FONCTIONS GÉNITALES
Puberté. — Niibilité.
Deux grands ordres de fonctions régissent l'existence des êtres vivants. Le premier comprend les fonctions qui pre'sident au développement et à la conservation de Vindividu. Le second assure la continuité de Vespèce. En d'autres termes, les êtres vivants obéissent à ces deux grandes paroles du Créateur : « Crescite et muitiplicamini » et ils croissent et ils se multiplient.
Avant d'être apte à se reproduire, l'être humain passe par une période de préparation qui le conduit de l'enfance à la nubilité, et qu'on appelle la puberté. Elle est caractérisée par deux faits, l'un anatomique et l'autre physiologique : le développement des organes génitaux et l'éveil de leurs fonctions.
Chez le jeune homme arrivant à la puberté, le membre viril et les testicules augmentent de volume et, avec le commencement de la sécrétion séminale, arrivent les premiers désirs vénériens. La peau devient plus épaisse, plus ferme; elle se couvre de poils aux pubis, aux aiselles, au menton; les muscles se dessinent d'une manière plus nette et plus ferme; l'individu, en un mot, prend les formes viriles. D'après Ri cher an d , la glotte s'élargit dans le rapport de 5 à i o chez l'homme , et dans le rapport de 5 à 7 chez la femme, et cela quelquefois en moins d'un an. Il en résulte des modifications dans le timbre de la voix qui devient plus grave.
Toutes ces modifications sont si bien sous la dépendance de la nouvelle fonction qui s'éveille, qu'on ne les voit point survenir chez Veiinuqiie dont la voix reste puérile, le visage glabre, le corps sans vigueur.
MENSTRUATION
Chez la jeune fille la puberté apparaît deux ou trois ans plus tôt que chez le jeune homme. Les ovaires et les vésicules qu'ils renferment, prennent plus de développement; Futérus augmente de volume et devient le siège de phénomènes caractéristiques. Le bassin s'élargit et change de forme; les seins s'enflent et acquièrent une sensibilité nouvelle; tout annonce que la jeune fille, devenant femme, va être apte à devenir mère. En même temps la gorge et la hanche se matelassent de tissu cellulo-adipeux et, de ces points comme centre, ce tissu s'étendant vers les parties voisines , donne au corps de la femme les contours moelleux qui constituent la beauté de la ligne ou l'élégance et la séduction de la fc)rme. Le caractère aussi bien que le corps subit, à l'époque de la puberté, de profondes et de remarquables modifications.
La nubilité est le complément de la puberté. La puberté s'établit pendant l'adolescence; la nubilité n'existe qu'après le complet développement de l'individu. Certes la femme peut concevoir dès qu'elle est pubère; mais dans l'espèce humaine comme chez les animaux, des rejetons débiles, abâtardis, naissent de ces conceptions précoces. Nous réservons donc le mot nubilité pour désigner cet état où l'individu, ayant acquis toute sa croissance et la plénitude de ses forces, jouit de cette exubérance de vie nécessaire à la production et au développement d'individus nouveaux.
Le signe le plus frappant de la puberté chez la femme, celui qui doit le plus attirer l'attention du médecin, c'est l'écoulement périodique qui s'effectue par les organes génitaux.
De la Menstruation.
Sous le nom de menstruation, menstrues, règles, flux menstruel, flux cataménial, ordinaires, mois, lunes, époques, affaires, etc. , on désigne V évacuation sanguine naturelle, qui se fait périodiquement, par les organes génitaux de la. femme.
Cette évacuation apparaît avec la puberté, se continue pendant toute la durée de la vie utérine et ne se suspend, chez la femme bien portante, que pendant la grossesse et l'allaitement. Elle est jusqu'à un certain point le critérium, ou, comme on l'a dit, le baromètre de la santé des femmes.
Les exemples de femmes bien portantes qui ne sont pas et n'ont jamais été réglées, sont très-rares. Ce défaut de menstruation peut dépendre de quelque anomalie siégeant dans l'utérus ou les
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ovaires, et alors Fame'norrhe'e est généralement incurable et la stérilité absolue ; ou bien il se rattache soit à un état pathologique, soit seulemeiit à une torpeur des organes génitaux ou de toute l'économie, et alors l'art dispose de ressources précieuses. Que ces ressources aient échoué ou qu'on n'y ait pas eu recours, il se peut encore que la femme soit fécondée, la stérilité dans ces cas n'étant pas absolue : témoins ces deux femmes citées par Gardien , qui ne furent jamais menstruées et qui eurent cependant l'une 12 et l'autre 18 enfants.
