TEMPLE EN PYRAMIDE
“ le bois et à le travailler comme les Sidoniens; ordonne “ donc que tes sujets recueillent pour moi des cèdres du ‘ Liban ; mes serviteurs seront avec eux.”
En conséquence, Salomon demandait de faire couper dans le Liban tout le bois nécessaire et aussi de faire extraire la pierre que l’on trouvait en quantité dans les mêmes montagnes (III* livre des Rois, chap. V ; Antiquités de Josèphe, VIII, c. IT; II Paralipomènes, c. II, v. 6).
Le roi Hiram désigna trente mille ouvriers auxquels on adjoignit 70,000 Chananéens pour les transports (II Paralip., c. V, v. 13); 3000 Israélites étaient désignés pour la surveillance et pour la direction.
Enfin, Hiram mit à la tête de toute l’œuvre le plus capable de ses sujets, Hiram Abi, Syrien par son père et Israélite par sa mère qui était de la tribu de Nephtali. Il s’entendait parfaitement pour la taille du bois et la préparation des pierres.
En même temps, Salomon désigna encore plusieurs milliers d’Israélites pour extraire des matériaux des montagnes qui environnent Jérusalem. On a découvert ces carrières dernièrement, en 1854, au nord des remparts de Jérusalem.
Le bois et la pierre étaient apportés du mont Liban sur la côte la plus voisine près de Sidon. Là, tout était mis en radeau et traversé à la distance de 150 lieues, jusqu'à la
ville de Joppé, d’où les matériaux étaient envoyés jusqu’à la ville de Jérusalem.
On transporta aussi une quantité considérable de cèdres, de cyprès taillés en planches, en poutres, en lambris ; on fit venir de grandes distances des pierres de toutes sortes, quelques-unes d’une dimension énorme pour les assises, les fondations, les enceintes. Quelques-unes avaient 20 coudées de longueur sur cinq de hauteur. On peut en voir encore des échantillons au côté nord des soubassements du temple.
L'emplacement choisi était une montagne située au sudest de Jérusalem, appelée Moriah, qui veut dire apparition du Keigneur, et où Abraharn avait offert son fils en sacrifice. C’est ce qu’on appelle actuellement le Harem el Cheir.
Cette montagne a, au sommet, une grande plate-forme ; elle est à plusieurs centaines de pieds au-dessus du torrent de Cédron. Elle fut répartie en plusieurs terresses et environnée de murs, dont quelques-uns sur l’enceinte avaient plus de cent pieds de hauteur. C’est ce que dit Joseph et c'est ce que M. Warren a découvert en faisant creuser près du sommet du rempart un puits de 100 pieds de profondeur.
Le sommet de la montagne était à 500 pieds au-dessus du torrent de Cédron. À ce sommet se trouvait une plateforme de 600 pieds sur chaque face, et en dessous, le terrain était disposé en terrasses dont la dernière ävait près de 1500 pieds de largeur.
Cours d'Archéologie III
Après la plate-forme du temple, on trouvait ie parvis des prêtres, vingt pieds au-dessous ; ensuite venait le parvis des Israélites, et plus bas, le parvis des Gentils. L'on trouvait une enceinte garnie de portes, de pavillons, d’angles et de créneaux comme à une forteresse.
Ces différents parvis étaient disposés de manière que de chaque parvis on voyait non seulement le temple, mais encore tout ce qui se passait au parvis de: prêtres, et en particulier l’autel des holocaustes.
Voici quelles en étaient les dimensions. En hautsur la plate-forme était le sanctuaire. Le plan de Salomon avait pour but de reproduire en matériaux solides le tabernacle de Moïse dans le désert, en en doublant les dimensions (c’est l'étendue de Notre-Dame de Lourdes).
En avant du temple, il y avait une façade composée d’un vestibule avec un portique orné de deux tours d’une hauteur de cent vingt coudées (voyez au livre IT des Paralipomènes, c. IIT, v. 4). Ce qui a paru incroyable à plusieurs critiques modernes.
