‹ Cours d'accouchements professé à l'Université catholique de Louvain (volume 2)Chapitre 110 sur 113 · ASPHYXIE · texte numérisé non relu

ASPHYXIE

apparente et nous avons trouvé les mouvements du cœur quelquefois très-faibles, quelquefois irréguliers, quelquefois très-rares, mais jamais suspendus : nous ne sommes jamais parvenu à les réveiller lorsqu'ils étaient complètement arrêtés depuis quelques minutes.

4. MORT APPARENTE. Que faut-il entendre par ces mots? Un état qui pourrait faire croire à la mort , bien que celle-ci ne soit pas réelle ; bien que quelques fonctions, et spécialement celles du cœur, s'exécutent encore. Ce qui pourrait tromper, c'est le non établissement des fonctions de relation, l'absence des mouvements et de la respiration. Si, comme nous lavons dit, cet état est rarement produit par la faiblesse, par lanémie ou par la syncope, quelles sont donc ses causes ordinaires? Il en est deux principales que nous allons examiner : lasphyxie et la congestion ou Tapoplexie cérébrale.

5. ASPHYXIE. De toutes les causes de la mort apparente des nouveau-nés, la plus commune est incomparablement Vasphyxie. Elle peut se produire avant, pendant ou immédiatement après l'accouchement.

A. Asphyxie intra-utérine. Causes. Le sang du fœtus doit aller s'oxygéner et se révivifier dans celui de la mère. Si cette oxygénation, cette respiration ou cette hématose placentaire, ne se fait pas, ou si elle se fait incomplètement, le sang du fœtus devient plus ou moins complètement veineux ; il va exercer sur les centres nerveux une impression insolite et un malaise qui se traduit par des mouvements tumultueux ou convulsifs. Ces mouvements peuvent produire un déplacement qui lève l'obstacle à la circulation en faisant, par exemple, cesser la compression que subissait le cordon ombilical. Tout rentre alors dans l'ordre. Mais si l'obstacle persiste ou s'il se reproduit, le sang se désoxygène de plus en plus ; il stupéfie les centres nerveux et met ainsi fin aux mouvements du tronc et des membres ; bientôt après il devient incapable d'inciter les nerfs qui président aux mouvements du cœur ; ceux-ci s'affaiblissent, se ralentissent et enfin se suspendent : l'asphyxie est dès lors irrémédiable et la mort réelle. —

Ajoutons qu'avant de devenir mortelle, l'asphyxie intra-utérine provoque parfois des efforts instinctifs d'inspiration et que si ces efforts font pénétrer du liquide amniotique ou des mucosités dans

les voies aériennes, rétablissement de la respiration pulmonaire s'en trouvera gêné ou empêché. L'asphyxie extra-utérine pourra succéder ainsi à Tasphyxie intra-utérine et Taggraver.

Cela posé, voyons les conditions qui peuvent faire obstacle à rhématose placentaire ou produire l'asphyxie intra-utérine. Ces conditions sont assez nombreuses et elles sont relatives à la circulation, du fœtus ou à celle de la femme :

Du côté de Venfant, Elles se rattachent à deux chefs principaux : à la compression du cordon et au décollement prématuré du placenta.

a) Compression du cordon ombilical. Le cordon peut être comprimé : i® quand il est prolabé ; 2° quand le tronc de lenfant étant déjà sorti , la tête se trouve trop longtemps retenue au détroit supérieur ou dans le petit bassin ; 3<> quand les eaux étant totalement écoulées, et la matrice resserrée avec force , le cordon n'est pas bien abrité dans le creux abdominal du fœtus; par exemple, lorsqu'il forme une circulaire remontant le long du dos.

b) Décollement prématuré du placenta. Le placenta peut se décoller prématurément :

i^ quand il est inséré anormalement sur le col de la matrice ; 2° quand il est tiraillé par un cordon trop court ; 3° quand une hémorrhagie interne se produit entre lui et la surface utérine correspondante ; 4° quand le tronc étant déjà à l'extérieur, la matrice doit encore se contracter à plusieurs reprises pour expulser la tête arrêtée dans le bassin.

Du côté de la mère Différentes conditions, assez rares mais très-réelles , peuvent entraver et suspendre , momentanément ou définitivement, l'hématose placentaire. C'est ainsi que , quand la femme meurt sans être délivrée, le fœtus succombe à l'asphyxie et non à l'anémie ou à l'inanition ; c'est ainsi que , quand elle est elle-même asphyxiée ou frappée d'une syncope qui se prolonge, son sang peut devenir incapable de réoxygéner complètement celui de l'enfant ; il est rare cependant que celui<i succombe, à moins que la syncope ou l'asphyxie ne devienne mortelle à la femme elle-même. Enfin lorsque la matrice est en état de contraction permanente, comme il arrive parfois après ladministration et, surtout, après l'abus du seigle ergoté, il est peut-être permis de croire que le sang maternel n'arrive plus dans les vaisseaux utérins en quantité suffisante pour les besoins d'hématose du fœtus.^

Telles sont les causes de Tasphyxie intra-utérine. On se demande pendant combien de temps le fœtus, encore renfermé dans le sein de sa mère, peut se passer de la respiration placentaire. S*il est à terme et s'il existe, par exemple, une compression du cordon assez forte pour y intercepter complètement le cours du sang, il est rare que la vie se prolonge au-delà de i5 à 45 minutes.

