APPAREILS A TRACTION
La première machine à traction continue a été imaginée en i858 , par un vétérinaire, M. Baron, de Nogent-lc-Roi. M. Chassagny, de Lyon, et Joulin 1860, ont été les promoteurs des appareils à traction appliqués à l'accouchement de la femme : tous les deux partent de ce principe qu'un effort sontenu et modéré est préférable à des tractions saccadées, intermittentes et violentes.
/. L! appareil de Joulin,
Cet appareil (Voir FIG. 188) se compose : i» d'une canule en acier , ayant comme axe une tige taraudée en pas de vis , munie d'un taquet écrou qu'on fait monter ou descendre en tournant la poignée de la tige ;
1^ d'un point d'appui, métallique, rembourré sur les points qui doivent se trouver en contact avec la patiente. Le bord inférieur est mousse et forme une poulie de réflexion sur laquelle glissera le lacs ;
30 d'un lacs en corde de 5 millimètres de diamètre;
4" d'un petit dynamomètre, qui donne la mesure de la force employée et sans lequel l'application de l'appareil serait une témérité.
MODE d'application. Le forceps étant appliqué Joulin passait le lacs dans les deux fenêtres. Nous lui avons conseillé de faire forer un trou au-dessous de chaque fenêtre et de charger chaque branche de la corde avant de la placer dans le bassin. Les deux chefs du lacs sont ainsi ramenés entre les cuillers et ne peuvent plus, comme nous lavons vu, entamer les parties molles de la mère (i). Le point d"appiii étant articulé avec la canule, on le met en rapport avec les tubérosités ischiatiques de la patiente, sur le sillon fémoro-fessier. Les cuisses sont ensuite étendues pour empêcher le déplacement du point d'appui. On joint les deux extrémités du lacs qu'on passe dans le dynamomètre, puis on attache ce dernier au taquet écrou que l'on met en mouvement en tournant la poignée de la canule (FlG. 188)
•I Le lacs agit de deux manières, non seulement il entraîne le forceps , mais en passant par les fenêtres , il rapproche les cuillers avec une puissance qui augmente en raison de la résistance.
(i) Cette application est très-simple et préférable aux boutons métalliques ^ue Joulin a imagints depuis ei qu'il mettait à cheval sur chaque fenêtre, lanneau par où passe le lacs, tournée i:n dedans.
3g6 DIFFICULTÉS PROVENANT DU CORPS A EXPULSER
et d'arrière en avant — forme avec i'axe du détroit inférieur, oblique de haut en bas et d'avant en arrière, un angle d'au moins 45 degrés (Voir FIG. 189t. Donc il y a une déperdition des forces utiles qui se décomposent en partie en compressions.
Nous avons appliqué deux foi»
Vaide-forceps de Joulin : dans un bassin de 73 et dans un autre de 75 millimètres (i). Nous avons termine l'accouchement avec une force de ï5 à 40 kilogrammes, une fois en 22 minutes, l'autre fois en une heure. Les enfants, dont le cœur battait encore au momcni de la naissance , n'ont pas pu être ranimés ; les mères ont eu des couches normales.
//. Appareil de M. Chassagny.
M. Chassagny, de Lyon, décrit ainsi (2) le dernier appareil à tractions soutenues qu'il a fait construire.
Il La malade est couchée sur une plaque métallique de 8 centimètres de largeur et de 27 centimètres de longueur, présentant les courbures des régions lombaire et sacrée. Le bord antérieur de cette plaque arrive au niveau de l'anus ; le tracteur s'applique sur ce bord arrondi et il pivote sur lui de manière à s'adapter à toutes les directions que l'on veut appliquer à Ij force, n
B La ligne PL indique le profil de la plaque, les ligures 100. 191 et 192 montrent les positions du , tracteur, correspondantes à chacune des phases de l'accouchement, il suffit, sachant que la ligne CH représente à peu près la direction des diffcrenls axes, il suffit, dis-je, d'examiner l'angle GJH formé par les cordons de traction et les manches du forceps et de maintenir le tracteur dans la position qui réalise l'ouverture de cet angle. <•
Uj Voir BuUclinsdc l'Acad. royale de méd. de Belgique, t. IV. 3' : 11) Journ. dei sciences méd. de Louvain. 187G, p. 665.
Fig. 193.
« J ai déjà appliqué une douzaine de fois cet appareil et j'ai pu constater Timmensité de ses avantages. Le point d'appui est excessivemeut solide et la pression n'est pas perçue par la malade. »
« Au début (FIG. 190), il agit en appliquant fortement contre la région coccygienne l'extrémité L de la plaque dont l'extrémité P résiste en s'appuyant contre le lit. Plus tard, (FIG. 191), lorsque la pression semble agir pour repousser la plaque et la faire glisser dans la direction de l'axe du corps, ies courbures correspondantes de la région postérieure de la parturiante et de la plaque suffisent pour maintenir l'adhérence et les sous-cuisses dont j'avais muni cette plaque dans le principe ^nt presque complètement inutiles. »
u Je les ai supprimés pour les remplacer par deux petites aillettes qui, au repos, se replient sur la plaque, s'en écartent pendant la fonction et s'attachent avec un cordon de laine à chacune des cuisses de la malade. »
Par des expériences fort ingénieuses, que nous avons citées plus haut, M.
