablette soit légèrement humecté, l’on y

place des sangsues, et sur le tout on étend un tissu à mailles serrées.

Le charbon est destiné à agir comme désinfectant, au cas où quelque commencement d’altération putride se manifesterait; la mousse à débarrasser les sangsues des mucosités qui les étouffent, en bouchant leurs organes respiratoires.

A l’exemple de ce qui se pratique à la pharmacie centrale des hôpitaux de Paris , on pourrait aussi conserver les sangsues dans des pots en terre recouverts de toiles, et dans lesquels on aurait ménagé deux ouvertures : l’une inférieure , livrant passage à un tube en étain percé à son extrémité recourbée d’une multitude de petits trous, servirait à l’introduction d’un filet continu d’eau; l’autre, supérieure, garnie d’une pomme d’arrosoir, ferait fonction de trop plein.

Ce n’est toutefois par aucune de ces méthodes, que les marchands en gros de sangsues, conservent celles qui leur sont expédiées des pays étrangers dans des sacs en toile, suspendus dans des voitures d’une forme particulière, dites fourgons. Ils creusent, dans des terrains assez élevés pour que les plus fortes crues des eaux voisines ne puissent les faire déborder, des réservoirs auxquels iis donnent de 4 à 5 mètres de largeur sur 8 à 16 de longueur et 1 de profondeur, en gazonnent la berge, en glaisant les parois, avec le soin délaisserai! fond une couche de glaise non battue de 25 à 30 centimètres d’épaisseur; puis y laissent croître des plantes aquatiques destinées tout à la fois à abriter les sangsues durant les grandes chaleurs de l’été, et à les débarrasser des mucosités. La charogne fétide ( caro vulgaris'), qui prend son entier développement sous l’eau, et fournit des touffes épaisses et rugueuses, est essentiellement propre à cet usage. Il ne reste plus alors , qu’à faire arriver dans ces bassins à une hauteur de 30 à 40 centimètres, de l’eau qui traverse à son entrée ainsi qu’à sa sortie, des pommes d’arrosoirs ou des toiles métalliques à mailles serrées.

Les choses ainsi disposées, on ouvre les sacs contenant les sangsues, dans des baquets remplis d’eau, et placés près des réservoirs; les sangsues mortes tombent au fond, celles qui sont vivantes se mettent à nager, et sont rejetées dans le réservoir commun en décantant beau des baquets.

62e LEÇON.

Là , les mieux portantes vont de suite s’enfoncer dans ja glaise, tandis que les souffreteuses s’attachent sur les bords, sans doute pour y respirer plus à l’aise.

Dans un réservoir présentant les dimensions ci-dessus relatées, on place de 45 à 50,000 sangsues.

Pendant la première quinzaine, il est indispensable d’enlever chaque matin les sangsues mortes ; mais plus tard, les sangsues tombées malades durant le voyage ayant toutes succombé, on peut se contenter d’une surveillance moins active $ d’enlever de temps à autre les sangsues mortes, après avoir mis le réservoir à sec, au moyen de bondes ménagées à cette intention.

En 6 mois de dépôt, lorsqu’aucune mortalité extraordinaire n’a lieu, la perte s’élève de 15 à 20 pour 100, et porte principalement sur les grosses sangsues.

Lorsqu’on veut procéder à la pêche, saisissant l’instant où les animaux nagent dans l’eau du réservoir, celui où le soleil est sur l’horizon, et où le vent ne souffle pas, l’on enfonce dans l’eau un morceau de drap à longs poils, d’un mètre carré environ, qu’on l’appelle mante. Les sangsues viennent s’attacher auxpoils du drap- quand un de ses côtés en est suffisamment couvert, on retourne la mante afin que de nouvelles sangsues viennent s’y attacher - enfin, on l’enlève, et la portant dans un baquet rempli d’eau, l’on en détache les sangsues à la main.

Dans les temps froids, les réservoirs sont remplacés par des fosses sèches, d’un mètre environ de profondeur et de largeur, de plusieurs mètres de longueur, et creusées dans un sol élevé et peu perméable à l’eau. On recouvre le fond de ces fosses, d’une couche épaisse de 40 centimètres, d’argile en consistance de pâte molle, dans laquelle on a commencé par empâter les sangsues, de manière à ce qu’une fosse longue de 12 mètres, en puisse contenir 5 à 600,000.

