‹ Cours d'antiquités monumentalesChapitre 107 sur 126 · ARCS DE TRIOMPHE. - PORTES MONUMENTALES · texte numérisé non relu

ARCS DE TRIOMPHE. - PORTES MONUMENTALES

Les arcs de triomphe étaient des portiques élevés à rentrée des villes , sur des passages publics, près des forums, en avant des temples , à la tète des ponts, etc., etc., en mémoire d'une victoire , d'un service rendu à l'Empire , quelquefois sans autre but que de décorer les villes où on les élevait.

On donne aussi le plus souvent la même dénomination aux portes de ville antiques qui

d'antiquités monumentales. a35

offrent une ordonnance à peu près semblable à eelle des arcs de triomphe. Sans vouloir réclamer contre cette assimilation , souvent justifiée par des rapports frappants de forme et de disposition , je dois vous rappeler, Messieurs, que les arcs de triomphe sont des monuments isoles : ainsi les arcs de Saintes, de Saint- Remy, d'Orange, dont je vais tout-àl'heure vous entretenir , étaient des arcs de triomphe dans la véritable acception du mot ; ils formaient un tout et ne se liaient point à des remparts.

C'est au contraire ce qui avait lieu pour les portes de ville , qui , tout en étalant parfois dans leurs façades une grande magnificence , étaient par leurs extrémités latérales enclavées dans des murs d'enceinte , dont elles formaient ainsi l'accessoire ou l'ornement , comme la Porte de Mars à Reims , celles d'Autun , de Kismes , etc. , que je vais aussi vous faire connaître.

11 résulte de cette différence que les arcs de triomphe offraient quatre faces dégagées , tandis que les portes n'en présentaient que deux , et qu'ils sont en général plus ornés que ces dernières. Il est donc nécessaire d'établir une distinction entre ces monuments , qui

appartiennent au même genre, mais qui doivent constituer deux espèces distinctes , s'il m'est permis d'emprunter ici le langage des naturalistes.

A Rome, on avait d'abord construit les arcs de triomphe en briques , et avec beaucoup de simplicité, mais plus tard on les érigea avec des matériaux choisis ; ils eurent habituellement au milieu une grande arcade cintrée entre deux portes plus petites.

La magnificence des arcs de triomphe commença sous les premiers Empereurs; et Pline appelle cet usage une innovation novicium inventum (i). Les portes monumentales dans les murs d'enceinte, s'élevèrent à la même époque.

Les Romains embellirent de monuments de ce genre les villes de l'Italie et des provinces de l'Empire. Nous allons examiner quelquesuns de ceux qui existent encore en Gaule.

Arc d'Orange. — L'arc de triomphe d'Orange (pl. XXXIX, hg. i) se trouve tout près de cette

(I) V. Antiq. rom. , par A. Adam, t. II.

Les arcs de triomphe les plus reraarqusbles qui existent en Italie , sont : à Rome , ceux de Scptime- Sévère , de Constantin et de Titus; ceux d'Auguste h Riminf, à Suie et à Aostc ; ceux de Trijan à Ancône et a Bénévent , etc. , etc.

d'antiquités monumentales.

ville , sur la route de Lyon à Marseille. Il a G6 pieds de largeur, 60 pieds de hauteur, et est percé de trois arcades. Ces arcades sont accompagnées de colonnes corinthiennes cannelées ; celles du milieu supportent un fronton triangulaire , au-dessus duquel est un attique couronne d'une belle corniche.

La façade septentrionale de cet arc devait être la principale , puisqu'elle faisait face à la campagne. Le bas-relief de l'attique représente un combat très-vif de cavaliers et de fantassins. Des deux côtés du fronton sont des trophées presque entièrement composés d'attributs maritimes ou fluviatiles , tels que proues de navire , ancres , tridents , etc. On remarque audessus des petites portes , des faisceaux d'armes offensives et défensives, parmi lesquelles on distingue surtout des boucliers (1).

Sur la façade méridionale, des bas-reliefs disposés dans le même ordre offrent des sujets analogues.

Les petits côtés étaient , comme les autres , décorés de quatre colonnes corinthiennes cannelées supportant un fronton (V. la fig. 1 , point

(t) V. Milita > foyage dans le Midi de la France. — Wais de VilUcTS , Itinéraire en France.

B). On remarque dans la frise de celui qui est tourné à Test , des combats de gladiateurs , et des deux côtés du fronton , des Néréides. Entre les colonnes se voient trois trophées composes d'armes offensives et défensives, surmontées de vexillcs ou d'enseignes. L'autre côté a été fortement endommagé ; tout porte à croire qu'il présentait autrefois la même disposition (i).

L'intérieur des voûtes est décoré de rosaces , et les archivoltes le sont de guirlandes, de pampres , de fleurs et de fruits.

Cet arc ne porte aucune inscription , et beaucoup d'opinions diverses ont été émises sur l'époque à laquelle on doit l'attribuer. Quelquesuns en ont fait honneur à Marius , en mémoire

de la victoire qu'il remporta sur les Cimbres4; mais , outre que les arcs de triomphe ne furent en usage , comme nous l'avons dit , que du temps des Empereurs , les attributs maritimes placés au niveau des frontons des deux faces de l'arc , ne peuvent convenir ni a Marius ni à la victoire que l'on suppose avoir fourni le sujet du monument, puisque lesCimbres n'avaient

(1) Depuis peu on a fait à Tare d'Orange des réparations tre ««satisfaisantes qui ont consolidé ce monument.

D^ANTfQUITÊS MONUMENTALES. 23c)

pns de flotte lorsqu'ils furent défaits près d'Aix. 11 est trcs-probable , comme des antiquaires plus judicieux Pont pense , que l'érection de Tare de triomphe d'Orange se rapporte aux victoires de Mnrc-Aurèlc en Germanie, et ne date pas d'une époque plus ancienne (i).

