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AGROLOGIE.
Ce travail mérite une grande attention, car il est fait par un homme expérimenté et représente bien les rapports qu’ont entre elles les différentes situations de tous ces genres d’explui* talion agricole, fort usités en Allemagne. On désirerait sans doute qu’il fût plus généralement applicable. La situation pour laquelle il est fait est une situation pauvre, et que le pays où elle existait a sans doute dépssée depuis les écrits de Borgstéde. En effet, le maximum de produits en paille de 1,781 kilogr. par hectare ne représente guère qu'une récolte de blé de 1 1 hectolitres, et il la considère comme fournissant une quantité ..surabondante de litière ; ce qui ne serait pas vrai pour des terrainsoùl’onréèolterait parallèlement 5 à 6,000 kilogr. de trèfle et 1 3 à 1 3 mille kilogr. de luzerne par hectare. Il faudrait donc agrandir le cadre de ce tableau et le rectifier au moyen d’oln servations faites dans d’autres climats. C’est une heureuse idée que celle de prendre les engrais produits pour mesure de la valeur relative des domaines, mais c'est à la condition de com- * parer des terrains de nature identique. Il y a tels sols du midi de la France, de l’Italie et de la Sicile, qui ne fournissent pas ' un atome de fourrage, ne nourrissent pas une tète de bétail, et qui, par la force du climat et des principes nutritifs qu’ils ..renferment, donnent des récoltes supérieures à celle des meilleurs terrains compris dans ce tableau.
Il est évident que l’auteur a considéré le nombre de vaches,
• bien ou mal entretenues, comme constant; sans quoi la quantité de fourrage, insuffisante pour un certain nombre, devieà- ' drait suffisante et surabondante pour un nombre moindre. On . , peut aussi affirmer qu’il n’apprécie pas à sa juste valeur l’industrie des bêtes à laine. Enfin, on voit que ce système suppose que le produit des terres est proportionné aux quantités d'epgrais dont on dispose. En admettant que cela fût complètement vrai, et se bornant à comparer des terrains de la même nature eVdans une même position, encôre faudrait-il tenir compte et
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.déduire de chaque terme les frais de culture. Supposez, pour '
. le moment (et cette hypothèse devrait être remplacée par là réalité dans la pratique), que ces frais soient représentés par te produit donné par une terre où l'on appliquerait seulement du fumier à l’espace propre à être ensemencé de 10'''‘‘36 par tète d’animal existant dans la ferme, c'est le moindre terme de ces tables. Ainsi, à 10,36 te produit net serait nul; à 95, ,77, terme le plus élevé, la valeur relative de la terre serait représentée par 95, 77— 10,36 = 85,41 ; ce serait, d’après l’auteur, uneterrechaude, ayantsurabondammentdefourrageetdepaille, et où le bétail serait nourri à l’étable; elle serait de 71,73 pour , Une pareille situation, où le bétail resterait six mois au pâturage; de 51,21 pour celle où il y resterait huit mois et demi; de 37,54 là où l’on aurait des moutons qu’on ne ferait- pas parquer; de 20,79 si les moutons parquaient tix mois de l’année. Voilà dans quel esprit ces tables sont applicahles<
M. Koyer,, professeur d'économie rurale, a pris le même' point de départ, l’abondance du fourrage et par conséquent de' l’engrais, mais il n’avait pas cru d’abord pouvoirs’en servir pour faire une appréciation rigoureuse ; il s’était borné à assigner des rangs aux terres et à en former différentes catégories, sousforma ' d’échelle ascendante, ne prétendant pas assigner la valeur relative des différents degrés.
' Sans entrer dans les considérations de la nature des terres, qu'elles soient siliceuses, calcaires, glaiseuses,^ l’auteur de ce système les classe selon six périodes de fécondité de la manière ' sdivante; 1° période forestière; 2°pacagèrc; 3*’ fourragère ;
40 céréale ; 5^ commerciale ; jardt'nière. Il est bien évident qn!il y a des terres qui ,'par leur fertilité i ntri nséque, ne se trouvent jamais dans les périodes inférieures, mais qui sont dès leur défrichement dans la période céréale ou commerciale, comme au contraire il en est d’autres qu'il ne faut jamais fairp sortir de Ja période forestière, et d’autres, comme les steppes,
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les garign^, les terres sqlécs ou manquant de fonds, qui seront dans une période pacagère inférieure à la période forestière et d'une moins grande valeur, et y resteront toujoure; ce serait une période à ajouter à celles de M. Royer. Examinons maintenant les définitions de celles qu’il a indiquées.
