I«. ÉPOQUE
Je vais d abord vous entretenir des inhumationset des tombeaux de la période temporaire durant laquelle l'incinération des corps fut en usage fi).
L'endroit où Ton élevait le bûcher s'appelait ustrinum ou ustrina ; il était situé hors des villes ainsi que les cimetières , conformément à la loi des douze tapies : Hominemmor* tuum in urbe ne sepelito (a).
Le bûcher funèbre (rogus , ou pjra) , était formé de bois susceptible de s'enflammer fa-
(i) Scyila fut le premier delà branche Patricienn.de la famille Coroelia qui ait été mis snr un bûcher; on croit qu'il en avait donné l'ordre pour éviter l'outrage fait aux rentes de Marius , qu'on afait exhume, et dispersé.. Pline prétend que l'usage de brûler les cadavres s'établit à Rome, parceque les citoyen, morts sur le champ de bataille, dans les contrées éloignées étaient quelquefois dêtenés parles ennemis; il parait cependant qne long-temps auparavant, cette coutume avait existé.
y. Antiquttit romaine» par A. Adam.
(») Diverses considérations avaient fait défendre de brûler et d'inhumer le. corps à l'intérieur de. villes. On voulait surtout éviter les incendie, qui auraient po naUre de ,a fréqu€ncc d bûchers funèbres.
a5o eut as
cilement; on le faisait plus ou moins élevé, suivant le rang des personnes (i). Le corps était placé sur une espèce de lit ou de banc, et les parents du défunt , après lui avoir adressé un dernier adieu, allumaient le feu avec une torche, en détournant le visage.
On versait quelquefois des parfums dans les flammes, et comme on croyait que le sang réjouissait les mânes, on immolait pat fois des animaux que Ton déposait sur le bûcher pour accompagner le corps du défunt.
On jetait aussi dans le feu des présents, des objets de différents genres et les marques distinctives du mort ; les armes d'un militaire étaient ordinairement brûlées avec lui.
Le bûcher consumé, on répandait du vin sur les cendres du défunt, afin qu'elles pussent être recueillies plus facilement , et ces derniers débris du corps humain étaient soigneusement renfermés dans une urne que Ton confiait immédiatement à la terre avec certains vases de différentes formes et grandeurs, que Ton plaçait autour d elle , et qui contenaient des liquides ou quelques mets' offerts aux mânes (a).
(1) Lacan. VJII^S. Virg. IV 5o4. V. antiqnitéa romainr, par A. Adam.
(a) Douglas oœnia britanica. — Korris Brtwar introdnclin» to ihe beau tics of England and Wales.
d'antiquité monumentales. a5i
Les urnes en terre cuite, découvertes dan* un très-grand nombre de cimetières, sont de la plus grande simplicité, le plus souvent en terre grise ; elles ne se recommandent guère que par leurs formes, en généra) pures et gracieuses. Les plus ornées portent seulement des filets entre lesquels on a tracé des hachures. Quelques-unes sont canelées sur toute leur hauteur (pl. XXIX, fig. 7), d'autres couvertes de moulures nattées, de guillochis , etc., etc. Les formes les plus ordinaires sont celles que j'esquisse sur le tableau (pl. XXIX , fig. 1, a, 3, 4 » 5) 5 on les retrouve dans tous les cimetières.
D'autres urnes ressemblent à un plat à hauts bords perpendiculaires (pl. XXIX, fig. ou à des espèces de jattes à ventre un peu renflé (fig. 8 et 9).
Les formes dont je présente l'esquisse (pl. XXTX), paraissent avoir été consacrées pour les urnes cinéraires (1); mais on en a souvent employé d'uneautre espèce, et, à défaut d'urnes, des parents pauvres ont recueilli les cendres dans des vases qui étaient destinés à des usages domestiques , et jusques dans de simples assiettes.
(1) J'ai trouvé aussi dan* quelque* cimetières dea marmites de l'espèce figurée pl. XX VIII, n- 5.
a 5* cours
Ainsi , Ton a trouvé dans beaucoup de cimetières gallo-romains des cendres déposées sous un plat retourné. Quelques tessons de poterie , une tuile, ondes pierres plates, recouvraient même au besoin les restes du pauvre.