\rc de Saint-Remy. — L'arc de Saint-Remy est encore entier depuis le rez-de-chaussée jusqu'au-dessus de l'archivolte ; mais la partie supérieure a été détruite par le temps. Ne l'ayant point encore visité , je vais vous lire la description qu'en a donnée Millin :

« Ce monument , dit-il , était très-simple et très-petit ; il n'avait qu'une arcade peu élevée , mais il était chargé d'ornements. De chaque côté il y a deux colonnes cannelées ; les pilastres qui supportent l'arcade , sont doriques ; ils retournent carrément sous l'arcade , et en forment les angles : les chapiteaux servent d'imposte à Tare, et ils ont une espèce de frise décorée de patères , de simpules , de sécespites ,

(I) M. Mérimée pense qu'il faut aussi attribuer cette date aux arcs de triomphe de St.-Remy et rie Carpentras ; il ajoute que la profusion d'ornements, la forme des armes, le caractère prétentieux de res monuments convieuneot lout-à fait à l'architecture du 11*. siècle.

de flûtes , et de divers instruments propres aux

sacrifices*

« Les sculptures de l'archivolte représentent des pommes de pin t du lierre , des raisins , des branches d'olivier attachées avec des bandelettes ; toute la voûte est couverte de caissons hexagones , dont les moulures sont enrichies d'oves , et dont le fond est rempli de différentes espèces de rosaces.

« Entre les colonnes , il y a deux figures tenant au mur. Vers le levant . ces deux figures sont un homme et une femme attachés à un arbre , ainsi qu'on a coutume de représenter les villes et les provinces conquises : du côté du couchant , une femme pose la main sur le bras d'un guerrier enchaîné. De l'autre côté , une femme est assise sur des trophées ; Thomme qui est près d'elle , a les mains liées derrière le dos , et il est lui-môme attaché à un arbre*

Le monument a été détruit jusqu'à ces figures : elles ne sont pas entières ; il n'y en a que deux dont les tètes soient conservées. Deux Victoires tenant des palmes sont couchées le long des voussoirs. On en voit les figures entières dans un dessin levé par Peiresc , lorsque cet arc était moins dégradé ; c'est celui qui a été gravé par Montfaucon. Il est probable que la frise et

d'antiquités monumentales. 2»4f

r entablement portaient une inscription ; mais cette partie est a présent détruite; on l'a remplacée par un toit de pierres carrées, pour empêcher le dégât des eaux pluviales (i).

Arc de triomphe de Saintes. — L'arc de triomphe de Saintes , tout rongé qu'il est par le temps , offre encore le plus haut intérêt. Il est percé de deux portes cintrées, dont les archivoltes reposent sur un entablement corinthien. De petites colonnes du même ordre , assises sur le prolongement de la corniche de cet entablement , décorent les encoignures de l'édifice , et supportent l'entablement principal au-dessus duquel estunattique(2). Le monument est construit en pierres de trois , quatre ou cinq pieds de longueur, sur deux ou trois pieds d'épaisseur, posées par assises égales, et liées entre elles au moyen de crampons en fer.

Ces pierres juxta-posées sans ciment , sont encore réunies avec tant de précision dans les parties les mieux conservées , qu'à peine on dis-

0) Milita , voyage dans les départements du Midi de la France , t. 11.

(3) Je ne parle pas do parapet crénelé, établi sur la plateforme de Varc ; c'est un ouvrage qui doit appartenir au moyen Age.

2^2 coiras

tingue les points de réunion des blocs ; dans d'autres t surtout au-dessus des portes , on remarque des dislocations et des crevasses : il est môme à craindre que ces crevasses ne fassent de rapides progrès , et l'indifférence des autorites locales n'est pas rassurante pour ceux qui s'intéressent à la conservation du monument.

Le dessin que je mets sous vos yeux (pl. XXXIX, fig. vous donnera une idée d'autant plus juste de l'état actuel de l'arc de triomphe de Saintes et de sa vétusté, que l'on s'est appliqué à rendre exactement tous les accidents qu'il présente ; les pierres même ont été comptées et figurées telles qu'on les voit dans l'édifice*

Les inscriptions tracées sur la frise et sur la face de l'attique qui regarde la ville, attestent que le monument a été dédié à Germanicus , à Tibère et à Drusus ; qu'il a été consacré par le prêtre Rufus. Elles ont été publiées plusieurs fois ; en voici la traduction : rt

Première inscription» « A Germanicus César , fils de Tibère Auguste, petihfils du divin Auguste, arrière-petit-fils du divin Jule, augure , prêtre d'Auguste , consul pour la deuxième fois, empereur pour la deuxième fois. »

Deuxième. « A Tibère César , fils du divin

d'antiquités monumentales. îfô

Auguste, AugUste, grand pontife, consul pour la quatrième fois , et l année de sa puissance tribunitienne* »

Troisième. « A Drusus César, fils de Tibère Auguste t petit-fils du divin Auguste 9 <arrièrepetit-fils du divin Jule, pontife, augure. »

« Caius Julius Ru fus , fils de Caius Julius Otuaneunus, petit-fils de Caius Julius Gèdedmon f arrière petit- fils d' Epotsorovide , prêtre consacré au service de Rome et d Auguste , dans le temple qui est près du confluent , en sa qualité d'intendant des travaux , a fait la dédicace de ce monument. »

L'examen ch ces inscriptions a donné lieu déjà à plusieurs dissertations intéressantes ; je ne m'arrêterai qu'à la dernière partie de la troisième inscription , celle où il est question du prêtre Rufus , consacré au service de Rome et d'Auguste dans le temple qui est au confluent. M. xle Crazanucs croit que le temple desservi par Rufus , était celui dont les ruines se voient encore dans remplacement du Capitole de Saintes. M. Massiou, de la Rochelle , archéologue plein de mérite , pense au contraire que ce temple consacré au culte de Rome et d Auguste existait au confluent de la Charente et de la Seugue , dans Pile de Courcoury , où Ton a trouvé bon nombre de débris antiques.

i44 COURS

Mais il est plus probable que le temple dont il s'agit était celui de Rome et d' Auguste , au confluent du Rhône et de la Saône.

