COMPRESSION CÉRÉBRALE. CONGESTION. APOPLEXIE
ÉTIOTOGIE. La plupart des fonctions du cerveau ne commencent qu'à la naissance, et ce qui le prouve bien, c'est que des fœtus acéphales vivent, se développent et se meuvent très-manifestement jusqu'à terme. Nous voyons d'ailleurs des enfants naître pleins de vie ou se ranimer bientôt, quoiqu'un bassin trop étroit ou des instruments, tels que le levier et le forceps, aient produit des enfoncements considérables et même la fracture des os du crâne. L'enfant naît parfois même encore vivant après le broiement et le sciage du crâne, et nous pourrions citer de nombreux exemples où des accoucheurs qui pratiquent l'embryotomie sans attendre la mort de l'enfant, se crurent obligés de l'achever après sa naissance.
La compression cependant devient parfois mortelle, avant ou immédiatement après la naissance, parce qu'elle s'étend jusqu'aux organes les plus essentiels à la vie , jusqu'au bulbe rachidien , par exemple; ou bien, parce qu'elle est assez forte ou assez prolongée pour engourdir, pour paralyser la masse cérébrale.
Qu'arrive-t-îl alors? On conçoit que le sang, pénétrant plus difficilement dans les parties comprimées, congestionne les parties voisines, mais, d'après M. Jacquemier, c'est surtout au moment où la compression cesse, que la substance cérébrale, privée de sa tonicité ou de sa réaction naturelle, se laisse engorger.
Il est une autre cause de congestion cérébrale : c'est la compression de la région antérieure du cou produite, soit par une circulaire du cordon, soit par le col de la matrice ou par les os du bassin , comme il peut arriver dans les présetitations de la fsLce, La situation superficielle des veines jugulaires explique suffisamment le mode d'action et le danger d'une telle compression.
Quel que soit le mécanisme de sa production, la congestion cérébrale peut aller jusqu'à la rupture de quelque vaisseau, |usqu'à l'épanchement séreux ou sanguin, et celui-ci, comme la congestion elle-même, sera d'autant plus grave, qu'il sera plus considérable ou qu'il s'étendra à des organes plus importants.
SYMPTÔMES DE L'ASPHYXIE ET DE L'APOPLEXIE. Nous réunissons les signes de ces deux affections, parce que, même en tenant compte de leur étiologie respective, il est bien difficile de distinguer l'apoplexie de l'une des formes de l'asphyxie; heureusement le traitement de l'une est aussi le traitement de l'autre.
L'asphyxie se présente sous deux formes :
i® Dans la première, qui se confond symptomatologiquement avec l'apoplexie, il y a extérieurement des signes de congestion veineuse : les pieds, les mains, la face surtout, sont d'un rouge violet ou bleuâtre; la face est turgescente, les lèvres gonflées, les yeux saillants, la langue appliquée contre le palais. Le corps a conservé sa chaleur et, quoique immobile, il n'est pas complètement relâché et mou. La veine ombilicale est gorgée de sang ; les battements du cœur sont plus ou moins rares, mais assez forts, quelquefois même pJus forts qu'à l'état physiologique.
Si l'asphj'xie se dissipe spontanément ou sous l'influence de nos secours, la peau reprend peu à peu sa couleur naturelle, la face se décongestionne, le bruit du cœur redevient fréquent et régulier, la respiration s'établit, lenfant fait dçs mouvements et pousse des cris.
Niais si le mal, au Heu de se dissiper, s'aggrave, s'il doit devenir mortel, nous voyons cette première forme» qu*on pourrait appeler tipoplectiqu^ , passer à la seconde qu'on pourrait appeler
r"" Dans cette seconde forme la peau et les muqueuses
sont décolorées ; les membres et le tronc relâchés, flasques et refroidis , la tête ballante , la mâchoire inférieure pendante , le sphincter de Tanus ouvert et souillé de méconium. Le cordon ombilical et le cœur n'offrent que des pulsations très-faibles et à peine perceptibles.
Quelquefois Tenfant remue un peu et fait une légère inspiration, mais il retombe bientôt dans l'état de mort apparente.
