CHAPITRE VI
1. CircoNSrANcEs DES CHUTES. — Nous ne nous sommes occupés jusqu'ici que des étoiles filantes proprement dites, qui ne font pas de bruit et ne semblent pas arriver au sol. Il y a pourtant aussi parfois des météores de grandes dimensions qui éclatent avec fracas et dont on retrouve les morceaux (PI. XXIX) : ce sont les aérolithes qu’on appelle aussi wranolithes ou météorites (4).
Les météorites peuvent tomber aussi bien le jour que la nuit. La nuit, le phénomène est celui d’une grosse étoile filante, de celles que nous avons appelées bolides. On aperçoit à l’improviste une boule de feu éclatante, parfois aussi grosse en apparence que la Lune et qui laisse derrière elle une traînée lumineuse persistante ; le mouvement est très rapide, souvent irrégulier et il se termine par une ou plusieurs explosions bruyantes, suivies d'une chute de pierres de masse variable. Le jour, des nuages blancs remplacent la trainée de lumière.
L'état de l'atmosphère importe peu. Les chutes d’aérolithes semblent avoir lieu au hasard et à peu près indistinctement dans toutes les régions de la Terre, ce qui révèle clairement leur caractère cosmique.
2. Hisrorique. — Des faits analogues se sont souvent produits dans l'antiquité. La Bible fait déjà mention de « grêles
(1) On consultera surtout sur ce sujet les ouvrages suivants : À. Guic- LEMIN, Les Etoiles Filantes et les Pierres qui tombent du liel, Paris, Hachette, 4889 ; L. Fiercuer, An /ntroduction to the Study of Meteorites, Londres, au British Museum (Nat. History), 1914 ; O. C. FARRINGTON, Meteoriles, Chicago (Donnelley and sons), 1915.
de pierres ». La fameuse pierre noire, conservée à la Kasbah de La Mecque au temps de Mahomet était un aérolithe. Mais nous ne possédons plus aujourd'hui aueun échantillon météorique aussi ancien. Le premier en date dont l’authenticité soit indiscutable est la météorite trouvée à Ensisheim (Alsace) le 16 novembre 1492 : le Muséum de Paris en conserve un fragment.
En dehors des explications surnaturelles, on n'a longtemps vu dans ces chutes qu'un phénomène atmosphérique : ül n’y à guère plus d’un siècle que l’on apprécie sainement les choses. En 1792 Lavoisier, dans un rapport à l’Académie des Sciences, affirmait encore que les aérolithes n'étaient que des pierres ordinaires altérées par la foudre. C'est le physicien autrichien Chladni qui reconnut (1794), comme il l'avait déjà fait pour les étoiles filantes, l’origine cosmique des météorites, origine qui en constitue justement l'immense intérêt. Ces phénomènes sont malheureusement trop peu étudiés au point de vue astronomique : les nombreux travaux minéralogiques publiés ne fournissent en effet que d'assez maigres renseignements sur les aspects les plus captivants de la question.
3. TRAJECTOIRES APPARENTES. — Toutes les fois qu’un aérolithe a pu être observé de plusieurs endroits, ce qui n'est pas rare, on peut, comme pour les étoiles filantes, évaluer la hauteur de l'apparition. Elle est de l’ordre de 130 à 150 kilomètres. Le bolide s'éteint en général à 8 ou 15 kilomètres du sol après avoir parcouru dans l'air, souvent obliquement, quelques centaines de kilomètres.
La vitesse par rapport à l'observateur, difficile à connaitre avec précision — en raison surtout de la surprise bien naturelle qu’on éprouve en pareil cas — à cependant toujours été trouvée comprise entre 16 et 75 km./sec. Elle est donc de l’ordre de la vitesse parabolique qui correspond à la distance de la Terre au Soleil. Un corps gravitant autour de la Terre ne saurait dépasser la vitesse parabolique répondant à l'attraction du globe, soit en chiffres {ronds 11 km./sec. au maximum. Les aérolithes sont donc'de véritables petits