L'arc de triomphe de Saintes t enclavé maintenant dans le milieu du pont qui traverse la Charente , se trouvait primitivement sur le bord de la rivière. Le monument était placé à la tête d'un pont , et à l'entrée de la voie qui partait de Saintes pour se rendre à Poitiers ; ce ne fut que dans le moyen âge , lorsque la Charente eut pris une nouvelle direction et élargi l'ancien lit , que l'arc de Germanirus se trouva dépassé par les eaux et placé au milieu du fleuve.

Une partie du pont actuel est de la deuxième moitié du XVII6. siècle ( i665 ). L'architecte a été obligé d'incruster la base de* l'édifice antique dans une des piles du pont , et les pieds-droits ou pilastres sont engagés de six pieds dans le pavé , ce qui rend les portes lourdes , écrasées et sans proportion.

Arc de Trêves. — L'arc de Trêves se distingue de la plupart des ares de triomphe ordinaires , par ses dimensions , sa décoration extérieure, et surtout parce qu'on trouvait au-dessus des portes , des appartements spacieux , ce qui

d'antiquités monumentales. 345

n'existe dans aucun des édifices de ce genre que j'ai pu observer ailleurs.

Ce monument est placé & l'extrémité septentrionale de la ville ; il occupe un- espace de 1 15 pieds , d'une des extrémité» latérales à l'autre , sur une profondeur de 47 pieds. Du côté de la campagne r les portes se trouvent flanquées de deux corps avancés, arrondis r placés comme les tours hémisphériques que nous voyons si souvent près des portes de nos forteresses du moyen âge* Dans ces parties saillantes , qui du reste se lient complètement avec la partie centrale , et portent les même» décorations extérieures, l'édifice a 67 pieds de profondeur. Du coté de la ville » la façade est droite et sans saillies aux extrémités.

L'arc de Trêves a été si souvent figuré, qu'il doit être connu de la plupart de ceux qui m'écoutenUll avait environ 70 pieds de hauteur, et se trouvait divisé ea quatre étages. Au ter. étage s'ouvrent deux portes accolées, comme dans l'arc de Saintes, l'une pour tes chars entrant dans la ville, l'autre pour les chars qui en sortaient. L'entablement qui surmonte les ouvertures et se prolonge sur le» parties latérales de l'édifice, est porté sur des colonnes engagées, d'ordre toscan , qui n'ont été qu'ébauchées. Les trois

étages égaux surmontant le rez-de-chaussée ; sont ornés de colonnes, engagées et également espacées, entre lesquelles s'ouvrent des arcades semi-circulaires. Cette décoration existait sur les faces latérales, comme sur les faces principales de l'édifice» Les chapiteaux de ces colonnes et leurs bases avaient simplement été ébauchés dans ces trois étages t comme dans l'étage inférieur et l'on voit que le monument est resté inachevé. Je suis de l'avis de ceux qui ne le croient pas antérieur a Constantin. L'édifice est construit de ce grès gris-rougeàtre que Ton trouve si abondamment dans le pays de Trêves; les blocs unis sans mortier étaient liés par des crampons cimentés dans la pierre ; et pour arracher ces morceaux de fer d'un volume minime, on a été obligé de pratiquer des trous considérables dans un grand nombre de blocs.

En io35 , l'archevêque Poppo avait fait convertir la Porte de Mars en une église qu'il dédia à saint Siméon ; depuis cette époque , diverses reconstructions ont eu lieu à l'intérieur de l'église. Le Gouvernement prussien a eu le bon esprit de débarrasser le monument romain des ruines qui l'encombraient. Ce déblai fut commencé en 1816: on n'a conservé que l'abside de l'église Saint Siméon, qui avait été ac-

d'antiqwtks monumentales.' a47

colée à Test de la porte : elle date duXlV siècle, et nW pas sans intérêt

La Porte de Mars, est donc presque intacte aujourd'hui à l'extérieur ; les dispositions qu'avait nécessitées rétablissement de l'église à l'intérieur de l'édifice et au-dessus des portes, en avaient changé la distribution ; de sorte qu'il est difficile de savoir à quoi servaient les pièces qui surmontaient le Ier. étage , et qui étaient éclairées par les trois rangs d'areades dont je viens de parler*

Arc de Sàint-Chamàs. — Vous voyez , pî, XXXIX y fig 3", un croquis des deux arcs qui se trouvent sur le pont de St.-Chamas :. ces arcs sont des. plus simples , et montrent comment on en élevait parfois à l'entrée des ponts. Il est probable que plusieurs arcs ainsi placés , étaient munis de portes que Ton fermait au besoin. ^

(f) Depuis peu on a déposé à l'intérieur de l'éditée , à côté et au-dessus des portes.» us grand nombre de morceaux de sculpture antique, découverts dans les bains romains et dans d'autres quartiers de l'antique ville de Trêves. Ainsi la porte de Mars offre un double Intérêt, comme monument romain.dea plus remarquables,, et comme musée d'antiquités. Lors de mon passage à Trêves, on travaillait Rétablir de nouveaux planchera pour agrandir ce musée. Dans l'étape supérieur de l'édifice est une salle cou verte, où l'on a réuni un certain nombre d'inscriplions chrétiennes, des marbres et dirers objets en métal : le tout découvert à Trêves. En général le gouvernement prussien porte un intérêt très-éclairé a la conservation des édi aces antiques.

a4Ô couns

Le pont et les arcs de St.-Chamas avaient été construits par un certain Donnius, ainsi que Tapprend une inscription placée sur la frise de Tune des arcades*

Porte de Mars a Reims. — La Porte de Mars est le seul monument romain intact qu'on voie à Reims ; mais il existe un grand nombre de ruines ensevelies sous cette ville (i) , Tune des plus grandes de la Gaule; et Ton peut encore reconnaître l'étendue considérable qu'elle occupait sous la domination romaine; car, d'après les observations de M. Paris , les murailles du moyen âge avaient exactement remplacé les murs de l'enceinte gallo-romaine. Nul doute que plusieurs portes , remarquables par leur architecture , n'existassent aux principales entrées de la ville , et la porte de Mars qui nous reste , doit faire vivement regretter la perte des autres.