Les critiques qui n’admettaient pas ces dimensions avaient oublié que l'Egypte était remplie de ces portiques dit pylones. Thèbes en avait un grand nombre et c’est de cette particularité qu'Homère a dit la Thèbes aux cent portes. Cette dimension de la façade de cent vingt coudées de hauteur, répond à lu hauteur du portique de Notre- Dame de Montréal avec ses tours.
En avant du pylone on voyait deux colonnes de bronze de trente coudées de hauteur (Paral. liv. II, c. III, v. 15) et de six pieds de diamètre. On les nommaiït Joachim et Booz. In virtute et in fortitudine Domini, ces colonnes supportaient chacune un chapiteau de huit pieds de diamètre et de six pieds de hauteur, orné à plusieurs rangs de pommes de pin et de fleurs de lotus, ciselé avec le plus grand soin, doré et émaillé avec la plus grande magnificence. À dix pieds au-dessous de la plate-forme du temple se trouvait la plate-forme du parvis des prêtres, ei vironnée de leurs sacristies et de leurs habitations. Ce parvis avait trois cents pieds d’étendue sur chaque face.
Sur cette plate-forme de trois cents pieds, l’on trouvait tous les instruments des sacrifices: des balustrades de bronze doré, des vases d'argent, des mers d’airain (la la plus grande avec douze taureaux grands comme nature); la mer d’airain contenait trois mile métrètes, ou deux millions d’hectolitres. Des chérubins de boïs incrustés d’or et de mosaïques, de dix coudées de hauteur, étaient tournés vers le parvis, avec leurs aïles étendues, de dix pieds d'envergure (Para. liv. IT, c. V., v.8). Le pavé était de marbre précieux (Paral. IT, c. III, v. 6). C’était l’une des r'chesses du temple que la multiplicité et la magnificence de ces beaux marbres de l'Orient.
L'on voyait les autels des parfums près du grand autel des holoçaustes,
Ce grand autel avait vingt pieds de largeur, autant de hauteur, et on l’atteignait par une vingtaine de marches.
On ne peut décrire d’une manière sûre et précise les ornements qui recouvraient les murs du temple et des différentes enceintes ; mais on peut s’en faire une idée en combinant les données des livres saints avec celles four. nies par les monuments de l’art oriental en Egypte, en Assyrie, dans la Perse et dans l’Inde.
Ce que l’on sait, c’est que l’intérieur du temple était en or ciselé, émaillé et rélevé en bosse avec un art consommé. Ce que l’on sait encore, c’est que Hiram Abi, désigné par le roi de Tyr pour conduire les travaux, n’était pas seulement un artiste consommé pour la taille et la sculpture du bois, mais aussi pour la fonte des métaux, pour le ciselage et l'émail. Enfin, il n’était pas moins habile pour le tissage des étoffes brochées de soie, d’or, et relevées de perles, de pierreries. Des milliers d'ouvriers étaient employés à tisser Les étoffes précieuses ; toute la Judée était occupée à ces travaux d’après les dessins de Hiram Abi.
C’est lui qui avait dessiné et dirigé la décoration du parvis des prêtres, le grand autel des holocaustes, les autels des parfums, la mer d’airain avec les douze bœufs de grandeur naturelle qui la soutenaient ; il avait fondu aussi tous les bassins, les chandeliers du temple, les tables des pains de proposition, les vases sacrés, les différents ustensiles du sacrifice, les dix tables ; des fioles d’or, des
chandeliers, des pelles et des fourchettes, des couteaux, des ciseaux, des cassolettes, des encensoirs; de plus c'est lui qui avait fabriqué les trois ou quatre cents trompettes et autres instruments des lévites; le tout si considérable que Josèphe nous dit que ces objets montaient presque à cent mille.
Nous avons déjà dit que les différents parvis étaient disposés en terrasses mises en rapport par des escaliers qui avaient de dix à vingt pieds de hauteur.
