TUMULUS
Les tumulus consistent dans des monceaux de terre ou de cailloux qui varient de formes
d'antiquités monumentales. im
et de dimensions. Quoique simples et grossiers ces monuments funéraires des premiers âges de la société survivent aux tombeaux magnifiques des siècles les plus éclairés.
L'usage d'élever de semblables monticules sur la dépouille mortelle des hommes distingués paraît avoir existé chez la plupart des anciens peuples ; les voyageurs ont observé des éininences tumulaires dans l'Orient , la Scythie asiatique , la Grèce , etc. , etc. ; mais nulle part on n'en voit un plus grand nombre que dans l'Europe septentrionale.
En Normandie , et généralement par toute la France, les tumulus se rencontrent principalement dans les landes et les autres terres que l'agriculture n'a point encore conquises ; mais on ne s'est pas beaucoup occupé de les décrire , et les fouilles qui ont été faites dans plusieurs départements ont produit peu de résultats pour la science, parce qu'elles ont été dirigées par des pei-sonnes qui n'ont pu s'entendre ni se communiquer leurs observations.
C'est en Angleterre que les tumulus ont piqué le plus vivement la curiosité , et qu'ils ont été explorés avec le plus de soin. Plusieurs antiquaires , parmi lesquels il faut citer en première ligne sir Richard Colt lloare , n'ont rien
,24 coins
négligé pour acquérir des notions parfaitement exactes sur leurs formes , leurs dimensions et leurs dispositions intérieures , ils en ont fait ouvrir un nombre considérable, et c'est à leurs mémorables travaux comparés à ceux de quelques antiquaires français, qu'on doit ce que Ton sait aujourd'hui sur ces monuments funèbres.
Je vais commencer par vous faire connaître les principales espèces de tumulus qui ont été observées en Angleterre , et la nomenclature dont se servent les antiquaires anglais pour les distinguer.
i°. Le tumulus boule ( bowl-barrow ) (i) , ainsi nommé à cause de sa forme ronde obtuse, est celui qui paraît le plus commun en Angleterre ; il est quelquefois entouré d'un petit fossé.
a°. Les tumulus larges ressemblent beaucoup aux tumulus arrondis , mais leur diamètre est beaucoup plus considérable.
Ils n'ont parfois que quinze à vingt pieds de hauteur sur cent, cent cinquante ou deux cents pieds de largeur.
3°. Les tumulus allongés ressemblent quel-
(i) Le mot anglais Rarrow s'applique en Angleterre à tous les r «m iifuj; cependant on désigne plus particulièrement sou» le nom de C air* ceux qui «ont composes de pierres sèches.
d'antiquités monumentales. )a5
quefois à la moitié d'un œuf coupé sur la longueur, qui serait posée sur le côté plat, et dont la partie convexe serait en-dessus. On n'a trouvé qu'un petit nombre de Cumulus allongés dont les extrémités eussent un diamètre égal. L'une d'elles est ordinairement plus haute et plus large que l'autre et tournée du coté de l'Est, tandis que la plus étroite est dirigée vers l'Ouest ; le diamètre des deux extrémités est même si différent dans quelques - uns de ces Cumulus j que leur plan se rapproche de la forme triangulaire.
Les Cumulus allongés , au lieu de présenter une forme ovale irrégulière, sont dans quelques localités , trois , quatre ou cinq fois plus longs que larges ; on y remarque alors assez souvent des dépressions vers le centre ( voyez lapl.VI,fig.4).
Le plus ordinairement , les Cumulus allongés se rencontrent isolés sur des éininences ; très-rarement on en a trouvé plusieurs rangés sur une même ligne; quelques-uns sont en* cadrés dans des groupes de Cumulus d'une autre forme.
Les Cumulus allongés et les Cumulus larges sont assez ordinairement formés de pierres sèches, et ce sont eux principalement qui ren-
ferment quelquefois des galeries ou passages souterrains conduisant à des niches sépulchrales.
4°. Les petits tumulus coniques étaient autrefois très - communs en Angleterre , mais ils ont été nivelés en grande partie par la charrue, et on ne les retrouve plus aujourd'hui que dans les terres incultes. Ils sont ordinairement faits en terre ; leur diamètre excède rarement trente pieds , et il n'est parfois que de quinze à vingt pieds ; plusieurs sont entourés d'un petit fossé.
5°. Le tumulus géminé consiste , comme le nom l'indique , en deux tumulus accolés , renfermés dans une même enceinte. Il est probable que ces tumulus recouvrent deux personnes unies par l'amitié ou par les liens du sang ; ils sont d'ailleurs beaucoup plus rares que les autres.
6°. Le tumulus en forme de cloche est commun dans les environs de Stone-Henge en Angleterre. Sir R. Hoare le regarde comme moins ancien que les précédents à cause de sa forme plus symétrique.