La Porte de Mars est composée de trois arcades d'ordre corinthien avec des colonnes cannelées; l'arcade centrale, plus large et plus

(I) Les constructions élevées depuis quelques temps, ont fait reconnaître , lorsqu'elles ont été fondées , bon nombre de débris précieux qui referont long-temps encore dans les lieux où ils sont enfouis depuis le IV*. siècle.

d'antiquités monumentales. a4{)

élevée que les deux autres, a 3a pieds ip de hauteur sur i5 ip de largeur. Les deux autres ont, chacune, 20 pieds ip de hautenr sur 1 o de large* Entre les colonnes corinthiennes qui ornent le monument , on voit quatre médaillons soutenus par deux génies ailés. Les deux médaillons du milieu , surmontés de trophées , représentent deux empereurs , suivant l'opinion de quelques antiquaires ; les deux autres , surmontés de caducées , seraient , d'après les mêmes archéologues , des magistrats, peut-être ceux qui avaient fait exécuter les . grands chemins sur l'un desquels fut construit la porte de Mars. Au-dessous des médaillons , on remarque quatre tableaux ou niches , encadrés dans de petits pilastres et surmontés d'un fronton; ils sont aujourd'hui très-endommagés , et Ton distingue à peine quelques-unes de leurs moulures.

Les voussures des arcades offrent aussi des bas-reliefs , malheureusement très-détériorés , mais qui devaient être fort remarquables. Sous F arcade centrale, on distingue une femme tenant deux cornes d'abondance, entourée de quatre enfants qui portent certains attributs. Autour de ce bas-relief principal étaient douze tableaux , dont sept sont encore assez bien conservés. On

a cru reconnaître dans ces sujets l'emblème des douze mois de Tannée , comme on a pensé que la femme du principal bas-relief pourrait représenter Tannée, et les quatre enfants qui Faccompagnent, les quatre saisons.

Les voussures des deux autres arcades sont également ornées de bas-reliefs qui ont donné lieu à diverses interprétations. Sous la porte droite, on remarque une femme assise sur un lit, le coude appuyé sur un carreau, caressant un cygne de la main droite, et ayant près d'elle un amour tenant un flambeau ; en ne peut méconnaître dans ce bas-relief les amours de Jupiter et de Léda.

Après avoir été murée par l'archevêque de Reims, dans la crainte de quelque coup de main contre son château qui s'y trouvait adossé , la Porte de Mars est restée pendant long-temps enterrée sous les remparts de la ville. La partie supérieure du monument fut remise au jour en 1677. Enfin, tout récemment, elle a été complètement déblayée par les soins de l'autorité municipale , et il ne reste plus qu'à rouvrir les arcades qui sont encore murées.

Portes d^Arroux et de Saint-André a Airnw. — La Porte d'Arroux à Autun(pl. XXXIX ,

fig. 5 ) , ainsi appelée à cause de sa proximité de la rivière de ce nom , offre deux arcades principales ayant de charpie côté une arcade plus petite, correspondant autrefois à des trottoirs qui bordaient la rue. Ces quatre portes sont couronnées d'un entablement formé d'une architrave . d'une frise , et d'une corniche avec ses modulons. Au dessus de ce premier ordre règne une galerie , composée autrefois de dix arcades dont il ne reste plus que sept. Les pilastres corinthiens qui supportent l'entablement de ce second ordre , sont ornés de cannelures. La galerie qui existait derrière les arcades , servait évidemment à passer d'un côté de la porte à fautre et correspondait au chemin de ronde qui existait , selon toute apparence , dans le rempart antique au milieu duquel s'ouvrait la porte (i). « On admire dans la Porte d'Arroux , dit Millin , la richesse du grand entablement ; les larmiers et les principales moulurcs sont couverts d'ornements qui offrent le travail le plus délicat ; les chapiteaux sont du meilleur goût. La solidité de la construction est aussi remarquable que Félégance de l'archi^

(I) Nous verrons dans U 5*. partie du Cours , qu'an moyen Age il y avait aussi, au-dessus des portes, des passages couverts communiquant aux galeries des remparts.

lecture. Les pierres de grand appareil ne sont liées par aucun ciment ; et malgré le poids de la galerie qu'elles supportent, les voûtes se soutiennent par la seule coupe des pierres. »

La Porte St. -André offre la même ordonnance que la précédente, et doit avoir été construite dans le même temps. Elle en diffère cependant en ce que les pilastres qui décorent la galerie , sont d'ordre ionique, et que les petites portes destinées aux piétons , de chaque côté des deux grandes portes centrales, forment saillie sur celles-ci , et s'ouvrent dans deux corps avancés ou pavillons angulaires. Elle est mieux conservée que la porte d'Arroux ; les murs de la galerie existent non seulement du côté de la campagne , mais aussi du côté de la ville ; tandis qu'à la porte d'Arroux , le mur extérieur seul est conservé. Les deux murs de cette galerie , éloi» gnés l'un de l'autre de 10 pieds, et construits sans ciment comme ceux de la porte d'Arroux , ont à peine 18 pouces d'épaisseur; et l'on s'étonne qu'ils aient pu subsister si long-temps, et résister aux agents destructeurs auxquels ils sont exposés depuis tant de siècles.

