‹ Cours d'antiquités monumentales professé à Caen (volume 2)Chapitre 20 sur 43 · CARACTÈRES DES CONSTRUCTIONS ROMAINE · texte numérisé non relu

CARACTÈRES DES CONSTRUCTIONS ROMAINE

Murs de grand appareil. Les murs de grand' appareil son! construits en belles pierres, de taille, ayant deux à trois et quelquefois quatre à cinq pieds de largeur sur un, deux ou trois pieds d’épaisseur, posées par assises égales et liées les unes , aux autres par des coins de bois de chêne à double queue d’aronde ( pl. X VII, fig 6), ou par des crampons en fér.

Ces pierres juxta-posées sans ciment , sont encore ajustées avec tan j: de précision dans quelques édifices, qu’à peineondistingueles points où les blocs se réunissent. Il paraît que pour arriver à cette précision dans l’assemblage^ les pierres- que l’on plaçait sur les assises déjà établies étaient promenées avec un léger frottement sur le lit inférieur, de manière à broyer et user toutes les petites aspérités que la taille la plus soignée pouvait avoir laissées; lorsque l’architecte sentait que toutes ces aspérités avaient disparu, et que lés pierres glissaient librement l’une sur l’autre , il faisait cesser le frottement. Les petites particules enlevées à la pierre , délayées avec l’eau que l’on avait soin de verser pour faciliter l’opération , formaient

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un léger ciment qui garnissait les vides qui pouvaient encore exister (i). ü , ï; •

Les murs de grand appareil se rencontrent dans les édifices les plus soignés , tels que les temples , les arcs de triomphe ; il en reste trèspeu dans nos contrées.

Petit appareil. Les murs de petit appareil ordinaire ont leurs parements formés de pierres symétriques à peu près carrées , dont chaque face n’a le plus souvent que 3 à 4 pouces, plus rarement 5 à 6 pouces ; la partie de ces pierres de revêtement prise dans le mur est quelquefois en forme de pyramide tronquée j c’est-à-dire que la face engagée est d’un moindre diamètre que celle qui reste visible. Le centre du mur offre un massif en moellons irréguliers, ou blocageà bain de ciment. (Voyez pl. XVII, %. 7).

Le plus souvent on remarque dans les constructions en petit appareil, des zones horizontales et continues de grandes briques , évidemment destinées à maintenir de niveau les petites pierres du revêtement (a). Ces zones

(i) Description des antiquités de Iftroes , publiée eu 1819.— Antiquités dp Saintes et du département de laCharente-Iuférieure; par M de Crazannes, etc. , etc.

Csj Dans les murs très épais tels que les murs militaires ( pl.

d'antiquités monumentales. i G i

se composent ordinairement de deux ou trois et parfois de cinq , six ou sept rangs de briques(pl. XX,fig. i, a, 3, 4 et 5,) séparées les unes des autres par des couches de ciment dont l’épaisseur est à peu près égale à celle des briques.

Le mortier est aussi très-épais entre les pierres de l’appareil, dont aucunes ne sont en contact immédiat, comme vous pouvez le voir pl. XX , mais en quelque sorte incrustées dans le ciment.

Voici la forme que les briques d’appareil affectent le plus ordinairement (pl. XVII , fig i i-i2),leursdimensions sont trop variables pour que je puisse les indiquer d’une manière absolue ( r) , le plus souvent je leur ai trouvé quatorze â quinze pouces de longueur sur huit à dix pouces de largeur, mais il y en a de plus grandes et j’en ai souvent aussi remarqué de plus petites.

Xî),cci briques d’appareil pénètrent quelquefois jusqu’à deux pieds dans l’intérieur de la maçonnerie , et i'on eu a placé deux rangs côte à côte , mais eu général il n’y en a qu’un rang.

(i) Dans les murs de l’enceinte antique de Tours, dont je parlerai plus lard à l’article des fortifications gallo romaines , j’ai trouvé des briques de 10 , de ta , de i4 et de îS pouces et demi,

4 très-peu de distance les nnes des antres; l’épaisseur de ce* briques variait de îS lignes i x pouces. En général , les briques que l’on voit dans les tours des murs militaires sont plut courtes que celtes des murs droits , et la forme ronde de ces tours a nécessité de petites dimensions.