7°. On rencontre encore en Angleterre des tumulus qui se distinguent des autres sous plusieurs rapports ; ils sont entourés d'un fossé creusé avec beaucoup de régularité ; et leur
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pente est quelquefois garnie d'une allée ou terrasse ; de plus , on a fréquemment découvert à l'intérieur du tertre, des coupes, des colliers et quelques autres ornements. Le docteur Stukeley les avait désignées sous le nom de tumulus druidiques > pensant que les objets d'art qu'ils renferment pouvaient avoir appartenu aux prêtres druides ; mais cette opinion a été combattue avec beaucoup d'avantage par Sir R. Hoare, suivant lequel lès objets découverts dans ces tumulus paraissent bien plutôt convenir à des femmes qu'à des prêtres ( i ).
Telle est la classification établie par les antiquaires anglais , d'après la forme extérieure des tumulus. Quant aux dimensions de ces monuments, elles sont très-variables; on connaît des tumulus de presque toutes les grandeurs, depuis ceux qui n'ont pu être élevés sans des travaux considérables jusqu'à ces petits tumulus qui n'ont pas plus de quatre pieds d'élévation sur un diamètre de quinze à vingt pieds à leur base.
L'intérieur des tumulus est beaucoup plus curieux que l'extérieur ; il est très-rare que les matériaux qui forment l'éminence soient
(i) Jrtkévtogië , tome six , p. 43 et fuivantes.
amassés sans précaution sur les restes du défunt. Ces restes se trouvent ordinairement au centre du tertre , tantôt dans une espèce de loge formée de plusieurs grandes pierres, tantôt simplement déposés au milieu d'une excavation pratiquée dans le sol sur lequel le tumulus est élevé. Dans quelques tumulus d'une grande dimension on remarque plusieurs loges ou chambres sépulchrales ; dans d'autres on accède à ces espèces de caveaux par des corridors dont le toit est grossièrement voûté et quelquefois formé de grosses pierres comme celui des allées couvertes.
Relativement au mode d'inhumation usité* par les Celtes, il paraît qu'ils confiaient les corps entiers à la terre ou qu'ils les réduisaient préalablement en cendres.
Le premier mode est le plus simple et le plus naturel, il doit conséquemment être le plus ancien; mais on a de bonnes raisons pour croire que l'usage d'enterrer les cadavres entiers a continué concurremment avec celui de les brûler.
Dans les tumulus que l'on croit les plus anciens , les jambes et les genoux des cadavres sont ployés sur le corps , et la tète est placée vers le Nord. Dans d'autres que l'on suppose moins anciens et même postérieurs à ceux dans lesquels
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on trouve des cendres , parce qu'ils contiennent des instruments en fer, le corps est étendu dans toute sa longueur , et la tête placée indifféremment dans plusieurs directions.
On distingue aussi deux époques dans les tumulus qui renferment des cendres ; d'abord les restes du mort furent placés dans un petit creux pratiqué au milieu de Taire du tumulus , plus tard on les déposa dans un vase en poterie grossière. Il est à remarquer que l'ouverture de cette urne est souvent tournée en-dessous et enclavée dans la cavité pratiquée au centre de Taire ; on n'en a trouvé qu'un petit nombre dont l'ouverture fût en-dessus.
En résumant ce qui précède , il paraîtrait que d'abord on enterra le corps entier avec les jambes ployées ; qu'ensuite l'usage de brûler les morts s'introduisit et subsista concurremment avec le premier mode d'inhumation ; qu'enfin plus tard on enterra les cadavres sans les brûler et en les étendant sur toute leur longueur. Il n'est pas possible d'établir un ordre chronologique plus précis, et celui que j'indique d'après Sir Richard Hoare est même assez peu certain.
Plusieurs inhumations ont quelquefois été faites dans le même tumulus , et Ton croit que quelques-uns de ces monuments pouvaient être
des tombeaux de famille (i). Dans d'autres on a découvert une quantité considérable d ossements confusément entassés, d où Ton a supposé qu'ils contenaient des guerriers tués dans un combat.
Plusieurs turnulus ne renferment que des squelettes ou des cendres, mais il est plus ordinaire d'y trouver en même temps quelques objets qui attestent la simplicité des mœurs ou les idées superstitieuses de l'époque.
Ainsi les notions grossières et mal dirigées des Celtes sur l'immortalité de l'ame , les portaient à enterrer avec les morts une partie de ce qui leur avait appartenu , comme je l'ai dit en parlant des croyances religieuses des Gaulois ( voyez page 34 C'est ce qui explique pourquoi on trouve quelquefois dans les turnulus , des ossements de chien , de cheval ou d'autres animaux domestiques , des cornes de cerf et des défenses de sanglier , emblème des succès obtenus à la chasse , etc. Parmi les autres objefs qui s'y rencontrent on peut citer des poignards et des hachettes en silex ou en bronze; des pointes de flèches en silex et en os ; des anneaux et des épingles en bronze; des ornements en
(i) Cette remarque s'applique principalement aui tumulug munit de galeries et a ceux qui renferment plusieurs tombes ou caveaux.
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or et en pierre de couleur; des colliers d ambre , de jais, de verre, de corne , etc. ; et des morceaux de pierres magnésiennes ( pierre ollaire , serpentine , etc. ) auxquelles les Celtes attachaient une vertu particulière.