Les urnes en verre, beaucoup plus rares que les urnes en terre , ont dû être employées pour des personnes riches ; elles affectent quel quefois la forme des urnes en terre, mais plus ordinairement celle d'un grand flacon à cou rond , mu ni dune ou de deux anses (pl. XXIX, fig. io\ dont le corps est tantôt rond (fig. 10) , tantôt carré (fig. 1 i).
Les urnes les plus remarquables sont en cuivre battu et ciselé ; elles sont assez rares \ j'ai figuré pl. XXIX, n°. i3, une urne de cette espèce, découverte à Villeromain (Loir-et- Cher) , et qui est déposée dans le musée de la ville de Tours.
L orifice des urnes était fermé avec une plaque de fer ou de cuivre, quelquefois avec une assiette retournée, et souvent avec un morceau de brique ou d ardoise,ou avec une pierre plate.
M. deSaulcy a même observé à Dieulouard (Meurthe) , des urnes fermées avec des os de bœuf (pl. XXIX , fig. 4).
d'aUTIQUITÉS MON'OM'RIf taf.es. a53
La disposition des urnes dans la terre offre un vif intérêt pour l'observateur. Généralement elles se rencontrent à une profondeur peu considérable. EUes sont remplies de cendres noires assez fines, mêlées avec des débris d'ossements calcinés.
Dans quelques-unes on- trouve une médaille et une de ces fioles qu'on a nommées lacryrnatoires (i). Ces petites bouteilles, dont vous voyez la forme (pl. XXVIII, fig. i4)> sont assez ordinairement en verre de couleur ( bleu , indigo, rouge), etc. (a) , et quelquefois en terre fine.
(i) Quelques tarants pensent que ces petites fioles appelées /arry* matoirct, pareeque plusieurs antiquaires a raient araneé qu'elles serraient a ri cueillir les launes versées par les parents et les a mis du mort, étaient au contraire destinées à contenir des parfums. Il reste encore une grande obscurité sur la véritable destination de ces petits rases, dont plusieurs n'ont point contenu de parfums.
(»' Pline rapporte que de son temps on fabriquait beaucoup de rerre de couleur, sur la côte océanique de l'E<pagne. - On y fait, dit-il ( lir. 36 )r un rerre d'un rouge si char-
• gé qu'il eu est opaque; on y fait aussi du rerre blanc, du
• rerre mirrliin , du rerre qui imite le saphir, l'hiacynthe et
• les aulrcs couleurs des pierreries ; enfin nulle matière , au-
• jourd'hui , n'est plus propre à prendre toutes les teintures ,
• mais il n'y en a pas que l'on estime autant qtte le rerre bfane
• bien transparent, à cause de son- extrême ressemblance arec le crisla'.
Fit tt album ei murrkihum eut hyacimfes iaphirviqu» imiti.tum «t omnibus atus colorikus née e$4 a/ta nu ne m<tteri* Hqnooior mut piciuroj mcwmmrimtior.
On en a remarqué à Poitiers , au fond des* quelles se trouvait une espèce de résidu semblable à la lie d'une liqueur desséchée ( i \ Celles qu'on voit au musée de Tours, sont presque toutes remplies de sable ; mais une d'elles , chose bien remarquable , renfermait quinze perles , qui sans doute avaient fait partie de la parure de quelque jeune dame.
Beaucoup d'urnes ne contiennent que des cendres. J-es médailles % lorsqu'il y en a, n'occupent pas de place déterminée dans l'urne ; on les trouve tantôt au fond , tantôt au milieu ; d'autres fois sur les ossements. Quelques-unes des médailles trouvées dans le cimetière de Bordeaux et ailleurs avaient été portées suspendues avant d être confiées à la terre ; car elles étaient percées d'un petit trou au-dessus de la tête de l'empereur.
On trouve assez ordinairement près des urnes, (v. pl. XXVIII. fig. 8.) des coupes de différents genres et de petits vases à cou étroit et allongé, espèces de bouteilles de formes assez variées la plupart en terre rouge, que l'on suppose avoir renfermé du vin ,du lait, ou quelque liqueur offerte aux mânes du défunt. Le grand
(i) Hotice aor U ciaûeUèfe romain Htoouftrt ro plantant la p+oa>«asd« de Bloaaao et insérée dam l 'ouvrage de M. ThiolM, aor kg monnmcnU du Toilou.