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Lç nombre des cordons de briques et pafrsuite la hauteur des intervalles qui les séparent les u ns des autres n’ont rien de fixe; vous. pouvez vous en convaincre en jetant les yeux, sur la pl,. XX, où j’ai, réuni plusieurs fragnaçnts de ipurs gallo-romains..

Quelques savants ont avancé que les chaînes , ou ceintures en. briques des constructions de; petit appareil n’ont commencé à être usitées qu’au IIIe. siècle, principalement sous le règne de Gallien.MM. Reveret Harou-Romain ont réfuté cette opinion dans le 3? .volumede la société des Antiquaires de Normandie ; ijs ont établi que ce mode se rencontre dans des édifices beaucoup plus anciens. Ainsi , l’on aurait tort de limiter au III». siècle l’usage des cordons de briques ; mais en même. temps on aurait peutêtre de bonnes raisons pour admettre que cet usage devint, au IIIe. et au IVe. siècle, beaucoup plus général qu’il ne l’avait été auparavant.

H est certain , d’ailleurs , qu’à cette époque on tira parti des briques pour l’ornement extérieur des édifices , et qu’on vit des corniches et des moulures remplacées par des cordons de briques dont la couleur rouge, se détachant sur le fond gris on blanchâtre des murs, figurait les reliefs de l'entablement.

d'antiquités monumentai.es. i03 D’un autre côté, je pourrais citer bon nombre de constructions présumées du IIe. siècle , en petit appareil , et dans lesquelles on ne voit pas de briques ; mais j’attache peu d'importance à cette observation , attendu que bien souvent la préférence donnée à certains matériaux, et l’absence de la brique peuvent tenir à des circonstances locales et indépendantes de l'usage

Une autre question se présente, celle de sar voir à quelle époque les briques d’appareil ont cessé d’être en usage , car elles ne pourront toujours caractériser une construction romaine si elles ont continué d’être employées postérieurement au Ve. siècle..

Je ne crois pas, Messieurs , qu’il soit facilede fixer cette époque, et cette détermination,, si elle avait lieu en général, ne pourrait sans, doute convenir à toutes les localités ; je prouverai lorsque nous étudierons les monuments du moyen âge, que dans les VIIe., Ville, et IXe. siècles on a quelquefois employé dans les murailles , des briques semblables à celles que nous voyons dans les constructions romaines.

U paraît aussi que cet emploi a eu lieu dans le même temps en Angleterre comme en France, car dans la description que Bède a donnée de

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l’hermitage bâti par saint Cuthbert, qui vivait au YTI*. siècle , il a soin de dire que cette cellule était construite en pierres brutes, et qu’on n’y voyait ni pierres de taille , ni briques , ni ciment (r).

Ainsi, l’usage de la brique dans les murailles de petit appareil s’est perpétué durant les premiers siècles du moyen âge, mais les constructions qui nous restent de cette époque sont en petit nombre, et un Don observateur pourra toujours les distinguer de celles qui appartiennent à l’ère gallo-romaine.

Quoi qu’il en soit, les murs de petit appareil offrent une particularité qui mérite d’être notée, c’est que la plupart sont établis sur des fondations en pierres volumineuses très-ir régulières , posées sans ciment , qui forment une base de la plus grande solidité. Les murs des enceintes antiques de Jublains , de Tours, du Mans (pl. XX) , d’Orléans, de Poitiers , de Saintes, de bordeaux, etc. , etc. , et un grand nombre de constructions moins importantes m’ont présenté de pareilles fondations.

Quelques murs en petit appareil sont construits avec plus de recherche que d’autres , et

(i) Non secio lapide vel latere et czmento. — Bedc vit* tancti Cutberti , c*pul XVII.

d’antiqüité* monumentales. i65

des pierres de plusieurs nuances y forment des espèces de mosaïques. J’ai remarqué de semblables combinaisons dans quelques parties de l’enceinte murale du Mans, que j’ai dessinées.

( V. la pl. XX).

Petit appareil allongé. Je désigne sous le nom de petit appareil allongé , celui dont les pièces ne sont point carrées et ont une surface plus étendue dans le sens horizontal que dans le sens vertical (pl. XVII, n°. 8) ;j je l’ai trouvé dansplusieurs monuments de l’Ouest et du Sud- Ouest de la France, notamment dans les arènes de Bordeaux.