C'est là ce qu'on décrivait autrefois sous les titres de faiblesse^ d'anémie et de syncope des nouveau-nés, mais, en réalité, il s'agit presque toujours de l'asphyxie — et de l'asphyxie grave — car, malgré l'apparence exsangue' des téguments, les gros vaisseaux et les viscères parenchyn^ateux n'en contiennent pas moins une grande quantité de sang. A l'autopsie, on trouve les veines du cou, de la poitrine, du cerveau et de ses enveloppes gorgées d'un sang noir et' liquide. Quelquefois il y a épanchements à la surface des membranes ou sur les lobes postérieurs du cerveau, plus souvent sur le cervelet et dans l'arachnoïde vertébrale (Cruveilhier).
Souvent aussi le foie est congestionné et c'est à cette congestion que Billard rattachait la jaunisse, à laquelle le nouveau-né est très-sujet quand il survit à l'asphyxie. Les poumons sont généralement gorgés de sang.
Il est très-probable que le passage d'une forme à l'autre peut avoir lieu in utero ^ comme il a lieu quelquefois sous nos yeux après la naissance ; mais la forme grave, avec décoloration des téguments, ne peut-elle pas se produire primitivement ou d'emblée? Devergie a fait la remarque que quand un malheureux périt rapidement d'asphyxie sous un éboulement de terrain, il présente une décoloration notable des téguments. M. Jacquemier pense qu'il peut en être de même pour le fœtus quand la compression du cordon ombilical suspend brusquement et complètement le cours du sang (i).
TRAITEMENT. Lorsque l'asphyxie ou l'apoplexie ne sont pas portées très-loin, il suffit de pratiquer quelques frictions avec de l'eau fraîche, du vinaigre ou de l'eau-de-vie, pour voir bientôt le malaise se dissiper.
Il est toutefois prudent de porter l'indicateur recouvert d'un
(1) Il n'y a cependant pas parité complète entre les deux situations car, chez ce malheureux enterré vif, comme chez l'individu qui tombe à Teau, rémotion peut donner lieu à une syncope.
linge fin dans rarrière-bouche, pour constater s'il y existe des mucosités. Si Ton en rencontre, on place l'enfant presque verticalement sur la tête et, tout en continuant à le frictionner, on lui percute légèrement le dos, pour que les glaires descendent vers le point déclive, c'est-à-dire vers le pharynx, où on va ensuite les chercher avec le doigt (Dewees). On ne coupe le cordon que quand la respiration est bien établie et la peau revenue à sa couleur naturelle.
Supposons l'asphjrxie plus profonde. On commencera encore par porter le doigt dans Tarrière-bouche, comme nous venons de le dire, car il faut avant tout que les voies aériennes soient perméables. Cela fait, s'il s'agit de l'asphyxie apoplectiforme ou de l'apoplexie , si le corps est ferme et les pulsations ombilicales fortes, on coupe le cordon ombilical et l'on en tire i, 2, 3 ou 4 cuillerées de sang, selon la force de l'enfant et l'état congestif de la face. Mais s'il y a décoloration des téguments, et même si l'enfant est bleu mais flasque et le pouls ombilical très-faible, on doit se garder de cette saignée et lier le cordon avant de le couper.
Dans les deux cas l'indication est de provoquer les mouvements respiratoires en excitant la peau et les muqueuses ; ce qui se fait de diâférentes manières et par des moyens divers.
On met d'abord l'enfant dans un bain chaud et on lui verse, avec la main , de l'eau de bain sur la région précordiale que Ton frictionne doucement. On lui lave également la tête , les tempes et la figure avec de l'eau du bain , puis la face avec du vinaigre ou avec de Feau-de-vie. Ce bain ne doit pas être de longue durée.
On entoure ensuite l'enfant de flanelle ou de linges secs, on l'essuie bien et on lui projette de l'eau, du vinaigre, de l'eau de Cologne, de Teau-de-vie, à la figure et sur le thorax. Puis de nouveau on le plonge dans le bain (Marshall-Hall). Au sortir du bain<haud, certains praticiens plongent l'enfant dans de l'eau froide, mais sans l'y laisser. C'est un moyen très-énergique et qui produit parfois les effets les plus manifestes; mais il nous a paru qu'il n'était réellement efficace que quand le petit malade a déjà faix quelques inspirations.
Pendant qu'on administre le bain, on fait préparer un petit lavement avec parties égales d'eau tiède et d'eau-de-vie et, quand Tenfant est remis à sec, on le lui passe en faisant en sorte qu'il soit retenu.
Dans rintervalle des bains, et même pendant les bains, on pratique des frictions douces sur le front, les tempes, les joues, les lèvres, et des frictions plus rudes à la région précordiale, le long du rachis, aux paumes des mains, aux plantes des pieds.
