Pratique des observations. Méthodes générales
La valeur des observations dépend certainement des instruments : elle dépend encore plus de la manière de s’en servir. Quels que soient d’ailleurs ces instruments, leur maniement repose sur quelques principes très généraux et très simples. | Nous n'avons pas à dresser ici le catalogue de tout ce qu'un voyageur doit emporter avec lui pour faire de bonnes observations. Quand on dispose de ressources suffisantes pour lacquisition d'un matériel considérable et qu’on n’est pas embarrassé pour
le transporter, on se compose une collection variée d'instruments
aussi exacts que possible. Si l’on est obligé de se restreindre pour une raison ou pour une autre, on se contente des instrume les plus nécessaires : un altazimut, un bon cercle à réflexion, ® chronomètre ou compteur, une bonne longue-vue et un horizon artificiel composent un bagage peu coûteux, peu encombrant eb parfaitement suffisant. Certaines boussoles de déclinaison peuy remplacer le théodolite.
Un instrument bien conçu doit donner la même précision ses divers organes : le grossissement de la lunette, la sensibilité du niveau, la lecture de la graduation doivent conduire à peu près
[e) la même approximation. On oublie souvent ce principe quand on
munit les instruments de lunettes puissantes permettant de pointer à 1/ ou 2” près, tandis que sur le cercle divisé on lit les angles à 10! près, et que parfois le niveau n’est sensible qu'à 15” ou 20" prèsé un tel instrument est mal équilibré.
Dans une observation d’astre, c’est le pointé qui se fait géné= ralement avec le plus d’exactitude. La précision des lectures est sensiblement augmentée par l'emploi des microscopes micromé= triques, dont on ne saurait assez recommander l’usage. La lectun du niveau, au contraire, est difficile et sujette à des incertitudes Il y a donc intérêt à augmenter le nombre et la précision des nivel lements autant que celui des pointés. Ceci s'applique encore, bit que dans une moindre mesure, aux pointés au nadir. L'opérati qui consiste à recouvrir l'image, faible et souvent tremblotante;d fil réfléchi, par l’image si noire du fil direct est moins précise que le pointé d’une étoile. La pratique qui consiste à observer un grä nombre d'étoiles et à faire peu de pointés au nadir peut se just dans les observatoires : ailleurs elle est contraire aux vrais prine cipes. L'erreur sur la hauteur dépend autant de l’erreur sur la v ticale que de celle sur le pointé de l’astre; ces erreurs, auxquel il faut joindre les incertitudes sur la réfraction, sont incomparal ment supérieures à celles que comportent les Catalogues et éphémérides : il y a donc, nous le répétons, plus d'intérêt à multi plier les déterminations de la verticale, et à bien combiner le cho des étoiles en vue d'éliminer les erreurs de la réfraction, augmenter indéfiniment le nombre d'étoiles observées et celui observations de chaque étoile.
On se rend facilement compte de ce fait, en examinant les dine
gences des diverses sortes d'observations par comparaison des résultats partiels avec les moyennes.
Est-ce à dire qu'il faille se contenter d’un petit nombre d’observations? Nous sommes loin de le prétendre; au contraire, il sera toujours nécessaire de faire un nombre suffisant d'observations de même espèce pour être assuré de vérifications nombreuses ; mais
“ces mots nombre suffisant ne s'appliquent pas à un seul genre d'opérations, ils concernent tout ce qui concourt à constituer Pobservation complète, ainsi qu'on l’a fait ressortir.
Une des conditions essentielles à réaliser pour avoir de bonnes observations, c’est la stabilité des instruments : cette stabilité : dépend de la construction de l’appareil, de son poids, du bon agencement de ses organes. Elle dépend, cela va sans dire, du sol sur lequel on s'établit. On doit étudier avec soin l'installation que l’on choisira; on se résignera à la rigueur à certains inconvéments accessoires pour trouver une base ferme, sur laquelle les mouvements de l’observateur ne dérangeront pas l'instrument. Si Von est forcé d'observer sur un terrain sablonneux, il faut enfoncer le pied de l'instrument jusqu’à refus. Il est toujours préférable, quand les circonstances s'y prêtent, de prendre pour pied le rocher lui-même ou une construction en pierre ayant de bonnes fondations. On se défiera des sols tourbeux, fermes en apparence, mais très élastiques, qui transmettent à l’instrument toutes les vibrations et tous les mouvements qui se produisent dans le voisinage.
On doit apporter une attention toute particulière au choix des pieds portatifs. Plus ils sont lourds, meilleurs ils sont. Les pieds du théodolite doivent être disposés de telle sorte que chacune des trois branches soit composée de deux pièces de bois solidement reliées entre elles et aussi écartées que possible vers le haut, à où elles s’attachent au plateau, pour éviter les mouvements de rotation et de torsion.
On ne devra pas trop craindre le vent, quand il n’est pas assez fort pour rendre l'observation difficile. Le cercle méridien même donne de meilleurs résultats quand on observe en plein air; les réfractions sont alors plus normales que lorsqu'on opère dans une cabane fermée à travée méridienne. Plus l'horizon est dégagé, meilleures sont les conditions de l'observation.
Tout pointé revient à faire coïncider deux points par super-
position. Avec les instruments à réflexion ou les micromètres à double image, on est amené à superposer deux images du même point ou de deux points différents. Avec les lunettes à réticule, le pointé consiste à recouvrir l’image d’un point extérieur par
l’image d’un point du réticule.
Les méthodes à suivre varient avec les dimensions de l’objet visé” et avec la nature de l’élément qu'il s’agit de déterminer.
La première précaution à prendre consiste à égaliser autant que* possible l’éclat des deux images qui doivent être superposées.
Si l’on observe le Soleil, il est nécessaire de munir l’oculaire. d’une bonnette convenablement colorée. Il faut parfois recourir aux verres colorés, même pour l’observation de la Lune.
Quand on pointe des objets terrestres de petite dimension appas rente et d’un faible éclat, ils disparaissent complètement derrière le fil, et la bissection de l’image par celui-ci est difficile à réaliser exactement. Dans ce cas, 1l est avantageux d’avoir deux fils paral= lèles, dont l’espacement est suffisant pour que l’image de l’objet soil visible entre eux, et assez petit pour que l’œil apprécie avec exactitude le moment où l’image est à égale distance des deux: La distance convenable dépend, comme on l’a vu, du grossisse= ment de la lunette. Ce dispositif est encore avantageux pour le pointé au nadir. Il doit être d'autant plus recommandé qu'il n'ems pêche nullement lobservation à un fil unique qui est meilleure pour les étoiles brillantes : il suffit, dans ce cas, de connaître la distance angulaire des deux fils et d’en tenir compte comme d’une collimation.