‹ Cours d'économie industrielle, 1836-1838Chapitre 87 sur 105 · SORTIE · texte numérisé non relu

SORTIE

Êkwn. N»v!re« ToDoa;;^. £qu'pafr.

Moy. 77,150 3,060,765 347,255 1827 72,850 2,850,822 325,024 18M 78,996 8,412,144 971.901

( 345 ) Aprè« ces coii$iclératiotis gënërales sur l'ensemble de notre commerce y pénétrons un peu dans les détails. Un fait nous frappera tout d'abord^ c'est l'accrois sèment continuel du chiffre des importations de certaines matières premières^ que nous pourrions produire avec avantage^ et que nous demandons cependant à Tétranger.

Tableau des importations des principales matières nécessaires à t industrie.

COMMEBCE GÉNÉRAL. COMMEECE SPÉCIAL.

1827. ^ 1836. moyenne. 1827. 1836. moyenne. MATtÈRR8.''^g' mHUoB8é mîtlions. millions, millions, miittoni. millions.

Soe " 69 80 73 32 41 40

Coton 63 103 71 52 76 59

Huile 28 27 32 25 27 30

Bois communs 22 34 26 20 81 23 Boisde teinture et

a'ébénisterie 4 6 o 3 4 3

Indigo 20 26 25 15 15 18

Laines en masse 12 38 20 11 ^ 16

Peaux brutes 11 21 16 9 20 14

Cuivre. 9 14 12 10 13 11

Tabac en feuilles 15 13 10 8 7 6

Houille 8 15 1^ 8 14 10

Poils 6 20 9 5 5 6

Plomb 7 12 8 6 8 7

Filsdettn et chanvre 9 12 8 8 12 9

Fer et fonte 7 9 7 5 6 5

Ëiainbrut 2 3 3 2 3 3

Divers 68 98 67 57 82 55

Totaux 357 531 ÏÔi 276 396 liîi

Ainsi^ pour les soies, par exemple, notre consommation (le commerce spécial) qui n'en employait que pour 32 millions de francs en ah-

sorbe aujouird'hui pour 41 millions* C^est*là, je le sais, un fait avantageux pour noa fabriques de soieries, dont il indique le développement; mais, je le demande, y eussent^Ues moins gagné, ai Tagriculiure française leur eût fourni ces 4i millions desoîe? Ici, véritablement, nous avons payé comme nation un tribut à l'étranger; car nous aurions pu produire nous-mêmes bien au-delà de cette quantité de soie, ce qui eût augmenté d*autant les revenus de nos producteurs, et par conséquent leurs moyens de consommation.

Ce ne sont plus aujourd'hui les départements du midi seuls qui sont intéressés à cette question des soies, mais encore tous ceux du centie et même du nord, chez lesquels des essais faits sur une grande échelle ont reconnu la faculté de produire.

Si des soies nous passons aux huiles, nous remarquerons une augmentation qui pour être moins forte n'en est pas moins fâcheuse. N'y a-t-il donc plus en France de terres propres à la culture de l'olivier, à celle du colza, de la navette et de toutes les autres plantes oléagineuses ? Si, certainement , il y en a ; mais il y a aussi des cultivateurs routiniers qui s'obstinent à ne faire que dm céréales qu'ils ne vendent pas, et qui se refusent à imiter les départements du nord dans les progrès qu'ils ont fait faire à l'agriculture industrielle.

Pour les houilles, l'importation s'est accrue de 8 à 1 4 (je ne parle que du commerce spécial); ici encore je ferai la même question que pour les hui*

( 347 ) le$ ; n'y a<*t«il plus de mines en France ? celles qu on exploite donnent^elles tout ce qu*elles pour* raient donner? Oui , il y a beaucoup de mines; mais malheureusement beaucoup d'exploitations sont mal dirigées, il y a des chômages, des pertes de temps; avec les seules machfnes qui exii^tent, et sans ouvrir un seul nouveau pujts, on pourrait peut-être doubler ia production. II y a du reste, il faut le reconnaître, une autre cause aux progrés de l'importation qui datent surtout des dernières années ; c'est que l'abaissement des droits a laissé entrer sur plusieurs points de no» frontières des houilles étrangères ; elles n'ont, du reste, feit aucun mal aux houilles françaises ^ qui ne peuvent suffire aux demandes qui en sont faites.

Je finirai par quelques réflexions sur nos colonies. C'est bien à tort que quelques personnes croient à une révolution commerciale, si le pacte qui unit la France à ses colonies était modifié; si par exemple elles étaient libres d'acheter ce qu'il qui leur faut, là où elles le trouvent à bon marché, et de vendre leurs produits sur les places les plus avantageuses.