Sur la couche de glaise, on étend une épaisse couche de paille d’abord, de fumier ensuite, toutes deux destinées à préserver du froid les sangsues qui s’y pelotonnent, s’y agglomèrent par paquets de 100 à 150, et s’y conservent jusqu’au printemps, non toutefois sans avoir maigri considérablement.

Quand on veut les en retirer, on enlève le fumier et la paille,

on détache avec une pelle en bois, qui ne peut blesser les sangsues, un bloc de glaise qu’on délaie dans Peau ; on laisse la glaise se précipiter, et l’on pèche à l’aide d’une écumoire les sangsues qui nagent dans ce liquide.

Les sangsues que l’on expédie dans les colonies, sont conservées par un procédé tout à fait analogue au précédent, en les plaçant au milieu de la glaise convenablement délayée, dans un tonneau percé à son fond de petits trous, et chaque jour, versant sur la glaise, par une ouverture ménagée à la partie supérieure du tonneau, une petite quantité d’eau uniquement destinée à la maintenir dans son état primitif de mollesse.

La dessiccation que nous avons vu servir à la conservation des cantharides, des cloportes, etc., pourrait indistinctement s’appliquer à celle de toutes les matières animales susceptibles d’éprouver la décomposition putride ; mais, contrairement aux plantes et aux parties de plantes que bon conserve exclusive ment au moyen de cette opération, il existe un assez grand nombre de matières animales, que l’on conserve sans les dessécher, et par des procédés tout différents de ceux que nous avons précédemment décrits.

Soit en les soustrayant à l’action de l’air ;

Soit en les mettant en contact avec des substances capables, en se combinant avec elles, de donner naissance à des composés imputrescibles.

Soit, enfin, en les enveloppant de substances capables, sans toutefois s’y combiner, de prévenir leur putréfaction • d’où les noms d’antiputrides ou d’antiseptiques, sous lesquels on les désigne habituellement.

Leur conservation à l’abri de l’air, ou pour mieux dire, de l’oxygène, s’exécute d’ordinaire de deux manières. Suivant l’une, on enveloppe la matière animale de substances qui fa défendent de son contact; suivant l’autre, on l’introduit dans des vases dont l’air s’est trouvé, sinon complètement expulsé, du moins réduit à un si petit volume, qu’il ne peut déterminer une altération sensible.

Des moyens généraux de conservation de matières animales.-

1er procédé.

2e procédé*

6 24 62e LEÇON.

Au premier mode se rattache ,

La conservation, dans les cabinets d’histoire naturelle, des pièces anatomiques, que l’on place au milieu d’une huile fixe ou de l’huile volatile de térébenthine ; celle aussi, pour les usages culinaires, du ton sur lequel on a coulé du beurre ou de la graisse fondue, afin que le corps gras, après avoir chassé les bulles d’air adhérentes aux parois de la matière animale, forme plus tard une couche solide à sa surface, et s’y moule.

Au second mode, se rattache la conservation des matières animales par le procédé d’Appert. Nous l’avons décrit avec détails, en traitant de la conservation des sucs; seulement, nous ajouterons ici, que lorsqu’on agit sur des matières d’un volume considérable, par exemple, sur les viandes destinées aux voyages de longs cours, on remplace les bouteilles en verre par des caisses en fer-blanc, dont un des côtés resté ouvert, afin de permettre l’introduction de la matière, n’est fermé et soudé qu’a près coup. On juge que l’opération est bien faite, que l’absorption de l’oxygène intérieur est complète, à la légère dépression que subissent les parois de l’enveloppe, et, plus tard, sans qu'il soit nécessaire d’ouvrir la boîte, de l’entière conservation des matières qu’elle renferme, à la persistance de la dépression. Pour peu qu’il y eût eu altération, il se serait développé des gaz, et à la dépression aurait succédé une boursouflure.