Appareil moyen. Un autre appareil , qui tient le milieu entre le petit et le grand appareil, se rencontre aussi quelquefois dans les monuments romains; les pièces en sont de dimentions variables, en pierres détaillé cimentées, et parfois liées les unes aux autres au moyen de crampons en fer. (Pl. XVII , fig. 9. )

Appareil réticulé. ( Opus reticulatum). Les architectes romains employaient aussi X œuvre réticulé ou maçonnerie maillée , qui différait du petit appareil ordinaire en ce que les pièces

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du revêtement, taillées avec soin et de grandeurs égales, étaient placées de manière que les jointures décrivaient des lignes diagonales et simulaient ainsi les mailles d’un filet. (PL XVII , fig. io). Ce genre de revêtement produisait un effet fort agréable et s’employait en général comme ornement ; on ne le trouve guère seul , il est presque toujours associé avec le petit appareil ordinaire , au milieu duquel il forme des intercalations dans beaucoup d’édifices.

Mortier et ciment. Les mortiers romains sont composés de chaux vive mêlée de sable et assez ordinairement de brique pilée, dans des proportions variables et qu’il serait difficile de déterminer. La présence de la brique pilée dans ce mortier ledistingue de presque tous ceux que l’on a faits dans la suite (i). Cependant, on trouve aussi, rarement à la vérité , des mortiers romains qui ne contiennent aucunes parcelles de brique et ne présentent aucun caractère particulier.

J’ai souvent remarqué du charbon combiné

(i) Jt; dis de fresque tous, car le mortier mêlé de brique» pilées a dû être employé dans les premiers siècles du moyen àgc » en même temps que les chaines de brique.

d’aNTIQÜITÆS MONUMENTALES. 167

avec les fragments de brique dans les murs de petit appareil.

Pav^s. Les pavés des appartements se composent de plusieurs couches disposées en petit à peu près comme celles que nous avons indiquées pour les chaussées des routes.

Ainsi, la base ou le stratumen est souvent en briques , le ruderatio en ciment rempli de petites pierres ou de briques concassées ; le tout est recouvert de pièces carrées en marbre , en terre cuite ou en pierre polie.

Cependant, dans beaucoup de maisons le pavé n’était composé que d’une seule couche de ciment mêlé de petits fragments de brique et de pierre dure, et assise sur un lit de briques ou de pierres plates.

Quelques aires rustiques sont formées de très-petits fragments de pierre calcaire fixés dans un lit de mortier, et tellement rapprochés les uns des autres qu’ils garnissent toute la surface du pavé (1).

(l)M. de Craiannas a trouvé A Sainte» des pavés k peu près semblables ( Voir le deuxième volume de la Revue Normande ). Le même savant a décrit des aires observée» dans la même ville et dont la base ou le stratumen était composée d'huître» entières et rangées avec soin sur la valve plate; les pavés , comme les autres parties des édifices romains , offrent une grande variété de matériaux.

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Ces aires, toutes grossières qu'elles soient, se rapprochent des mosaïques par leur structure et me conduisent naturellement à vous parler de ces pavés de luxe qui ont été placés dans les appartements les plus ornés des maisons gallo-romaines.

Pav^s en mosaïques. Un grand nombre de mosaïques ont été découvertes en Normandie et dans toutes les parties de la France , aussi bien qu’en Angleterre. Elles sont formées de petits fragments cubiques, dont le diamètre varie depuis 3 lignes jusqu’à un demi -pouce ( pl.XXl, fig. I)(i). Ces petits quadrilatères incrustés dans le mastic et assis sur un ciment mêlé de brique pilée, sont de plusieurs couleurs diffe'remmentassorties etdessinent des losanges, des cercles , des triangles , des carrés , etc. On y voit plus rarement des figures d’animaux , des figures humaines, etc. Ces dernières mosaïques sont en général grossièrement rendues et pour la plupart inférieures à celles qui ne présentent que des lignes diversement combinées.

Les matériaux le plus ordinairement employés cbea nous pour les mosaïques sont le

(i) Le volume des quadrilatères qui entrent dans (a composition dei figures d'animaux , sont en général plus petits qn* ceux des fonds et des encadremeuts.

d'antiquités monumentales. 169

calcaire blanc, la pierre bleue, le grès rouge, le marbre et la terre cuite.

