PLANCHE XXVI
Comète Borrelly de 1903, 24 juillet 1903.
(Observatoire Yerkes).
soire. Une telle éventualité a souvent provoqué les craintes du public — quelque peu exagérées par des journalistes en quête de copie. À plusieurs reprises, la Terre a traversé des queues de comètes, notamment celle de la Comète de Halley, le 19 mai 1910 : rien d’anormal n’a jamais été constaté ici-bas, si ce n’est parfois une certaine recrudescence du nombre des éfêiles filantes (1).
La matière caudale rencontre par ailleurs, à n’en pas douter, dans l’espace interplanétaire, d’autres matériaux, solides probablement, si espacés soient-ils, qui la dévient de sa route : on ne peut guère s'expliquer autrement les déformations étranges autant qu’inattendues éprouvées par Les queues de certaines comètes et dont la Comète de Brooks (2) de 1893, puis celle de Morehouse (3) surtout en 1908 sont des exemples bien connus.
16. DISPARITION GRADUELLE DES QUEUES COMÉTAIRES. — Un fait certain — et capital — c’est que la Queue est formée de matériaux expulsés par la Tête. Les comètes périodiques sont, à chacun de leurs retours, de moins en moins pourvues de queues : elles finissent même à la longue par ne plus en avoir du tout et l’absence de queue est le caractère le plus apparent qui distingue la grande majorité d’entre elles. Le phénomène a été observé dans son évolution progressive à bien des reprises (PI. XXVI) : un des cas les plus nets a été celui de la Comète de Halley (PL XXVIT qui possédait, en 1680 et à ses apparitions antérieures, une queue formidable que l’on vit successivement décroitre en 1758, 1835 et enfin en 1910, année où cet astre fameux serait resté presque inaperçu sans le souvenir de son histoire passée.
En même temps que les comètes périodiques perdent leur
(1) Comme ce fut le cas pour l’averse d'étoiles filantes qui signala le passage de la Comète de Biela tout près de l'orbite terrestre (voir p. 458).
(2) Photographiée par E. E. Barnard,
(3) Voir par exemple : F. Quénisser et F. Bauner, Comptes Rendus de l'Académie des Sciences, t. 147, 1908,p. 1033. — Et aussi Bulletin de la Société Astronomique de France, t. 22, 1908, passim. — Nous reviendrons du reste sur cette question à propos de la désagrégation des comètes.
queue, leur tête et leur noyau deviennent de plus en plus faibles. Il résulterait de tout cela, si l’on n’en avait pas d’autres preuves, que les comètes, prises individuellement, et en réalité comme en apparence, ne peuvent être dans l'Univers que des phénomènes éphémères... Mais nous en arrivons maintenant aux problèmes qui touchent de près la nature et le rôle cosmogonique des comètes et il semble que ce soit l'étude détaillée des orbites qui puisse nous apporter là-dessus les plus utiles éclaircissements.
17. Groupes £T FAMILLES DE comèTEs. — Il arrive parfois que plusieurs comètes suivent la même orbite : elles la parcourent en file indienne, à intervalles plus ou moins longs, comime si elles n’en avaient jadis formé qu’une seule, disloquée dans la suite, hypothèse que nous verrons bientôt (1) être exacte. L'exemple le plus célèbre de cette association est celui des grandes comètes de 1668, 1843, 1880 et 1882, auxquelles il faut peut-être ajouter la petite comète observée en igypte à l’éclipse de 1882 (2) : toutes ces comètes avaient presque exactement la même orbite, remarquable d’ailleurs par sa très faible distance-périhélie.
Les comètes d’un groupe ne sauraient répondre aux apparitions successives d’un même astre, car leurs périodes sont généralement énormes (500 à 1000 ans) et très supérieures aux intervalles des réapparitions. Ce sont donc bien des astres distincts.
A côté de ces groupes, il existe des familles de comètes qui, sans parcourir comme les précédentes la même traJectoire, ont leurs aphélies et aussi leurs nœuds (ascendants ou descendants) dans le voisinage de l'orbite d’une des grosses planètes : ces comètes ont donc pu passer autrefois, à une époque plus ou moins reculée, à proximité de la planète.
Les orbites d’une même famille n’ont d'autre point de
(4) Voir p. 451.
(2) Cette pelitecomète futinopinément photographiée par Sir A. ScRUSTER en Egypte, en même temps que la Couronne solaire (Top, Stars and Telescopes, p. 202); W. Meyer a établi qu'elle faisait partie du groupe en question (Astronomische Nachrichten, t. 114, 1886, no 2717, p. 69).