Toutes les substances capables de former avec les matières animales, des combinaisons imputrescibles, pourront servira leur conservation par le second procédé. On devra toutefois préférer celles qui sont solubles, attendu qu’employées à l’état de dissolution, elles pénètrent infiniment mieux les matières, et parlant en assurent davantage la conservation.

Le tannin, le bichlorure de mercure, le sulfate de peroxyde de fer, le protochlorure d’étain, sont au nombre des plus fréquemment employés.

Le tannin, en raison de ce qu’il produit avec la peau, une combinaison à peu près imputrescible, sert dans les arts, à préserver les cuirs de la putréfaction.

L’opération vulgairement désignée sous le nom de tannage, parce qu’elle s’exécute à l’aide de la poudre d’écorce de chêne.

très riche en tannin et nommée tan, consiste essentiellement à superposer, dans des fosses pratiquées en terre et rendues imperméables aux liquides, des couches alternatives de tan et de cuirs verts, c’est-à-dire, de peaux fraîches préalablement dépilées, en les faisant macérer dans de l’eau chargée de chaux vive, puis les grattant avec un instrument particulier.

Le bichlorure de mercure , en raison de ce qu’il se comporte avec la plupart des principes animaux, à peu près comme avec l’albumine, avec laquelle il forme une combinaison insoluble dans l’eau et presque imputrescible, est employé par les naturalistes à la conservation des pièces anatomiques. Tantôt en faisant macérer celles-ci dans la dissolution aqueuse du sel, tantôt en injectant la dissolution dans les vaisseaux artériels ou veineux.

Leur troisième mode de conservation consiste :

Ou bien à recouvrir les matières animales de sel marin, d’azotate de potasse, de chlorhydrate d’ammoniaque, d’alun ou d’un mélange de ces différents sels 5 ou bien à les tenir plongées dans leurs dissolutions aqueuses, dans l'alcool, le vinaigre, l’eau aiguisée d’acide sulfurique, d’acide chlorhydrique.

C’est ainsi qu’en pharmacie l’on conserve les têtes de vipères, et dans les cabinets d’histoire naturelle, la plupart des reptiles et des poissons, au milieu de l’alcool.

C’est ainsi que, pour les besoins delà marine, on conserve les viandes en les dépeçant en morceaux de 2 à 3 pouces d’épaisseur, les roulant dans du sel marin, les laissant égoutter afin qu’elles se dégorgent d’une partie de l’eau qui les imprégnait, les roulant une seconde fois dans le sel , et définitivement les plaçant couches par couches, chacune sur un lit de sel, dans des tonneaux. On a d’ailleurs pris soin de choisir le sel marin privé de sels déliquescents (notamment de chlorhydrate de magnésie), afin qu’il soit plus propre à leur conservation, et de lui ajouter une petite quantité d’azotate de potasse, afin que les viandes salées conservent la teinte rosée des viandes fraîches.

Les antiseptiques, n’étant ni de nature à modifier profondément la constitution des matières animales, ni de nature à former avec elles des composés imputrescibles; la preuve en est, que ces matières débarrassées par des lavages, des antiseptiques T» II. ftO

3* procédé.

4e procédé.

626) 62? leçon.

qui les imprégnaient, se reproduisent avec leurs propriétés, plus spécialement avec celles de pouvoir se putréfier, sans que d’ailleurs elles retiennent des traces des substances conservatrices ;

D’un autre côté, le sel marin, le nitre, le sel ammoniac, Falun et leurs analogues solides, ne pouvant empêcher le contact de Pair •

L’action enfin de ces sels, ne pouvant être attribuée à ce qu’ils agiraient à la manière des substances siccatives, attendu d’une part, que tous les sels solubles dans l’eau, sont déliquescents dans une atmosphère saturée d’humidité, ainsi que l’est celle placée autour d’une matière animale imprégnée d’eau ; d’autre part, que leurs dissolutions très éloignées de leurs points de saturation, agissent aussi bien qne les sels solides •

Il faut admettre, que la conservation des matières animales, sous l’influence des antiseptiques, est due à l’action de causes occultes, plus ou moins analogues peut-être, à celles qui empêchent les huiles volatiles de moutarde noire, et d’amandes amères de se développer, au contact des acides minéraux et des sels;