Ces frictions se font avec la main, avec une brosse, avec un linge sec ou humecté d'un liquide stimulant. On y joint de temps en temps quelques petites tapes sur le dos et sur les fesses ou bien on flagelle ces parties avec un linge humide.
On excite les muqueuses de Tarrière-bouche et des narines au moyen du doigt , d'une barbe de plume molle ou d'un liquide volatil, tels que ceux que nous avons indiqués déjà ou tel que l'éther. On emploie quelquefois aussi de la fumée ou de la vapeur, celle d'une allumette souffrée par exemple, ou bien encore un oignon coupé en deux qu'on place sous les narines ou avec lequel on pratique des frictions sur le sternum. On peut aussi tremper le doigt dans de l'ammoniaque et l'approcher du nez, mais sans toucher les narines ou les lèvres, de crainte de les cautériser.
On souffle de temps en temps avec force sur la face de l'enfant ou on le balance en l'air. Il est des praticiens qui lui pincent la peau de la poitrine avec deux doigts et autrefois on lui suçait les mamelles (V. Cangiamila),
Lorsque les moyens indiqués n'atteignent pas leur but, il faut, sans perdre de temps, recourir à l'insufflation pulmonaire.
Celle-ci peut se pratiquer de différentes manières :
lo Directement, L'enfant étant enveloppé de langes chauds qui l'empêchent de se refroidir, on dispose la tête et le thorax de manière à ce que la région antérieure du cou soit libre et un peu saillante. Un aide fixe la tête et ferme les narines au moyen de deux doigts, à moins que l'opérateur ne préfère le faire lui-même. L'accoucheur applique sa bouche sur la bouche de Tenfant, recouverte ou non d'un linge très-fin, et fait d'abord quelques aspirations profondes. S'il entend un bruit de liquide , il répète ces aspirations et, avant d'insuffler de l'air, il extrait le liquide, par les procédés que nous avons indiqués. Il remet alors l'enfant dans sa première position, il lui ferme les narines et, os ad os, il fait au petit malade, une forte insufflation qu'il répète 10 à 12 fois par minute (De Paul). Si la poitrine se laisse dilater, la main exerce une légère pression sur sa base pour aider à l'expiration.
2® Insufflation au moyen d'un tube. On- peut se servir
Fig. 59,
d'une sonde en gomme élastique ordinaire ; mais il est pre'férable d'employer le tube laryngien de Chaussier (1). Il
ressemble beaucoup à une sonde de femme. M. Ribemont a, tout récemment, proposé de lui imprimer une courbure qui rend son introduction et son maintien dans le larynx plus faciles. Nous représentons (FIG. 5g) l'instrument tel que nous voudrions qu'il fût. Le nouveau-né étant placé, comme je l'ai dit tantôt, on introduit l'indicateur gauche que l'on pousse jusque sur l'épiglotte. Ce doigt guide le bec du tube jusqu'à l'entrée du larynx où on le fait pénétrer doucement à mesure qu'on relève son extrémité libre vers le nez. Pour s'assurer qu'il est bien dans les voies aériennes, on porte l'index plus profondément, jusque contre la paroi postérieure de la glotte, ou bien on imprime à l'instrument quelques mouvements de latéralité qui doivent se communiquer au larynx.
On ferme alors exactement les narines et la bouche, puis l'on fait avec précaution, 10 à 12 insufflations par minute. Si l'épigastre se soulevait dès la première insufflation, il faudrait immédiatement retirer la canule et la replacer mieux, car ce soulèvement prouverait qu'elle a pénétré dans l'œsophage et non dans le larynx. Il est également nécessaire de la retirer momentanément lorsqu'elle s'obstrue de mucosités. Quelquefois cependant il suffit de faire remonter celles-ci par quelques fortes aspirations.
Si l'enfant fait spontanément quelques inspirations, on suspend, pour un moment, les insufflations et on les éloigne peu à peu ; mais on ne les cesse tout à fait que quand le petit mdade respire spontanément au moins 5 ou 6 fois par minute
(De Paul).