Ces faits, quoique raines et exceptionnels, ne doivent pas être oubliés, si l'on ne veut pas s'exposer à prendre parfois uiie grossesse pour une maladie, comme cela est arrivé à un de nos confrères qui traita sa femme pour une hydropisie et la vit mourir en couches.
Quelquefois la menstruation ne s'établit qu'après une première ou une seconde grossesse ; d'autres fois elle est provoquéè par le seul fait du rapprochement des sexes. Deventer et Baudelocque font mention de femmes qui n'étaient menstruées que pendant leurs grossesses. Nous pouvons en citer une qui a cessé d'être réglée à partir de son mariage — après 5 ans d'attente elle a eu un premier enfant et elle s'est encore accouchée deux fois depuis — mais le flux n'a pas reparu.
ÉPOQUE DE LA PREMIÈRE ÉRUPTION. Plusieurs circonstances, hâtent ou retardent la première éruption des règles. Dans les pays chauds les femmes sont réglées plus jeunes que dans les pays froids ; ainsi en Ethiopie et en Egypte, les jeunes filles voient généralement leurs premières règles apparaître vers 10 ou 12 ans, tandis qu'en Norwége et dans le nord de la Russie les premières règles ne- se montrent que vers 16 ou 18 ans. En Belgique c'est vers i5 ans que la menstruation débute généralement. Elle se montre quelques mois plus tôt en ville qu'à la campagne et de 6 à 12 mois plus tôt, toutes choses égales, dans la classe riche que dans la classe pauvre.
En général les jeunes filles bien nourries, vigoureuses ou sanguines sont réglées plus tôt que celles qui sont d'une constitution chétive ou scrofuleuse.
Le climat , le milieu , l'éducation , le tempérament pouvant hâter ou retarder la première éruption menstruelle, il en résulte qu'il ne peut y avoir rien d'absolu dans les chiffres moyens que nous avons cites et que les exceptions doivent abonder. Ainsi d'après Bricrre de Boismont on rencontrerait i femme sur 40
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non encore re'glée à 20 ans et i sur 600 de'jà re'glée à 8 ans. On cite des exemples d'une pre'cocite' surprenante. A la Nouvelle- Orléans on a vu une enfant réglée à trois ans et, à la Havane, une autre, à 18 mois. Toutes les deux avaient de la gorge et offraient les caractères d'une puberté hâtive. le Di" Motte, de Dinant, a vu une petite fille de 14 mois qui perdait mensuellement du sang par les organes génitaux.
Symptomatologie. La moitié des femmes (SSy sur 645) sont réglées tout-à-coup, sans que rien soit venu annoncer l'éruption. Les mères- font donc bien de prévenir leurs filles de ce qui doit leur arriver. Chez d'autres femmes le développement des seins, des hanches, l'apparition de poils au mont de Vénus, etc., servent de signes prémonitoires. Chez d'autres enfin les premières règles sont annoncées par certains phénomènes particuliers se rattachant directement ou sympathiquement à la congestion utéro-ovarique. Ils indiquent le travail qui se fait pour l'établissement de la nouvelle fonction, travail ou effort appelé par les auteurs nisus ou molimen menstruel. Ils durent quelques, heures ou quelques jours et souvent se reproduisent à chaque nouvelle époque menstruelle pour ne cesser de reparaître qu'à la suite d'une grossesse. — Ils peuvent exister seuls pendant des mois avant que l'écoulement sanguin apparaisse ou se régularise. L'écoulement lui-même, après s'être montré une première fois, peut se suspendre pour un temps plus ou moins long, ou bien offrir pendant plusieurs mois des irrégularités dans son retour, sa durée ou son abondance. Parfois il ne se régularise tout-à-fait qu'après un accouchement ; chez un dixième des femmes, (65 sur 634) il reste toujours irrégulier. Chez le grand nombre pourtant (412 sur 654), une fois établie, la menstruation réapparaît d'une manière régulière et à joùr fixe.
Les symptômes des règles sont locaux ou généraux.
Les symptômes prodromiques locaux témoignent de la congestion utéro-ovarique et consistent en pesanteur aux lombes, aux aînés, dans le bassin, quelquefois en tiraillement dans ces régions, parfois même en véritables tranchées utérines. On observe de la tension et une légère intumescence hypogastriques; la femme accuse de la turgescence, de la chaleur, du prurit aux organes génitaux externes et un léger suintement, muqueux d'abord puis sanguin, apparaît.
