Il en résulte qu*on donne le même nom à des notes di
verses, et que deux mêmes syllabes qui se suivent ne désignent pas toujours un intervalle de même valeur.
Le passage d'un exacborde à Tautre a fait donner à cette méthode le nomdesolmisation par muances. Compliquée et pénible dans la pratique, elle ne se justifie que par ses rap« ports avec la tonalité intime du plain-chant. C*est aussi le seul moyen d*expliqner comment elle s'est conservée si longtemps dans les écoles.
Je laisse de côté les diverses syllabes proposées pour remplacer uU re, mi, etc., mais qui n'avaient pas pour but de renverser la théorie des muances (t). Au milieu du XVr siècle, Vaëlreant paraît avoir enseigné à Anvers la solmisalion par les sept monosyllabes : bo, ce, di, ga, lo, ma, ni; vers le même temps, le flamand Anselme ajoutait si à la formule ancienne pour distinguer le septième degré, et il le nommait 60, s'il était bémol (2). Lemaire, musicien
(1) Voyez De la Solmisation, par M S. Morelot, Revue^ t. llf, p. 302 et suiv.
(2) On peut voir dans la Biog. univ. de M. Félis à Anselme de Flandres et Lemaire^ comment la question soulevée de toutes parts sur la solmisation du septième degré a introduit diverses additions dont il est difficile de bien reconnuiirc Torigine.
fraiiçais, au commencement du XVH' siècle, a donné au »' bémol le nom de xa qui lui est resté dans nos ùcoles de plain-ehant.
Le s}'slùme des muances se conserva là oti le li bémol oe recevait pas un nom particulier ; on nommait fa leit bémol, et les autres notes changeaient de nom en conséquence jusqu'au prochain si bécarre.
Doni, au XVH' siècle, substitua la syllabe do h ut; dam le même temps l'Allemagne commençait à remplacer les syllabes vl, re, etc., par les lettres e, à, t, f, g, a, b (si 6.), h (si nal.). Cet usage a prëTalu au-delà du Rhin.
La notation en chilTres dont nous parlerons permet de oe pas tenir compte du uom propre des sons ; il suffit de se souvenir de leur degré dans la gamme ; ainsi la tonique peut être nommée u( pour tous les tons.
sui. , -:
KOTkJIOH.
On a vu que les Tirées ont note les sons de In musique au mojen des lettres de l'alplmliel, et que I*ytli;igore iniaginii des signes sMiiliiiliijucs pour la notation propre de la niusiqne inslruinenlale. Il semble que les g.nniiies helléni(i!H's
reiifcrnié('Silarisledis(ii,ip;i/oii n'civaicnl besoin que de seize lellrcs correspondant an\ si'iïc ib'grés de l'éflielle. Mais on appropria des caractères [larlicuiiers ii rli^ujue mode, on distingua par des signes spéciaux les cDriibinaisons des Ictraclmrdes qui tariaicnl comme le point de déj>art on la Ionique de;; modes cl loii nola dillereninient les sons de l.i
musique chromatique et enharmonique. De là, une tablature très compliquée où l'on ne compte pas moins de seize cent vingt signes pour tous les sons musicaux. Cinq signes indiquaient la durée des sons, et quatre, celle des silences; ils consistent en petites lignes combinées avec des lettres. La notation des sons exigeait que les vingt-quatre lettres de Falphabet fussent accouplées, allongées, mutilées, renversées de plusieurs manières (t); les signes pouvaient ainsi se multiplier indéfiniment.
On croit que les Romains, à l'exemple des Grecs, notèrent la musique parles lettres de leur alphabet national. Mais on ne sait à quelle époque furent adoptées les quinze lettres, depuis A jusqu'à R exclusivement, pour remplacer le système hellénique. Cette notation n'est pas due à Boèce, quoiqu'on Tappelle boétienne{2). On ignore aussi quel est Tauteur de la réduction de ces quinze lettres dans les huit premières, répétées en caractères minuscules pour la seconde octave; mais on a nommé cette notation grégorienne^ parce que plusieurs pensent que S. Grégoire l'adopta, si même il D*en est pas le créateur.