Les poteries que Ton a découvertes dans les tumulus sont de trois espèces.
Les unes fort grandes ont servi à renfermer les cendres du défunt.
Les secondes plus petites et d'une forme différente se trouvent plus particulièrement à la tête ou aux pieds des morts enterrés en entier; elles paraîtraient avoir contenu des aliments, ce qui a fait supposer que les Celtes en déposaient dans les tombes de leurs morts comme le font encore plusieurs nations sauvages.
Les autres vases trouvés dans les tumulus se distinguent par des formes et des ornements bizarres. Ils sont d'une petite dimension; on croit qu'ils étaient remplis de parfums et qu'ils ont été suspendus.
Une grande partie de ces vases sembleraient avoir été formés à la main, avant que l'usage du tour fût adopté; ils sont peu solides et mal cuits. Dans quelques tumulus on a cependant trouvé des poteries beaucoup mieux faites , et dont plusieurs même paraissent de fabrique romaine.
Localités. On a reconnu en Normandie une
corns
cinquantaine de tumulus dont sept ou huit seulement ont été ouverts. Ce sont, pour la plus part , des tumulus larges , des tumulus allongés et des tumulus coniques.
Le grand tumulus de Fontenay-le-Marmion , près de Caen , est un des plus curieux que je puisse vous signaler, et celui sur lequel je réclame d abord votre attention. 11 est formé de pierres sèches tassées les unes sur les autres , et de la classe de ceux que nous avons désignés sous le nom de tumulus larges (i). Son diamètre actuel, vers la hase, est d environ cent cinquante pieds; mais il a dû être plus considérable, car on a pris tout autour beaucoup de pierres pour la réparation des chemins de la commune. Il paraît aussi , d'après le témoignage des hommes les plus âgés du pays , qu'autrefois ce monument était garni de blocs
(i) Quoique j'aie visité plusieurs fois le tumulut de Fontenay, je ne pourrais donner sur ce monument des détails aussi précis nue ceux qui TOnt suivre , sans l'obligeance avec laquelle M. •Desbaye» a mis à ma disposition les notes qu'il a prises sur les lieux au moment où il surveillait , conjointement avec M. de Touchet y les travaux d'exploration entrepris aux frais de la société des Antiquaires de Normandie. Je saisii cette occasion ponr féliciter MM. Deshaycs et de Touchet du zèle qu'ils ont apporté l'on et l'autre à remplir la mission dont la Société les avait chargés. M. Deshayes prépare une description du tumulus , elle ne peut manquer d'offrir beaucoup d'iotéret.
d'antiquités MONUMENTALES. 1 53
de grè> qui ont été successivement transportés ailleurs et employés à faire des bornes.
Quoi qu'il en soit , les- fouilles entreprises dernièrement aux frais de la Société des Antiquaires de Normandie ont fait voir que cette éuiinence, dont la hauteur n'est plus aujourd'hui que de vingt à vingt-cinq pieds , renferme plusieurs caveaux ou loges sépulchrales grossièrement arrondies , dont les murs construits en pierresplateset brutes superposées, sans aucune espèce de ciment ni de mortier , s'élèvent en se rétrécissant. On peut hardiment admettre que ces tombes présentaient dans l'origine des voûtes à peu près coniques; mais aujourd'hui elles sont toutes plus ou moins tronquées, et ressemblent, sauf quelques différences , aux fours à chaux que l'on établit par fois dans nos campagnes.
Toutes ont été trouvées encombrées de pierres plates comme celles des murs , et qui vraisemblablement provenaient de la rupture du faîte. Après l'enlèvement de ces décombres, on a constamment découvert , à une profondeur de dix à douze pieds , ime couche d'argile épaisse de vingt-cinq à trente pouces , dans laquelle reposaient des ossements humains brisés, dont les uns avaient éprouvé l'action du feu , tandis que les autres étaient dans leur état naturel On n'a pas trouvé de cendres dans cette
COUHS
argile , et les murs des tombes ne présentent aucunes traces de feu. Dix caveaux ont déjà été ouverts , ils sont tous à peu près semblables et de dimensions peu différentes, le plus grand ayant quinze pieds de diamètre à sa base , et une hauteur de quatorze pieds et demi dans son état actuel , et le plus petit présentant douze pieds de diamètre dans sa plus grande largeur, sur onze pieds d'élévation.
Une circonstance bien remarquable, et que nous retrouverons dans quelques autres monuments de même espèce , c'est que chaque tombe est munie d'une allée couverte ou galerie souterraine tournée vers la circonférence du tumulus ; ces espèces de corridors sont construits très-simplement : deux murs parallèles en pierres sèches supportent de grandes dalles en grès assez mal ajustées , dont quelques-unes ont six à sept pieds de longueur , sur une largeur de trois à quatre pieds et une épaisseur de vingt-cinq à trente ponces. Quelques-unes de ces galènes ont été détruites en partie par les habitants } les moins endommagées , au nombre de deux r offrent encore vingt-deux pieds de longueur ; les autres n'ont plus que huit à dix pieds ; le diamètre de l'ouverture carrée de ces allées varie depuis deux pieds et demi jusqu'à quatre pieds.