La conservation des matières animales par infumation^ en les plongeant a l’état frais dans une s- talion aqueuse de sel marin, puis les suspendant à l’intérieur de vastes cheminées, dans lesquelles la combustion du bois entretient un courant d’air chaud, est le résultat tout à la fois, de leur dessiccation dans des conditions telles, que malgré la lenteur de l’opération, elles ne puissent éprouver aucune altération putride, le sel marin la prévenant; et de leur imprégnation par des produits pyrogénés, plus ou moins capables de jouer le rôle d’antiseptiques. On sait, en effet, que la créosote possède au plus haut degré les propriétés antiputrides, et que le vinaigre pyroligneux, retenant de l’huile empyreumatique, conserve mieux les viandes que ne le fait l’acide acétique pur.

L’odeur et la saveur toutes particulières des viandes fumées, sont dues à la présence des produits pyrogénés qui les ont pénétrées.

Les différents procédés que nous venons de passer en revue, sont tous propres à prévenir la décomposition putride des ma-

de i/embaumbmlnt. 627

tières animales; mais outre qu’ils sont plus ou moins dispendieux, d’une exécution plus ou moins longue, etc., etc. 5 ils ne sont pas applicables avec un égal succès, à la conservation de toutes.

Le tannin conserve admirablement la peau , et très mal la chair musculaire.

L’alcool concentré contracte les matières essentiellement cartilagineuses, d’où la nécessité d’employer en premier lieu de l’alcool faible, et de le remplacer par de l’alcool concentré, quand on tient à prévenir leur racornissement, et par suite leur déformation.

En outre, quoi que l’on fasse, il jaunit les substances qu’on y laisse longtemps plongées, et détruit leurs couleurs.

Le deutochlorure de mercure les racornit, les rend dures et de couleur brune, à l’exception des muscles qu’il blanchit.

Le persulfate de fer les recouvre, à la longue, d’une couche ocracce de sous-sulfate.

Le protochîomre d’étain, que décomposent les sels calcaires des os, ne convient bien que pour les matières fibreuses et cartilagineuses.

Les acides, ne conservent bien que les matières chargées de graisses ; ils altèrent la couleur des tissus et les corrodent.

L’acide sulfureux convertit les parties tendineuses et le tissu cellulaire, en une sorte de bouillie transparente 5 il n’altère en rien les parties fibreuses.

L’acide acétique ramollit les muscles, et les décolore.

L’essence de térébenthine altère la plupart des tissus; elle s’épaissit, se colore et finit par cacher à la vue les matières qu’elle laissait d’abord apercevoir très distinctement.

Les indications qui précèdent nous conduisent naturellement à nous occuper des procédés que l’on fait servir à la conservation des corps, et que le pharmacien doit connaître, puisqu’il est p resque toujours chargé de ces pénibles opérations.

Des méthodes d’embaumement

pratiquées

dans

l’antiquité.

628 6 2e LEÇON.

Tous les peuples de l’antiquité paraissent avoir cherché à préserver les corps de la putréfaction : en effet.

Les historiens juifs décrivent des opérations qui consistaient à laver les corps, à les frotter de parfums, à les envelopper d’aloës, de myrrhe et d’autres substances aromatiques.

Les Ethiopiens enveloppaient de gomme, et les Perses de cire, les corps de leurs grands personnages; la transparence de la gomme a même fait penser à quelques auteurs, que le premier de ces peuples les plongeait dans du verre fondu.

Au rapport de Stace, les Macédoniens enveloppèrent de miel le corps d’Alexandre le Grand, et sous le pontificat de Sixte IV, des fouilles pratiquées à Rome, sous l’ancienne voie Appienne, ayant fait découvrir le tombeau de Tullia, fille de Cicéron, on la trouva conservée au moyen d’une solution saline.

Toutefois, chez les Juifs, les Ethiopiens, les Perses, les Grecs et les Romains, la conservation des corps ne se pratiquait que dans des circonstances exceptionnelles, et par des procédés qui n’avaient rien de fixe, qui n’amenaient d’ordinaire que des résultats imparfaits.