Quoiqu'il en soit, ces deux notations ont été usitées au moyen-âge. L'antiphonaire de Montpellier, découvert par M. Danjou et qui a servi de base aux travaux de la commission de Reims et Cambrai pour la réédition dif plain-chant romain, est en notation boétienne accompagnée des neumes dont nous allons parler. La grégorienne n'a pas laissé de monument aussi considérable ;
(1) On peut en voir des exemples dans le Dict. de J.-J. Rousseau, PI. H ; dans Boèce, De musicâ, lib. IV, col. 1251 etsuiv. Ed.Mignc.
(S) Voir les derniers chapitres du IV'^ livre de Boèce.
— 53IJ — mais un grand nombre dt manuscrils ea offrcDl ém-
exemples (1).
Les manuscrits du VIII' an Xll' siècle prdseoleal dm ■ulru espccu de Dotation dont les signes n'ont avec les lellrti aucune analogie. << £Ue est composée de deu\ portes de signes, dit M. de Guussemaker : les uns, en forme de virgules, de points, de petits traits couchés ou horizontaux. rcpr«sentaîent des sons isolifs ; tes autres en forme de rrocbett. de traits diversement contournés et lies, exprimaient des groupes de sons composés d'intervalles divers. De ces virgules, de ces points, de ces traits couchés cl liorizonlaux sont nées la longue, la brève et la semi-brève de la notation carrée, usitées dans la musique mesurée du XIT siècle et du Xlir. Les crochets, les traits diversement ronluurnés et liés ont produit les ligatures ou liaisons de uolcs de celte même notation (2). m
Ces signes qui nous paraissent aujourd'hui de bizarres hiéroglyphescomposL'nt la notation neumatiqiie. An mo\enâge neume et note, iteumer et noter sont synonymes. On eulL'ncl aussi [i.ir nciiinr une suile de nnlcs i|iii rontK'nl un ^niiipc et siihdtvisi'iil une |>lirase ninsicalo. Dans l'un rt l'autre cas l'éh mohi^^ii- la pins ralioniiclle esl dans punima. En i-U'et, le si^nu- de nnlalioii rcnil le snii aiislracliori faile lies paroles; ol le f,'roupe de noli's s'eM'cule en une seule expiralinii du soiiflli- 1^31.
licriil itn.r-,-|r(îli-i.i,-liriiii.in- !■ MM. IVtii, Tli. ^i^a^.l .1 .le
L*origiDC des neumes est encore iocertaine. J*énoDcerai les diverses opinions ;
Selon M. Kieseweter, les neames ne seraient antre chose qoe l'ancienne notation des Romains, nota ramana; et c'est en nèumes que S. Grégoire aurait noté son antiphqnaire dont celui de Saint-Gall, publié par le P. Lambillotte, paratl être une copie. Le silence de Boècequi ne parle que de lettres est la plus forte objection contre ce système.