La période forestière est celle où les terres manquent de ' principes végétatifs et ne portent qu’un pâturage à peu prés nul. Il ne faudrait pas juger cependant de cette faculté productive par une seule ^ison de l'année; ainsi on trouverait dans les pays méridionaux d’excellentes terres qui paraissent , absolument sèches en été: C’est donc sur l’état d’enherbqinent du sel, dans la saison humide,. qu’il faut seulement les . • juger. . - ' •
Selon l’auteur, les terres qui sont dans la période forestièrè ne paient que le quart, ou au plus la moitié du traTvail qui leur serait consacré ; pour les faire passer à un état meilleur, il ' faudrait employer des masses d’engrais qui surpasseraient de ' beancoup la valeur des terres ; aussi le moyen d’exploitation le ' plus sùr est encore de les semer ou planter en bois, laissant aux siècles à venir et à la nature le soin de les porter à la période suivante i <
t -2^ La période pCcagère est caractérisée par la pousse ché- ' tivc des luzernes, trèfles, sainfoins qui n’y deviennent pas sus^' ecptibles d’étre fauchés, et forcent à les consacrer au pâturage. Dans cette période, le prix de ferme dépassé 10 fr. par • hectare, et les terres, donnant une production annuelle, possèdent en elles-mêmes les moyens de production d'engrais et d'avancement. Il n’est pas rare qu'un marnage ou un chantage fessent passer immédiatement à la période suivante les glaises . tenaces de cette période, en favorisant le développement des ,, légumineuses. Cette espèce de puissance cachée des glaisesj si facile à mettre en action, tandis que les terres calcaires mani- . ftîstent spontanément toute' leur fertilité, justifie l’autéur qui .
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met les premières, parvenues à l'état pucager, au-dessus des calcaires qui se trouvent dans la même période.
3" La période fourragère estindiquée par la réussite à peu près complète de l’un de cos trois fourrages, luzerne, sainfoin, trèfle, dontôn obtient le produit moyen de t,âQO à 3,000 kih par hectare. Cç faible produit indique l'inégalité de rich^ae des tqrres dont certaines portions ne peuvent encore se fatPchcr, et la nécessité de consacrer la plus grande partie du terrain à la production exclusive du fourrage, à l’effet de multiplier les engrais nécessaires pour arriver à un plus haut degrÿ de fertilité. ' , • . •
4” La période céréale. Le produit moyen des fourrages étant arrivé de 3,000 à 5,000,kil. par hectare, la productioa ééréale peut marcher de pair avec .celle des fourrages et lui fournir la paille pour les litières. Alors s’introduit la nourriture à l'étable.
5" La période commerciale commence quand les engrais sont surabondants. Les céréales exposées à verser par trop de richesse ne sont plus le produit le plus avantageux de la ferme, .si on'ne les intercale pas avec des récoltes épuisantes, comme les plantes oléagineuses, textiles, tinctoriales, etc.
6^ Enflu. la période j.ardiniére ne diffère de la précédente qu’en ce qu'une, nonrbreuse population permet de substituér |a bêche à la charrue, et que la possibilité d’âcheter des engrais ’ dispense de jes créer sur le domaine. Telle est la classifîcation naturelle que nous présente M. Royer*. Elle annonce l'babitude de bien voir et de réfléchir, celle^e classer les faits syn^ tbétiquement, et elle peut être d’on grand usage quand. on voudra considérer les terres d'une manière générale.
L’auteur n’avait pas osé d’obord assigner la valeur du pro-*
(1) Dans un excellent mémoire intitulé : De l’acquisition, de la pro- . priélé et de l’évatuation dit sol; dans l'Agriculture de l'Ouest, do‘ -M Ridîel, g. .SOi Cl SHfv. • • , ' ' ■
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duH netdc chacune de ces périodes ; aujourd’hui, devenu plus hardi par les progrès de ses expériences, il nous donne un ta^ bleau où il cherche à apprécier la valeur des terres qui se trouvent aux divers degrés de son échelle*. Mais arrivé i ce point, i il -a senti qu’il avait un pas de plus à faire et que la nature du soi amenait de graves variations dans cette valeur. II admet donc trois grandes divisions : les terres calcaires, les terres siliceuses, les terres argileuses, qui répondent aux grandes divisions do notre classifîcation. Prenant pour base de la valeur •proportionnelle des terres' celle des terres siliceuses daps la ■ période fourragère et celle des terres argileuses dans la pé~ riode pacagôre qu’il suppose l’une et l’autre égales à 1, il as- ' «igné, pour les autres circonstances des terrains, les valeuiis relatives suivantes pour leur prix de location.
