PORTIQUES DBS PLACES PUBLIQUES
Alexandre Adam , dans son savant ouvrage sur les antiquités romaines , que j'ai souvent eu occasion de citer , décrit les places publiques ou fora des Romains et le système de décoration qui avait prévalu pour elles. Le forum était ordinairement, comme il le dit, une place assez vaste où se tenaient les assemblées du peuple , où Ton rendait la justice et où Ton traitait des affaires publiques. Il était environné de portiques , d'édifices et de boutiques. Certaines locutions latines indiquent clairement la diversité des usages auxquels il était affecté. Ainsi , ratio pecuniarum, quœ in foro versatur , affaires financières ; fidem de foro tôlier e^ détruire le crédit public; in foro ver sari, commercer; foro céder e , faire banqueroute ; in foro esse , être engagé dans les affaires de TÉtat ; fori tabès , la fureur de la chicane , etc. , etc.
Les portiques ou arcades qui environnaient les places publiques étaient portés sur des pilastres ou des colonnes et quelquefois ornés de
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statues. Ils prenaient ordinairement les noms des édifices auxquels ils étaient joints , comme porticus Concordiœ , Apollinis , Quirini , Herculis , Theatri , Circi , Amphilheatri , etc. ; ou celui des personnes qui les avaient fait élever, comme porticus Pompeia t Lwia , Octavia , Agrippœ , etc. Ils servaient d'abris aux passants et Ton pouvait s'y promener à couvert. Les marchands y étalaient quelquefois leurs marchandises (1).
Dans les villesd'une importance médiocre, où les portiques n'étaient pas multipliés comme à Rome, ils se trouvaient principalement près des grands monuments publics , tels que les théâtres , les thermes , les palais , les temples, etc., etc. Ainsi l'on plaçait assez souvent des portiques derrière la scène des théâtres, afin que, dit Vitruve , quand il survenait inopinément de la pluie pendant le spectacle , le peuple pût s'y réfugier (a). L'architecte romain conseille de faire ces portiques doubles ou à deux rangs de colonnes ; 11 indique Tordre dorique comme le
(1) Les auteurs y récitaient aussi leurs outrages , et les philosophes 7 discutaient.
(2) Post scenam porticus sunt conatituend*, uti cum Imbrcs fepentioè lados iuterpellaverint , habeat popuhis, quo se rccipiat ci theatro,
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meilleur pour les colonnes et l'entablement extérieurs , et Tordre ionique ou le corinthien pour les eolonnes du second rang qui dey aient être plus hautes que les autres ; il dît aussi que la largeur des portiques , lorsqu'ils avaient ainsi deux rangs de colonnes, devait être égale à deux fois la hauteur des colonnes doriques (1); enfin il indique, comme je l'ai dit précédemment (ch. 1"., pag. 1 1 , note seconde), pour le dorique appliqué à ce genre d'édifices, des proportions différentes de celles du dorique usité pour les temples (2).
Les portiques ordinaires n'avaient bien souvent qu'un rang de colonnes.
(1) Circa tbeatra aunt porticus et ambulatlonee , qose vldentur ila oporlere collocari uti duplices aint , babeantquc eiteriores columnas doriraa cura epistflîis et or o a mentis, ex ratioqe modulationia dortra? perfectas. Latitudinea autem earum ira oportere fleri videntur , uti quanta altttudtne co* tonnas fuerint exteriorea , tantam latitudineni habcant ah ioferiore parte columnarum extremaram ad médias et à mcdianla ad parietea , qui includunt porticua ambulationes. Médianes autem coluuirue quiuta parte ait i ores siat quàm ex* teriorea , aed aut ionico aut corinthio geocre deformentur. Columnarum autem proporlfonea et simetrite , non erunt u*rf*sn ration i bus, qui bu a in «dibua aacris acripsi. — Vit. , arch. , lib. v , chap. i.
(£) Quatorze modulea pour le fût de la colonne et un module pour le chapiteau , ce qui , à un module près, donne les dimensions de notre dorique moderne.
d'antiquités monumentales. siyi
La forme des places ou fora était celle d'un carré long. Vitruve veut qu'elles aient un tiers en étendue sur unsens de plus que sur l'autre (1).
Les portiques avaient souvent deux étages ou deux ordres de colonnes , et l'architecte romain prescrit de faire les colonnesdu second étage d'un quart moins fortes que celles du premier (3).
Le forum de Pompéi conservé presque intact sous les cendres , pendant tant de siècles 9 et qui est complètement déblayé i montre mieux que toutes les descriptions la disposition des portiques etdes monuments groupés autour de la place publique. Je vous présente le plan de ce forum et plusieurs vues des constructions qui l'entourent.
