I . Matrice distendue
1° RÉTENTION DES RÈGLES. Une jeune fille, arrivée à la puberté, vient vous consulter. Elle n'a pas ses règles, mais périodiquement, mensuellement, elle éprouve des coliques utérines, des douleurs, des tiraillements dans les reins, dans le bas-ventre et au haut des cuisses, parfois des vomissements. Ces orages se
DISTENSIONS UTÉRINES
dissipent après quelques jours, laissant chaque fois après eux, une certaine augmentation dans le volume du bas-ventre et une aggravation dans le sentiment de ple'nitude, de tension du côté du bassin, de gêne du côté du rectum et de la vessie.
Si la femme a été réglée antérieurement, c'est qu'il s'est produit dçpuis un obstacle dans le canal vulvo-utérin , à la suite d'une inflammation ou d'un accouchement laborieux, et le commémoratif dans ce cas nous mettra sur la voie du diagnostic.
Le sang peut s'accumuler dans le vagin seul et l'utérus, simplement soulevé, faire saillie à l'hypogastre, sous forme d'une petite tumeur arrondie et ferme, qui peut arriver jusqu'à l'ombilic, (i) Mais le plus souvent, la matrice elle-même est distendue par le sang et elle constitue une tumeur régulière, arrondie, d'une consistance uniforme, plus ou moins souple et plus ou moins volumineuse selon la quantité de sang qu'elle contient. Cette tumeur s'accroît un peu aux époques cataméniales et reste stationnaire dans les intervalles. Elle peut finir par devenir sourdement fluctuante. Jamais elle n'offre ni saillies, ni duretés partielles ; mais elle peut se durcir en totalité, quand l'organe fait effort pour se débarrasser de son contenu. Le plus souvent, l'obstacle, étant constitué par l'hymen, on trouve cette membrane saillante, bombée, fluctuante, bleuâtre. Si, pour confirmer son diagnostic, l'on introduit une sonde dans l'urèthre et l'indicateur dans l'anus, on sent fluctuer le fluide interposé entre le doigt et l'instrument.
Ce mode d'exploration, joint au toucher et, au besoin, à l'application du spéculum, ferait reconnaître l'existence d'une cloison transversale située plus haut, ou la réunion des parois vaginales, avec accumulation de sang dans la partie supérieure du canal.
Lorsque l'occlusion est au col, on constate que le segment inférieur de l'utérus est développé, arrondi, mollasse et comme fluctuant, si l'épanchement sanguin est considérable. Quant au col lui-même, il ne permet pas même le passage d'une sonde et il est saillant ou effacé selon que l'occlusion existe à l'orifice supérieur ou à l'inférieur.
(i) En 1874 un vieux praticien nous envoya une jeune fille de 24 ans, porteuse dune tumeur du ventre remontant jusqu'à l'ombilic, obstruant tout le vagin et commençant à gêner la mixtion. Nous incisâmes l'hymen imperforé, qui formait une tumeur bombée entre les grandes lèvres, et il s'écoula, peu à peu, 800 grammes d'un liquide brun foncé, épais, sirupeux, collant. A mesure qu'il s'échappait, l'utérus soulevé revenait à sa place et la tumeur hypogastrique fondait sous la main.
DISTENSIONS UTÉRINES
On a vu aussi, mais très-rarement, du sang non menstruel, du sang ordinaire, s'amasser dans la cavité ute'rine hors de l'état puerpéral. Ce cas diffère théoriquement du précédent : en ce qu'il ne s'observe guère que chez les femmes arrivées à la ménopause, tandis que l'autre, au contraire, suppose la menstruation; 2° en ce qu'il dépend d'une hémorrhagie interne, qui peut bien se répéter, mais qui ne se reproduit pas périodiquement, mensuellement; 3° en ce que, outre les accidents locaux, l'hémorrhagie utérine produit parfois des phénomènes généraux qui la caractérisent. Cette distinction a peu d'importance pratique, la confusion de ces états différents n'étant pas grave au point de vue du traitement.
Traitement. Lever l'obstacle à l'issue du sang, favoriser le retrait de la matrice , prévenir ou combattre les accidents inflammatoires qui peuvent se manifester, telles sont les indications à remplir. (Pour plus de détails, voir le traitement de l'inertie utérine, des hémorrhagies, etc.).
2'- LIQUIDES SÉREUX , MUQUEUX, ETC. Chez les vieilles femmes, l'un des orifices du col utérin peut se fermer complètement ou se rétrécir au point de ne plus céder qu'à des efforts énergiques du corps et du fond de l'organe. Dans ces conditions , supposez qu'un liquide muqueux, séreux, ou purulent se produise dans la matrice, et il surviendra bientôt des douleurs vagues, avec sensation de pesanteur et de tension vers le bassin; puis, de temps en temps, des douleurs plus vives, comme expultrices et intermittentes.
Jusque là l'exploration hypogastrique, le toucher, le spéculum, n'apprennent rien de bien positif, sinon que la matrice est sensible à la pression et le museau de tanche légèrement injecté. Au bout de quelque temps les douleurs deviennent plus fréquentes et plus vives; le bas-ventre devient très-sensible surtout sous la pression et sous l'influence des mouvements, et l'on peut croire à une métrite ou même à une métro-péritonite. A cette période de la maladie un doigt exercé peut mieux constater un certain développement du corps de l'utérus; mais la cause de ce développement reste un mystère et le resterait longtemps si, à un moment donné, un écoulement soit purulent, soit séreux, soit séro-sanguinolent , ne se produisait tout à coup et, en général, au miheu de douleurs très-aiguës. Or, cet écoulement, d'une abondance médiocre (5o à 200 grammes d'après Scanzoni, ra-