Nous avons vu que comme marine ^ le commerce que nous faisons avec elles n'employait que 218 sur 717 (pour nos propres navires); sous le rapport de l'importance des affaires, il ne s'élève qu'à 116 millions (dont 66 millions pour l'importation et 50 millions pour rexportation) sur 1366 millions. Encore faudrait-il réduire de ce chiffre les navires et les valeurs appartenant à la grande pèche et au commerce du Sénégal^ qu'on ne peut

( 348 ) considérer comme faisant partie du commerce des colonies. €ette réduction est de plus de 1 0 millions de francs; elle réduit nos relations avec les colo* nies à un peu plus de 1 00 millions; et^ je le répète, le commerce général ne s'élève en moyenne qu'à 1366 millions*

En résumant ce qui précède , uous voyons que de grands progrès ont été faits sur presque tous les points, et que, s'ils n'ont pas été les mêmes partout, cela tient surtout à l'imperfection de certaines lois de douanes , dont nous avons depuis longtemps demandé la révision^ qu'il faudra bien qu'on nous accorde enGn.

Ad.B.(desV.).

TRENTE-SEl^TIÈME LEÇON.

27a\rillb58.

RKVU»i GENERALK.

SoMHitAK : Services rendas par Péconomie politique au contiuerce , à Piiidustrie, à la société en général. '

Messieurs j

Arrivés à la fin de nos travaux^ nous éprouvons le besoin de jeter un regard en arrière pour voir ce que nous avons fait^ et un autre dans l'avenir pour essayer de connaître ce qu'il nous reste à faire.

Il serait injuste de nier les progrès de Téconomie politique et les services rendus par cette science à la société, depuis un certain nombre d'années. Elle a condamné la guerre, et la guerre a presque complètement abandonné l'Europe; la lutte n'existe plus aujourd'hui enlre les peuples pour se détruire, les intérêts seuls se combattent.

( 350 ) On trouve plus de gloire à vaincre des difficultés naturelles 9 à percer des tunnels sous des fleuves, à élever des canaux au-dessus des vallées, à jeter des ponts sur de hautes montagnes qu'à gagner des batailles. On ne fonde plus sa réputation en tuant des hommes, mais en les enrichissant.

Après avoir ruiné la guerre des canons, Téconomie politique s'est attachée à affaiblir et à faire disparaître les rivalités jalouses , parfois haineuses^ qui s'étaient élevées entre les différents travailleurs dont la production réclamait le concours. Elle a posé et défini les devoirs aussi bien que les droits de chacun , elle a reconnu les services du capital et de rintelligence ; mais elle a réclamé pour ceux du créateur matériel, de l'ouvrier, une part meilleure et plus juste dans lés produits du travail commun. Et comme il arrivait encore que cette part était faible, parce que les besoins étaient grands, et que l'inégalité des fortunes nuisait à la prospérité , au bien-être , à la véritable indépendance des salariés ; elle leur a montré un avenir meilleur, elle leur a offert un moyen de s'élever à la condition de capitalistes, en ouvrant un asile sûr, en donnant un placement fructueux à leurs plub modestes épargnes : résultats de privations consenties librement, et qui sont comme autant de conquêtes journalières, remportées par l'ouvrier sur lui-même, sur ses plaisirs, quelquefois même sur son nécessaire.

D* au très ressources, d'autres facilités ont encore été offertes aux producteurs : les caisses d'épargne avaient réuni leurs économies, les avaient

groupées pour faire des capitaux ; l'association y ce principe fécond et puissant , s'est emparé de ceux^, et de la réunion de sommes insignifiantes a formé des masses de capitaux, qui ont pu lutter avantageusement contre ceux des ex-^suzerains du crédit. C'est aussi Tassociation ^ guidée par la science, qui a afïranchi l'industrie et le commerce d'une partie de ses chances mauvaises; par les assurances^ elle a sauvé la fortune des uns; par d'habiles combinaisons, elle a garanti l'avenir des autres; elle a dit au père de famille qui trouve son revenu dans le salaire de son travail : Sois tranquille, je veille sur les tiens; et si tu meurs avant d'avoir assuré leur sort, je m'en charge, c'est moi qui te remplacerai.

C'est la science de l'économie politique qui s préparé ces reformes, organisé ces institutions, ef, qui nous en a appris les résultats. C'est elle aussi qui nous a montré comment les charges mal réparties, les impôts mal conçus, mal établis, altéraient les sources de la richesse publique; elle nous a fait toucher du doigt les déplorables conséquences des erreurs fiscales , dont le budget du paupérisme, que j'ai eu occasion d'étudier avec vous, a chiffré pour ainsi dire l'importance.