(1) Latitudo antem ita flniatur uti longitndo in 1res part» cum divisa ftoerit, ex bis dose partes et dentnr. — Vit. , !ib. V,cbap. !.
(2) VitruTe motif e cette prescription sur la nécessite* de M conformer aux lois de la nature, qui veulent que la tige des arbres ait d'autant moins de diamètre qu'elle s'éloigne plus de la terre.
Columnae superiores quart! psrte minores, quara inferiores sont constituendas , propterea quôd oneri ferendo , qu» sunt inferiora flrmiora debent esae, quàm auperiora. Non minus quod etiàm nascentium oportet imitari naturam ut in arboribus teretibos , abiete, cupresso , pinu è qui bus nulle non crassior est ab radicibus, deindè crescendo progreditur if) altitudiuem , naturali contracture perequata naseens ad cacumen. — Vit. , tir. v, ebap. 1er.
Comme vous le voyez par ce plan et ces esquisses , le forum de Pompéi présentait un carré fort allongé , à l'extrémité duquel s'élevait un temple de Jupiter. Sur l'un des grands côtés , derrière les portiques , se trouvaient une basilique et un autre temple que Ton croit avoir été dédié à Bacchus ou à Vénus.
Sur le côté opposé on voit les restes (Tune autre basilique terminée par des apsides, et qui, selon toute apparence, servait de tribunal; un temple de Mercure, plusieurs autres édifices, etc. Des arcs de triomphe ornaient les extrémités de la place (t).
À Rome , on voit les restes du forttm Romantim, aujourd'hui le Campo Vaccinio, celles du forum de Trajan et de quelques autres ; mais il n'entre pas dans notre plan , vous le savez , Messieurs, de faire d'excursions hors les limites de l'ancienne Gaule , et je n'ai cité le forum de Pompéi que pour offrir un type qui pût vous aider à reconnaître les faibles vestiges qui
(I) Les mes présentées par M. de Csuraont à se* auditeurs traient été tirées de fourrage Imprimé en 1838, ebes M Didot. et Intitulé : ruts des ruines de Pompéi, publiées d'après l'ouvrage imprimé à Londres en 1819 : on n'a pu en conséquence reproduire Ici ces vues , noua ne pourona que renvoyer les lecteurs A l'ouvrage que nous tenons de citer et qui est d'ailleura très répandu.
restent chez nous de ces monuments. Je passe
à l'indication de quelques-unes de ces ruines.
Forum d'Arles. « Le forum d'Arles ,. dit « M. Jacquemin , formait un carre long de 90 « mètres de largeur , sur 45 de profondeur. Un <c portique composé d'une double galerie cou- « verte , laquelle était ornée d'un entablement « d'une grande simplicité , l'entourait tout « entier et régularisait ainsi ses quatre laces. « Au rapport de Sidoine Apollinaire, qui écri- « vait an cinquième siècle , et qui était venu à « Arles à la suite de l'empereur Majerien , le a forum d'Arles était orné de statues., bordé de « riches colonnades ; et cette quantité prédite gieuse de bases, de chapiteaux et de fûts de « marbre et de granit qu'on trouve à chaque « coin de rue r peuvent en être regardés comme « les restes. Cest du forum qu'étaient venues « sans doute les deux statues <P Auguste , que le u chevalier de Romieudit avoir vu servir pen* <c dant long-temps de montoir près de l'auberge
Ha
a qui fut donnée au grand prieur de France , u M.Françoisde Lorraine.C'était probablement « au forum que les Artésiens avaient placé la <( statue qu'ils élevèrent à Ilecilius Titius
« Pompeianus leur protecteur, et dont le pièce (lestai est aujourd'hui conservé clans le Musée , « avec l'inscription qui fait foi de la reconnais- « sance de nos pères.
« Ce devait être alors une bien belle chose « que le forum de notre ville , avec son peuple « de statues, et sa forêt de colonnes , vu à trace vers les cintres élevés de sa double galerie. « Placé dans le quartier le plus central, le m plus riche et le plus fréquenté de la cité , « les vastes magasins ouverts sous ses por- « tiques servaient entrepôt aux produits les «c plus précieux de l'industrie nationale et «c étrangère. (Test de là que sortaient , pour se m répandre partout où le bon goût et le luxe m avaient pénétré , les riches broderies d'or , te d'argent et de soie , les ouvrages d'orfèvrerie et et les armes si renommées que nos ateliers m étaient en possession de fournir a toute l'Ita- « lie» Tout ce qui avoisinak le forum était « monumental et magnifique. C'était le palais ce impérial , avec sa façade de marbre et ses m fontaines jaillissantes , les deux temples « d'Auguste et de Minerve , le prétendu moct nument des Constantin , le théâtre , le palais « du prétoire et les thermes , dont remplace- « ment ne nous est pas connu , mais qui ne « devaient pas être éloignes de là.
