PRINTEMPS SECS ET TEMPÉRÉS
Peu de grain et de paille.
Récollo généralement bonne, beau grain, peu de paille, quelques accidents de rouille.
Mauvaise récolte.
Très bonne récolte.
Si les froments d’hiver enracinés avant le printemps reçoivent une influence marquée du caractère de cette saison, il n’en est pas de même des autres plantes; de l’avoine, par exemple, semée au printemps, et des blés de mars. Leur réussite dépend en grande partie, non de l’ensemble de la saison, mais de l’état de l’atmosphère et du terrain au moment des
MÉTÉOHOLOUiE AGRICOLE.
semailles et de leur bonne sortie de terre. Cependant les printemps constamment froids et humides leur sont très contraires, mais les printemps froids et secs ne font souvent que les retarder, et si les pluies arrivent encore à temps, on peut avoir une bonne récolte.
Les printemps froids et humides ne favorisent pas la croissance des foins, mais quelquefois Therbe est épaisse et compense ce qui lui manque en hauteur. Si la terre a été bien humectée en hiver, les printemps chauds et secs leur conviennent parfaitement ; mais c'est avec les printemps chauds et humides que l’on obtient les meilleures récoltes d'herbes.
Les étés constamment pluvieux retardent la moisson (1843), l’cmpèchent quelquefois (1816), font germer le blé dans les gerbes et moisir les pailles. Les grains donnent de mauvaise farine, et les animaux qui consomihent les pailles sont sujets à des épizooties.
Les étés froids et humides contrarient la maturité du raisin et en rendent la récolte médiocre en qualité et en quantité.
Mais en voulant établir de telles généralités, nous trouvons tant d’exceptions que nous sommes obligés d’avouer qu’elles no pourraient conduire à aucun résultat sérieux, à cause du petit nombre d’années où les saisons entières revêtent un caractère aussi marqué. Ce qui est surtout important, c’est l’observation de l’état de la terre aux différentes époques de la végétation et celle des époques où surviennent les intempéries. Ainsi, qu’un printemps sec suive un hiver abondant en neiges et en pluie, la ferre sera longtemps dans un état d’humidité sufTisant pour fournir aux besoins de la végétation ; au lieu donc d’attribuer les effets produits sur les plantes ù un printemps sec, nous aurions une plus sûre indication dans la quantité d’eau qui reste unie à la terre sept ou huit jours après chaque pluie, comme nous l’avons enseigné dans l'agrologic. Au lieu de rechercher la température moyenne de la saison, il nous
Digilized by GoogI
INFLUENCE DES SAISONS SUR LA VÉGÉTATION. 199 serait bien plus utile du signaler lus gelées tardives il les retours de froid dans le mois de mai. Les évaporations excessives et accidentelles aux approches de la récolte, surtout si elles étaient accompagnées de brouillards secs, nous' feraient mal augurer du résultat ; une floraison accompagnée de beau temps nous pronostiquerait une bonne récolte de seigle; si les autres circonstances étaient d’ailleurs favorables, tout l’épi de cette plante fleurissant à la fois, la pluie, pendant cette période de sa végétation, nous ferait craindre une mauvaise récolte ; tandis que le froment fleurissant successivement, nous redouterions moins la pluie qui tomberait alors, si elle n'était pas continue. La température peu élevée retarde l’époque de la moisson des céréales ; mais comme la moisson se fait en été , la chaleur est presque toujours suffisante pour leur maturation dans les parties centrales de l’Europe. Il n’en est pas de même des plantes qui mûrissent plus tôt, ainsi la plupart des légumes ont besoin d’une lin de printemps chaude et sèche pour que les gousses puissent se former. Le succès de la vigne dépend à la fois d’un temps sec lors de sa floraison, et d’un temps chaud à l’époque qui précède la maturation ; il en est de même des arbres à fruits, et cette année (1843), par exemple, une belle récolte d’olives a donné, en Provence, moins d’huile que l’on ne devait s’y attendre, parce que la température de l’été a été insuffisante pour amener une maturité complète. Les autres fruits de l’arrière-saison ont également manqué de qualité.