Les seins font partie des organes de la reproduction et deviennent aussi le siège d'un mouvement fiuxionnaire, se traduisant
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par de la tension, des picotements; les mamelons sont plus sensibles et plus e'rectiles.
Les divers appareils de l'économie subissent tous plus ou moins l'influence du travail qui se fait dans l'appareil de la ge'nération, et peuvent offrir des troubles sympathiques divers.
La femme se trouve dans un état de malaise, de langueur, d'affaisement ; elle se plaint d'une lassitude générale, plus marquée à la partie supérieure des cuisses. Plusieurs femmes éprouvent des coliques plus ou moins intenses , intestinales ou utérines (278 sur 36o) , du ballonnement du ventre et de la sensibilité à la palpation. Quelquefois aussi on observe chez elles de la flatulence, des rapports gazeux, de la fétidité de l'haleine et un léger relâchement du ventre.
Le système nerveux tout entier est ébranlé et le trouble qu'il éprouve peut se traduire par les accidents protéïformes du nervosisme. Assez souvent on observe de la céphalalgie (i36 sur 344), de la pesanteur de tête, des étourdissements, des bourdonnements d'oreille. Souvent aussi le caractère est altéré : la femme est mélancolique, ou plus vive, plus irascible, plus susceptible ; elle rit ou elle pleure sans sujet, en un mot, elle est plus impres^ionable. Quelquefois elle a des bizarreries étranges dans les goûts ou les appétits, et cela surtout quand la fonction s'établit laborieusement, ou bien quand elle ne s'établit pas du tout : dysménorrhée, aménorrhée (ouç-jx-qv-psa)).
La plupart des femmes au moment des époques ont les yeux ternes, langoureux, cerclés de bistre : leur teint pâle et mat semble avoir perdu toute fraîcheur. Quelques unes deviennent rauques et même aphones. Plus rarement elles ont des palpitations ou des épistaxis; plus rarement encore de l'œdème aux pieds. Un certain nombre de femmes offrent à leurs époques des efïiorescences cutanées au visage et au cou.
Il ne faut pas s'attendre à trouver chez tous les sujets le tableau complet de ces phénomènes prodrômiques : les plus fréquents sont les phénomènes locaux tels que la pesanteur aux lombes, aux aînés, aux cuisses; la tension hypogastrique, puis la sensibilité des seins; une espèce de migraine ou quelques autres troubles nerveux, variables, individuels. En général ces troubles prémonitoires deviennent moins nombreux et sont moins marqués lorsque la menstruation est bien établie et bien régularisée.
Après s'être montrés avec une certaine constance pendant des mois et même pendant des années, les phénomènes prodro-
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miques, et parmi eux les sympathiques surtout, disparaissent quelquefois tout-à-fait ou sont remplacés par d'autres.
Chez certaines femmes la fonction s'e'tablit plus péniblement encore et les troubles que ce travail produit sont assez profonds pour constituer un véritable état morbide, c'est-à-dire la dysménorrhée. La dysménorrhée s'observe surtout chez les jeunes filles ou chez les femmes qui n'ont pas eu d'enfants et souvent alors une grossesse venant modifier soit l'état général, soit le système utérin, régularise la fonction et fait disparaître les troubles dont elle s'accompagnait.
Pour expliquer jusqu'à un certain point les phénomènes sympathiques de la menstruation et de la grossesse, nous rappellerons que les nerfs qui animent l'utérus viennent de deux sources différentes. Les uns, émergeant des plexus sacré mettent la matrice en communication avec l'axe cérébro-spinal : ce sont des nerfs de la vie de relation : ces filets se rendent au col. Les autres partent des plexus hypo-gastrique et ovarique, émanations des plexus rénal et aortique qui émanent eux-mêmes du plexus solaire. D'où il suit que par l'intermédiaire du grand sympathique l'utérus est mis en rapport avec tous les organes . thoraciques et àbdominaux.
Les Phénomènes organiques locaux se résument en trois faits : 1° déhiscence d'une vésicule de De Graaf arrivée à maturité ; 2° congestion des organes génitaux, et 3° sous l'effort de cette congestion, rupture de vaisseaux capillaires, désquammation de la muqueuse utérine, hémorraghie. Nous reviendrons sur ces faits.