Le temple dominait le parvis des prêtres, et celui-ci le parvis des fidèles, qui était en dessus du parvis des étrangers. Tous ces parvis étaient environnés de galeries à deux étages. Ceci est indiqué dans Ezéchiel, chap. 41, versets 31, 34, 37 et 49. On montait à chaque parvis, dit Ezéchiel, par huit degrés. Jérémie nous indique aussi ces différentes élévations en appelant le parvis des prêtres la cour supérieure (c. XXXVI, v. 20). Saint Jérôme fait aussi cette remarque en disant que se rendre au temple se dit toujours ascension, ‘‘ascendere” (c. XXII, v. 10).
Passons à une revue générale du temple, qui offrait un aspect des plus imposants.
Quand, au-dessus du torrent de Cédron, on envisageait toute la masse du temple avec ses terrasses superposées et ses galeries se succédant les unes aux autres, on était frappé d'admiration de la majesté de cet ensemble.
On voyait d’abord l'enceinte extérieure avec des pavil-
lons d'angle, puis une galerie accompagnée de trois portes d'entrée : ces portes étaient couronnées par des pylones semblables pour la dimension à ceux qui servaient de façade aux temples de l'Egypte.
Au dedans de cetteenceinte, l’on trouvait des escaliers de huit coudées de hauteur, suivant Ezéchiel. Ces escaliers aboutissaient à plusieurs portes surmontées de portiques.
Au delà était le parvis des étrangers, de mille pieds sur chaque façade. Ce parvis était orné, à l’intérieur, de portiques à deux étages qui faisaient tout le tour du monument. De là les assistants pouvaient voir au-dessus des autres parvis tout ce qui se passait sur la plate-forme du parvis des prêtres et à l’autel des holocaustes où les victimes étaient consumées.
Il y avait quatre côtés à chacun des quatre parvis et à chaque côté trois ou quatre portes, ce qui faisait aux quatre étages réunis près de cinquante portes avec tours et pylones. Il y avait quatre mille gardiens, ce qui fait pour chaque porte à peu près quatre-vingts gardiens (II Paral., c. VI, v. 6).
En continuant à monter en trouvait le parvis des fidèles avec sa galerie quadrangulaire de huit cents pieds sur chaque face, avec ses portes, ses tours et ses pylones répétés sur trois côtés.
Puis venait le parvis des prêtres, élevé, suivant Ezéchiel, de huit coudées, auquel l’on arrivait par des escaliers d’un
style monumental. On voyait la plate-forme où l’on contemplait l’autel des holocaustes, les autels des parfums, et enfin, à droite et à gauche, les habitations des prêtres.
Pour ce qui est du style du monument, on peut dire que tout ce qui reste à Jérusalem, dans les environs du temple et dans le pays voisin de la ville, est d’un style ressemblant au style grec. Ainsi, à l’enceinte d’Hébron, au tombeau d’Absalon, au mur du Haram, au tombeau del Merrouch, à la porte dorée, à la porte double, aux parties dites de Salomon actuellement conservées.
Les murailles d’Hébron, à la mosquée bâtie sur le tombeau d'Abraham, sont d’un style semblable au style grec, et elles passent pour être une construction salomonienne. Les parvis et les carreaux de la cour principale qui remontent, dit-on, au temps de Salomon, présentent un spectacle admirable dans le genre hellénique. L’appareil des murailles est le même que celui du Harem el Cheir de Jérusalem. À Hébron les pierres sont de la même dimension et de la même forme qu’à Jérusalem.
Cela formait un magnifique ensemble. C’est là que s’accomplissaient les cérémonies.
C’est là qu’apparaissait l’armée des prêtres richement vêtus; c’est de là que retentissaient les chants d’un millier de lévites accompagnés par des centaines de trompettes, *
* David avait fait le dénombrement des enfants de Lévi, il avait trouvé 38,000 hommes, parmi lesquels on choisit ceux qui seraient
Au fond apparaissait la perspective du temple avec ses colonnes de porphyre et de jaspe, accompagné des tours de la façade de cent quatre-vingts pieds de hauteur, ornées du haut en bas de lames d’or et d’argent, de mosaïques, de pierres précieuses, de marbres éclatants veinés de rose, rayés de vert, étoilés de pourpre, adoucis et comme flottant dans les airs au milieu de la fumée des sacrifices.