d'antiquités monumentales. a55
cimetière de Soing , celui de Gièvres , exploié par M. Jollois , plusieurs autres lieux de sépulture visités en Sologne par M. de La Saussaye; le cinietièreanliquedeTours>etquelquesautresont fourni un si grand nombre de vases semblables, quejen en ai pas vtunoinsde 1 5à 1 8 cents répartis inégalement dans les collections de Tours, d'Orléans, de M. Pellieux, à Beaugency, et de M. de La Saussaye , à Blois. J'ai dessiné et mesuré au musée d'Orléans ceux que vous voyez sur 2a pl. XXIX, depuis len°. 16 jusqu'au n°. a5.(i). Vous remarquerez parmi eux deux petits vases fig. ^4-^5, munis d'une tétine ou biberon, que Ton croit avoir servi à l'allaitement des enfans et qui auraient suivi dans le tombeau le jeune nourrisson à l'usage duquel ils étaient consacrés. On en a trouvé plusieurs à Gièvres, à Soing, à Bordeaux, etc. , eJc.
Parmi les objets qui avaient servi au défunt et que l'on déposait près de ses cendres, on peut citer avec les coupes en terre rouge , dont j'ai déjà parlé , les styles à écrire , les miroirs, les
(i) M. De la Saussaye doit Taire destiner les vases qui exis* cent dans fa collection et lt?» publier avec un travail inipor» tant qu'il préparc *ur quelque* cimetière* galloromainj de la Salogne.
a 56 cours
lampes , les épingles à cheveux en os ou en ivoire (voir planche XXX), les clés ,etc. , etc. M. Jouannet, ayant rencontré assez fréquemment des clés près des urnes du cimetière de Bordeaux , a pensé que Ton pouvait, dans certains cas, regarder ces clés comme un témoignage honorable rendu à la mémoire d'une bonne mère de famille, en considérant qu'au moment du mariage, la femme recevait les clés et que ce gage d'administration intérieure ne lui était retiré qu'en cas de répudiation.
Sans doute beaucoup d'urnes ont été confiées à la terre sans être renfermées dans des coffres y. mais beaucoup aussi ont dû être munies d'une enveloppe. Si le bois employé le plus souvent à la fabrication de ces boîtes est pouni depuis long-temps, leur primitive existence paraît prouvée par la présence des clous qui en liaient les différentes parties, et que Ton trouve souvent autour des urnes. Il est probable que les urnes en verre ou en cristal, qui appartenaient à des morts d'un certain rang ont toutes été renfermées dans des coffres, soit en bois, soit en pierre. Quelquesuns de ces derniers , retrouvés dans plusieurs cimetières, étaient de deux pièces et assez spa-
d'antiquités monumentales. a 57
cieux pour contenir , avec l'urne cinéraire, les vases accessoires dont j'ai parlé ; tel était le coffre en pierre figuré pl. XXIX, numéros i/| et i5: d'autres urnes étaient déposées dans des cavités carrées et maçonnées, formant des espèces de cryptes. On a trouvé aussi plusieurs fois, tant en France qu'en Angleterre, des urnes renfermées dans des globes en terre cuite (pl. XXVIII, fig. 6 ). Le musée de Rouen possède un globe de cette espèce, apporté de Tancarville,qui me paraît avoir eu une semblable destination.
Enfin on construisait quelquefois sur place et au moment même de l'inhumation le cercueil ou l'abri qui devait protéger l'urne cinéraire.
L'une des espèces de tombeaux de ce genre les plus singuliers que l'on ait observés , con • sistait en plusieurs tuiles à rebords placées les unes à côté des autres sur deux rangs et rapprochées en dos d ane par le haut , de manière à former un toit (Voyez, la pl. XXV11I , fig. 7 ). De semblables sépultures ont été trouvées sur plusieurs points de la France et près d'York, en Angleterre (1).
'1) Archeologia , volume 2*.
conns
Indépendamment du coffre en pierre qui les protégeait , les urnes renfermant tes cendres des personnes notables étaient surmontées d'une pierre sépulcrale, ayant le plus souvent la forme d'un cippeou d'un autel plus ou luoins élevé, quelquefois celle d'une petite colon ne ( i ).