Nous lui devons encore de savoir apprécier enfin à sa juste valeur la puissance productive de l'homme, dans lequel nous avons reconnu l'existence d'un capital moral d'une grande fécondité, que l'instruction doit accroître et développer encore, et qu'il est regrettable, je dirais presque désastreux, pour un pays de voir se stériliser juste*-

( 352 ) iiienià l'époque de sa maturité, et lorsqu'il devrait produire davantage. Ce double mal, nous Vavons constaté en France, où le nombre des ignorants est encore si considérable, et où celui des gens qui savent, et qui doivent h leurs connaissances une fortune promptement acquise , est réduit inces* samment de tous ceux qui se retirent trop jeunes. C'est un grand service que l'économie politique a l'endu à la société, que de lui avoir monti^ que le plus important , le plus précieux de tous les moyens de produire la richesse , existait partout, puisque ce moyen, cet instrument, c'est Thomme. Elle lui a dit : « Comment ! vos cultivateurs consacrent des sommes considérables pour couvrir leurs champs d'engrais, vos industriels ne négligent aucun soin, ne reculent devant aucune dépense pour assurer et faciliter le jeu de leurs machines , et vous, vous négligez de cultiver votre * champ le plus fertile, de graisser et de soigner votre machine la plus précieuse, votre machine-mère, de laquelle toutes les autres dépendent , puis* qu'elles en sont sorties? L'instruction, Téducation, sont les engrais et la culture qui conviennent à 1 homme, votre machine par excellence; à l'homme, qu'il suffit de développer et d'instruire pour avoir trouvé la pierre philosophale, le secret de faire de l'or; et cette culture, cet engrais, vous le lui refusez ! Hàtez-vous donc de réparer votre erreur, et vous verrez que les faveurs de la nature, le sol et le climat, ne sobt rien auprès de Tintellîgence bien employée; car il dépend de chaque peuple de peser plus ou moius dans la balaace des

( 353 ) nations; tout cède devant la volonté ; savoir et vouloir c'est pouvoir, c'est être !»

Parmi les conseils que nous a donnés la science, il en est un surtout qu'il importe d'écouter. Elle nous a dit : « Il ne suffit pas que les hommes observent entre eux le principe de la division du travail, et qu'un seul ne soit pas chargé de plusieurs opérations, qu*un tailleur ne remplisse pas en même temps les fonctions du cordonnier ou du chapelier ; il faut également que les nations, se considérant comme des individus par rapport à l'univers entier, obéissent à la même loi économique. Il n'existe aujourd'hui tant de rivalités entre les peuples, ils ne se plaignent si haut des funestes résultats de la concurrence, que parce qu'ils ont violé le principe de la division du travail, et que chacun a voulu faire tout , exercer toutes les industries, et ne rien demander à ses voisins. Cette hostilité de douanes, ces luttes industrielles cesseront du jour où, toutes les barrières étant abaissées, chacun ne fera plus que ce qu'il est le plus apte à faire, et n'épuisera plus en efforts à demi stériles des forces qui seraient mieux employées sur des points spéciaux, déterminés par les conditions géologiques et topographiques. »

C'est ainsi que l'économie politique a cessé d'être une science toute spéculative pour devenir pratique; qu'elle est entrée en un mot dans le domaine des faits. Sans doute, elle n'a pas de solution immédiate et positive pour tous les cas, pour toutes les questions; mais, là ou elle est impuissante à résoudre complètement, elle donne du moins d excellents

Bbuiqui. t5

( 354 ) conseils qu'on ne méconnaît pas sans danger. La véritable révolution qui s'est opérée depuis vingt-cinq ans dans Técouornie politique est celle qui s'est accomplie dans le travail , par suite de rinvention de quelques macliines et de la déooaverte d'un certain nombre de procédés de ckinûe industrielle Un nouveau monde tout entier a été découvert^ et nous consommons aujourd'hui pour plusieurs centaines de millions de francs de produits qui étaient à peine connus de nos pères. La production générale des tissus de coton s élève à {Nrès de deux milliards ; celle du sucre à près de cinq cent millions. A calculer l'accroissement de l'industrie des laines, des toiles^ du fer, de la houille , des glaces et les développements prodi* gieulL de ces milliers de manufactures domestiques établies au sein de nos grandes villes, on ne tarde pas à reconnaître que tous les éléments de la production sont changés.