Porte d'Auguste a Nismes. — La Porte d'Auguste à Nismes était, comme celles d'Autun,

d'antiquités monumentales. a53

enclavée dans les murs antiques de la TÎÏle (i). Elle offre aussi dans ses ouvertures une disposition pareille ; car on y voit quatre portiques : deux , d'égale grandeur , qui devaient servir au passage des chars, et deux autres plus petits pour les gens à pied (V. pl. XXXIX, fig, 4)-

Les deux cintres du grand portique sont surmontés d'une tête de taureau en demi-relief , sur laquelle s'appuie la saillie de l'entablement; au-dessus des deux autres portes sont des niches, qui probablement contenaient des statues.

Le monument est décoré de quatre pilastres d'ordre corinthien , qui encadrent les deux petits passages; les deux grandes portes sont séparées par une petite colonne ionique appuyée sur une console , a la naissance des arcs. Deux tours semi-circulaires flanquaient et protégaient la porte.

Au-dessus de l'entablement , on remarquait l'inscription suivante qui a été plusieurs fois publiée et commentée :

IMP. ÇAESAR. PIVI F AVGVSTVS COS XI. TRIBV, POT EST. VIII. PORTAS. MUROS. COL, DAT.

(1) Cette porte fut découverte en 1693, en démoliisant lej murs du château aitué place dea Carme». (V. Guide du *oya- «rur à Wmra). Elle cor répondait à la rue antique dont noua atunt précédemment décrit te paré et l'é^out ( V. page 218).

a54 cours

Porte de Fra a Nismes. — La Porte de France , autre porte antique de Nismes , beaucoup moins intéressante que la précédente, n'offre qu'une seule ouverture ; elle est aussi flanquée de deux tours rondes, et surmontée d'un attique orné de quatre pilastres supportant un entablement.

Indiquons encore rapidement quelques arcs de triomphe et quelques portes.

— À Besançon , on voit un arc de triomphe percé d'une seule arcade , orné de bas-reliefs et de pilastres ioniques.

— Langres possède aussi les débris d'un arc de triomphe , qui a été plusieurs fois décrit , notamment par Caylus (Antiq. t. 3. p. CX1V), et par M* De La Borde , dans ses Monuments de la France classés chronologiquement»

— L'arc detriomphedeCarpentras , long-temps enclavé dans les murs de la cuisine de l'évèché , et qui vient d'être dégagé et isolé , présente une façade décorée de pilastres cannelés , avec une seule arcade. Des colonnes occupaient les angles de l'édifice. Dans les petits côtés , on remarque des captifs surmontés de trophées. La partie supérieure du monument est détruite (i).

(1) V. Millin , ?oy»ge dans le Midi de la France , t. IV , et la

— L'arc de triomphe de Cavaillon , figuré • parMillin et par M ont faucon , n'avait, comme le précédent , qu'une grande ouverture cintrée. Les deux côtés du cintre sont décorés de victoires , tenant une palme d'une main , et de l'autre une couronne. L'archivolte et les pilastres qui supportent l'entablement , sont ornés de rinceaux (i).

— A Cologne , j'ai trouvé , dans la cour du Musée , une grande quantité de blocs sculptés , dans lesquels on voit encore la trace des tenons qui servaient à les lier les uns aux autres. On reconnaît , parmi ces morceaux , des portions de frise et de corniche ; et il parait qu'ils proviennent d'une porte monumentale antique , qui existait à peu de distance de la cathédrale.

— En examinant les fragments de frises, et les autres blocs sculptés qui ont été incrustés dans les murs de Narbonne , au temps de François Ie*. , et qui proviennent évidemment de plusieurs grands monuments, on ne peut guères douter que quelques-uns de ces morceaux n'aient appartenu à des arcs de triomphe , ou à

pl. LXXI de l'atlas du même outrage.

(1) V. l'ailaa du ?oy. dans le Midi de la Fr , par Millin , flg. 14, pl. LXXI.

des portes dont cette importante ville romaine dut être décorée (i).

— \ Périgueux , on remarque , parmi les nombreux fragments sculptés qui se rencontrent dans la Cité , des trophées * des débris de cornicasques , des boucliers , et d^utres bas-reliefs qui paraissent aussi avoir fait partie de la décoration d'un arc de triomphe. Il est même probable que ces débris ont appartenu à deux monuments de ce genre. Le style des moulures paraît , d'après M. de Taillefert, se rapporter au siècle des Antonins.

U y avait aussi , dans les murs de la ville , plusieurs portes de grand appareil , dont une

(!) Lorsqu'on répara les mors de Narbonne , fous François ïw. f l'ingénieur chargé de ce travail rassembla lout ce qu'il put recueillir de bas-reliefs et d'inscriptions antiques , et rangea ces morceaux sur la même ligne, de manière a en former une espèce de frise dans la muraille. On y ?oit des inscriptions tumulaires et des débris d'entablements doriques , f corinthiens , ioniques; des fragments de bas-reliefs, etc., etc.

Les bas-relief» sont principalement rassemblés et groupés près des portes de la ville. Ces curieux fragments, qui ont été soigneusement étudiés par M. Dumège, de Toulouse , doifrot être décrits et figurés par cet habile antiquaire, dans son grand ouvrage iotitulé Archéologie Pyrénéenne. On rapporte qu'une partie de ces pierres sculptées provient de 1a démolition d'une grosse tour , dans laquelle elles avaient été employées avec préeautioo, et de telle manière que la face sculptée de rnaqoe bloc était retournée et cachée dans l'épaisseur da mur.

d'antiquités MONUMENTALES. 253

enclavée dans les murs antiques de la ville (i). Elle offre aussi dans ses ouvertures une disposition pareille ; car on y voit quatre portiques ; deux, d1 égale grandeur , qui devaient servir au passage des chars , et deux autres plus petits pour les gens à pied (V. pl. XXXIX, fig. 4).

Une tète de taureau en demi-relief , sur laquelle s1 appuie la saillie de T entablement , surmonte chacun des deux cintres des grands portiques ; au-dessus des deux autres portes sont des niches , qui probablement contenaient des statues.