Chez certains sujets l'économie semble faire périodiquement tous ses efforts pour amener la nlenstruation ; mais tous ces efforts, ce nisus , n'arrivent pas à provoquer l'éruption sanguine et la femme offre tous les phénomènes sympathiques et synergiques des règles, sans leur phénomène principal, l'écoulement sanguin. En dehors de ces moments de lutte stérile il faut bien se garder de prescrire banalement les emménagogues usités pour provoquer le flux sanguin. On bouleverserait l'organisme plutôt que d'y réussir ; mais on recherchera la cause qui a arrêté le sang près de déborder et on tàchei'a d'enlever l'obstacle. L'obstacle enlevé, le plus souvent, à une nouvelle réapparition du nisus menstruel, les moyens les plus inotîensifs suffiront à déterminer l'éruption sanguine.
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La quantité de sang évacuée à chaque époque a été diversement évaluée par les auteurs. D'après De Haen, dont les recherches ont été bien faites, la plupart des femmes perdent 90 à i5o grammes de sang; très-peu, 240, et presque pas, 5oo. Cette quantité du reste varie beaucoup selon les individus et, chez un même individu, l'abondance de la perte est loin d'être toujours la même à toutes les époques. La pléthore, la bonne chère, les excitants généraux, les jouissances vénériennes, les fatigues, les voyages, etc. peuvent devenir causes de variations accidentelles. Les changements d'habitudes, de régime, d'habitation ont aussi sur l'abondance de la perte sanguine une influence évidente et il n'est pas rare de voir les règles diminuer et même tarir tout-à-fait chez les paysannes qui viennent prendre du service en ville ou chez les jeunes filles de i5 à 16 ans que leurs parents envoient dans des maisons d'éducation. Plusieurs deviennent chlorotiques et ce qu'il y a de mieux à faire pour les guérir, est de les replacer dans leur milieu primitif.
Les femmes brunes, bilieuses, nerveuses, à fibre sèche, sont en général plus copieusement réglées que les femmes lymphatiques et d'une sensibilité obtuse.
La durée de l'écoulement varie singulièrement. C'est chez les femmes délicates, chez les femmes des villes ou chez celles qui mènent une vie sédentaire, que l'écoulement se prolonge le plus.
D'après les statistiques réunies de Dubois et de Brierre de
sur
1 1 62 femmes :
voient leurs règles
durer
jour
120 sont réglées irrégulièrement.
Chez quelques femmes, bien portantes d'ailleurs, l'écoulement ne dure pas même un jour. La moyenne de la durée de l'écoulement est difficile à déterminer, et le tableau que nous venons
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de citer nous offre un fait curieux dont l'explication nous échappe : au lieu d'un chiffre maximum il y en a deux et la plupart des femmes sont réglées pendant 8 Jours ou pendant 3 jours seulement.
La marche de l'écoulement varie autant que sa durée. Elle offre ordinairement une période d'augment puis de déclin; mais parfois l'écoulement, très-abondant d'emblée, décroît ensuite graduellement ou vice-versâ. Quelquefois aussi il se montre pendant quelques heures et se suspend pour reprendre son cours au bout de 12 à 24 heures. Il consiste le plus souvent en un suintement qui s'étend en nappe; d'autrefois en un écoulement goutte à goutte.
Le sang menstruel ressemble plutôt au sang veineux qu'au sang artériel. Ses propi'iétés physiques varient selon qu'il est plus ou moins mêlé de mucosités et de cellules épithéliales ou , en d'autres termes, selon qu'il est plus ou moins abondant. Quand il est très-abondant, il est souvent vermeil et limpide; quand il est rare au contraire, on le trouve brunâtre, épais, poisseux. Recueilli au col de l'utérus, il est rouge, fluide, un peu visqueux, légèrement odorant (odeur due à des acides gras volatiles d'après Scanzoni), et susceptible de se coaguler; mais il perd cette propriété en se mêlant aux liquides acides, et surtout aux mucosités du col et du vagin, car le mucus, comme le pus, empêche la coagulation du sang (Mandl). On ne trouvera donc de caillots que lorsqu'il y aura eu un certain degré de ménorrhagie, c'està-dire quand le sang aura été trop abondant pour subir l'action d'une quantité de mucus, à peu près toujours la même.
Caractèj'es chimiques. Les analyses du sang menstruel faites par différents auteurs n'ont pas toujours donné les mêmes résultats et cela se comprend , le sang variant selon les sujets , et pouvant, chez un même sujet, varier d'un moment à l'autre. Voici les chiffres dçnnés par Bouchardat :
Eau
Matières fixes