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MÉTÉOROLOUIE AUHiCOLE.

9° Nous avons dit que dans la marche régulière des saisons, en supposant la surface de la terre uniforme et homogène, les pluies devaient avoir lieu, comme dans la zone équinoxiale, pendant que le soleil parcourt la partie du zodiaque qui est du même côté de l'équateur, c’est-à-dire de l’équinoxe de printemps à l’équinoxe d’automne ; les pays à pluies d’été suivent cette loi ; tandis que dans la bande automnale, le maximum des pluies a lieu de l’équinoxe d’automne à l’équinoxe de printemps. Nous avons montré plus haut la cause de ce phénomène.

Il nous reste à expliquer ce qui se passe dans l’Italie, au nord des jApennins ; nous avons pour cette contrée les chiffres suivants :

Année 1021,7

Hiver

Printemps 253,1

Hté 275,6

Automne 353,8

Hiver et automne 493,0

Printemps et été 528,7

Ici nous avons à la fois des pluies annuelles plus considérables et la prédominance des pluies d’automne sur celles de l’été, ce qui claœe ce pays dans la bande automnale; mais en même temps le maximum des pluies tombe du solstice de printemps au solstice d’automne comme dans la région estivale. L’abondance des pluies annuelles qui n’a lieu au reste que dans la partie de la Lombardie la plus rapprochée des Alpes, c’est-àdire dans celle qui est située sur la rive gauche du Pô et non dans celle qui est sur la rive droite, tient à deux causes : la puissance ■* du réfrigérant des Alpes et sa direction dans un sens perpendiculaire à la direction des vents déplacés.

Nous avons vu plus haut combien cette position au pied d’un rempart de montagnes, en y accumulant les vapeurs, contribue à y augmenter la quantité annuelle de pluie. La prédominance

mSTRIBDTION DES PLUIES.

des pluies de printemps et d’été, sur celles d’hiver et d’automne, n’est causée que par la faiblesse des pluies de l'hiver, qui sont inférieures à celles de la bande automnale. Il est facile de comprendre que cela provient de l’interposition de l’Apennin entre la côte et la vallée du Pô. Cette chaîne se couvre de neiges en hiver, et procure une réfrigération immédiate aux vapeurs qui, arrivant de la Méditerranée, tombent en pluie sur la Toscane et en neige sur les montagnes. En traversant la vallée de la Lombardie , les vapeurs trouvent une atmosphère plus chaude et se dilatent ; l’air devient moins saturé ; il est ensuite condensé de nouveau par les Alpes où les neiges de l’hiver sont très abondantes , comme on pourra le voir par les chiffres qui accompagnent la localité du grand Saint-Bernard*.

C’est à cause de l’épuisement des vapeurs amené par les réfrigérants des pays interposés, que l’on explique aussi la petite quantité de neige qui tombe en Russie; mais c’est un manteau qui une fois tombé reste sur la terre et la couvre pendant tout l’hiver. Les premières neiges persistent pendant toute la saison.

Section III. — Répartition des pluies par mois.

Plus nous particularisons ce qui concerne la distribution des pluies, et moins nous pouvons considérer comme exactes les moyennes prises dans les différentes régions. Deux causes contribuent à notre incertitude : 1° chaque localité ne nous présente pas cette longue série d’observations que nous trouvons à Milan, Paris, Londres et Copenhague; un météore aussi variable que la pluie exige une assez grande masse de termes pour pouvoir offrir une moyenne sur laquelle on

(1) Voir le tableau, p. 270.

Ml!Tl(OROI.nr.IR AGRirOLK.

SCO

puisse compter. Ainsi, à Orange, par exemple, nous avons une année qui n’a produit que 457™, 7 d’eau (18 17); tandis qu’une autre (18S9) en a produit 1108“’,3. Ce que nous disons pour la quantité annuelle e.st bien plus frappant encore pour la quantité mensuelle. S° On n’a pas observé partout durant la même série d’années ; or, nous avons vu que des séries dilîérentes varient entre elles par leurs produits en pluies.

Il faut nécessairement avoir un grand nombre d'années d’observation pour que les moyennes déduites de l’expérience puissent présenter quelque degré de certitude. Ainsi, lorsqu’il arrive une pluie très abondante comme une averse, elle peut influer de manière à fausser toutes les conséquences qu’on est disposé à tirer; on cite, par exemple, l’averse qui tomba le 25 octobre 1822 dans les environs de Genève, et qui produisit 820 millimètres, c’est-à-dire autant de pluie qu’il en tombe à Paris en dix-huit mois. De tels faits doivent introduire une perturbation complète dans les moyennes, si le nombre des observations n’est pas suffisamment grand.