Selon les observations de M. Deshayes et le
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plan qu'il a dressé , les caveaux sont disposés dans le tumulus avec quelque symétrie.
Six tombes placées vers le centre , sont dis* posées sur deux lignes parallèles, dirigées du Nord au Sud et séparées par un intervalle de quatorze pieds.
Six autres caveaux forment deux lignes transversales aux extrémités des rangées précédentes,
A la vérité deux de ces six dernières tombes n'ont pas encore été mises à découvert , mais bien des raisons font supposer qu'elles existent dans tes intervalles inexplorés; si cette supposition était fondée f comme tout semble l'annoncer, le nombre total des caveaux serait porté à douze , dont la figure que je présente indiquerait approximativement la disposition :
4» pi* Ji.
MOKD.
Il I
Nota, tes tombes qui n'ont pas été oovertes'et dont l'eilstenoe n'est pas absolument prouvée, sont indiquées par l'O minuscule ; les galerie», qui n'ont pas été déblayées sont marquées par de foin ta.
Malgré le soin avec lequel les recherches ont été faites, on n'a trouvé dans les tombes aucun instrument en métal; les seuls objets d'art que l'on ait rencontrés sont une petite hache en pierre verte et deux vases en terre noire , d'une forme singulière , qui paraissent avoir été formés à la main sans le secours du tour (i).
L'un de ces vases a cinq pouces huit lignes de hauteur, l'autre n'a guère que quatre pouces et demi. A deux pouces'au-dessous du collet et sur le renflement du premier , on remarque deux bourrelets placés à une distance égale l'un de l'autre , et percés chacun de quatre petits trous qui paraissent avoir été destinés à recevoir des cordes sans doute placées en guise d'anses pour suspendre le vase.
Le second présente aussi deux bourrelets munis de deux trous chacun ; mais au lieu d'être en dehors ils se trouvent à l'intérieur , tout près de l'orifice.
Ces vases étaient déposés avec précaution au fond de deux tombes différentes dans la couche d'argile qui renfermait les ossements humains ; le plus grand était renversé et entouré de quatre pierres plates disposées en
(t) On a découvert à la vérité quatre ou cinq médaille! romaines icôté d'un squelette pretqu'entier ; mais ce dépôt qui était à une profondeur peu considérable au milieu des pierre» du lumului, a paru postérieur à la construction des caveaux.
d'antiquités MONUMENTALES. l5l
carré; l'autre se trouvait dans le sens naturel : il contenait quelques ossements et la hache en pierre verte dont j'ai déjà parlé.
La Société des Antiquaires de Normandie publiera dans le sixième volume de ses Annales une relation des fouilles qu'elle a fait exécuter à Fontenay-le-Marmion , ainsi que plusieurs planches représentant l'intérieur du tumulus et les galeries qui accèdent aux caveaux. Dès ce moment vous pouvez examiner dans le musée de la Société, le modèle en relief d'une des tombes centrales (i).
On voyait , il y a vingt ans , à l'extrémité septentrionale des marais de Chicheboville et de Bellengreville ( Calvados ) , des tumulus en pierres sèches , moins considérables , mais à peu près de la même forme que celui de Fontenay , qui ont fourni pendant plusieurs années des matériaux pour la réparation d'une route voisine (a). L'emplacement d'un de ces tumulus est encore visible aujourd'hui près du canal qui sépare le .marais de Bellengreville de celui de Chicheboville ; il n'avait pas moins de quatre-
(i) Ce modèle qui donne une idée très-eiacte de la partie du tmmulus qu'il représente , e»t dû à M. lech'r.de Touchet , membre de la commission chargée de diriger les fouilles de Footenay.
(a) Renseignements communiquée par M. le baron Hue de Mathan , maire de Chicheboville , qui a vu détruire ces monceaux de pierres.
coins
vingt pieds de diamètre, et l'on remarque encore , vers le centre , de grosses pierres renversées qui paraissent avoir formé une niche sépulchrale. Anciennement j'avais distingue un peu plus loin , au Nord - Ouest , de la portion de marais qui appartient à la commune de Chicheboville, les débris de quatre autres tumulus à peu près semblables , et dont il ne reste plus aucunes traces.
Le tumulus de Colombiers , arrondissement de Bayeux, est situé au sommet d'un coteau qui borde la rive gauche de la Seule (i), à peu de distance d'une pierre levée dont je vous ai déjà parlé ( page 67 ), et à deux cents pas d'une ancienne voie romaine qui parait avoir remplacé un chemin gaulois (2).
Ce tumulus est formé de moellons calcaires comme ceux dont je viens de vous entretenir ; il est de la classe des tumulus très-allongés et dirigé de l'Est à l'Ouest. L'extrémité la plus large , qui est tournée vers l'Est , est haute de douze pieds ; l'extrémité opposée ne s'élève qu'à quatre ou cinq pieds au-dessus du sol.