Terre»
Terre»
Terre»
calcaires.
•ilicr.u»es.
argileuses.
1® Forestière
2® Pacagèrè
3® Fourragère. . . . .
4® Céréales
5» Commerciale. . . .
6® Jardinière
M. Royer fixe la valeur de son unité à 10 francs qui est le loyer, au-dessous duquel il croit que l’on ne peut faire valoir les terres avec profit ; ainsi, selon lui, lès terres calcaires ne commenceraient à être profitables que dans leur transition de la période fourragère à la période céréale, les terres siliceuses dans la période pacagère, enfin les terres argileuses déjà dans la période pacagère. Les terres calcaires l’emportent sur les siliceuses dans la période céréale, mais elles leur sont .égales seulement dans la période commerciale, et inférieures dans la période commerciale ; les terres argileuses sont toujours et dans toutes les périodes supérieures aux autres. •
(1) Agriculture de l'Ouest, de Riclîel, t. II, p. 3S1 et suiv.
TEKTAT. POtH APPRÉC. LA VALEUR DES TERRAINS. 32^. Nous ne pensons pas que l’on puisse ainsi donner une év^> luation gémirale d’une classe entière de terres ; leurs caractères physiques entrent pour une trop grande part dans cette estinian tion pour qu’on puisse en faire abstraction; nous croyons d0ne que les cbiflres de M. Royer doivent s’appliquer principalement aux terres sèches des pays à grandes cultures de la région des céréales, et que, hors de là, ils présentent de graves erreurs. L’auteur essaie dans son tableau de comparer la valeur du fonds de terre à la rente, mais nous ne pouvons comprendre com'r. Incnt il a pu admettre qu’il y avait en France des fonds de terre qui se payaient 100, 80, 60 fois la rente (période forestière), qu’il y en avait d’autres qui ne se payaient que 12 à 15 fois la •rente (périodes céréale, commerciale et jardinière).. Ces écarts n’existent pas entre les fonds de terre les mieux placés soUs le rapport du voisinage, de la population eNlcs capitaux, et ceux qui lesontle plus mal. IL existe une difRérencc de2è3 pour 100 dans la rente (^e rapporte le prix d’achat ; mais on ne trouve nulle part des terrains à acheter pour 12 à 15 fois la rente.
Il ressort de ces tableaux une vérité importante, c’est que la yaleur locative d’une même nature de terre peut devenir 50,' 100, 150 fois plus forte en passant d’une période à une autres. . Ajoutons que c'est surtoutpar des irrigations que l’on produit cette transformation, séduisant appAt pour les arfiéliorateurs. ■ Nous avons vu que la base dont part M. Royer est la producr tion des fourrages ; s'il avait vécu dans les contrées méridionales, il aurait pu ajouter quelques traits à son tableau. Ainsi après les terres qui produisent de beau sainfoin et au-dessus d’elles, il aurait trouvé celles qui produisent de belles luzernes,' et ce sont deux degrés différents de fertilité; il aurait trouvé enfin des alluvions qui portent ces luzernes sans engrais. Nous aurions encore un reproche à faire à cette classification ; préoccupé do la grande culture des céréales et des fourrages, M. Royer à complètement oublié la possibilité de tirer des
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terres de ses trois premières divisions un autre parti que celui que l'on en tire dans le nord. La vigne, l’olivier, le mOuier élè» r eent quelquefois le produit de ces terres négligées au niveau ^ celui des meilleures terres. L’exposition et la profondeur ■
4u sol jouent ici un rôle qui ne peut être passé sous silence. Il '
]ra donc un nouveau perfectionnement à faire à ce tableau, o’est d'y introduire la considération des arbres et ar'busfeS qui réwment les qualités du sol, du sous-sol et celles du climat.