Chassagny a démontré la supériorité de son forceps et de son appareil, au point de vue de la compression que le cerveau du fœtus et les tissus de la mère ont à subir pendant l'opération. Ajoutons que la traction étant insérée au centre de figure, le crâne conserve toute liberté pour obéir aux résistances qu'il rencontre et exécuter les mouvements de rotation naturels. Nous ne nous arrêterons pas à décrire les autres machines à accoucher récemment inventées — nous nous bornerons à citer les mouffles de Tarnier (i) et les appareils des D" Bruyère, Pros, Poullet et Hamon (FIG. 193).
Nous ne sommes pas du reste en mesure • de donner une appréciation définitive sur tous ces appareils : ils soulèvent les questions les plus difficiles de l'obstétrique I — et, malgré les plaisanteries dont ils ont
U été l'objet, nous estimons qu'ils méritent
(j, " d'être sérieusement étudiés.
il) Nouveau dict. de méd. et de chir. prat., 1872.
DU LEVIER FLAMAND (i).
DÉFINITION. Le levier obstétrical est un instrument destiné à abaisser la tête du fœtus et à lui imprimer certaines rotations. La grande puissance qu'il permet de déployer la fait employer aussi dans certains cas pour obtenir une réduction du volume du crâne.
HISTORIQUE. Contemporain du forceps il en devint le rival. On ne sait pas encore au juste qui a eu le premier Tidée d'utiliser dans la pratique des accouchements, une puissance dont Tusage est journalier dans la mécanique et dans l'industrie. Nous avons dit que Chamberlen ne fut pas heureux à Paris. Il le fut bien moins encore en traversant la Belgique et la Hollande pour retourner à Londres car , s'il fallait en croire la plupart des auteurs, il aurait été pillé partout sur son passage : en Belgique, Palfyn lui aurait volé tout son secret; en Hollande, Roonhuysen, plus scrupuleux sans doute que Palfyn, ne lui en aurait plus pris que la moitié, une seule branche, et en anrait fait le levier.
Sous prétexte de pudeur, mais en réalité pour garder son secret, Roonhuysen fixait un drap d'une part au coUet de son habit et d'autre part aux vêtements de la femme et il opérait sous ce rideau.
Le levier fut successivement acquis et exploité par Ruysch et par De Bruyn entre les mains desquels il devint la source d'une fortune considérable. Il fut plus tard revendu, pour une somme de 5ooo francs, à De V'isscher et Van de Poil qui le firent connaître en ijSS.
Depuis son origine jusqu à nos jours, le levier a toujours ou ses enthousiastes et ses détracteurs systématiques. Les uns l'emploient exclusivement et rejettent le forceps : c'est ainsi que De Rruyn la appliqué Soo fois et Warrocquîer 1200: — les autres le condamnent sans examen et sans appel et, d'après M.
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Joui in, qui ne lui consacre que 20 lignes dans son traité complet d'accouchements « le levier est un instrument abandonné de de nos jours et qui n'a véritablement plus sa raison d^être. » (i). Nous croyons que la vérité se trouve à égale distance de ces opinions extrêmes. L'étude impartiale à laquelle nous allons nous livrer nous montrera que le levier est un instrument d'une puissance extrême et partant qu'il peut, selon la main qui le dirige, produire des effets merveilleux si elle est habile, désastreux si elle est maladroite ou ignorante. En thérapeutique que de poisons sont plus redoutables que le levier — et cependant qui songe à en condamner l'usage et quel médecin ne doit pas en connaître le maniement? La force d'expansion de la vapeur, elle aussi est effrayante : est-ce une raison suffisante pour renoncer à monter en chemin de fer si la machine est bonne et le machiniste expérimenté et prudent? On nous a objecté : et les employés atteints de daltonisme? — on aurait bien pu aussi nous dire : et les aveugles I
^^8- «94 Le levier de Roonhuysen (FIG. 194) avait la forme
d'un joug de bœuf : il consistait en une lame d'acier longue de 3o centimètres, large de 27 millimètres, épaisse de 3, arrondie sur ses bords et aux angles, droite dans sa partie moyenne et présentant, à ses deux extrémités, une courbure longue d'environ 94 millimètres et profonde de 3. Cette lame était recouverte de cuir.
Le levier primitif a subi de nombreuses modifications : il a été élargi ou rétréci, fénétré en totalité ou en partie, différemment courbé sur le plat ou sur le bord, construit en acier, en bois, en corne, etc. Les plus importantes de ces modifications sont celles qui portent sur sa courbure céphalique, car moins celle-ci est prononcée, et plus l'instrument est exposé à lâcher prise.
(1) Instmit par les expériences de Fabbri, M. Tarnier reconnaît quavec le levier on peut réussir là où Ion aurait échoué avec le forceps. Cazcaux, 1867, p. 1019.