De l’embaume- Au contraire, chez les Egyptiens et chez les Guanches, ancien leTEgyptiens. peuple des îles Canaries, elle s’effectuait en quelque sorte sur tous les corps, par des méthodes à peu près constantes, et assez parfaites, pour que l’on trouve presque partout en Egypte, sur plusieurs points des Canaries, des momies dans un remarquable état de conservation.

Il est vrai de dire, que la nature du sol, la température élevée du climat, et jusqu’à un certain point la constitution des individus, rendaient plus faciles aux Egyptiens qu’à la plupart des autres peuples, le succès de l’opération.

Le terrain de l’Egypte, où il ne pleut pour ainsi dire jamais, essentiellement sec et chaud, presque partout saturé de nitre ou de carbonate de soude, est naturellement si favorable à la conservation des corps, qu’il prévient la putréfaction de ceux qu’on y ensevelit sans opération préalable.

Plusieurs siècles après l’expédition deCambyse, au temple de Jupiter Am mon, hommes et chevaux, disent les historiens, se rencontraient parfaitement conservés, lorsque venaient à se dé«

de l’embaumement. 629

placer les mers de sable sous lesquelles une partie de l’armée s’ctait trouvée ensevelie.

Toutes circonstances égales d’ailleurs, les corps des Européens dont les tissus plus flasques, sont plus aqueux, se putréfient infiniment plus vite que ceux des Orientaux. Àmmien-Marcellin rapporte, qu’à la suite d’un combat entre les Perses et les Romains, le visage de ceux ci, cessait d’être reconnaissable après 3 ou 4 jours, tandis que celui des Perses se conservait fort longtemps sans sanie, sans altération aucune, et M. de Humblot a fait une observation semblable, sur un ancien champ de bataille des Espagnols et des Péruviens.

Chez les anciens Egyptiens et chez les Guanches, dont les procédés étaient les mêmes, ce qui tendrait à faire supposer entre ces peuples une origine commune, le travail de l’embaumement se faisait :

Tantôt d’une manière rapide et peu coûteuse, tantôt d’une manière plus longue, et qui portait le prix de Fopération à 4,500 francs environ de notre monnaie.

Suivant la première méthode, on se contentait d’injecter le corps par la bouche et par le fondement, à l’aide d’une seringue, avec la lésine liquide du cèdre, ou plus économiquementencore avec l’asphalte liquéfié par la chaleur, de fermer les ouvertures buccales et anales au moyen de tampons, de laisser le corps macérer durant 60 à 70 jours dans un soluté de natron (carbonate de soude naturel), de l’exposer au soleil, jusqu’à dessiccation complète, et de le plonger dans un bain d’asphalte.

Suivant la seconde méthode, on commençait par extraire la cervelle par les fosses nasales, à l’aide d’un fer recourbé; par pratiquer dans le flanc, une incision assez étendue pour qu’elle permît d’extraire également les intestins, lesquels, ainsi que la cervelle, après avoir été lavés avec une liqueur fermentée’ obtenue du palmier, étaient enfermés dans un coffre et jetés dans le Nil, en raison de ce que leur conservation eût été trop difficile.

On recouvrait ensuite le cadavre de natron, on l’exposait au soleil; lorsqu’il était sec, on remplissait la cavité abdominale de myrrhe, d’aloës, de cannelle et d’autres aromates, sans toutefois y faire entrer l’encens qu’on réservait pour être brûlé daus

Des momies.

Des procédés d’embaumement chez les modernes.

630 62e LEÇON.

les temples; on recousait les parois de F abdomen, on enveloppait tout le corps de bandelettes en tissu de lin, enduites de matières résineuses, et Finalement on l’enfermait dans un cercueil en bois.

Les momies préparées par le premier de ces procédés, sont celles que l’on rencontre le plus fréquemment en Egypte, celles que les peintres emploient pour obtenir certaines teintes; mais les momies décrites dans les traités de matière médicale, doivent avoir été préparées par le second procédé. Elles sont légères, poreuses, de couleur rougeâtre, d’odeur aromatique, tandis que les autres sont pesantes, compactes, noires, sans odeur, ou d’odeur désagréable.