En traçant l’ensemble et la distribution de certains monuments romains, j’aurai l’occasion de décrire quelques pavés en mosaïque; à présent je veux seulement vous faire connaître la matière de ces pavés.

La fig. 2, pl.XXI, offre une portion de mosaïque découverte à Jublains , et aujourd'hui déposée au milieu d’une salle à manger dans le presbytère de Grazay ( Mayenne) ; les compartiments que présente ce morceau sont formés de quadrilatères en marbre brun et de quelques autres en terre cuite très-fine, de couleur rouge, disposés sur un fond blanc (1).

Parmi les mosaïques trouvées en Normandie on peut citer celle de Sainte-Marguerite près de Dieppe, composée de petits cubes en terre cuite de plusieurs couleurs, (rouge, jaune , blanc , bleu , violet ) , disposés de manière à figurer des cercles concentriques formant des rosaces de dix pouces de diamètre ;

(1) On remarqne un dauphin aur un autre fragment de mosaïque également trouvé à Jublains et déposé au cb&tean de la Fraucelière chea M. de Loulay. Ces débris proviennent , je cruis , de la belle mosaïque exhumée en 1716, lors des fouilles que fit pratiquer M. Lair , curé de Jublains.

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Celles du vieil Evreux , dont Itfcfond était en pierres calcaires fort dures , d’un blanc mat et d’un grain très-fin , et les dessins exécutés en schiste noir ou bleuâtre , présentant des labyrinthes, des dents de loup , des losanges, etc.

Enfin, les mosaïques de Cailly, près de Rouen;

Celles de Vieux, décrites dans le IVe. volume de la société des Antiquaires de Normandie;

Celle que l'on trouva à Séezen 1 8 a 7, etc. Toutes ont été décrites ou dessinées ; beaucoup d’autres ont été reconnues, mais détruites avant d’avoir été l’objet d’une description.

Outre les pavés en mosaïque , il y avait des pavés incrustés de petites plaques fort minces en marbre de diverses espèces , découpées , les unes en rondèles , les autres en triangles, en carrés, en arcs de cercle, ou suivant des contours particuliers. Ces marqueteries dont M. Reversa trouvé quelques traces au vieil Evreux s employaient aussi pour la décoration des lambris.

Hypocaustss. Les hypocaustes , établis sous les aires des rez-de-chaussées , produisaient dans les maisons romaines à peu près le même effet que nos calorifères.

Four avoir une idée juste d’un hypoeauste.

DAXTIQÜITES MONÜMKîfTALKS. l'] i

il faut se figurer un plancher élevé d’environ deux pieds au-dessus du sol et suspendu sur de petits piliers d’égalehauteur, distants les uns des autres d un pied, entre lesquels la chaleur pouvait circuler et échauffer d’une manière uniforme le pavé qui surmontait cette espèce de cave. (PI. XXII , fig. 6 aa ).

Les piliers des hypocaustes étaient ordinairement carrés , composés de briques de sept , huit ou dix pouces de diamètre, placées les unes sur les autres , ayant une couche de mortier entre chacune d’elles. Dans quelques hypocaustes les piliers étaient ronds au lieu d’être carrés, tantôt composés de briques d’un seul morceau , tantôt de briques semi - circulaires dont deux formaient une assise , et dans ce dernier cas les lignes de jonction se croisaient dans chaque assise de briques.

Les piliers de l’hypocauste supportaient de grandes briques de dix-huit à vingt-deux pôuces en carré qui formaient la base du pavé des appartements. (Y. pl. XXII , fig. 6 bb ).

Dans plusieurs localités, les briques qui formaient les piliers débordaient les unes sur les autres, de manière que le haut de chaque arcade était moins large que le bas. (Pl. XXII %• 7-)

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Enfin, l’on a trouvé, mais plus rarement, des hypocaustes dont les piliers étaient faits en pierre de taille.

Le calorique ne demeurait pas concentré dans la cave de l’hypocauste; il pouvait circuler dans des régions plus élevées et se répandre également dans toutes les parties de l’atmosphère des salles au moyen de tuyaux carrés en terre cuite incrustés dans les murs(i)(pl. XXII, fig. 4-5 ) , dont les uns verticaux plongeaient dans l’hypocauste , tandis que les autres , placés horizontalement , faisaient le tour des appartements (2').