(i) Voir ma carte monumentale du département do CaWados. (a) J'ai exposé dans ma Statistique monumentale du Caltados le» raisons sur lesquelles je motive cette suj.positioo.
n'*KTtQUtTlîS MONUMENTALES. I S<)
loueur actuelle du monument est d'environ cent-soixante pieds; il a cinquante pieds de largeur à sa base, vers le gros bout, vingtcinq ou trente pieds au centre , et seulement douze à quinze pieds vers le petit bout. ( v. la pl. VI , fig. 4 ).
On a découvert , il y a peu d'années , dans ce tumulus ( v. le point B , fig. 4 > pl. VI ) cinq grosses pierres posées sur le champ et en rond , de manière à former une espèce de cuve dont le diamètre était de quatre pieds et demi et la profondeur de deux à trois pieds. Cette cavité renfermait unegrande quantité d ossements humains dont plusieurs étaient à moitié brûlés (i). Elle n'était pas précisément au centre du tumulus , mais un peu rapprochée du bord septentrional.
La découverte précédente nous a tout récemment engagés , M. Gervais et moi , à faire pratiquer quelques fouilles (2) ; nous avons d'abord ouvert l'extrémité la plus large du tumulus , persuadés qu'elle renfermait les tombes les plus intéressantes ; mais nous n'y
(1) Déclaration faite par le propiétaire du champ et par plusieurs témoins oculaires.
(3) M. Tiget, professe tir de mathématiques à Caen ,et dmi. nateur de la société des Antiquaires asuwlait à celte expluralUm.
l4° COURS
avons rencontré rien de ce que nous espérions trouver ; seulement cette fouille nous a appris que les moellons de la partie inférieure du Cumulus étaient plus gros que ceux de la partie moyenne et de la partie supérieure , et que plusieurs étaient posés sur le champ au lieu de l'être sur le plat. Vers l'extrémité la plus étroite et la moins apparente du tumulus nos travaux ont eu un résultat plus satisfaisant; nous avons rencontré un cercle de pierres de cinq pieds de diamètre environ , et à peu près semblable à celui qui avait été découvert auparavant (i); il renfermait, au-dessous d'une couche déterre et de cailloux, des ossements humains brisés, dont plusieurs ont évidemment subi l'action du feu , et de la terre remplie de cendre. Vous pourrez visiter plusieurs échantillons de ces ossements dans le musée de la Société des Antiquaires où je les ai déposés.
On indique des tumulus à Ernes , arrondissement de Falaise ; dans le canton de Troarn et dans dix ou douze autres localités du département du Calvados ; mais je n'ai pas encore vérifié si ces indications sont exactes.
(i) On peut voir pl. ru la place qu'occupaient dans le tumulm les deox niches aépnlchrales dont je viens de parler; elles ont été figurées séparément sur la même planche : voir les points A et B.
d'antiquités monumentales. i4i
M. de Gerville a remarqué quinze ou vingt monuments semblables dans le département de la Manche. La commune de Jobourg, arrondissement de Cherbourg, en présente à elle seule huit ou neuf de forme conique.
Près de Dieppe ( Seine - Inférieure ) l'enceinte retranchée connue sous le nom de cité de Limes renferme plusieurs petits tumulus dont l'assemblage forme une chaîne de monticules qui est dirigée du Sud Sud-Ouest au Nord Nord- Est, et qui a cent soixante-dix-neuf mètres de longueur; les monticules qui composent cette chaîne sont de forme conique obtuse ; ils n'ont que quatre à cinq pieds de hauteur et s'appuient les uns sur les autres , excepté en deux points où la chaîne est interrompue ; leur diamètre est d'environ vingt à vingt-cinq pieds. Plusieurs d'entre eux ont été explorés avec beaucoup de soin par M.Féret, de Dieppe, qui en a fait l'objet d'une description détaillée dans le troisième volume de la Société des Antiquaires de Normandie (i). Ces tumulus, les plus petits et les moins intéressants de tous ceux que j'ai à vous signa-
(i) Le mémoire de M. Péret a pour titre : Recherche* tarie rnuap de César ou cité de Limes , monument voisin de la ville de Dieppe.
1er étaient formés de terre et de silex; à leur centre M. Féret a trouvé presque corstamment des cendres charbonneuses mêlées d ossements brûlés et recouvertes d'une couche d'argile jaune ; mais il y avait beaucoup de confusion dans l'intérieur de ces petits tertres dont aucun ne présentait la disposition symétrique que Ton remarque ordinairement dans les tumulus d'un volume plus considérable. Outre une grande quantité de cendres et de charbon , les fouilles pratiquées par M. Féret ont mis à découvert de nombreux fragments de vases dont les uns avaient subi l'action du feu , tandis que les autres paraissaient ne l'avoir point éprouvée , des morceaux de fer , des anneaux en cuivre , une agraffe et quelques autres objets du même métal (i).