Des procédés analogues à ceux des anciens Egyptiens ont été suivis jusqu’à ces dernières années. Ainsi, M. Boudet qui, sous l’empire, était spécialement charge de l’embaumement des sénateurs, a décrit de la manière suivante une de ses opérations.

Enlever tous les viscères au moyen d’incisions convenablement pratiquées, tant dans la région thoracique que dans la région abdominale; la cervelle, après avoir incisé les téguments et scié circulairement les os du crâne.

Inciser profondément toutes les parties charnues, elles surfaces internes des grandes cavités.

Laver l’extérieur et l’intérieur du corps, à l’aide d’éponges, d’abord avec de l’eau, puis avec du vinaigre camphré, et en dernier lieu avec de l’alcool camphré.

Appliquer sur les surfaces internes et externes, à l’aide de pinceaux, une première couche de dissolution alcoolique saturée de bichiorure de mercure, et après l’évaporation complète de l’alcool, une seconde couche de vernis préparé avec :

Le baume du Pérou, Et diverses huiles essentieiies.

Le styrax liquide,

Saupoudrer les mêmes surfaces d’une poudre aromatique que le vernis y fait adhérer, et que Ton compose :

De 1/2 partie de tan destiné à tanner la matière animale;

De 1/4 de partie de sel marin décrépité, destiné à agir comme siccatif et comme antiputride ;

DK l/ EAllîAUjiÜAl ENT .

De 1/4 de-partie d’un mélange de quinquina, de cannelle, de benjoin, destinés à agir les uns comme astringents, las autres comme aromatiques;

Le tout d’ailleurs arrosé d’essences.

D’autre part, ouvrir les intestins dans toute leur étendue, afin de les débarrasser des matières fécales, le cœur et les poumons, les tremper tour à tour, ainsi que la cervelle, dans l’eau, le vinaigre et l’alcool camphrés, les rouler dans la poudre aromatique ; cela fait :

Replacer les viscères dans leurs cavités, remplir celles-ci de poudre aromatique, refermer les ouvertures en rapprochant et cousant les téguments, apposer sur tout le corps, sans en excepter le visage, plusieurs couches de bandes de sparadrap que l’on vernit les unes après les autres, et que bon recouvre de poudre aromatique, l’enfermer dans un cercueil en plomb qu’on achève de remplir de poudre, et que l’on recouvre d’un autre cercueil en bois de chêne.

Le Codex adoptant ce mode d’embaumement, prescrit de préparer la poudre aromatique avec :

Noix de galle,

Tan,

Sel marin décrépité , Nitrate de potasse , Sommités de romarin,

— de lavande,

— de sauge , de thym ,

10,000 grammes, 10,000 — 7,500 —

de chaque 2,500

Sommités de menthe poivrée, \

Aloës suecotrin , j

Benjoin , I

Myrrhe, chaaue

Gingembre , [ C£\qftU0e

Girofle , 1 J’ÔUU

Muscades, )

Poivre noir, J

le vernis avec :

Baume du Pérou noir , 1500 gr. Huile de noix muscade , 500 gr.

— decopahu, 1500 — volatile de lavande, 128

Styrax liquide , 1500 — — de thym, 32

Mais les observations de M. Chaussier, et celles non moins importantes de M. Gannaî, doivent faire abandonner ce mode d’embaumement.

Suivant le procédé de M. Chaussier, très habilement modifié par M- Boudet, après avoir rapidement enlevé tous les viscères et le cerveau que l’on abandonnerait, ou que l’on conserverait à part, on remplirait immédiatement les cavités, d’étoupes sèches assez fortement tassées pour qu’elle plissent empêcher les

Procédé de Chaussier?