Pour faire l'insufflation Richardson a imaginé un double
(1) Les bords de rouverturc laryngienne du tube de Chaussier doi\'ent 6trc plus épais, plus arrondis et plus mousses quon ne les fiiit ordinairement.
f'^S- ^- soufflet en caoutchouc (FIG. 60). La
canule est introduite dans Tune des narines ; on prend l'un de ces soufflets dans chaque main, on les serre et on les relâche vingt fois par minute. L'une des boules (A) sert pour l'inspiration, l'autre (B) pour l'expiration. — Cet instrument pourrait être employé dans les accouchements par le siège quand la tête est arrêtée dans le bassin et que le fœtus est menacé de succomber par suite de la compression du cordon.
3° Pneumatogénie. Procédé de Marsh al l-Ha 1 1. Couchez l'enfant sur le dos, la tête un peu élevée, puis faites décrire au tronc sur son axe longitudinal, un peu plus d'un quart de cercle, de manière à ce que le thorax regarde un peu en bas ; remettez l'enfant sur le dos et répétez ce roulement i5 à 20 fois
par minute.
Les procédés de Sylvester, de Pacini et de Bain ne
diffèrent guère entre eux.
Le petit malade étant sur le dos, on lui soulève la tête et les épaules à l'aide d'un petit coussin ou d'un vêtement roulé, glissé sous les omoplates ; on tire et on maintient la langue hors de la bouche, au moyen d'une bande élastique ou d'un ruban passant sous le menton et au-dessus de la langue. Les choses étant ainsi disposées, on charge un aide de fixer le bassin de l'enfant tandis que debout, du côté de la tête, on saisit de chaque main un bras, au-dessus du coude , pour le relever au-dessus de la tête, puis on l'abaisse en le pressant assez fortement contre le côté de la poitrine. Ces mouvements d'élévation et d'abaissement se répètent 1 5 fois par minute , jusqu'à ce que la respiration s'établisse. Il faut ensuite s'attacher à réchauffer et à ranimer le
malade (i).
L'insufflation pulmonaire, bien pratiquée, est un des moyens
(1) Voir Ga;(ette méd, de Paris, i865, p. 35o et Journ, de méd. et de Mr. prat., i865, p. 267. Même sur des cadavres, l'entrée de Tair est quelquefois si bruyante qu'elle simule le ronflement d'un individu endormi.
les plus puissants qu'on puisse employer dans l'asphyxie. Sous son influence, les battements du cœur deviennent bientôt plus forts, plus fréquents, plus réguliers et il nous est arrivé bien souvent de les entretenir pendant une heure, et même pendant une heure et demie, alors même que la respiration ne s'établissait pas. On peut donc penser que quand elle échoue, c'est que les centres nerveux, la moelle e'piniére ou la moelle allongée se trouvent dans l'impossibilité de réagir, c'est-à-dire, que l'intensité de l'asphyxie, une compression ou une lésion de substance ont produit une paralysie au-dessus des ressources de l'art.
4° Galvanisme. Après avoir asph)~xié des animaux de même espèce et de même force, Leroy, d'Étiolles, ranimait quelquefois ceux qu'il galvanisait, tandis que les autres, abandonnés à euxmêmes, succombaient.
11 enfonçait des deux côtés du thorax, entre la 8< et la ^ côtes, à quelques lignes de profondeur, une aiguille courte et fine ; puis il établissait le courant avec une pile de 25 ou 3o couples de 27 millimètres de diamètre. C'est là une ressource qu'on peut essayer, au moins dans les maternités.
Les moyens que nous avons indiqués contre la mort apparente sont assez nombreux et il convient de les varier dans leur emploi, car chacun d'eux semble parfois n'avoir qu'une inflence passagère. Mais il faut procéder avec calme et sans précipitation, car, dans l'extrême faiblesse où il se trouve, l'enfant est incapable de répondre à des excitations nombreuses et irès-rapprochées. Des manœuvres vives et impétueuses, dit Naegele', peuvent faire manquer le but qu'on veut atteindre.
Lorsque rasph\'xie n'est compliquée ni d'épanché menis, ni de compression, ni de k'sion de la moelle allongée, on parvient parfois à la dissiper contre toute attente. Ne désespérez donc jamais trop tôt, et ne vous exposez pas à voir une garde-couches ranimer un enfant que vous auriez abandonné, ou à le voir se ranimer tout seul , comme cela est parfois arrivé.