Le feu qui échauffait l’hypocausteétait allumé dans un fourneau placé dans de petites cours ou des vestibules voisins de l’bypocauste{pl. XXII , fig.i). Ces fourneaux, qui différaient un peu quant à leurs dimensions et à leurs formes , ont cependant presque partout présenté les mêmes particularités; ils sont généralement en briques; leur ouverture, dont le diamètre et la hauteur varient depuis dix-huit pouces jusqu’à 3 pieds, ressemble à l’orifice d’un four. Ils communiai) Impreuos parietibu» tubos per quo» circumfunderetur calor qui ima simul et somma foreret æqualiter. ( Scntqut.ipiit. gu.)

(a) 11 parait que l’on a tronsé dans quelques édifice» des tuyaux de chaleur placés horiiontalement qui commnniquaient avec le» autre» et faisaient le tour de» appartement».

h’ahtjquitMs momujwjzntales. 1^3

qtient avec la cave de l’bypocauste au moyen d’iin conduit carré en maçonnerie , parfois très-étroit et long de deux à quatre pieds. Quelques savants se sont difficilement expliqué comment ces fourneaux pouvaient produire autant de chaleur qu’on devait en désirer. Mais en considérant que les hypocaustes découverts en très - grand nombre déjà , en France et en Angleterre , ont offert des analogies frappantes , il faut bien qu’ils pussent remplir le but pour lequel ils étaient construits. On peutsupposer que le courant qui forçait la chaleur à se répandre entre les piliers de l’hypocausteétait déterminé par l’ascension du calorique dans les tuyaux en terre cuite renfermés dansl’épaisseur des murs, et dont plusieurs peut-être servaient xle conduits pour le dégagement de la fumée.

Je vous présente, Messieurs, une vue de trois fourneaux d’hypocaustes découverts dans les bains de Saintes.

Les deux fourneaux A- et B(fig.i^pl. XXII ) étaient destinés à chauffer l’eau des deux baignoires que vous voyez, au-dessus. Le troisième fourneau, C, échauffait le pavé d une salle carrée qui communiquait avec d’autres salles, échauffées par d’autres hypocaustes.

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La fig. 3, pl.XXII, vous montre la disposition verticale des tuyaux de terre cuite dans le mur des baignoires. Cette disposition est entièrement conforme b celle que j’ai remarquée à Lillebonne et ailleurs, excepté que les cheminées de terre cuite sont très-rapprochées les unes des autres à Saintes , et qu'elles se trouvent généralement plus écartées.

La longueur des tuyaux carrés en terre cuite qui forment ces espèces de cheminées n’est pas la même dans tous; à Saintes elle approche ordinairement de quatorze pouces, la largeur du conduit est de sept pouces sur un sens et de quatre pouces sur l’autre. J’ai trouvé des dimensions peu différentes aux tuyaux d’hypocaustes que j’ai vu ailleurs et dans quelques musées (1).

Il paraît que depuis le temps de Néron , beaucoup de maisons romaines ont été échauffées par des hypocaustes. Aussi en a-t-on trouvé

(t)Uné observation qni m'a frappé , e’èst qoe plusieurs de ces cheminées se trouvaient interrompue* par an diaphragme en ardoise , aü point où ces boots de tuyaux venaient s’ajuster les uns aux autres. Je suppose que cette disposition avait pour but d’empêcher l’ascension de 1a fumée dans les pièces où venaient aboutir certains conduits de chaleur ; ainsi les tuyaux nou bouchés auraient fait l’office de cheminées et auraient eu des issues à l’extérieur des appartements, taudis que les autres «‘auraient communique que la chaleur, qu’ils pouvaient ainsi rxhaler dans es appartements sans y amener de fumée.

» ANTIQUITÉS MONUMENTJkl.ES. 17S

presque toutes les fois que des constructions antiques out été mises à nu. Il ne faut donc pas regarder comme ayant appartenu à des bains chauds, tous les appartements dans lesquels on rencontre des hypocaustes. Je fais cette observation , Messieurs, pour vous prémunir contre une erreur qui a été commise par un grand nombre d'antiquaires.