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« Que reste^t-il aujourd'hui de toutes ces ri- « cheeses ? Temples et palais , population et « industrie, tout a disparu j et le forum, ence seveli sousv 1 5 pieds de terre , nous laisse à « peine l'espérance de le voir revivre un jour. « Néanmoins , quand on vient a parcourir ces « galeries enfouies , ces promenoirs à moitié a comblés et fermés de loin en loin par les « murs de clôture que les propriétaires ont « élevés pour s'isoler de leurs voisins , on se * « prend à regretter qu'il soit si difficile de rc- « mettre en lumière un édifice aussi entier. Le « déblaiement de la partie intérieure du porti- « que , fait avec l'autorisation et le concours « des personnes dont les caves s'étendent jus- « que-là , serait un travail aussi glorieux pour « l'administration que profitable pour le « pays. »
Les débris des arcades du forum d'Arles sont, comme le dît M. Jacquemin, ensevelis dons des caves où je les ai vus moi-même. La Lainière qui en avait fait des thermes t les a figurées dans son ouvrage.
Nous avons dit que dans beaucoup de villes le forum t la basilique , les thermes, etc. , étaient reunis ; d'après ce qui précède il en était ainsi à Arles. AL ËsUangin suppose que les ruines ro-
maines que Ton voit dans les caves et la grande cour du collège , sont celles de la basilique attenant au forum (1). Les vestiges d'hypocaustes découverts sur la place de l'hôtel-de-ville , tout près du forum , portent à croire que là se trouvaient les thermes.
Forum d'Orawgb. La place publique que Ton voit derrière la scène du théâtre d^Orange , était le forum de cette ville si intéressante par ses ruines antiques. Il se trouvait ainsi dans la position que Vitruve recommande, et au centre des principaux monuments de la ville; car le cirque qui était accolé au théâtre et se prolongeait beaucoup plus loin que la scène de celui-ci, formait aussi un des côtés du forum. Il est probable qu^une basilique , un temple ou quelques édifices publics bordaient les deux autres côtés de ce forum.
Forum d'Avknches. On voit à Avenches, Tancien Aventicum Hetoeliorum (2) , près le
(îyDumont et quelques antiquaires , d'après lui, avaient fait de ces raines un panthéon ; nais , d'après H. Eatrangin , rien ne justifie cette attribution.
(1) Je ne peux que recommander aux archéologues Tojageurs de visiter la iHIc dAvencbea : ils y verront, outre des débris
lac Morat en Suisse , remplacement d'un forum dont un des pilastres orné de colonnes engagées est encore debout» La colonne qui décore la face principale du pilastre, a Zrj pieds de hauteur y compris un fragment d1 entablement qui la surmonte, 3 pieds ip de diamètre, et environ 2 pieds de saillie ; elle est d1 ordre corinthien » sans piédestal. La figure i , pl. XL, vous montre que Tune des parois latérales du massif (A.) était décorée d^un pilastre cannelé surmonté d*un chapiteau corinthien ; au Heu que du coté opposé (B), une colonne secondaire s1 élevant à moitié de la hauteur de la colonne de face portait une imposte et vraisemblablement un cintre dont on voit encore quelques arrachements et que j'ai
d'architecture très -intéressants , des thermes de* arène* , un
théâtre et une tsste enceinte de murailles presque complète qui a plus d'une lit uc de tour. Ces murs s'clètent encore à 15 pieds de hauteur dans plusieurs endroits, et leur épaisseur la plus ordinaire est de 4 à 5 pieds ; ils sont en moellon , sans i haines de briques. La tille actuelle qui compte à peine 1.500 habitants n'occupe pas la dixième partie de cette enceinte. La partie du territoire enclos de murs, dans laquelle on découvre le plus de débris, est celle qui s'incline t ers le lac Morat , ft partir de la tille actuelle et du théâtre ; plusieurs mosaïques t ont été trouvées ainsi qu'une prodigieuse qusntité de placages en msrbre , des peintures a fresque , des briques, des fragments de colonnes , etc. On y toit en place une mosaïque que le propriétaire a eu soin de faire coutrir d'uu pavillon.