Les expériences de H aller et de Buffon, sur de petits chiens, celles de Le Gallois, sur des lapins, prouvent que ces animaux en naissant peuvent vivre une demi-heure dans un liquide tel que le lait ou leau pure. Mais M. Edv^ards a démontré que, parmi les animaux à sang chaud, ceux qui naissent les yeux fermés, comme chiens, chats, Japins, résistent plus longtemps à Tasphyxie que ceux qui, comme Thomme, ouvrent les yeux dès qu'ils sont nés; de sorte qu'il n'est pas même sûr que le fœtus humain à terme, survive une demi-heure à la compression exacte et continue du cordon ombilical (Jacquemier, t, II, p. 760) (i).

B. Asphyxie extra-utérine. Causes. Pour bien comprendre comment Tasphyxie peut se continuer ou se produire après la naissance, il faut se rappeler de quelle manière la respiration pulmonaire s'établit et se soutient.

Dans les conditions normales, Tair ambiant produit sur les nerfs de la peau, et spécialement sur le tri-facial, une impression qui se transmet à la moelle allongée (bulbe rachidien), et celle-ci, par une action réflexe, détermine le premier mouvement des muscles inspirateurs ou la première inspiration. L'air introduit dans la poitrine agit alors sur le nerf pneumogastrique, comme il a agi sur le tri-facial; il provoque la seconde inspiration.... et ainsi de suite, et la respiration est établie (M ar s h ail- H ail) (2).

(1) Lorsque* le foetus nest pas à terme, le besoin d*hématosc nest pas aussi impérieux ; il use moins d oxygène et résiste partant mieux aux causes d'asph3ncie. — Les animaux à sang chaud résistent d'autant plus longtemps à Tasphyxie qu'ils sont soumis à une température plus basse.

(2) Exceptionnellement f il peut arriver que la moelle allongée, irritée directement par le contact d'un sang mal hématose, mette les muscles inspirateurs en jeu, et ccst ainsi que, dans lasphyxie intra-utérine commençante, du liquide amniotique pénètre parfois dans les vies aériennes. Si Tenfant naissait tout au début de lasphyxie, ces mouvements d'inspiration pourraient

Pour que la fonction commence et se maintienne, il faut toujours la réunion de trois conditions fondamentales :

lo Que l'air puisse pénétrer dans les poumons ;

2° Que l'excitabilité des nerfs cutanés, et surtout celle du pneumogastrique ne soit pas trop émoussée ;

3° Que l'excitabilité de la moelle allongée ne soit pas anéantie.

Voyons comment ces conditions peuvent manquer :

1° L'introduction de l'air dans les poumons peut être gênée ou empêchée par un vice de conformation, par un lambeau des membranes recouvrant la bouche et les narines, par du liquide amniotique ou par des mucosités obstruant les voies respiratoires. Cette dernière circonstance, si on n'y remédie pas promptement, devient d'autant plus grave qu'elle présuppose l'asphyxie intrautérine et que celle-ci a déjà diminué l'excitabilité de la moelle allongée et de tout le système nerveux, en même temps que la contractilité des muscles inspirateurs.

2« L'excitabilité des nerfs de la peau et des muqueuses, celle du pneumogastrique en particulier, peut être diminuée, comme nous venons de le dire, par le fait de l'asphyxie intrautérine ou, si l'on veut, par l'action stupéfiante d'un sang plus ou moins désoxygéné : il est clair, dans ces conditions, que ces nerfs répondront moins à la stimulation naturelle de l'air et aux stimulations artificielles auxquelles on voudra les soumettre.

30 L'excitabilité de la moelle allongée peut être affaiblie ou détruite : i® par l'asphyxie intra-utérine, 2® par une compression ou 3« par une lésion de substance.

Nous avons déjà dit comment la désoxygénation du sang paralyse tout le système nerveux. Nous ne reviendrons pas sur ce point. Nous ne nous arrêterons pas non plus aux causes qui peuvent produire la compression de la moelle allongée, parce que nous en traiterons à propos de l'apoplexie.

Quant aux lésions du bulbe rachidien et de la moelle épinière, elles peuvent résulter de la distension forcée des vertèbres

contribuer à dissiper le mal. Cette théorie de Marshall-Hal suppose que le sang, désoxygéné à un premier degré, irrite la mofille allongée et qull la stupéfie et la paralyse, au contraire, quand sa désoxygénation est plus ou moins complète. Cela peut paraître singulier : mais il est cependant d'observation que la compression légère et momentanée du cordon ombilical détermine des mouvements désordonnés chez le fœtus et que complétée ou prolongée, elle met bientôt fin à ces mêmes mouvements.

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