[| n'est pas rare qu'après beaucoup d'efforts on soit parvenu k faire respirer plus ou moins complètement le nouveau-né. mais qu'il continue à gémir plutôt qu'à crier. Il est fort à craindre alors qu'au bout de quelques heures, la respiration ne s'embarrasse de nouveau et que la mort ne s'en suive rapidement. Il faut donc apprendre à la garde-couches ce qu'elle doit frtii'c en attendant votre arrivée. Elle doit dabord passer le doigt rvcouvcrt d'un linge fin dans l'arrière-bouche pour en extraire
les mucosités qui peuvent s'y trouver, plonger un instant les membres inférieurs et le siège de Tenfant dans de Teau chaude, puis le frictionner près d'un bon feu. Nous avons l'habitude , dans ces cas, de recommander une surveillance attentive et de faire envelopper l'enfant dans de l'ouate, plutôt que de l'emmail loiter. La respiration reste ainsi plus sûrement libre et les secours peuvent être plus promptement employés.
Lorsque ce sont des glaires qui semblent gêner l'introduction de Tair dans les poumons, la titillation de l'épiglotte et quelque cuillerées à café de sirop d'ipéca produisent parfois un vomissement salutaire.
Une sangsue derrière l'oreille, un lavement excitant, le sirop de rhubarbe, sont au contraire indiqués quand la turgescence de la face accuse une congestion cérébrale.
La débilité se reconnaît à l'insuffisance de développement du corps, à la faiblesse des cris et des mouvements : l'enfant a de la peine à teter, il retient mal les boissons qu'on lui donne, il a de la tendance à se refroidir et devient tantôt pâle, tantôt livide, comme s'il allait mourir. Tout enfant petit et maigre n'est pourtant pas nécessairement débile : s'il est vivace et remuant, s'il tette et s'il crie bien, il a toute chance de vie. Ce qui constitue , en effet , le danger de l'état qui nous occupe , c'est l'insuffisance des forces nécessaires pour une respiration complète : vivre, c'est respirer. Si l'air ne pénètre pas complètement, les vésicules pulmonaires restent affaissées dans une étendue plus ou moins considérable des poumons et elles conservent le caractère qu'elles avaient avant la naissance. Si cet état se prolonge il survient bientôt un engorgement des vaisseaux pulmonaires et bronchiques qui augmente le danger.
Les mêmes conditions s'observent parfois chez des enfants à terme et bien développés, lorsqu'on» nest pas parvenu à les tirer complètement de l'état de mort apparente dans lequel ils sont nés.
L'action prolongée du froid peut produire la congestion , l'engorgement des dernières bronches et des poumons, l'affaissement graduel des vésicules pulmonaires et leur retour à Vétat fœtal. Cela s'observe souvent chez les enfants trouvés ou perdus. Nous croyons, avec Jacquemier, que cet état est beaucoup plus commun que la pneumonie vraie chez les nouveau-nés.
Il importe de ne pas confondre les deux affections : il y a, dans les deux cas, gêne plus ou moins marquée de la respiration , inspirations incomplètes , matité , obscurité ou absence du bruit respiratoire, souffle voilé, ordinairement vers la base et sur les côtés du thorax ; mais ce qui distingue le simple engouement et le retour des poumons à Tétat fœtal, de la pneumonie et du catarrhe pulmonaire, c*est que le premier existe toujours des deux côtés à la fois, c*est qu^en même temps le pouls est petit, ^ble, ralenti, c*est quau lieu de réaction fébrile, il y a pâleur du visage, tendance au refroidissement et engourdissement du petit malade. Faut-il ajouter que les évacuations sanguines et une diète, même légère, aggraveraient encore un semblable état?
On doit entourer Tenfant d'une chaleur douce et ^ale, Tenvelopper dans de Touate et le coucher dans les bras de sa mère. Lorsqu on renouvelle ses langes , il faut que ce soit près d*un bon feu et qu on profite de ce moment pour pratiquer des frictions sèches ou aromatiques. On doit veiller à ce qu'il ne reste jamais longtemps couché dons la même position, afin de prévenir les congestions hypostatiques. Il importe, en outre, qu'il ait un bon lait et qu'on ne lui en donne pas trop à la fois.
Tumeurs du crâne.
Le canal pelvien est si juste, ses proportions sont si économiquement ménagées, que la nature doit recourir à un méca. nisme ingénieux pour mettre Tenfiant au jour. Qu'il y ait la moindre disproportion entre la filière et le corps qui doit la traverser, et les difficultés, les retards et les accidents surgissent sur le champ. Les lésions dont la tête du fœtus peut être meurtrie dans un passage relativement trop étroit sont : les contusions, les fractures, le caput succedaneum et le céphalœmatôme.