Plus on comprendra l’importance agricole du genre d’observations que nous conseillons, plus, il faut l’espérer, on les multipliera, et nos successeurs parviendront ainsi à obtenir des résultats exacts qui nous manquent. Il faut se contenter aujourd’hui d’approximations, et ne pas négliger l’instruction qu’elles nous offrent. Le tableau qui suit indique les approximations que nous obtenons de la combinaison de toutes les observations que nous avons pu rassembler.

Elles démontrent que la quantité de pluie est plus grande durant les saisons chaudes que durant les saisons froides, et que cette quantité augmente à mesure que la latitude diminue. Cependant il y a beaucoup de différences qui ne sont que le résultat de circonstances locales, souvent mal définies, mais qui n’en exercent pas moins une influence marquée.

piSTRlBD'nON UKS PLUIES.

169 MÉTÉOROLOGIE AGRICOLE

Dans les totaux des pluies de chaque bande nous n’avoqc pas fait entrer les pluies de l'Italie du nord, n’osant les attribuer déânitiveinent ni â l’une ni à l’autre bande ; nous remarquerons d’ailleurs que nous possédons peu d’observations faites sur les Alpes et sur le plateau central de la France, lieux où les condensations de vapeur sont très abondantes. Mais si l’on fait attention que ces omissions doivent compenser le défaut d’égalité d’étendue des deux bandes, on trouvera peutêtre que le chiffre total de 649*", 6 représente assez bien la quantité moyenne de pluie qui tombe en Europe ; cette quantité nous donne par hectare 6496 mètres cubes d’eau, dont un septième environ, d’après une estimation empirique, sert à l’entretien des cours d’eau ; ceux-ci reçoivent donc de chaque hectare 928 mètres cubes, ce qui est environ la quantité estimée nécessaire pour l’irrigation de cette surface et pour la maintenir toute l’année dans l’état de fraîcheur le plus convenable à la culture. Cette coïncidence est remarquable. Elle nous prouve que la nature nous a pourvu de tous les moyens d’avoir l’agriculture la plus prospère, et qu’il ne nous manque que la volonté pour remplir le but qu’elle semble nous indiquer.

Si on représente par deux courbes {fig. 1 5) les quantités de pluie des deux bandes :

DISTRIBimON DBS PLCIB9.

La mar6he des pluies de la bande des pays à pluies d’automne étant représenté par la courbe RT, et celle des pays à pluies d’été par la courbe PQ, on remarque que dans la bande des pays à pluies d’automne, le minimum des pluies tombe en juin, mais qu’il y a une tendance marquée à utieplus forte quantité de pluies en mai, de telle sorte que la courbe s’infléchit pour passer du printemps à Tété. Cette circonstance est très favorable à la culture des céréales qui, si elles n’avaient pas les pluies de mai, trouveraient de trop bonne heure la terre desséchée. Dans quelques régions de cette bande (la France méridionale, par exemple) le mois de juin est en réalité le plus pluvieux, et les pluiesde cette époque, défavorables aux céréales et aux fourrages, provoquent une plus grande extension des cultures arbustives. Le maximum des pluies a lieu en octobre ou novembre dans toute la bande. La courbe de la bande des pays à pluies d’été est beaucoup plus régulière, mais elle s’élève jusqu’au mois d’août, et dans les régions de cette bande où la pluviosité de l’été est la plus prononcée, on sent qu’elle est contraire à la bonne réussite des céréales et qu’on doit y éprouver souvent des intempéries à l’époque de la moisson, ce qui porte les habitants à préférer les récoltes fourragères.

Si nous voulons entrer dans un examen plus spécial des relations qui existent entre les pluies et les cultures, et en particulier la culture des céréales, nous dirons que le succès dépend en grande partie des pluies du printemps, arrivant dans le mois qui précède la floraison du blé, celui où la température atteint 16®. Ce mois est celui d’avril pour la France méridionale et toute l’Italie supérieure, le mois de mars pour la Sicile, la 6n de mars pour Ie.royaume de Naples. Ce sera donc une discussion utile que celle où nous rechercherons les probabilités que chacun de ces pays a d’obtenir la pluie qui est nécessaire au succès de la culture du blé.