Procédé

de

M. Cannai

632 62e leçon,.

parois de s’affaisser • on fermerait les incisions par des sutures, en ayant le soin, pendant la durée des opérations, de plonger de temps à autre le corps dans un bain d’alcool pur; puis, dans un bain d’alcool chargé de sublimé. Cela fait, on le placerait dans une baignoire en bois assez remplie d’eau distillée saturée de bichlorure, pour qu’il en fût complètement recouvert, en y tenant plongés des sachets remplis de chlorure en poudre, afin d’entretenir la saturation du liquide, on l’y laisserait séjourner pendant environ 3 mois, et, au bout de ce temps, on le suspendrait sur des bandes en toile, jusqu’à dessiccation complète, dans un lieu aéré. Au besoin, on relèverait les parois des cavités au moyen de nouvelle étoupe, de manière à éviter toute déformation.

L’excès de solution mercurielle devrait être décomposé par de la grenaille de zinc ou de fer, destinée à précipiter le mercure, puis distillé afin d’en retirer l’alcool. Celui-ci, d’ailleurs, serait réservé pour des opérations de même genre. Les soubresauts continuels que produit la dissolution, ne permettraient pas d’en retirer directement le chlorure par voie de distillation, et l’odeur du produit alcoolique, la présence possible de quelque peu de chlorure indécomposé, ne permettraient pas davantage de le faire servir à d’autres usages.

Ce procédé, a sur les précédents, entre autres avantages, ceux d’assurer mieux la conservation du corps, et de le débarrasser de toutes les matières qui le cacheraient à la vue;

Mais il offre les inconvénients d’exiger l’emploi d’une substance d’un prix élevé, dangereuse à manier, d’être d’une exécution longue et difficile; surtout, en rendant inévitable encore la mutation, de blesser profondément le sentiment religieux, qui porte à conserver les restes de ceux qui furent l’objet de notre admiration ou de notre amour.

Le procédé de M. Gannal repose sur la propriété que possède l’alumine, de former une combinaison imputrescible, avec la matière préexistante dans tous les tissus animaux, et que ce chimiste nomme géline, parce que c’est elle qui, sous l’influence prolongée de Peau bouillante, se convertit en gélatine. Non-seulement, il s’exécute au moyen d’une substance sans danger pour l’opérateur, d’un prix très modique, dans un espace de temps

DE L EMBMJMEMENT. 633

très court, en substituant aux incisions profondes, à l’enlèvement des viscères, une simple injection, une simple macération ; mais encore, il conserve presque indéfiniment la couleur et la souplesse propre à chaque tissu.

Pour l’exécuter, on injecte par l’une des carotides, au moyen d’une seringueà injection, un soluté aqueux d’acétate d’alumine, préparée en décomposant le soluté de 1000 gr. de sulfate d’alumine, par celui de 250 gr. d’acétate de plomb cristallisé ; puis à cette injection, on fait succéder pendant 2 à 3 jours, une macération dans un soluté salin analogue.

Le chlorure d’alumine ne saurait être employé, pour le double motif qu’il attire fortement l’humidité de l’air, et que, produisant presque instantanément la dessiccation de la membrane interne des vaisseaux sanguins, il empêche l’injection de pénétrer jusqu’à leurs extrémités.

Le sulfate lui est avantageusement substitué, sous le point de vue de l’économie ; toutefois, attendu que l’acide sulfurique mis à nu, à la suite de la combinaison de l’alumine avec la matière animale essentiellement putrescible, réagit bien plus profondément sur les tissus, quene le fait l’acideacétique, on préfère réserver cesulfate pour les opérations moins délicatcsque les embaumements; par exemple, pour ccllesque l’on pratique dans les amphithéâtres d’anatomie, alors que l’on veut pouvoir y prolonger les dissections.

Dans ce cas, on dissout dans 2 litres d’eau, 1 kilo de sulfate d’alumine du prix moyen de 1 fr., en augmentant un peu sa proportion en été, et l’on injecte la moitié de la solution par la bouche, l’autre moitié par l’anus, sans employer la macération, qui, maigrissant la peau et la durcissant, deviendrait un obstacle aux dissections.

Il est bon de faire remarquer, que l’ou ne saurait substituer au sulfate d’alumine, le sulfate double d’alumine et de potasse ou d’ammoniaque (alun).