Dans la commune de Trouville en Caux , canton de Bol bec ( Seine-Inférieure) , M. Gaillard a observé un tumulus conique qui se trouve à cinq cents pas d'une route romaine, et tout près d'un lieu où Ton a découvert des sépultures antiques. Il existe un autre tumulus conique dans la commune de Bermonville , peu éloignée de la précédente. On cite encore plu-
(i) Mcm. de la toc. des Antiq. de Normandie , vol. ni , p. 5ç>,
^ANTIQUITÉS MOITU.MENTAf.ES. 1 4^
sieurs tumulus dans In llaute-Nôrmandie ; mais il serait possible que ces éminenccs qui n'ont pas encore été soigneusement examinées fussent des mottes de châteaux du moyen âge, plutôt qué des tombeaux gaulois; quoi qu'il en soit, elles sont situées au Montmain, canton de Boos ; à Bures , près de Neufchâtel ; à Normanville et à Fauville, sur le bord d'une voie romaine allant de Lillebonne à Grainville ; à Banville-la-Cité , arrondissement d'Ivetot , etc. (i).
Un grand nombre de tumulus de différentes formes et de différentes dimensions ont été signalés en Picardie, en Bretagne , dans le Maine, l'Anjou , le Poitou , la Saintonge (a) , et en général dans toutes les parties delà France; mais il serait trop long de vous indiquer exactement les localités où ils se rencontrent. D'ailleurs, presqu'aucuns d'entre eux n'ont été ouverts, et je préfère vous entretenir de quelquesuns de ceux qui ont été explorés en Angleterre.
(i) Renseignements communiqués par M. Le Prérost.
(a) Voir les ouvrages publiés sur le» antiquités de ces différents pays, notamment ceux de MM. Traullé d'AbbeviUe, sur la Picardie ; de Frem in ville et Mahé, sur la Bretagne ; Poschc , sur le Maine ; Bodin , sur l'Anjou ; les Bulletins de l'Académie de Poitiers, sur le Poitou ; Pou »rage de M. de Craiannes,et les Mémoires manuscrits de M. Moreau , sur la Saintonge ; ceux de M. Jouannet , sur le Bordelais, etc. , etc.
Je vais choisir de préférence trois ou quatre de ceux dont l'intérieur est traversé de galeries souterraines comme le twnulus de Fontenayle-Marmion, parce qu'ils me paraissent les plus curieux; cependant on n'y a presque jamais trouvé que des ossements et quelques vases grossiers , et ils ne contiennent pas ordinairement d'objets d'art comme les tu/nul us en forme de cloche , les tumulus boule et les twnulus coniques en présentent quelquefois.
— A quatre milles deDrogheda, dans le comté deMeath, en Irlande , il existe un vaste twnulus dont le diamètre est de trois cents vingt pieds et la hauteur de soixante ; il est formé de pierres apportées de trois ou quatre lieues de distance, et datas l'origine il était entouré de blocs de roches qui le garnissaient comme des bornes.
On a découvert à quarante pieds de la base de ce monument l'ouverture d'une galerie ou corridor large de quatre pieds, haute de quatre pieds et demi , dont les parois étaient formés de grandes pierres plates posées sur le champ et recouvertes par d'autres pierres, absolument comme l'allée couverte observée près du Golfe du Morbihan par M. de Freminville ( v. page 86 ) ; ce corridor avait soixante et un pieds de longueur. A treize pieds de l'entrée, la galerie
d'antiquités monumentales. it\5
n'avait plus que deux pieds d'ouverture au lieu de quatre ; mais après cet étranglement elle s'élevait progressivement jusqu'à huit ou neuf pieds de hauteur.
On trouva au bout de cette longue allée souterraine un caveau de forme octogone irrégulière, dont le diamètre était de neuf pieds, et dont le toit s'élevait à la hauteur de vingt pieds; c'était une espèce de dôme conique , grossièrement formé par la projection des pierres du mur les unes sur les autres.
Trois niches sépulchrales étaient attenantes à cet appartement comme des alcôves.
L'une d elles à droite de l'entrée avait huit pieds de profondeur sur quatre pieds d'ouverture et six pieds de largeur au fond. Elle était formée de pierres brutes disposées comme celles de la galerie. Une autre niche placée du côté du Nord avait à peu près les mêmes dimensions
que la précédente. Elle était construite d'après le même système.
Enûn l'alcove placée à l'Ouest offrait moins
de profondeur , mais plus de largeur et de
hauteur que les précédentes.
Un autre tumulus à galeries souterraines ,
existe près de Bath en Angleterre , où il est
connu sous le nom de Fairy's toote. Il a cent
cinquante pieds de l'Est à l'Ouest et soixantequinze pieds du Nord au Sud ; conséquemment sa forme est ovale et il appartient à la classe des tumulus allongés. Il est composé de moellons calcaires semblables à ceux qui sont répandus dans les environs. Ce fut en prenant des pierres à même cette éminence, pour la réparation d'une route voisine , qu'on découvrit en 1789 (1) une grande pierre qui fermait rentrée d'une galerie longue de treize pieds ; ce corridor accédait à un caveau dans lequel se trouvaient un squelette humain et quelques ossements de quadrupèdes. Il y avait encore dans le même tumulus d'autres caveaux qui furent ouverts quelques années après.