Si les Romains faisaient le plus souvent usage de poêles ou d’hypocaustes , pour échauffer leurs appartements , il n’est pas douteux qu'ils se servaient aussi de braziers portatifs ou de réchauds, etde cheminées, camini. Plusieurs auteurs en font foi; il esttrès-difticilede décider si les cheminées étaient semblables à celles de nos habitations actuelles , car on n’en a encore découvert qu’un très-petit nombr e. Celles que l’on a vues jusqu’ici étaient d’une petite dimension et ressemblaient plutôt à un fourneau qu’à une cheminée proprement dite. Elles étaient saillantes dans les appartements , composées de grandes briques, moins larges dans le fond qu’à leur ouverture , tt présentaient quelque ressemblance avec les cheminées dites à la Itomfort.

1^6 ' ' cours

Placages et ornemenis des murs. Nous verrons dans la troisième partie du Cours, en étudiant les Thermes et les autres édifices dont on retrouve les ruines, que le marbre a été fréquemment employé pour la décoration des murs.

Dans beaucoup d’endroits j’ai trouvé les marbres de nos contrées ( marbre de Vieux , du Cotentin', de l’Anjou, etc.), employés concurremment avec d’autres , qui ont été reconnus pour des marbres des Pyrénées , d’Italie , de l’Archipel ? etc.

En général, les architectes romains ont toujours tiré un grand parti des matéiiaux que fournissait le pays dans lequel ils travaillaient ; ce n’est pas sans étonnement que j’ai vu nos grès schisteux et nos schistes argileux rougeâtres du Calvados polis et taillés pour former des bordures à l’intérieur des maisons de Lillebonne , de Vieux et de Lisieux.

Ces matériaux de couleurs différentes , que nous dédaignons aujourd’hui , produisaient des oppositions et des effets dont on se rend compte en examinant les débris qui jonchent le sol dans les lieux que je viens de citer, et leur présence est un excellent indice pour re-

d’ ANTIQUITES MONUMENTALES. I']’}

connaître l’emplacement des constractions romaines de quelqu’importance(i).

Au reste , il est rare que les matériaux indigènes n’aient point été combinés à des matériaux exotiques plus précieux , tels que le porphyre , les marbres cypolins ou talqueux , les ophytes , etc., etc.

Ces différents placages formaient des corniches, des lambris , des bordures; mais le plein des murs était revêtu d’un enduit sur lequel on appliquait des peintures dont il serait difficile de donner une bonne description , vu qu’elles n’ont point été trouvées entières, mais seulement en fragments.

Celles qtiej’ai vues à Jublains se composaient de larges bandes verticales , rouges , jaunes , vertes , bleues et blanches.

MM. de Crazannes et Moreau en ont trouvé d’à peu près semblables dans les salles des bains romains de Saintes.

(t) Dans les édifices les plus simples les corniches et les moulures d'ornement étaient formées de chaux on d’argile. M. Desbayes a découvert à Vieux plusieurs fragments de semblables corniches moulées en mortier et dont quelques-uns aont ornés de feuilles de laurier. On en a trouvé de pareilles I Jublains. Toutes ces moulures avaient été peintes , et l'on y voyait des filets ronges ou bleus qui se détachaient sur un fond blanc ou jaune-plie.

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Ailleurs , on a remarqué des espèces de panneaux fond rouge , encadrés dans des bandes dediverses couleurs et se détachant sur un fond blanc ou jaune pâle.

Sur les murs romains que j’ai observés dans le Calvados (Clinchamps, Fierville , Vieux t Magny près Bayeux , etc., etc. ) , j’ai remarqué des bandes rouges sur un fond blanc. Le vert d'eau , le jaune tendre , le gros bleu étaient ensuite les couleurs dominantes, si j’en juge par les nombreux débris de placages que j’ai recueillis. Quelques murs peints en bleu et en jaune étaient aussi parsemés de bouquets de feuillages grossièrement exécutés (Clincbamps).

L’usage de peindre les murs était si général que de modestes constructions en torchis et des plafonds en argile ont été décorés de cette manière. La peinture était appliquée sur un léger enduit de chaux.

Dans les fouilles que j’ai faites dans le Calvados, dans celles qui ont été pratiquées ailleurs, ou a souvent rencontré des débris de ces murs d’argile et de ces plafonds rustiques, avec leurs peintures assez bien conservées} vous en verrez quelques-uns au musée de la société des Antiquaires de Normandie.