Selon M. Fétis, les neumes seraient d'origine orientale et les Barbares des invasions les auraient introduits en Occident. Indépendamment d'une notation celtique que ce savant croit avoir découverte, il distingue deux notations Denmatiques, l'une saxonne, l'autre lombarde. « Les rapports qui existent entre ces deux notations se manifestent par un caractère principal qui consistait à représenter les sons isolés par des points dont la position respective d'élévation ou d'abaissement déterminait les intonations. Les différences des deux notations ne se trouvaient que dans les
Ooussemakcr. — Le neume, pris dans le sens de groupe de sons, apparaii surtout dans les Alléluia. Je lis dans VExposilio Missœâe S. Bonavcnture, c. 2 : ^ Per charitalcm merehîmnr gaudia regni cœlestii quod per alléluia designatur... Gaudium Sanctorum interminabiUi et ineffahile dicitur, qu(>d per pneu ma poit alléluia dulce et longum satis proprie declaratur. Solemus enim longuam notam ionando post allcluia super hanc litieram a, prolixius decantarCy qufuii dicat : Gaudium Sanctorum in cœlis inlemiinabile et ineffahile est. » On a nommé simplement neume, nu singulier, un ensemble de neumes qui se suivent sur une même voyelle. Mais la définition propre est celle que nous avons donnée d*après Fr. Gafori : c Neuma , est vocum seu notularum unica respiratione congrue pronuncianda* rum aggregatio, > Le P. Martini a remarque que Ton appelle aussi ncume f una specte di corta recapitulazionne del canto di un modo, la quale si fa in fine di un' antifona o di un versetto, o di un aileluja, con una simplice varietà di suoni, e senza aggiungcrvi parola alcuna. %
fbriDK de§ si^es destinés à nprtsfoter An graape» M coDS ' I '|. ■ L« foad de ce svslêaie est appuT^ sor la bUoce des lignes neumatiques avec les Dolationt lies ElfaiopieDs et des Armi^aieas et les acreots des Ihnii Juifs. Or. on oe reconnaît cette analc^ie de forme i|>'a^ la DOlatîoD arméQÎeone plus récente qoe 11- Fct» ne It suppose. De plos. est-il croyable qoe des barbares écriiare oatiooalecoDDue auraient donné â la ritilîsalMWI une écriture musicale? EnGn M. Fétis explique la des signes neumaliques en disant qu'ils coDTeDaieol à h musique des orientaux surchargée de niouvcm«iU de cl d'ornemenls, parce qu'ils représentent plutôt des rapides groupés dans une certaine uDilè. que des sons isofé». Hais alors ii serait d'autant plus difficile de comprendre comment on les a prêlêrésà la oolatîon parldlres, pourna cbaot diatonique el grave comme celui de l'Ëglise latine.
Selon M. Tb. ?iisard les neumes ne seraient que les signa d'une anriennc slénograpiiie romaine dérivés du point.
Selon M. de Gousse maker, ■ les neumes ont leur origine dans Ipî aiTenls. L'iii'ceul aiiru on l'arsis. I acccnl gr.neou la lliùsis, el l'atcent circnnllexe, roriué de la combiuaiîiio de r.irsi>f;l de \n tln;ji*#onll('j -.igncs fondiimenlaux del(tu> les nciinicj. » En efiet ceux-ci dêriienl de trois formes ra* dirales, [,i vhiiiilr répondant à i'acrent aigu et comme lui indiquant t'élùval ion de la V(ii\; lejniiiK qui fut aussi ap|n'Ii' ijnumo el '[ut n'avant pas eu d'abord exacleiiient la ligure d'un point rond ou carré, pont répondre à l'accent grau'.il indique, comme lui, rabaîssemenl de la voi^ ; le noiiin'' composé, appelé clinis ou rlinis lorsqu'il marque un pn'-
mier son plus élevé que ]e second, et podalus lorsque le second est plus élevé que le premier : il répond à Taccent circonflexe qui représente Télévation et rabaissement delà Toix (1)« H. Vincent reconnaît également cette origine à cause de l'identité qui existe entre la place, la fonction des neumes et celles des accents.
Les neumes employés comme notes musicales dérivées des accents se sont développés peu à peu, sans qu'on puisse suivre précisément leur marche. Hais ils formaient une écriture complète au temps de S. Grégoire : on peut le conclure de ce qu'elle apparaît dans les manuscrits les plus anciens du chant ecclésiastique, tels que TAntiphonaire de Saint-Gall du Vlir siècle. Elle supplanta la notation par lettres qu'elle permettait d'abréger ; elle avait d'ailleurs sur celle-ci, on le verra, l'avantage d'indiquer le rhythme.