La plupart des cippes funéraires trouvés à Bordeaux, par M. Jouannet ,. et déposés dans le musée de cette ville, sont d'une seule pièce, y compris le courounement et la base, qui sont décorés de quelques filets à leur saillie. La partie antérieure du couronnement figure quelquefois un petit fronton entre deux oreilles (pl. XXVIII, fig .1 1 ). C'est assez souvent sur ces oreilles que se trouve le Dus menibus , D. M. Au sommet du cippe et au sommet de la table
(i) Dans le cimetière romain découvert 4 Poitiers vers la fin du aiôclc dernier , lorsqu'on p'auta la belle promenade de Ulo*»acf on trouva beaucoup d'ucoca renfermée» dans des boites en pierre formées de deua ou trois pièces, ofl'iant pour la plupart l'image d'une petite colonne ou d'un cône tronqué. J'ai destitué deux de ces tombeaux sur la planche XXVIII. L« premier ( figure 9 ) est composé de toit morceaux , la base la curette et le couvercle. La cavité pratiquée dans la curette et le couvercle forme une ellipse après la réunion de ces deux parties. Lu second (figure 10) se compose de deux morceau* seulemeut, le couvercle et le socle.
d'antiquités filONUMEMALLS. a5f)
se voit un cratère , ou coupe creusée clans la pierre. L'inscription est gravée sur la lace principale (i)(V. la fig. ia, pl.XXVltl), et l'une des faces latérales présente tantôt Vascia (a), tantôt les instruments de la profession du mort.
Cescippes , en forme d autels , découverts à Bordeaux n'étaient qu'un monument indicateur de la sépulture; Le tombeau, proprement dit , ou le coffre se trouvait enfoui dans la terre et il était scellé par des crampons à la base du cippe (3).
Beaucoup de pierres funéraires étaient dé-
(1) On a publié tant d'épitaphes de tombeau» romains , qu'il serait superflu d'co traiter ici; je me contente dune de rappeler que ce» inscription» commençaient ordinairement par les lettres D. M. Di'u Manibuty ou D. M. S. Diit ManiLtts satrum, qui étaient suivies du nom de ia personne morte et quelquelui*. d'une notice dea principales circonstances de sa vie.
(a) L'aseia est no instrument ressemblant à une espèce de dnlloire ( V. la planche XXVll r n*. i5.) dont la figure se voit souvent sur les tombeaux accompagnée des mots $ub a<c<d</<-f*i,"<tritt mais on n'est d'accord, ni sur le motif qui les faisait placer , ni sur le sens des parole» qoi s'y rapportent ; on croit que la figure de oet outil et les mots sub atciâ indiqueut que le tombeau a été dédié et placé sur le tombeau a l'intention formetle et précise du défunt, eten sortant de» main» du sculpteur,.
Voir le ré*unié d'archéologie par Al. Champollion , daus l'encyclopédie portative. Tome second.
(5) Détails fc lirait* de la dissertation lue en i8a6 à l'académie de Hordtaux , par M. Jouannel , sur les inscriptions, funéraires découve. tes dan» l'enceinte antique de cette ville.
COl!RS
corées sur la face antérieure de la figure du défunt représentée en bas-relief.
Parmi les nombreux monuments de ce genre que j'ai observés dans les collections publiques, je n'eu citerai qu'un, déposé au musée santonique formé par les soins de M. le baron de Crazannes et dirigé par M. Moreau. Ce monument, en forme d'autel , offre sur la face antérieure, dans une niche, une femme debout (pl. XX VIN, fig. i3), vêtue d'une longue tunique à manches, la téte ornée de bandelettes , les cheveux bouclés tout autour du front et offrant un reste de peinture rouge et violette (i). Le bras droit tombe le long du corps ; dans la main est une branche de laurier, dont les feuilles avaient été couvertes de peinture verte. L'autre bras est
(i) M. De Crazanoes qui a décrit ce tombeau , ainsi que plu. •leur» autre» découvert* a Saiole» , Tait remarquer que jusqu'aux yeux de la statue en demi-reli< f eut été peint», uuuvelle preuve que les anciens étaient dans l'usage de peindre leurs statues, pmir leur donner plu* dVxpres»ion et de vie. Il fait observer aussi, que cette ■ ATaa.it est représentée en prêtresse; que la branche de laurier quVIle tient de la>naio droite était destinée aux aspersions dYa» lustialc et que les pavots mêlés aux épis étaient un attribut de Cérès *-t le oyinbole de la fécondité. Peut-être n 'effraient-ils ici qu'uu emblème du sommeil de la tombe.
d'antiquités monumentales. aGi
plié et tient un bouquet de pavots. Au dessus de la niche on lit l'inscription suivante :
SEPULCURT1M MATERNAE. JDL.
AMATHUS. MARI.