Chaque jour nous apporte sa découverte, et, tandis que les navires du commerce multiplient les arrivages de matiéi*es premières^ le génie de la mécanique enseigne des procédés plus économiques pour les mettre en œuvre. Arkwright a donné du travail à des millions de ses compatriotes; Bei^ thollet a révolutionné l'industrie des toiles; l'imprimerie fait en une heure le travail de 1 ,440,000 copistes ; le gaz, cette étincelle du génie de Lehon^ éclaire nos cités, et deux industries nouvelles, la fabrication de l'ammoniaque et du bitume, prennent naissance de la préparation du gaz à la houille. Qui eàt dit en 1804, lorsque dans un te-

( 355 ) cmii obscur do pays de Galles, une maohiae à va«peur mise en mouvement pour la première fois sur des barres de fer , entraînait à la remorque un e<Hivoi de wag<ms, que e'ëtail*là le commencemeut d'une réTolutîon Gratinée à changer la &oe du monde I Des emicaines de milli<His se sont mis da* puis lors au senrîce de là Hierveilleuse machine de Stephenson, qui n'est peut-être encore aux locomotives perfectionnées de Tavenir que ce que les fbsils à mèche furent aux armes à feu de nos jours*

Ce que l'économie politique, appuyée sur la statistique ou la science des faits, nous a montré de plus évident dans la revue rapide que nous avous faite de quelques-unes de nos industries, c e»t que la plus haute prospérité^ les plus grands profits étaient acquis aux industries utiles, et mrtout k celles dont les produits s'adressaient à ta plus grande masse de consommateurs.

€es deux scienoes rtonies nous ont œcore puiasamment aidés dans Tétude de quekpies questions de la plus haute gravité* Vcms vous rappelez sans doute que ce sont elles qui nous ont d<miié ks moyens de noiis imerposw dans la lutte ouverte «ntre Maithus et Godwîn^ et de d^iétor dans kurs fliéwies si diffiéi^ei^is les oôtés applicables que tant d'exagérations nom avaient long^temps cadaés. En nous montrant les abus de h bitmfaisanee aveugle, la ihéoriederun mms a appris à la raisonner; '^i noua foisant toucher ks plaies de 1 humanité, Godurio «MUS a fait sentir la nécessité de Tintervention d^ pouvoir et de k sollicitode officielk , pour

( 356 ) le soulagement de certaines misères, fruits âpres et amers de notre civilisation.

Vous parlerai-je encore, en terminant cet examen de nos travaux, des services rendus par Téconomie politique aux questions du crédit, qui préoccupent aujourd'hui si vivement les esprits ? Vous rappellerai-je les éloquentes plaidoiries de M. de Sismondi pour une plus égale répartition des profits du travail, qui fasse ressentir à tonu^s les classes de producteurs les progrès de la richesse pu* blique ?

Mais, de ce que la science a déjà beaucoup fait et que la société à sa suite a largement progressé, a*t-on le droit de dire : Halte ! et de se reposer sur ses travaux? — -Non, messieurs. — Sans doute la science a été utile ; mais une classe unique semble avoir profité jusqu'ici de ses conseils. La banlieue de chaque grand foyer industriel et commercial, le Havre, Rouen, Lille, Mulhouse, Saint-Quentin, Lyon, Marseille, s'est couverte de faubourgs opulents et d'élégantes maisons de plaisance ^ mais les campagnes et les villages sont restés immobiles et ont religieusement conservé jusqu'ici, de génération en génération, le même aspect de misère et de monotonie. On n'y voit que ruines et malpropreté; partout ce sont des murs écroulés, des demeures couvertes de chaume, des enfants mal vêtus et encore plus mal élevés. Considérez maintenant que les habitants de ces tristes réduits composent les deux tiers de la population française, et consomment à à peine le quart du produit de nos manufactures, vous reconnaîtrez aisément qu'il reste beaucoup à

(357) faire pour améliorer leur condition et pour assurer des débouchés aux produits de nos fabriques.

N'y a-t-il pas sujet de réfléchir sur un système de production qui nous force de chercher des consommateurs aux extrémités du monde, quand, à nos propres portes, au sein de notre patrie, nous avons des travailleurs qui manquent de tout ! Nous ne pouvons vendre nos toiles, et plus de dix milliers de nos concitoyens n'ont pas de linge! Nous demandons des primes à l'exportation des sucres, et il y a des vieillards et des enfants qui n'ont ja* mais connu, qui ne connaîtront jamais cette denrée ! Il y a là de tristes contrastes , et l'économie politique en est encore remplie; aussi, peut-on dire que, tant qu'ils n'auront pas disparu, la tâche des économistes ne sera pas achevée, il leur restera quelque chose à faire pour leur pays.

Ainsi, Messieurs, la matière ne nous manquera pas pour notre cours de Tannée prochaine.

Ad. B. (des V.)

Page 1