Les neumes ont régné exclusivement du VIIP siècle an XII*, et les différences d'écriture remarquées par M. Fétis peuvent s'expliquer par le génie calligraphique de tel ou tel peuple, ainsi que le dit M. de Coussemaker.
Nous distinguerons, avec ce savant musicologue, quatre espèces de neumes qui se succèdent chronologiquement, mais non pas d'une manière si absolue que Jes premières ne se rencontrent encore après l'introduction des autres :
Les neumes primitifs, seuls en usage jusqu'à la fin do IX* siècle, où l'on n'aperçoit aucun signe qui régisse la hauteur de Tintonation ;
Les neumes à hauteur respective^ à partir du X* siècle, où rélévation et l'abaissement des signes facilite le mouvement de la voix en parlant aux yeux. Une ligne à la pointe sèche
0) Cb.ll, p.ib^, 159, 160.
— 5Ï4 — on à l'encre, fut ensinle empluyoe pour msrqucr la ponlmn iovariatile d'une des ooles à laquelle on punvail rallier luuti-s les aulres;
Les neumt» à points superpoiéi. du XI' siècle, où le nénw sjsiéme est plus neltcmenl ûtabli.
Les neumes guidaniem, où d'après les pcrr^clionoemenli de Goi d'Arezzo une seconde ligne parallèle est ajoutée h la première, de sortu qu'il y a deux notes au lieu d'uM J invariablement Hxèes. La ligne supérieure esl jaune et oiarquèe de la lettre C qui esl la clef d'u(; la ligue înTèrieure est rouge el marquée de la lellre F qui «si la clvld* , fa. Mais comme elles ue détruisaient pas toute incerlitude dans l'intervalle de quinte oo de quarte qui les séparait. Gui ajouta encore deux ligues qui comptèlèrcnt la portée. Les lettres F, C, G, mises eu tète des lignes, deyinrent les clefs modernes de fa, tl'ul el de sul. Peu a peu \e» signes oeumatique^ en se précisant sur la portée se Iransformèrenl dans la notation carrée, composée des longues à queues, des brèves et des semi-brèves. Cette transition commence dis le \ir siècle.
Si lu ieelure des neumes giiidoniens esl facile, il n'en est pas de même de lalecUiredes autres, surtout des neunii'? ]>riniitilA L'opiniuii la plus coniiiinrii' isl qu'ils siinl iiidt'cliilFrables par cu\-nièuies, c"esl-;i-iiire s'ils ne soni [las trailuils par la notation en lettres, coinnie dans ranti|)lii>iiaire de Miuilpellri'r, ou si quelques loltics, quelque sifjne, au commencement (l'une pièce ne dimnenl ledegrè del'iitli}nation. Il n'y a pas de raison, sans cela, ]iour commenci.'r sur tel de;;réde l'ccbelle plu lût que sur tel autre, el rien ne délerniine le luude de la pièce iivcc assurance. C'est pnurquoi les pièces de diaul se trouvent quelquefois rcuiiii's, non pniul selon l'ordre des ollices , mais suivant les moili'>
auiqaels ils appartiennent : de là le nom de tonarium donné à ces manuscrits. L*antiphoiiaire de Montpellier est de ce genre. De plus les signes qui marquent les intervalles peuvent s'interpréter de diverses manières : ainsi le podatus désigne aussi bien une seconde qu'une tierce, une quarte qu'une quinte. On sent qu'il y a là une énorme diflBculté, quand même on serait profondément exercé dan» la pratique et l'étude des formulés grégoriennes qui caractérisent chaque mode. J'ajouterai toutefois que H. de Coussemaker, le P. Lambillotle et d'autres musicologues ne désespèrent pas de résoudre complètement le problème de cette lecture.
C'est ici le lieu d*exposer le sens des signes neumatiques pris en particulier et dont nous reproduisons la figure avec la traduction, à la dernière planche de ce volume (1).