‹ Cours d'archéologie, Université Laval de Montréal [microforme]Chapitre 3 sur 34 · L'INDE · texte numérisé non relu

L'INDE

Nous allons commencer par l'étude de l'Inde et de ses monuments.

Lorsqu'on parcourt l'Italie, une profonde émotion est produite par la visite des anciennes villes retrouvées, et principalement de Pompti.

On marche au milieu des enceintes solitaires, l'écho seul vous répond, et l’on va de surprise en surprise.

On peut penser qu’on est transporté tout à coup à 2 000 ans en arrière. Ces demeures vides sont si bien conservées, et ces places entourées de chefs-d’œuvre presque intacts.

Ces basiliques, ces temples semblent bâtis d'hier.

Aussi on ne peut croire que cette cité soit abandonnée ; on s'attend à chaque instant à entendre le bruit d’une ville qui se réveille et à voir apparaître les anciens habitants, après l’empire de la siesta, On s'attend à voir les patriciens vêtus de lin et de pourpre, les dames en leurs riches litières, les serviteurs empressés, les marchands et les acheteurs qui remplissent l'air de leurs cris.

Mais non, tout est vide, tout est morne, et rien ne vient interrompre le silence.

Mais si grande que soit votre émotion, que serait-elle, si, au lieu d’une ville, vous voyiez une contrée presque aussi grande que l’Europe, avec une population innombrable, portant toujours le vêtement des patriarches, richement orné de perles et de diamants comme aux temps antiques ?

Arrien et Quinte-Curce nous disent que les soldats d'Alexandre, arrivés sur les bords de l’Indus, furent accueillis par des hommes vêtus d’une mousseline éclatante de blancheur, avec des bottes en cuir écru, des turbans ‘imposants et des ornements d'ivoire et d’or. Ce portrait est celui des Indiens modernes, dit M. Lenormant.

Tout subsiste comme de la veille, avec le même aspect, les mêmesinstitutions, les monumentstoujours entretenus, avec tous les caractères de l’antiquité la plus reculée, mais avec les signes de la jeunesse.

On dira, cependant, qu'à part la curiosité, il est difficile de s'intéresser au sujet d’un pays étranger, comme on pourrait le faire sur son propre pays; mais il s’agit de savoir si cela est utile.

Ce n’est pas sans peine que nous avons été familiarisés avec des annales étrangères comme celles de la Grèce et de Rome, mais ce n’est pas non plus sans profit,

Nous commençons aussi à connaître et à estimer le moyen âge, mais ce n’est pas non plus sans d'immenses avantages.

Les institutions de Charlemagne et de saint Louis sont étudiées, les vieux chroniqueurs et les vieux poètes sont appréciés. On trouve des architectes qui consentent à admirer les vieilles basiliques du XIIIe siècle; le Dante est exalté.

Et combien la Philosophie et la Théologie ont gagné à étudier ce savant religieux, cet oracle des anciens jours, le grand et incomparable saint Thomas d'Aquin.

Or, des études sérieuses ont été entreprises dans l'Inde, dernièrement, et elles y ont fait découvrir des merveilles et des éléments très précieux à connaître.

Dans cette grande presqu'ile, réside une population qui a su déployer d’admirables qualités.

I y a là une philosophie qui a révélé des esprits éminents et de rares métaphysiciens.

La littérature brille par les ressources d’une imagination merveilleuse; 10000 ouvrages montrent sa fécondité, suivant M. Wilson.

Enfin l’art, qui est le cachet des grandes civilisations, y est plein de spontanéité, d'originalité et d’une abondance éblouissante, suivant M. Charles Mallet, sir William Jones, le commodore Elliot, et principalemert le général Cunningham.

Là, en effet, se trouve une richesse d’ornementation qui

"n'existe en aucun autre pays, une prodigalité de travail et une élaboration de détails qui n’ont jamais été égalées, et

en même temps, une méthode très claire et très maîtresse d'elle-même, qui a le don de réaliser ce qu’elle conçoit.

Or, si l'esprit moderne a gagné en force et en profondeur par la connaissance de l’antiquité classique, si de plus il s’est éclairé par l'étude des merveilles du XIIe et du XIIT* siècle, les hommes les plus compétents pensent qu’il ne faut pas ignorer un champ de production tel que l'Inde, sous peine d’être incomplet et exclusif; c’est ce que disent les plus grands explorateurs de ce pays, tels que le général Cunningham et l’illustre Fergusson, gouverneur de la province de Bombay.