Les méthodes usitées par les Romains pour

1)’ ANTIQUITES MONUMENTALES. 1 79

la peinture des murailles ne sont qu’imparfaitement connues. L’une des méthodes consistait à employer, avec lepinceau , des cires colorées et fondues qu’on étendait à chaud sur les murs. Cette cire n’était point employée pure , on la mêlait avec de l’huile pour la rendre plus liquide.

Quand on voulait peindre avec la cire des fonds d’une seule couleur sur l'enduit des murailles , on laissait d’abord bien sécher le stuc , puis on étendait à chaud avec un pinceau les couleurs détrempées dans la cire et l’huile; après quoi on faisait ressuer cette couche de couleur en approchant un réchaud plein de charbons ardents , le plus près possible de la muraille ; ensuite on la frottait avec des morceaux de cire, et on lui donnait le dernier lustre en l’essuyant avec des morceaux de toile ou d’étoffe (1).

Quelques-unes des peintures que j’ai trouvées sur les enduits de plusieurs maisons romaines, pourraient bien avoir été étendues d’après cette méthode , mais la plupart me paraissent avoir été appliquées à froid , et devaient sans doute leur adhérence à une espèce de colle.

(1) Maroi», description de» ruine* de l’mupéï.

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Les murs et les plafonds étaient aussi parfois incrustés de mosaïques en verre noir, bleu, blanc , vert-foncé , etc, , etc. Ce genre de décoration a été observé par M. de Crazannes dans plusieurs salles des bains romains de Saintes;

M. Le Prévost vient de trouver à Cerquigny , département de l’Eure, des débris de semblables mosaïques, qu’il suppose avoir été employés dans la partie supérieure d’un édifice fortremarquable découvert dans cette commune et M. Gaillard en a vu de pareilles à Lillebonne; toutes les pièces de ces mosaïques étaient d’un verre opaque , bleu-cielet noir , semblable à celui qui se forme dans les fourneaux de nos grosses forges par la fusion de la silice combinée à la chaux et que l’on nomme laitier .

Pline nous dit lui-même que l’on employa le verre pour les mosaïques des voûtes et des murailles , et il nous apprend que cet usage était récent comparativement à celui des mosaïques de pierres ; pour le prouver il cite les Thermes bâtis à Rome par Agrippa , et dont les murs étaient peints à l’encaustique : « Assu- « rément, ajoute-t-il, Agrippa eût orné ses « salles de mosaïques de verre , si l’usage en i « eût alors existé (i). »

(i) Fuis* deindè ex htimo pavimenla in caméras transiêre è

d’antiquités monumentales. 181

Tuiles de toiture. Les toits des maisons romaines étaient formés de tuiles plates d’une grande dimension, plus longues que larges , munies de rebords sur deux côtes ( pl. XXI , fig. 3 ) et de tuiles courbes semblables à nos faîtures ( même pl., fig. 4)- Les premières s’adaptaient les unes aux autres par leurs extrémités non bordées. Les secondes ne servaient qu a lier ensemble, dans le sens de l’inclinaison du toit , les rangs parallèles des tuiles plates et à recouvrir les jointures qui existaient entr’eux, afin d’empêcher l’infiltration des eaux pluviales. Vous vous rendrez facilement compte , Messieurs , de cette disposition des toits romains en examinant les pièces que je mets sous vos yeux et que j’ai recueillies moi-même aux environs de Vieux et de Bayeux. Vous voyez que les grandes tuiles à rebords s’engageaient les unes dans les autres (pl. XXI, fig. 5), et que pour cette raison , l’une de leurs extrémités est toujours plus étroite que l’autre.Vous y remarquez, près de l’extrémité la moins large, des entailles (pl. XXI, fig. 3 bb)f qui servaient de point

vitro : oovilinm et hoc inventait). Agrippa certfe in tliermi*,qnas Rom» fecit , figlinia opus CHcaimto piniit : in reliquiU albaria adornavit. Non dubiè vitrea» factura* caméra*, *i priùa inventum id fuiiset. ( Pliait hitloria nat. Lib. XXXV 1. §. €4.

coins

d’arrël et empêchaient les tuiles de descendre trop bas les unes sur les autres ^i).