A Orange, 46 ans d’observations nous donnent ;

264 MÉTÉOROLOGIE AGRICOLE

BtUI.

Pour le mois d’avril le plus pluvieux. . 301,5

Pour le moins pluvieux . 5,4

DiiTérence 196,1

qui, divisée par 26, donne 7,5

Ainsi la moyenne générale qui est de 61,2 varie entre 53,7 et 68,7. Dans les deux cas, la moyenne est faible dans ce pays où l’évaporation de ce mois est de 200 mill. La différence de la moyenne au maximum est de 140, qui, divisée par l'écart moyen 7,5, donne 19; la différence au minimum est de 56, qui, divisée par 7,5, donne 7,5. Le nombre des années plus sèches que la moyenne sera de 1 9, et celui des années plus humides, de 7,5. Avril sera donc en général défavorable à la culture du blé dans les terres sèches. Les pluies de mai viennent au moment de la floraison, mais la floraison du froment étant successive, souffre bien moins que celle du seigle. Voyons ce qui arrivera en mai.

Le mois de mai le plus pluvieux donne 191,5

Le moins pluvieux 7,0

Différence 184,5

qui, divisée par 26, donnera un écart de 7, 1

La moyenne du mois est de 69,0 ; la moyenne corrigée de 76,1 ou de 61,9; l’évaporation de 220 mill. Ainsi, encore en procédant comme ci-dessus, on a 17 années sur 26 où le mois de mai est remarquable par sa sécheresse. On sent combien ce pays doit éprouver de bienfaits de l’irrigation.

A Milan, le mois d’avril le plus pluvieux 193,9

Le moins pluvieux 14,0

Différence 179,9

qui, divisée par 55 ans, durée des observations, donne un quotient de 3, S La moyenne est de 66,8. La différence du maximum à la moyenne est 125,1, qui, divisée par 3,3, donne 38. La différence du minimum à la moyenne est de 16. Il y aurait ici 38 années plus sèches, et 16 plus humides que la moyenne , mais

DISTBIBDTION UES PLOIES.

si l’évaporation n’excède pas celle de Turin, qui dans ce mois ne s’élève pas à plus de 1 1 1 mill., nous verrons qu’il y a nonseulement assez, mais même trop d’bumidité habituelle dans ce mois, car l’absorption de la terre , qui n’est que le tiers de l’évaporation de l’eau, n’enlève que 37 mill. seulement, la moitié de la moyenne de la pluie. La récolte du blé doit donc être ici habituellement plus abondante en paille qu’en grain.

Voilà une des causes qui, dans l’Italie au nord du Pô, font préférer la culture des prairies, du riz et du maïs qui fructifie plus tard, à celle du blé, et qui donnent I ’avantage à la rive droite du Pô, moins exposée aux pluies que la rive gauche.

Avant de quitter ce qui concerne les effets de cette distribution des pluies, il nous reste à parler des sécheresses des étés. Les pluies d’été ont l’avantage de permettre des secondes semailles immédiatement après la moisson, mais la température plus froide de la région où elles ont lieu, si l'on en excepte l’Italie supérieure, ne permet guère que celle des sarrasins et des raves ; la chaleur manquerait aux plantes plus précieuses. D'un autre côté, ces pluies ont le grand inconvénient de déranger les moissons, de les empêcher quelquefois quand elles se prolongent, comme cela arriva en 1816, et cela a pensé arriver en 1843, de les rendre pénibles, dispendieuses. Dans la région de la France septentrionale et de l’Allemagne, c’est le mois d’août que nous devons surtout considérer ; mais comme il s’agit plutôt ici du nombre des jours de pluie que de la quantité d’eau tombée, nousy reviendrons. Quant à la sécheresse des étés, elle est un obstacle insurmontable à ce que les pays méridionaux profitent de la chaleur qui reste après la moisson, pour obtenir des récoltes tardives, sans le secours de l’irrigation.

Le tableau suivant donne, pour un grand nombre de villes, e chiffre mois par mois de la moyenne obtenue. Il sera utile pour indiquer à chacun la pluviosité approximative de son climat, Les tableaux précédents n’eir sont que le résumé.

MKTÉOROLOOIE AGRICOLE.

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