Vous avez sans doute remarqué , Messieurs , combien il y a de rapport entre la distribution intérieure des deux éminences funéraires dont je viens de vous entretenir f et celle du tumulus de Fontenay-le-Marmion. Je pourrais vous citer bien d'autres monuments découverts dans l'île d'Anglezey , dans le pays de Galles (a) , dans les autres parties de l'Angleterre , en Irlande , en Ecosse et dans les îles
(i) Voyez la relation qui se troure dans le Gentleman'* Magaainc, toL liz , p. 3oa.
(a) Penoant's Cour in Walcs, deuxième tolumc.
d'antiquités monumentales. i47
Orcades (i), qui vous offriraient à peu près le même système de construction.
Je vais me borner à vous présenter encore la description d'un tumulus à galeries souterraines , un peu différent des autres , situé à Fellow Stoney Litleton, dans le comté deSommerset , et qui a été exploré en 1816 par Sir R. Hoare(a).
Ce tumulus allongé avait cent sept pieds de longueur, cinquante-quatre pieds de largeur, et treize pieds de hauteur. 11 était construit en pierres sèches , et au lieu d'être orienté comme la plupart des tumulus de la même forme , le gros bout était au Sud-Esf et le petit bout au Nord-Ouest.
L'entrée de ce tombeau tournée vers le Sud- Est présentait , comme dans beaucoup d'autres tumulus , une espèce de porte formée de trois grosses pierres ( pl. VI , fig. 1 ) , et qui avait quatre pieds de hauteur ; une autre pierre en fermait l'entrée. Cette porte servait d'accès à une galerie droite longue de quarantesept pieds six pouces , large de deux pieds et demi à quatre pieds et divisée en trois parties
(1) Mém. delà «oc. des Antiquaires d'Ecosse séant à Édimbourg.
(a) V. le dix-ncof ième volume de l'Archéologie Britannique , qui renferme une description et une vue de ce monument.
I \ 8 COlTRS
par trois transcps qui formaient trois niches ou âlcoves de cliaque côté de l'allée. Ces niches étaient à peu près les unes devant les autres , mais elles variaient de formes et de grandeurs , comme vous pouvez le voir par le plan que j'ai mis sous vos yeux ( pl. V , fig. i ).
Les murailles étaient construites en pierres plates tassées les unes sur les autres sans ciment, et garnies de larges pierres brutes posées sur le champ ( pl. V , lig. i ). La voûte de ce souterrain était à peu près conique et formée par la projection des pierres plates qui se recouvraient les unes les autres ( voyez la pl. VI , fig. 2 ) , système que l'on a rencontré dans presque tous les tumulus.
Celui de Wcllow , dont je vous présente une vue intérieure ( pl. V , fig. i ) , ne renfermait aucun objet d art.
Dans la loge A ( voyez la pl. V , fig. a ) on remarqua des os de jambes et de bras ; d'autres ossements étaient entassés et mêlés de terre dans la loge B.
On trouva en C , quatre mâchoires dont les dents étaient très-bien conservées ; la partie supérieure de deux tètes dont le front était singulièrement plat, et beaucoup d'ossements, mais pas de squelette entier. Enfin dans la loge D on
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découvrit des os brûlés et des débris d'ossements qui paraissaient avoir appartenu à deux ou trois corps.
Il est donc certain que l'on avait employé les deux modes d'inhumation dans le tumulus de Wellow. Vous vous rappeliez qu'on a fait la morne remarque à Fontenay-le-Marmion et dans un grand nombre d'autres tumulus.
Forcé de passer sous silence tant d'autres tumulus de différentes formes et de différentes grandeurs, qui ont été soigneusement explorés en Angleterre , permettez-moi de vous recommander la lecture des mémoires publiés sur ces monuments par Sir R. Hoare , le docteur Stukeley , et plusieurs autres antiquaires d'un grand mérite. Vous y trouverez un nombre considérable de détails intéressants qu'il me serait impossible de vous présenter dans un cours élémentaire.
Il existe en Danemarck, en Suède (i), en Allemagne r en Russie, en Pologne (a), des tumulus pareils à ceux que nous rencontrons en France et en Angleterre.
Dans les déserts qui bordent le Sud -Ouest de la Sibérie , il existe aussi des monuments
(i) Monument* Daoica, lib. i > cap. vi. (a) lirowa travd* tbrough Gcrmaoy ,.p. i46.
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semblables dans lesquels on a découvert plusieurs objets en or , et qui sont désignés sur les anciennes cartes de Tartarie sous la dénomination de tombeaux des rois tartares. Les uns sont en pierre , les autres en terre ; quelquefois ils sont assez rapprochés pour former une espèce de chaîne. L'ancienneté de ces monuments paraît attestée par la nature des armes qu'on y a trouvées , surtout par les épées qui ne sont point en fer , mais en cuivre et qui ont été coulées dans des moules (i).
Plusieurs voyageurs ont aussi observé des tumulus en Syrie, dans la Turquie asiatique et dans quelques contrées voisines.
Ainsi les monuments funèbres des Celtes offrent des analogies frappantes avec ceux des nations de l'Orient ; nous avons vu qu'il existait aussi des rapports fort remarquables entre leurs croyances religieuses et celles de ces anciens peuples.