CAPUT SLXCEDANEUM. Si Ton comprime circulaîrement un membre, il en résulte une gêne dans la circulation et bientôt de Tœdème. De même, quand les os du bassin, le col de la matrice ou l'ouverture vulvaire exercent sur le crâne une compression plus ou moins forte et prolongée, la portion du cuir chevelu qui correspond au centre du canal pelvien et qui se trouve aunlessous de la compression, s*engorge, bientôt et s'in-
CAPUT SUCCÉDANEUM 465
filtre (i). Mais soit à cause de la délicatesse des vaisseaux, soit à cause de Tétat du sang chez le fœtus, Tinfiltration n'est pas purement séreuse, elle est séro-sanguine. Cest à cette infiltration qu'on donne le nom ai' œdème séro-sanguin, de tumeur serasanguine ou de caput succedaneum.
Une tumeur de même nature doit se produire sur la joue, dans les présentations de la face, et sur Tune des fesses dans les présentations du siège. Elle se développera, cela est évident , sur tel ou tel point de la région qui se présente , selon les diverses positions que celle-ci peut affecter. Ainsi Fœdème séro-sanguin occupe la partie postérieure droite de la voûte du crâne dans les positions occipito-iliaques gauches ; la joue droite, dans les positions mento-iliaques droite de la face ; la fesse gauche, dans les positions sacro-iliaques gauches du pelvis, etc. Son siège peut donc servir, même après la naissance, à établir, à confirmer ou à rectifier le diagnostic de la présentation et de la position. Cest là un fait qu'il faut noter et signaler dans les expertises médico-légales sur Tinfanticide.
L'œdème séro-sanguin peut se manifester avant l'écoulement des eaux ; mais il se développe surtout lorsque le travail se prolonge après la rupture des membranes.
Sa manifestation indique que l'enfant vit ; car, pour qu'il y ait gêne de la circulation, il faut avant tout qu'il y ait circulation. Mais la tumeur produite pendant la vie peut persister après la mort.
Il ne faut pas la confondre avec une espèce de poche fluctuante que le cuir chevelu et la pulpe cérébrale, réduite en bouillie, forment parfois chez les fœtus putrides.
Signes. Dans les présentations du sommet, la tumeur est d'un rouge bleuâtre ou violet, plus ou moins foncé, selon que l'extravasation est plus ou moins superficielle et plus ou moins consdérable. Elle est mal circonscrite, mal définie et elle se confond, sans limites précises, avec le cuir chevelu environnant. Elle est plus ou moins saillante et convexe, indolente, pâteuse, dépressible sous le doigt, mais reprenant bientôt sa forme pre-
(i) Pendant les efforts de raccouchement. le corps de l'enfant se trouve soumis à une compression plus ou moins considérable ; celle-ci pousse les liquides vers la partie qui correspond au vide du bassin et qui, seule soustraite à cette pression, se laisse infiltrer. Comme le dit M. Joulin, il se passe ici quelque chose de comparable à ce qui a lieu sous l'application d'une ventouse.
mière. Elle est irréductible et n'ofifre ni pulsations ni fluctuation.
Terminaisons. L'obstacle à la circulation étant levé, les fluides épanchés se résorbent en général fort vite : en 12 ou 24 heures, 48 heures au plus, et cela sans qu'aucun secours soit nécessaire.
Si pourtant la tumeur était très-volumineuse et sa résolution trop lente, on y appliquerait des compresses imbibées de quelque liqueur résolutive : infusion aromatique, teinture darnica, vin de Bordeaux, eau salée, eau aiguisée d'eau-de-vie, eau de de Goulard ; au besoin ; vin rouge, 5oo grammes et chlorhydrate d'ammoniaque, i5 grammes.
On a quelqufois vu le caput succedaneum devenir le point de départ d'une inflammation érysipélateuse et même phlegmoneuse. Si les aritiphlogistiques et les résolutifs ne parviennent pas à empêcher la suppuration, il faut ouvrir l'abcès sans tarder, afin de prévenir l'amincissement et le décollement du cuir chevelu. Cette terminaison est très-rare et, quoique rœdème sérosanguin soit très-commun, nous ne l'avons jamais observée.