Ces détails, que nous pourrions encore étendre, trouveront leur place lorsque nous traiterons de la culture de chaque plante, mais ils nous montrent suffisamment combien il régnerait de vague dans le rapprochement que l’on pourrait faire des résultats agronomiques et du caractère général des saisons. C’était au reste l’opinion de Duhamel lui-mème, et nous ne pouvons mieux terminer qu’en citant une lettre de
MKi'ÉOKOLOGIE AGHICOLE.
lui OÙ il l’exprime d’une manière formelle». Cotte avait essayé de faire le dépouillement des observations météorologiques et géorgiques de Duhamel, et d’en tirer des conclusions, nonseulement relatives au caractère des saisons, mais aussi à celui des années. Il adressa le modèle de son travail pour l’année 1748 i Macquer; et en lui annonçant qu’il l’avait poursuivi sur les 19 années suivantes, il disait en avoir déduit ces conséquences : 1° l’humidité et le froid ne font tort au blé et au seigle qu’autant que l'humidité facilite la crue des mauvaises herbes; peut-être l’humidité jointe au froid ont-ils occasionné le charbon que l’on trouvait dans les épis de 1748; c’est ce qu’il se proposait d’examiner plus tard ; 2»* l'humidité jointe au froid ne fait pas de tort aux foins, parce que, si le froid les empêche de s'élever, l’humidité les fait taller, au lieu que l’humidité jointe à la chaleur peut les faire avorter (observation plus que douteuse] ; 3** l’orge et les plantes légumineuses ne redoutent pas cette espèce de température ; 4® elle ne parait absolument contraire qu’aux avoines et à la vigne; 5® les arbres fruitiers n’en souffrent point ; 6® cette température est nuisible aux chenilles et aux autres insectes , excepté aux hannetons, aux abeilles, aux cantharides, eten générai aux insectes ailés qui paraissent mieux s'en accommoder que les autres, etc.
Macquer ayant communiqué cette lettre à Duhamel, reçut la réponse suivante : «... Le projet de M. Cotte est sans doute bien médité, mais je doute qu’il puisse encore parvenir à établir des règles générales à l’égard, par exemple, de la multiplication des insectes. Il est certain que les années froides ne leur sont pas aussi favorables que les chaudes, mais j’ai vu une
(1) Elle est contenue dans un manuscrit laissé par Cotte à la Société royale et centrale d’agriculture, petit in-4®, relié en parchemin vert, intitulé : Observations météorologiques, résultats de Duhamel, CXI. Voir p. 197 et suiv.
INFLUENCE DES SAISONS SUE LA VÉGÉTATION. 201 immense quantité de chenilles de toute espèce résister deux années de suite à des gelées, à des petites ondées de neige, de grêle et de pluie froide, et la troisième année lorsqu’il y avait une prodigieuse quantité de chenilles, une pluie froide les fit périr subitement, et cela parce qu’elle survint dans le temps qu'elles changeaient de robe. Voilà qui fait une exception bien marquée à la règle générale.
« Par rapport aux grains, quoiqu’on puisse dire en général que les années humides sont favorables aux menus grains qu’on sème en mars, on voit, dans nos observations, des années sèches où la récolte des avoines a été bonne, parce que le peu de pluie qu’on a reçu est tombé dans des circonstances favorables, d’abord pour les faire lever, ensuite pour les faire croître, et enfin pour les faire épier ; des années plus humides n’ont pas été favorables à cette plante, parce que les pluies ne sont pas tombées dans les mêmes circonstances. Ce qui forme encore des exceptions à la règle générale, c’est la nature du terrain. Des pluies abondantes qui gâtent tout dans les terres fortes , font des merveilles dans les terres légères.
« De même, on peut dire en général que les années sèches sont favorables au froment; cependant, il faut de l’eau dans les terres légères; et dans les années où les froments étaient les plus beaux du monde, j’ai vu la moisson diminuer tout d’un coup d'un quart ou d’un tiers par des brouillards secs qui rouillaient les blés.