Abordons, en terminant , une question difficile à résoudre , celle de savoir à quelle époque on a cessé d'élever des tumulus dans la Gaule.
D'abord , Messieurs , c'est un fait incontestable que quelques-uns de ces monuments sont
(i) Strahlenberg's description of thc nortb and eastern paris «f Europe and Âsia , p. 3»5 et suivantes.
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d'une date postérieure à rétablissement du gouvernement romain dans nos contrées , car on y a trouvé des médailles et des poteries romaines; d autres sont placés le long des voies romaines et paraissent moins anciens que ces routes.
Au reste, rien ne prouve que les tumulus dont je parle soient l'ouvrage des Romains , comme plusieurs antiquaires Font avancé; il est plus naturel de penser qu'ils sont l'œuvre des Gaulois, et que ceux-ci qui, comme Ton sait, adoptèrent les mœurs du peuple vainqueur , conservèrent pendant long -temps quelquesuns de leurs anciens usages , surtout ceux qui touchaient aux cérémonies funèbres.
En effet , je ne sache pas que les Romains aient élevé de tumulus en Italie sur la cendre de leurs grands hommes, et nous n'avons pas d'autorités qui attestent qu'ils l'aient fait, dans les provinces de l'empire , excepté dans quelques circonstances extraordinaires comme après de grandes batailles ; or , la même chose a eu lieu chez presque toutes les nations , et les tumulus érigés en pareille occasion sont faciles à distinguer des autres par le grand nombre d'ossements qu'ils renferment. Tel fut celui que Germanicus éleva six ans après la défaite des trois légions de Varus, lorsqu'il fit
réunir les restes de cette malheureuse armée(i). A la vérité , Virgile parle dans son Énéide (liv. XI , v. 207 ) d'un tertre élevé sur les cendres de Pallas ; mais évidemment il a voulu imiter Homère dans la description qu'il donnedu tombeau de Patrocle; et d'ailleurs en supposant que ce passage du poème latin pjit faire autorité, ce que je suis loin d'admettre, il ne prouverait encore rien , puisqu'il s'agit de temps antérieurs à la fondation de Rome.
Quoi qu'il en soit, il me reste toujours à répondre à cette question : A quelle époque at-on cessé d'élever des tumulusdans la Gaule? J'avoue, Messieurs, que je n'ai pas la prétention de la résoudre d'une manière absolue. Il est probable et j'aurais bien des motifs à citer à l'appui de cette assertion , que dès le second siècle de l'ère chrétienne on éleva peu de tumulus ; mais en même-temps on a des raisons pour croire que quelques-uns sont d'une date ' postérieure j on trouve même après l'introduc-
(1) Igitar Roinanus qni aderat exercitns f scitam post cladis annom , tria m légion a m oisa , nollo notent© aliénas reliqtiiaa an suorum bumo tegeret , omnei ut conjunctos , ut conaanguineo», aucta in ho*tem ira, nuesti «iœnl et infensi cundchant. Primum cxtraendo tumulo cespitem Czsar poeuit, gratitsirno munere in defnn«toatet prattentibua dulorU aociua. Taeiti Annal, lib. 1,$ 6a.
tion du Christianisme quelques traces de l'ancien usage d élever des tertres funèbres.
Sur la butte Saint-Gerbold, commune de Ver, arrondissement de Bayeux , on a découvert une grande quantité de cercueils en pierre dont plusieurs n'étaient pas enfouis dans la terre , mais engagés dans un vaste amas de pierres sèches élevé de trois pieds , et qui offrait quelque ressemblance avec la base d'un large tumulus.
D'un autre côté, suivant M. Witaker, l'usage d élever des tumulus n'aurait été entièrement abandonné en Angleterre que vers le milieu du VIIIe. siècle , lorsque Cuthbert , archevêque de Cantorbery , obtint une loi pour établir des cimetières dans les villes.
Enfin, selon plusieurs antiquaires français , il ne serait pas surprenant que les Normands eussent élevé chez nous quelques tumulus dans les premiers temps de leur établissement, et lorsqu'ils n'avaient point encore embrassé le Christianisme. On n'a cependant pas encore observé de faits qui prouvent que cette supposition soit fondée.
Malgré les exceptions que je viens de mentionner , nous pouvons admettre comme règle générale qu'en Normandie et en Angleterre les tumulus remontent à une époque antérieure à l'occupation romaine.
11 n'entre pas dans le plan que je nie suis formé , de vous entretenir des histoires fabuleuses que le peuple débite à l'occasion des tutnulw . Je ferai exception en faveur d'une tradition recueillie par M. de Gerville, parce qu'elle parait s'accorder avec des faits observés en Angleterre. Suivant cette tradition on aurait anciennement allumé , dans certaines circonstances , des feux sur les tumulus situés dans la commune de Jobourg , département de la Manche ; or M. King , en parlant des anciens usages dont l'origine pourrait remonter jusqu'au temps des Druides, parle des feux qu'on allume sur des tumulus dans quelques parties de l'Angleterre , la veille du premier jour du mois de mai (i) ; ce rapprochement m'a paru assez curieux pour mériter de vous être présenté.