Le monument est décoré de quatre pilastres d'ordre corinthien , qui encadrent les deux petits passages ; les deux grandes portes sont séparées par une petite colonne ionique appuyée sur une console , à la naissance des arcs. Deux tours semi-circulaires flanquaient et protégeaient la porte.

On remarquait au-dessus de V entablement , une inscription qui a été plusieurs fois publiée et commentée.

(I) Cette porte fut découverte en I693 , en démolissant les murs du château situé place des Carmes. ( V. Guide du Voyageur à Nismes ). Elle correspondait à la rue antique dont nous avons précédemment décrit le pavé et légout (V. page 218).

a54 couns

Porte de Franck a Nisikes. — La Porte de France v autre porte antique de Kismes , beaucoup moins intéressante que la précédente , n'offre qu'une seule ouverture; elle est aussi flanquée de deux tours rondes , et surmontée d'un attique orné de quatre pilastres supportant un entablement.

Indiquons encore rapidement quelques arcs de triomphe et quelques portes.

Arc de Langres. — L'arc de triomphe de Langres qui parait avoir été élevé du temps de l'empereur Marc-Aurèle , se trouve aujourd'hui enclavé dans la muraille du rempart , entre les portes du Marché et de St.-Didier ; il a servi d'entrée à la ville , sous la domination romaine (i), et je ne serais pas surpris qu'il y eût eu près de là un forum.

D'après la notice de M. Luchct , sur les monuments romains de Langres , notice dont j'ai pu reconnaître moi-même l'exactitude , l'arc tel qu'il existe aujourd'hui est à peu près complet sur la face extérieure , à l'exception de l'attique qui n'existe plus depuis un temps immémorial : il est percé de deux arcades d'égale

(I) Il faisait face à la voie romaine qui se rendait de Langres au camp de Ste. -Germai oe , pré* de Bar-aur-Auhe.

d'antiquité! monumentales. a55

hauteur. La décoration se compose de cinq pir lastres corinthiens dont deux à chaque extrémité et un dans le centre séparant les deux arcades. Trois des chapiteaux sont bien conservés , celui du centre a été piqué au marteau et complètement eflacé ; un autre détruit en partie par rouverture d'un créneau. La frise était ornée d'armures sculptées en demi-relief et formait une suite continue de faisceaux où Ton remarque surtout des boucliers de diverses formes ; toutes ces sculptures ont très-peu de saillie et sont trèsfrustes. Dans la corniche on distingue à peine quelques modillons mutilés , des oves et des denticules dont la découpure, ainsi que l'observe M. Luchet, est loin de la pureté et du relief des beaux temps du Haut-Empire.

a Les arcades sont accompagnées d'archi- « voltes unies bien nettes encore et d'une belle « exécution (i), reposant sur des impostes procc filées du coté des pilastres comme à l'intérieur a des arcades ; ces impostes sont en outre sup- « portées sur une sorte de pied-droit ayant la « même largeur que l'archivolte , mais dont la « saillie est peu sensible. Cette disposition in-

(1) Ces archivoltes ressemblent à celles des portes romaine* d'Anton.

« dique encore une époque qui s'écarte déjà « du beau style de Fart romain : une autre im- « poste profilée de chaque côté se continue « entre les pilastres. Les cannelures qui dé. a corent ces derniers sont pleines dans la partie « inférieure t et ne sont pas très-profondément « senties.

« Le monument repose sur un socle carré « supportant une base qui règne dons tout le « pourtour et sur laquelle sont indiquées les « saillies des pilastres et des pied-droits (i). »

Les faces latérales de Tédifice, dont une est restée dégagée , portent les mêmes ornements que les faces principales ; on y voit deux pilastres semblables aux autres et formant retour sur les angles avec ceux des façades.

Le monument était nécessairement terminé par un attique qui portait peut-être une inscription. M. Luchct suppose que les pierres qui ont servi à murer les deux arcades proviennent de cet attique. Deux de ces pierres portent des lettres de om. ?3 de hauteur qui pourraient avoir fait partie de cette inscription.

L'appareil de Tare de triomphe de Langres

(I) Mémoire aur le» antiquités ronaine* de Langée* , par M. Lucbet , architecte.

est (Tune grande beauté; on remarque 20 assises depuis Ta base jusqu'à la corniche (1).

Cet arc a été figuré dans Caylus, recueil d'antiquités , t. IIIe. , et dans Touvroge de JL De La Borde , sur les monuments de la France ( io\ livraison )^

Un autre arc de triomphe existait à Langres» dans remplacement de k porte appelée Longe- Porte ; on en vok encore quelques vestiges , et Ton peut reconnaître qu'il était percé de deux arcades d'égale hauteur r comme le précédent, et orné de pilastres cannelés, distribués de la même manière; on voit encore en place, celui de ces pilastres qui divisait les deux arcades , avec l'Imposte , le pied-droit et le commencement des voussoirs de chacune d'elles ; plusieurs fragments de k frise employés dans k construction du rempart voisin présentent le même style et les mêmes sculptures que celles de k frise du premier arc (2)* m

Arc de Besançon. — Besançon possède un arc de triomphe bien autrement orné que ceux dè

(1) V. te tabtean des dhnensionfr do monument, dans It mémoire de M. Lucheffr

(2) En voyant les débris in cr tintés dans les remparts, quelque* personnes ont pensé qu'il eiiataît k Lanftm un irobièuic arc de triomphe.

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Langres et qui doit appartenir à une époque plus récente , à en juger par la profusion des moulures dont il est couvert , les colonnes d'ordre composite offrent des bas-reliefs séparés les uns des autres par des cercles qui divisent le fût en parties égales; une autre colonne est ornée de rinceaux ou de moulures depuis l'astragale jusqu'à la base inclusivement ( V. pl. XLII bis, fig. 5 et 6).