Ce sel, formé sur 100 parties, de :

Sulfate d’alumine , 36

— dépotasse, 18

Eau de cristallisation , 46

62e LKCON.

et dont la dissolution aqueuse, saturée à la température de -f- 12°, ne retient que 1/50 d’alumine à l’état de sulfate; est trop peu chargé d’alumine et trop peu soluble. Le sulfate simple d’alumine, contient au contraire 30 pour 100 de base, et se dissout dans la moitié de son poids d’eau, à -f- 15° de température.

POSTFACE

L’examen que nous venons de terminer, des procédés à l aide desquels le pharmacien conserve les matières animales, complète la série de questions que je me proposais de traiter dans ce Cours.

Ainsi, en effet, que dès le début j’avais annoncé l’intention de le faire, avant de parler de la conservation des matières médicamenteuses, je m’étais successivement occupé de leur récolte, de leur préparation ou de leur extraction, de leur adaptation aux usages spéciaux de la médecine, des moyens d’en déterminer la nature, et d’en constater Sa bonne qualité.

En rédigeant ces leçons , pour la plupart, simples reproductions de celles que j’ai faites à l’Ecole de Pharmacie de Paris, depuis bientôt dix ans, j’étais animé du double désir de justifier par de nouveaux efforts, les suffrages auxquels j’ai dû l’honneur de lui appartenir, et de mettre aux mains des élèves un ouvrage que leur fréquentation de tous les jours me faisait juger nécessaire, malgré les mérites divers de ceux qu’ils possèdent déjà.

Sa forme particulière, en fournissant un moyen

POSTFACE

naturel de se débarrasser des formules indispensables à des traités d’un autre genre, des détails arides et minutieux qu’elles entraînent, et aussi, d’envisager sous d’autres points de vue les questions qu’on devait y aborder, promettait, en effet, à celui qui voudrait r entreprendre, de le laisser plus libre dans le choix des matériaux qu’il aurait à mettre en œuvre, des faits dont il devrait essayer de tirer des enseignements généraux.

Le temps si précieux que les élèves consacrent à cette partie de leurs études pharmaceutiques, devait s’en trouver notablement abrégé ; et l’espèce de côtoiement continuel qu’il devait amener entre la pharmacie et les sciences proprement dites, en leur rendant plus saisissables les nombreux points de contact qu’ elles présentent, pouvait encore relever à leurs yeux, Futile profession que tous sont appelés à exercer avec honneur et conscience , plusieurs à éclairer de leurs lumières, à enrichir de leurs travaux.

Aurai-je atteint le but que je m’étais proposé? Je n’ose l’espérer, car malgré le soin que j’ai pris de ne laisser en dehors du cadre que je m’étais tracé, aucune question de nature à y trouver place; de profiter de toutes les observations susceptibles de rendre ces leçons plus intéressantes; de décrire avec fidélité les procédés opératoires, d’en exposer avec lucidité les théories, d’en apprécier les résultats, j’aurai sans aucun doute commis de nombreuses omissions, laissé passer bien des erreurs, souvent manqué de méthode, de précision, de clarté.

POSTFACE

Mais j’ai du moins rintime conviction , que ceux qui consentiront à me lire , trouveront dans les efforts consciencieux que j’ai faits pour leur rendre mon travail aussi profitable qu’il pouvait l’être, une preuve du vif intérêt que les élèves m’inspirent et que je leur ai voué.

De leur côté, les auteurs dont j ai dû mettre à contribution les savants écrits, ou les obligeantes communications verbales, reconnaîtront aisément, je l’espère, au plaisir que j’ai pris a citer leurs noms, combien j’avais à cœur de ne dissimuler aucun des emprunts de toutes sortes que je leur faisais , et de saisir toutes les occasions de leur adresser ainsi mes publics remerciements.

Puissé-je, en récompense, obtenir de mes confrères une bienveillante approbation, et des élèves, une affectueuse reconnaissance.

Paris , 5 avril 1842.

TABLE ALPHABÉTIQUE

DES MATIÈRES

ACETATES. Leurs caractères, tome II,, page 366.

ACETATE d’ammoniaque. II. 369. — de cinchonine. 430. — de cuivre neutre et bibasique. 371. — de fer.

370 — de mercure, 375. — de morphine. 423. — de plomb neutre et basique. 372, 373. — de poatsse.

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