Pour qu’il ne vous reste aucun doute sur la forme et l’aspect de cette partie des maisons romaines , je vous présente le dessin d’une toîture retrouvée intacte à Pompéï et gravée dans l’ouvrage de Mazois (pl. XXI, fig. 6).

Les toits de nos maisons gallo - romaines étaient composés de tuiles absolument semblables et disposées de même (s).Ceuxqni ont été retrouvés dansnoscontréesmontrentqueles tuiles reposaient sur une couche assez épaisse de ciment ou d’argile , qui elle-même était supportée par une espèce de charpente. Voici l’intéressante description que m’a transmise M. Gaillard des débris de toits que l’on a

(i) Les tuiles à rebord ne sont pas toutes de la même dimension ; j’en ai trouvé à Lillebonne ayant quatorze pouces de lojfc. gueur sur huit pouces de largeur. A Magny près Bayetix elles •raient seize pouces sur dii ; ailleurs j’en ai ru de dix-huit pouces sur douze : la différence entre le bout le plus étroit et le bout le plus large est ordinairement d’un pouce et demi é deux pouces. J'ai remarqué dans les tuiles convexes une légère courbure et un élargissement sensible vers l’extrémité qui devait être posée en recouvrement sur le bout de la tuile suivante.

(s) Les grandes tuiles é rebords , quoique destinées anx toits, ont été parfois employées dans les murs , sans doute lorsqu’on n’en avait pas d’autres de prêtes.

J Vn si vu un très grand nombre dans les mors d'un édifice romain découvert récemment au milieu d’une prairie , tout près

d'antiquités monumentalbs. i83

trouvés dans quelques salles des bains romains de Lillebonne :

« Les tuiles du toit des bains étaient de deux « espèces, les unes plates, larges de 1 1 pouces, « y compris les rebords , les autres convexes « n’ayant que 5 pouces de large ; elles repo- « posaient sur un fastigium ou comble d’ar- « gile formant une espèce de plate-forme et « composé de deux couches parallèles se liant « l'une à l’autre. Des clous semblables aux « nôtres attachaient les tuiles à ce fastigium , « et les contenaient au moyen de leur tète ou « de leur crochet.

« La charpente était d’une surprenante lé- « gèreté , formée de grosses lattes croisées qui « devaient reposer sur la corniche des murs , « et dont l’existence était attestée par les em- « preintes qu’elles avaient laissées dans l’ar- « gile(i)et par les débris chat bonnés que l’on « en trouvait encore çà et là.

a L’argile avait été gâchée avec de la paille « et des feuilles de roseau qui servaient à lui

et an Sud-Oueat de la ville de Tonn: de« exemple» de cet emploi conatatés en Angleterre «ont aussi mentionnés dans l’Jrekèoloÿit briid inique,

(1) Il y a lieu de supposer que celte charpente était renforcée par dci aolirea dont on n’a point retrouvé de tracta.

COURS

« donner plus de solidité. Cette espèce de toit « n’avait guère moins de trois pieds d’épaisseur, « et l’on a lieu d’être surpris qu’une charpente « aussi légère que celle dont il existe des traces « ait suffi pour la supporter.

Les débris de tuiles à reborbs ont résisté depuis quatorze siècles à l’action destructive des éléments et de la charrue ; on les retrouve répandus et enfouis en grand nombre dans presque tous les lieux où il a existé des constructions couvertes de cette manière ; leur épaisseur et la présence du rebord que l’on remarque même sur des morceaux très-peu considérables , les caractérise suffisamment et les distingue des tuiles actuelles (i). En un mot, ces débris sont l’indice le meilleur dont on puisse se servir pour reconnaître les lieux anciennement habités.

Au milieu des terres labourées , la couleur rouge de ces fragments de terre cuite les fait distinguer sans difficulté et m’a souvent révélé

(l)Uo caractère qui , dans nos contrées, est particulier aux briques et aux tuiles romaiues , et qui peut encore servir à les faire reconnaître , c’est de présenter souvent des grains de sable quartxeux qui ont été introduits à dessein dans la pile sans doute pour lui donner plus de suliditc.

d’antiquités monumentales. i85

la présence de constructions romaines enfouies dans des lieux où je ne les aurais point cherchées.

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