La décoration du reste de Fédificc répond à celle des colonnes ; ces ornements trop nombreux ne sont pas de très-bon goût ; mais pour entrer avec vous dans l'examen de ces détails, il me faudrait des dessins. Le monument pris dans son ensemble est d'un bel effet ; il est percé d'une seule arcade fort élevée , comme l'arc de Titus à Rome (i).

(1) L'arc se trou? e placé près de la cathédrale, à l'extrémité d'une rue , entre deux lignes de maisons , dans lesquelles les deux faces latérales se trouvent engagées. Au XU*. siècle la grande arcade avait été rétrécie au moyen d'un mur dans lequel on avait incrusté les figures symboliques des quatre Evan: gélistes y et la partie supérieure de l'arc était surmontée d'an bâtiment qui servait de grenier aux chanoines. On a fait disparaître ce grossier remplissage , et le côté droit de l'édifice qui se trouvait fort endommagé a été presqu'entièrement reconstruit; ces restaurations, ai elles ne aont pas complètement satisfaisantes , ont au moins consolidé le monument et lui ont rendu sa forme première.

Deux ordrea superposés de colonnes entre lesquelles se

d'antiquités monumentales. i5()

Arc de Caupentras. — L'arc de triomphe de Carpentras, long-temps enclavé dans les murs de la cuisine de l'évêché , et qui vient d'être dégagé et isolé , présente une façade décorée de pilastres cannelés, avec une seule arcade. Des colonnes occupaient les angles de l'édifice. Dans les petits cotés , on remarque des captifs surmontés de trophées. La partie supérieure est détruite (i).

Arc de Cavaillon. — L'arc de triomphe de Cavaillou, figuré par Millin et par M ont faucon , n'avait , comme le précédent , qu'une grande ouverture cintrée» Les deux cotés du cintre sont décorés de victoires , tenant une palme d'une main , et de l'autre une couronne. L'archivolte

trouvaient des figures de haut relief , décoraient les façades de chaque coté de l'arcade triomphale; les colonnes, du côté droit , ont été refaites en entier vers la place; celles du côté gauche sont anciennes: je crois toutefois que le fut de la dernière colonne à gauche a été rétabli en partie vers le XIIe. rtècle , peut-être A l'époque on l'on rétrécit l'arcade triomphale. En effet , la base de cette colonne ne ressemble pas à celle des autres , il m'a semblé y distinguer sur le tore une de ces pattes , si communes au XII*. siècle. La partie basse du fût, que je crois refaite , est d'ailleurs restée lisse et ne s'accorde pas avec la partie supérieure ni avec le chapiteau.

(f ) V. Millin , voyage dans le Midi de Is France , t. IV, et la pl. LXXI de l'atlas du même ouvrage.

et les pilastres qui supportent l'entablement , sont ornés de rinceaux (i).

On peut affirmer que toutes les villes galloromaines de quelque importance ont été ornées de portes monumentales ou d'arcs de triomphe, dont il est facile encore de retrouver des débris.

— A Cologne, j'ai remarqué, dans la cour du Musée f une grande quantité de blocs sculptés, dans lesquels on voit la trace des tenons qui servaient a les lier les uns aux autres. On reconnaît , parmi ces morceaux , des portions de frise et de corniche ; et ils ont fait partie d'une porte monumentale antique , qui existait à peu de distance de la cathédrale.

— En examinant les fragments de frises » et les autres blocs sculptés qui ont été incrustés dans les murs de Karbonne , au temps de François 1er. , et qui proviennent évidemment de plusieurs grands monuments , on ne peut guères douter que quelques-uns de ces morceaux n'aient appartenu à des arcs de triomphe , ou à des portes dont celle importante ville romaine dut être décorée (2).

(1) V. l'atlas du *oy. dans le Midi de la Fr. , par Millia , fig. 14 , pl. LXXI.

(2) Lorsqu'on répara les murs de Narboone , sous François

d'antiquités monumentales. 261

— À Périgueux , on remarque , parmi les nombreux fragments sculptés qui se rencontrent dans la Cité , des débris de corniches , des trophées, des casques , des boucliers , et d^autres bas-reliefs qui paraissent aussi avoir fait partie de là décoration d^un arc de triomphe. 11 est même probable que ces débris ont appartenu à trois monuments de ce genre. Le style des moulures parait , diaprés M. de Taillefcr, se rapporter au siècle des Antonins.

Suivant lui , le plus intéressant de tous ces fragments , est un tambour de colonne de deux pieds sur deux pieds deux pouces et demi de diamètre : une coquille termine par le bas chaque cannelure, et les arêtes de ces canne-

rr. , l'ingénieur chargé de ce travail rassembla tout ce qu'il put recueillir de bas-relief > el d'inscriptions antique* r et rangea cea morceaux sur la même ligne , de manière à en former une espèce de frise dans la muraille. On y voit des inscriptions tumulaires et de» débris- d'entablements doriques , corinthiens , ioniques; des fragments de bas-relief* , etc. , etc.

Les bas-reliefs sont principalement rassemblés et gioupé» près des portes de la ville. Ces curieux fragments, qui ont été soigneusement étudiés par M. Dumège , de Toulouse , doiveor être décrits et figures par cet habile-antiquaire, dans son grand ouvrage intitulé Archéologie Pyrénéenne. On rapporte qu'une partie de ces pierrea sculptées provient de la démolition d'une grosse tour , dans laquelle elles avaient été employées avec précaution, et de telle manière que la face sculptée de chaque bloc était retournée et cachée dans l'épaisseur du mur.

lures sont décorées de grains de chapelet ou de perles. La partie inférieure du bloc représente des armes et des armures de toute espèce, sculptées en très-petit relief. Entre les cannelures et ces ornements est une plate-bande ou ceinture de i o pouces 6 lignes de large , dans laquelle sont sculptés des Tritons conduisant et retenant des taureaux, et des chevaux marins entre lesquels semblent se jouer des dauphins de différentes grandeurs.