CÉPHALyEMATOME. La tumeur sanguine est un accident plus sérieux, mais beaucoup plus rare, que l'infiltration séro-sanguine. Elle a été décrite sous les noms divers de : tumeur sanguine du crâne (Baudelocque), abcessus capitis sanguineus neo-natorum (Paletta), ecchymoma ou ecchymosis capitis (Car us et Osiander), thrombus de la tête (Dugès et Goelis), céphalœmatôme (Naegelé).
La tumeur sanguine diffère essentiellement de l'œdème sérosanguin. Comme nous venons de le dire, en effet, l'œdème séro-sanguin est en majeure partie séreux et il se développe dans l'épaisseur même du cuir chevelu ; c'est une infiltration^ tandis que le thrombus est une collection purement sanguine, siégeant plus profondément : sous l'aponévrose et, bien plus souvent encore, sous le pcricràne.
Le céphalajmatôme offre deux variétés principales :
a) Dans la première, céphalœmatôme sous-aponévrotique^ le sang est épanché entre l'aponévrose et l'épicràne. Cette variété, rare, dépend généralement d'une violence extérieure, résultant de l'emploi du forceps» par exemple, ou d'une chute de l'enfant sur le plancher. Elle est analogue aux bosses sanguines que les adultes cl les enfants surtout se donnent parfois, lorsqu'ils se cognent la tctc contre un corps dur. Comme ces bosses aussi^ elle se dissipe spontanément et promptement.
CÉPHALiEM ATOME 467
b) Plus souvent, c'est entre le crâne et le péricrâne que le sang s'épanche pour constituer le céphalœmatôme sous-péricrânien. Cette variété se rencontre, d'après Baron et Valleix, une fois environ sur 5oo enfants naissants. Elle siège le plus ordinairement sur le pariétal droit, entre la bosse pariétale et la petite fontanelle ; elle peut cependant aussi se trouver sur le point correspondant de Tos pariétal gauche ou sur un autre point des pariétaux; elle s'observe beaucoup plus rarement sur l'os occipital ou sur le frontal.
Elle ne peut jamais passer par-dessus les sutures, par le fait même qu'elle est sous-périostique et que le périoste, propre à chaque os, est surtout adhérent au voisinage des sutures. C'est ainsi que, dans les cas peu nombreux où on l'a rencontrée sur les deux pariétaux à la fois, elle était réellement double et chacune des saillies était isolée et séparée de l'autre par la suture sagittale. Lors donc qu'un épanchement s'étend d'un os à l'autre en recouvrant une suture, on peut être certain qu'il n'est pas souspéricrânien.
Le volume du céphalœmatôme sous-péricrânien varie de la grosseur d'une noisette à celle d'un œuf de dinde coupé en deux; son étendue varie aussi de la largeur d'une pièce de deux centimes à celle de la presque totalité de l'os.
La tumeur n'apparaît ordinairement que quelques heures après la naissance ; souvent même elle n'est remarquée que le lendemain ou le surlendemain. Elle est peu tendue, de sorte qu'en appuyant dessus, le doigt reconnaît aisément qu'elle repose sur un fond osseux. Naegelé seul dit y avoir quelquefois constaté, dans les premiers jours, des pulsations isochrones au pouls de l'enfant.
La tumeur a généralement pris tout son développement en quelques heures. Elle peut être plus ou moins tendue, résistante, mais elle est manifestement fluctuante dans l'immense majorité des cas. Elle ne présente ni changement de couleur à la peau, ni soulèvements alternatifs, ni battements artériels.
Après quelques jours d'existence, elle est nettement circonscrite par un rebord osseux plus ou moins saillant. Ce rebord, au contour irrégulier et plus proéminent dans certains points que dans d'autres, pourrait faire croire à une perforation de l'os (i). Mais si, partant de cette espèce de bourrelet, le doigt se dirige
(1) Ledran lui-même s'est laissé induire en erreur.
CÉPHAL^MATOME
erreur semble impossible et cependant la nature de la tumeur a été si souvent méconnue que nous croyons bien faire en revenant un instant sur son diagnostic différentiel.
a) CéPHALiEMATOME SOUS-PÉRICRANIEN.
b) CAPUT-SUCCEDA- NEUM.
C) ENCéPHALOCÈLE.
i^ La tumeur n'apparaît qu'après Taccouchement et reste quelques jours stationnaire pour se dissiper après quelques semaines ;
2*» Elle siège toujours sur un os, le plus souvent sur un pariétal, sans jamais en dépasser ni môme en atteindre les limites;
3° Elle est nettement circonscrite par un rebord osseux et repose sur un fond dur;
40 La peau qui la recouvre n'offre aucun changement de couleur ;
5^ La tumeur , plus ou moins bombée et fluctuante, se laisse aisément déprimer sous la pression et reprend sa forme immédiatement après.