Pendant les chants et les symphonies les cortèges et les processions des prêtres défilaient, traversant les parvis et descendant les escaliers avec de longues robes de lin et de soie, des dalmatiques brochées et dorées, des draperies couvertes de perles et de diamants. Au milieu de ces processions, l’on distinguait les principaux prêtres, portant des dalmatiques d’or relevées de pierreries, tandis que les plus riches ornementations étaient réservées pour la toge et le pectoral, en forme de cuirasse, du grand prêtre.
Toute cette pompe répondait dignement à la majesté des cérémonies et à la beauté du chant.
La musique était magnifique quant à la beauté des instruments, quant au nombre des exécutants et quant à la capacité des artistes qui conduisaient les chœurs.
consacrés au temple (Paral. I, c. XXIII, v. 3). 24,000 furent choisis ct distribués pour le service du temple, 6000 comme chefs et j juges, 4000 pour être gardiens des portes et garder les trésors, 4000 pour le chant sacré, avec des instruments qui les accompagnuient.
Il y avait trois sortes d'instruments : les instruments à vent, les instruments à cordes et les instruments de percussion.
Purmi les instruments à vent, les trompettes étaient de différents genres : il y avait des trompettes droites et aussi des trompettes recourbées, parmi lesquelles plusieurs étaient d’une grande puissance. Il y avait aussi des instruments en bois répondant aux flûtes et aux hautbois.
Les instruments à cordes comprenaient des harpes en grand nombre, des luths, des lyres, etc.
Parmi les instruments de percussion : les tambours, les cymbales, des pavillons à cloches, enfin, des timbales.
Pour le chant, l’on comptait 4000 chantres avec 300 coryphées qui conduisaient les chœurs et qui étaient des chantres éminents. Cette pompe musicale peut être appréciée d’après plusieurs chants qui nous ont été conservés.
Voici les principaux que nous pouvons citer: les psaumes, les lamentations, les hymnes, le tout suivant différents modes que les Grecs se sont appropriés en leur donnant des noms qui ont été conservés : doriens, hypodoriens, ioniens, lydiens, phrygiens.
De même que les philosophes s'étaient inspirés des enseignements de la Bible, les musiciens grecs s'étaient inspirés des chants de David.
Enfin, les Grecs connaissaient les différents styles de construction du temple de Salomon, auxquels ils ont
donné les désignations de dorien, hypodorien, ionien. Il y aurait donc aussi dans l’architecture des rapports avec les enseignements hébraïques, comme il y en a dans la philosophie et dans la musique.
Ce qui montre ces rapports, ce sont les ouvrages qui subsistent en Judée depuis les plus anciens temps et que l’on nomme salomoniens, et qui ont tant d'analogie avec le style grec, comme la porte dorée, les murs du temple, les tombeaux sur les rives du torrent de Cédron, le tombeau d'Abraham à Hébron.
Ce qui semble aussi le prouver, c’est que dans le dome de Saint-Pierre de Rome l’on voit sur les énormes piliers de la coupole une douzaine de colonnes enlevées aux ruines du temple de Jérusalem et qui ont la forme des colonnes grecques.
Ilest bien difficile de rien affirmer sur les véritables origines de l’art et de rien inférer des ressemblances des œuvres antiques. Nous ne savons sur quelles preuves se sont appuyés quelques Pères qui, dans leurs écrits, affirment que les cinq ordres viennent du temple de Salomon.
Toujours est-il que d’après ces affirmations quelques grands critiques ont assuré que les cinq ordres sont si parfaits qu'ils doivent venir d’une inspiration excellente qui semble bien au-dessus de toute inspiration humaine.
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