M. de Taillefer conclut de ces sculptures , que Tare de triomphe auquel elles avaient appartenu avait été érigé à l'occasion d'une victoire navale. Nous avons vu que Tare de triomphe d'Orange (V. ce qui a été dit p. 237) est également orné d'attributs maritimes ou fluviatiles (1).

Il y avait aussi , dans les murs de la ville , plusieurs portes de grand appareil , dont une existe encore à peu de distance de l'amphithéâtre.

Celle qui précédait le temple de Mars dans les remparts de la Cité , a été restituée et figurée par M. de Taillefer , pl. XVI de son

(1) M. Mérimée , dans un ouvrage récemment publié, pense que ces attributs pourraient bien rappeler des combats sur le Danube et les victoires de Marc Aurcle en Germanie.

ouvrage sur les Antiquités de Vésone. Elle n'avait qu'une ouverture cintrée entre deux tours semi-circulaires ornées de pilastres toscans ou doriques, dont l'entablement se L'ait à celui de la porte (i).

—Sous Louis XIII , il existait à Arles un arc de triomphe dont le cardinal de Richelieu avait fait faire un dessin , il n'en reste aucune trace aujourd'hui (2). Des actes du XVIe. siècle font mention d'un autre arc de triomphe dans la même ville , dont les murailles d'enceinte étaient vraisemblablement ornées de plusieurs portes monumentales.

— J'ai remarqué dans les curieuses galeries qui existent sous les murs d'enceinte de Tours formés de débris de grands édifices et dans les murs de Sens , construits de même, des pierres sculptées qui m'ont paru provenir de monuments semblables (3).

Tous ces faits prouvent bien, Messieurs, que les arcs de triomphe ontéténombreuxdansles villes

(1) V. les détails donnés dans le t. Il des antiq. de Vésone, p. 136 et suif.

(2) Cet arc, détruit en 1743, a été graré dans l'outrage de La Lauzîère, pl. XV.

(3) Je compte retourner à Tours et à Scni pour étudier en détail et faire dessiner les nombreuses sculptures qui se trouvent ensevelies sous les anciens mu ri.

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de la Gaule , jusqu'à l'époque ou elles furent dépouillées de leurs ornements , et forcées de sacrifier leurs plus belles constructions pour se défendre contre les invasions et le pillage. Alors , au lieu de ces portes en grand appareil , si riches de sculptures, on vit s'élever des portes en petit appareil , dans lesquelles les chaînes de briques , disposées en cordons , remplacèrent les moulures de l'entablement , et encadrèrent les archivoltes des cintres en guise de cymaises. 11 reste quelques-unes de ces portes dans nos enceintes murales de petit appareil (Sens, le Mans, etc.) ; mais nous ne croyons pas devoir les décrire ici , quoiqu'elles aient aussi leur genre d'intérêt , parce qu'elles s'éloignent trop des arcs de triomphe et des portes monumentales , qui font l'objet de notre conférence de ce jour.

D'après l'examen que nous venons de faire , les arcs de triomphe les plus complets et les plus beaux d^effet , présentaient une grartdc arcade centrale entre deux arcades plus petites , comme ceux d'Orange , de Reims , etc.

D'autres n'avaient qu'une grande ouverture cintrée , comme ceux de Sairu-llemy , de Cavaillon , de Besançon , de Carpentias et de Saint Chamas.

d'antiquités monumentales.

Enfin nous avons vu plusieurs arcsde triomphe percés de deux portes d'un égal diamètre ; ce sont ceux de Saintes , de Langres et de Trêves.

Il y a lieu de croire que cette ordonnance a été motivée par des circonstances particulières, telles que la position de l'un de ces arcs à l'extrémité d'un pont donnant accès à une ville populeuse ( Saintes ) » et la position des autres a l'extrémité des rues les plus fréquentées de Trêves et de Langres (i ). 11 était nécessaire sans doute que deux portes existassent sur ces différents points, l'une pour les chars entrant dans ces villes , l'autre pour ceux qui en sortaient.

Ce motif me paraît d'autant plus probable , que les portes de ville qui étaient enclavées dans les murs d'enceinte , et sous lesquelles il fallait nécessairement passer pour arriver aux principales rues , à l'extrémité desquelles se trouvaient toujours ces monuments , présentent

(!) L'arc de triomphe de Trêves formait la principale issue par où l'on sortait de celle ville pour aller a Cologne , à Maycoce et sur les borda du Rhin. Du rcMe , ce monument sort, comme Je l'ai déjà dit , de la classe ordinaire des arcs de triomphe. Il date vraisemblablement du temps de Constantin, on y voit comme dans les portes de ville deux tours semi-circulaires du roté de la campagne, et il offre autant et phi» de rapportsavec celles-ci qu'avec les arcs de triomphe proprement dits.

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souvent ces deux ouvertures parallèles : nous les avons vues dans les portes d'Arrou et de Saint-André à Àutun , dans celle d'Auguste à Nismes , qui toutes trois faisaient face à des rues principales et très-fréquentces (i).

D'après ces inductions d'ailleurs assez naturelles nous pouvons admettre que , dans les villes populeuses (2) , les arcs a une seule ouverture sans portes latérales devaient être placés dans des lieux peu fréquentés par les chars : effectivement nous avons vu que l'arc de Besançon , à une seule arcade , était au pied d'une montagne sur laquelle les chars ne devaient pas monter sans difficulté et qu'ils parcouraient vraisemblablement beaucoup moins que les parties basses de la ville antique.

(J) Dans les portes d'Arrou et de Si.-Aadrt à Aatun , en a ▼u qu'indépendamment des deux grande» ouvertures parailèlea , il y avait deux portes plus petites pour les piétons , correspondant à des trottoirs.

(2) On conçoit que dsns des villes de peu d'importance les arcs à une seule ouverture Doutaient offrir assez d'espace pour la circulation, quelle que fût la place qu'ils occupaient.

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