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à LES PLANÈTES VOISINES DE LA TERRE 397

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centimètres) n’est pas un point géométrique, mais un petit disque de diamètre Le , en secondes d'arc. Une lunette de 12 centimètres de diamètre permet donc de « séparer », de voir distinctement 2 petites étoiles ou 2 détails planétaires dont la distance apparente est dans le ciel de qe: une lunette de 24 centimètres permet d’en séparer dont l'intervalle n’est que de 0”,5. IL semble donc physiquement impossible que, toutes choses égales par ailleurs, on ne voie pas plus nettement avec un objectif de { mètre qu'avec un de 50 centimètres et a fortiori avec un plus petit.

Percival Lowell, le mieux armé des partisans des canaux de Mars, prétendait au contraire améliorer la définition de son objectif de 6 m. 60 en le diaphragmant à 0 m. 50 et même à 0 m. 30 (1). On ne fait pourtant ainsi qu'obvier à l’imperfection de la mise au point en rendant le faisceau lumineux (fig. 118) plus délié et voir plus nettement les détails qui ne sont pas au foyer, ce qui peut avoir de l'intérêt en photographie pratique, mais n'en à aucun dans les observations visuelles, où les images sont tout entières dans le plan focal. Quant au diamètre effectif de l’image d’un point, il continue à ne dépendre que de l'ouverture de l'objectif, diaphragme en place, et le diaphragme ne fait que l’augmenter.

Lowell employait encore un autre artifice. Il plaçait devant l'oculaire un verre neutre affaiblissant l'intensité des images : il affirmait ainsi réduire l'influence nuisible de la diffraction. Si l’on représente en effet par une surface, évidemment de révolution, l'intensité de la lumière aux différents points de la tache circulaire donnée dans le plan focal par un point éloigné, cette surface, bien connue d'ailleurs (2), se trouve avoir la forme d’un pain de sucre. Employer un verre

Fig. 418.

(1) Bulletin de la Société Astronomique de France, t. 24, 1910, p. 465

(2) CH Anpré, Traité d'Astronomie Stellaire, Paris (Gauthier-Villars), 4900, t. 1, p. 28

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neutre revient alors à supprimer tous les points de la tache trop faiblement éclairés : les choses se passent en somme . comme si le plan focal au lieu d'être en AB était reporté en AB, (fig. 119) et'le diamètre de la tache de diffraction est en effet diminué. Mais, quelle que soit la valeur pratique du procédé, il est entièrement indépendant de l'emploi du diaphragme. Les critiques soulevées par cette dernière méthode n’en conservent pas moins leur valeur. On pouvait donc à bon droit s'étonner que ce fût justement le défenseur le plus ardent de la réalité des canaux qui dût, pour les voir, réduire artificiellement l'efficacité de sa lunette.

Le climat de Flagstaff, si supérieur qu'il fût d’après Lowell à ceux de Lick ou du Mont Wilson, ne suffisait évidemment pas à expliquer l'énigme, qui restait entière.

Fig. 119.

9. Experrences pe Maunoer Er Evans &r DE NewcomB. — On s’est alors demandé siles canaux n'étaient pas dus à une perception imparfaite de détails réels, à la limite de visibilité. MM. E. W. Maunder et J. E. Evans (1) imaginèrent (1902-03) etNewcomb (2) refit l'expérience suivante. On exécuta une figure basée sur un beau dessin de Mars, de Schiaparelli, de Lowell ou de quelque autre partisan des canaux, mais sans y mettre les canaux : à leur place on disposa quelques points, lignes sinueuses ou taches irrégulières. La figure, à assez grande échelle (fig. 120), fut suspendue dans une salle d’école et des enfants, assis à des distances diverses du modèle, furent chargés de dessiner ce qu'ils voyaient : on les avait choisis d'avance sachant un peu de dessin, doués d’une bonne vue et surtout n’ayant jamais entendu parler de Mars ni deses canaux.

(1) Monthly Notices of the Royal Astronomical Society, t. LXIN, 1902-1903, p. 488.

(2) Cu. Axpré, Les Planèêtes et leur Origine (déjà cité) p. 72. .

spenies CC AGUX

Caltirhoe

Fig. 120. — Expériences de E. W,. Maunder.

En bas : Dessin original de Mars, En haut : Modèle présenté aux enfants.

Fig, 421. — Expériences de E. W. Maunder.

Dessins des enfants placés à diverses distances du modèle.

sirent exactement ; les plus éloignés dessinèrent seulement les continents et les mers et ceux assis au milieu de la pièce figurèrent en général par des lignes droites les détails qu'ils apercevaient vaguement là où Schiaparelli etLowell avaient marqué leurs principaux canaux (fig. 121).

Il est donc à peu près certain que les canaux de Mars ne sont que des illusions. Il y a sûrement, sur la planète, des taches ou des lignes plus ou moins irrégulifres tenant à la géographie martienne. Peut-être sont-ce des chaines de montagnes, des accidents géologiques locaux,'des marécages ou des nappes d’eau (sans doute peu profondes, on l'a vu). Tout cela est juste à la limite de visibilité : l’œil y voit des taches circulaires (oasis) et des lignes droites et ces taches ou ces lignes, il croit les distinguer d'autant mieux que la diffraction a plus d'influence, c’est-à-dire que l'instrument est plus petit.

10. LA VIE EST-ELLE PossiBze SUR Mars — Nous venons de résumer l'explication la plus probable des canaux de Mars : elle ne signifie pas du tout qu'aucun être vivant n'existe sur cette planète sans doute très sèche, presque sans air, et gla- cée. Le séjour de Mars ne se prête certes pas beaucoup à la vie animale supérieure, telle que nous la voyons autour de nous. Il en va autrement des végétaux, de ceux tout au moins des toundras sibériennes dont l'existence sur Mars paraît assez probable et rend du même coup possible celle d'animaux rudimentaires. Ÿ en a-t-il d’autres, qui nous intéresseraient davantage ? C’est difficile à dire. N'oublions pas cependant que si certaines conditions physiques terrestres nous paraissent nécessaires à la vie, c’est que, par suite de Ia longue évolution de toute l'échelle des êtres, ceux-cise sont précisément adaptés au milieu terrestre, au point de ne plus pouvoir s’en passer et de ne plus même pouvoir en imaginer d’autres. Des poissons intelligents jugeraient vraisem-. blablement la vie impossible hors de l’eau. Nous aussi, nous faisons toujours, sans le vouloir, de notre expérience limitée la règle de l'Univers. — Avant donc de rous prononcer, attendons et continuons à observer Mars.

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