« Vous voyez, monsieur, par ce petit nombre d’exemples, combien il se trouve d’exceptions aux règles générales que l’on voudrait établir. Des années qui paraissaient promettre beaucoup ont été très tardives et n’ont pas permis au raisin de mûrir, par suite d’un orage accompagné de grêle qui a refroidi l’air et suspendu toute végétation pendant des temps quelquefois considérables et dans des circonstances où la chaleur aurait été le plus nécessaire. » etc.
MÉTéUROLOGIK AGRICOLE.
Rien de plus raisonnable que l'opinion qu’émet Duhamel dans cette lettre , c’est sans doute moins la température absolue ou la quantité absolue d’eau tombée qui influe sur la végétation et la vie des insectes, que l’époque où se manifestent le froid, le chaud, la pluie, la sécheresse. Nous ne croyons donc pas que l'on puisse appliquer à tous les cas et à toutes les plantes des règles générales, parce qu’on ne peut ni leur donner les mêmes terrains, ni leur fixer une époque unique de développement, défloraison, de maturation; mais je crois que l’on ne s’éloigne pas beaucoup de la vérité si l’on pose ce principe : les saisons les plus propices sont celles qui présentent une température élevée et une humidité sulüsante et constante du terrain pendant le premier développement de la plante; avec uue augmentation progressive de chaleur et une diminution progressive d'humidité jusqu'à la maturité, sans jamais atteindre le point qui caractérise l’état de sécheresse du sol, c’est-à-dire, sans jamais descendre à la proportion de 0°',10 d’eau pourcent de terre à la profondeur de 0°‘,33, huit jours après la pluie. Moins la saison s’écarte de cet état normal, plus l’augmentation de chaleur et la diminution d’humidité suivent les progrès des plantes, et plus leurs récoltes sont assurées. On conçoit bien alors comment une saison peut être défavorable, soit par une interversion des proportions de chaleur et d’humidité , soit par une progression hâtive de l’une et de l’autre, et comment les plantes qui ont des époques différentes de développement ne peuvent pas toutes se trouver à la fois dans les circonstances les plus favorables. On comprend que l’expérience qui, à côté de la température annoncée par le thermomètre, détermine dans les différentes périodes de la végétation la quantité d’eau que renferme la terre a l’avantage de faire abstraction de la nature plus ou moins hygroscopique du sol, puiscju’elledonne directement sa proportion d’humidité.
On a suppléé longtemps à cette méthode par l’observation
L>FUIEîiCE DES SAISONS SCR LA VÉGÉTATION. 203 de la hauteur des eaux de fontaine, des puits et des étangs. Dans ses notes météorologiques, Duhamel ne manquait jamais de tenir compte de ceite circonstance. En Italie on y fait grande attention ; Costanzia cite un grand nombre de fontaines et de puits, dits fontane dt mal anno (fontaines do mauvaise année), qui se sèchent ordinairement pendant plusieurs années, puis dans lesquelles l'eau s’accroît graduellement. On croit que les eaux basses annoncent des années abondantes, et que la crue précède les années de disette. Cet auteur cite des marchands de grain qui spéculaient heureusement sur les pronostics tirés de ces fontaines C On assure aussi que l’administration des grains en Toscane réglait ses approvisionnements sur de semblables observations. La hauteur des eaux des fontaines et des puits annonce l'état de sécheresse des couches de terrain , et quand cette saturation s’étend jusqu’à la surface, elle doit être nuisible aux récoltes; la sécheresse pourrait y nuire aussi à son tour. On conçoit cependant que sur les versants des Alpes et des Apennins l’humidité du printemps doit toujours être suffisante pour l’alimentation des plantes. Mais l’état d’humidité du sol est produit par des années antérieures de pluies abondantes, et ne peut avoir qu’un rapport indirect avec l’avenir. Ainsi, à Lyon, on a jaugé différentes sources qui naissent au pied du plateau de la Bresse, et l’on a trouvé que leur produit était réglé par la quantité de pluie tombée l’année précédente*. Le pronostic tiré de la hauteur de ces sources serait donc fondé sur la probabilité qu'une année de sécheresse succède à une année de grandes pluies. Il pourrait être souvent en défaut.
(1) Opuscoli sotti, t. XII, p. 45.
(2) Terme, Des eaux potabks, p. 134.