Enfin, il y a là un sujet d'intérêt particulier. La Grèce et Rome antique ont passé; on ne peut recommencer le moyen âge, mais dans l’Inde, tout est vivant, comme il y a quarante siècles.

L'organisation y est toujours la même; l’art et l’industrie n’ont pas reculé et ont toujours la même excellence.

Ce ne sont plus des ruines défigurées et incomplètes que nous avons à contempler, mais des édifices entiers, intacts, comme bâtis et décorés de la veille, faciles à étudier. Ils sont toujours habités par une population croissant chaque année en nombre, en instruction, en richesse et en puissance, et enfin accessible à la vérité religieuse.

Nous diviserons l’objet de nos observations sur l'Inde en quatre chapitres principaux :—

1° Les cavernes et les souterrains creusés et sculptés ;

2° Les monolithes ou édifices d’un seul bloc ;

3° Les temples et les palais construits pierre à pierre, où l’on voit les matériaux les plus précieux ;

4° Certaines pièces principales, comme les avenues, les portiques, les galeries, les arcs de la Victoire, les colonnes triomphales, enfin les salles aux mille colonnes, et les tombeaux, qui sont des édifices immenses.

Et d’abord, les cavernes décorées et les monolithes.

Les cavernes décorées. Il y en a près de mille d’explorées, et presque chaque année on en trouve de nouvelles au fond des forêts et au haut des montagnes, dans des sites occupés et défendus par des bêtes féroces et par des reptiles redoutés comme les dragons des Hespérides.

On les voit surtout aux environs de Bombay et dans le Bengal, près de Madras, à Mahavellipore, enfin dans l'Afghanistan et dans le Punjab. Ces excavations n’ont cessé d’être occupées qu’au X[° siècle, lors de l’introduction des Arabes et de leur culte.

Les principales cavernes sont celles d’Ajunta, de Radami, de Badra, de Karli, de Khenneri, d'Elephanta, de Wacarma. Celles d’Ellora sont nombreuses; on en compte trente réparties dans un cirque de deux lieues de diamètre. Ces cavernes ont en général 150 pieds de longueur sur 160 de largeur, 5 mètres de hauteur, avec des colonnades dignes d'attention.

La plupart servaient de temples, et de monastères pour les Brames ; d’autres d'habitations pour les populations. Près de Madras, il y a une montagne creusée à plusieurs étages et dans toutes les directions, renfermant encore aujourd’hui une population de 30 000 âmes. C’est du temps du roi Asoka (272 à 236 avant J.-C.) que la plus grande activité fut déployée dans la décoration de ces excavations.

Viennent ensuite les monuments monolithes, taillés À même les montagnes. Il y en a près de cent, d’un seul bloc de pierre, parmi lesquels plusieurs considérables à Durapur et à Mahavellipore. A cet endroit, il y a un monolithe de 60 pieds sur chaque face et de 70 pieds de hauteur avec trois étages ornés de colonnes, un dôme pour couronnement, et 48 pavillons, le tout taillé à même le rocher.

KAYLAS ELLORA

Ce monument, si grand qu’il soit, est un monolithe, c'est-à-dire composé d’une seule pierre,

C’est l’un des plus remarquables monuments de l'Inde, C’est un temple complet, taillé dans le roc comme s'il avait été élevé dans la plaine.

La pierre à été taillée à l'extérieur et à l'intérieur dans une enceinte coupée dans le roc, de 150 pieds de large et de 270 pieds de longueur, qui forme une cour quadrangulaire.

Au milieu de cette cour s'élève un temple consistant en un corps de batiment précédé par un portique supporté par seize colonnes, En avant est un porche détaché, et communiquant avec l'entrée par un pont taillé aussi dans le roc,

À droite et à gauche, l’on voit deux piliers de vingt pieds de hauteur, en forme de candélabres,

Enfin, de chaque côté de ces piliers, l’on voit deux éléphants, plus grands que nature.

L'on entre ; l’on voit d’abord un vestibule, ensuite une nef avec des bas-côtés, et au fond, à 150 pieds de profondeur, un sanctuaire avec chapelles latérales.

Cet intérieur est rempli de prodiges de la sculpture la plus habile, Des colonnes cannelées, des chapiteaux en forme de corbeilles, des plafonds remplis d'ornements ; de plus, des bas-reliefs qui font tout le tour du bâtiment et qui représentent une quantité innombrable de personnages,

Et le tout taillé à même une seule masse de pierre.

brevetée,

Artotypie,

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