1° Elle est surtout apparente au moment de l'accouchement et se dissipe en quelques heures (12 à 24 au plus);
2^^ Elle s'étend le plus souvent d'un os à l'autre, en recouvrant la suturj qui les sépare ;
3" Elle se perd insensiblement dans le cuir chevelu environnant ;
49 Le cuir chevelu est d'une teinte violacée ;
5° La tumeur , convexe et plus ou moins saillante, se laisse aussi déprimer mais conserve quelque temps l'empreinte du doigt.
1° Elle est évidente au moment de la naissance.
Si son volume varie dans la suite, c'est pour augmenter;
2° Elle correspond à une suture ou a une fontanelle ;
3<> Elle sort d'une véritable ouverture qui l'embrasse et la limite à sa sortie du crâne ;
4<* La peau a conservé sa couleur naturelle;
S^ La tumeur, marronnée et plus ou moins volumineuse, est le siège de soulèvements et d'abaissements alternatifis. Sa compression donne lieu à des phénomènes cérébraux.
On ne confondra pas le céphalœmatôme avec un abcès , puisque celui-ci est précédé et accompagné d'inflammation , de douleur, de chaleur et de réaction fébrile ; puisqu'il ne se forme que lentement et qu'il est entouré de tissus engorgés sans limites précises.
Ajoutons qu'on a aussi admis un céphalœmatôme sus-méningien, dans lequel le sang se trouve épanché entre la duremère et le crâne ; mais cette variété est très-rare parce que , même dans les fortes compression de la tête, la dure-mère suit les mouvements des os qu'elle tapisse. Les symptômes étant exclusivement ceux de la compression cérébrale, un diagnostic précis n'est guère possible sur le vivant.
Lorsqu'il y a fracture dun os, le céphalaematôme peut être à la fois sus-ménîngien et sous-péricrânien. On soupçonne cette complication quand les signes des deux variétés sont réunis et surtout quand une compression un peu large, exercée sur Tépanchement extérieur, aggrave les phénomènes cérébraux.
Terminaisons et traitement. Les épanchements sanguins extra-péricrâniens se dissipent ordinairement assez vite, surtout si Ton favorise leur résorption par des applications résolutives , et il est rare qu'il faille recourir à une incision pour en obtenir la cure.
L'épanchement sous-péricrânien ne guérit ni aussi vite, ni aussi sûrement. L'accident cependant, est moins grave et sa guérison spontanée est beaucoup plus constante, qu'on [ne le croirait à la lecture des monographies. Notons d'abord qu'il n'a été bien décrit que depuis une cinquantaine d'années au plus, et que beaucoup de praticiens de nos jours ne le connaissent pas encore. Or , comment pourrait-il en être ainsi , si la guérison spontanée n'était pas la règle et si cette règle souffrait de fréquentes exceptions? Pour notre part, nous en avons vu plus de 3o cas et tous se sont terminés heureusement.
Voici comment la guérison s'opère. La quantité de sang extravasé diminuant peu à peu par résorption, l'espace qu'il occupait se trouve graduellement envahi par le rebord osseux qui s'avance vers le centre, en rétrécissant de plus en plus le cercle qu'il circonscrivait , de sorte que finalement il ne reste qu'une protubérance osseuse (Valleix).
Naegelé pense que la guérison s'opère quelquefois autrement et qu'il se forme alors à la face interne du périoste détaché, une lame osseuse qui se trouve quelque temps isolée du reste de l'os et que le doigt peut déprimer comme une feuille de parchemin ou de métal. Le sang se résorbant ensuite, cette lame se soude avec l'os sous-jacent pour former un tout compact, avec protubérance locale. Nous avons vu chez plusieurs enfants la tumeur se rétrécir un peu dans les premiers jours, rester stationnaire de 4 à 6 semaines, puis marcher en très-peu de temps vers la guérison complète. Nous en faisons la remarque parce qu'elle nous paraît importante au point de vue du pro. nostic et du traitement. Dans un de ces cas, un confrère, désespérant des efforts de la nature, nous proposait de pratiquer une incision ; mais il se rendit à l'objection que rien ne pressait