‹ Cours D'economie PolitiqueChapitre 81 sur 132 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Mines de mélaux précieux de divers pays. — l.’Allemagne et ses dépendances. — La Norwége.— L’Angleterre, l'Espagne, l’Italie, la France.— Les mines d'argent aurifère de la Russie. — La Turquie. — L’Afrique. — Les lies de la Sonde et les Philippines. — La Chine et le Japon. — Les ateliers d’afOnage.

Quand on a nommé les mines d'or et d’argent des différentes parties de l’Amérique, ce qui comprend tout naturellement les exploitations et les mines d’or de la Californie, du’Névada et des pays voisins, et qu’on y a joint celles de la Russie boréale et celles de l’Australie, on a indiqué les principales sources d’où les métaux précieux se répandent de nos jours sur le marché général. Cependant quelques autres contrées en fournissent un approvisionnement digne d’être mentionné et donnent pour l'avenir des espérances plus grandes.

Nous allons essayer d’en indiquer la production présente. Il n’est pas facile à cet égard d’avoir des renseignements exacts. Dans plusieurs ouvrages récents on a pris beaucoup de peine pour arriver à la pleine connaissance des faits. Je citerai entre autres la traduction française de \di Métallurgie à& M. J. Percy, par MM. Petitgand et Ronna, publication enrichie d’intéressantes recherches par les traducteurs, l’ouvrage de M. Édouard Dalloz,

intitulé De la propriété des Mines, le volume tout récent de M. Roswag, les Métausc Précieux {{) , ainsi que divers mémoires épars dans les Annales des Mines (2). Il y a aussi la statistique oflicielle de différents gouvernements et particuliérement celle de divers États allemands, de l’Espagne, de la France, du Cliili. Malgré tous ces secours, on n’arrive qu’à des résultats médiocrement approximatifs.

Le plomb de la plupart des mines du continent européen est plus ou moins argentifère, et trè«-souvent il est profitable d’en extraire l’argent. 11 en est de même d’un certain nombre de mines de cuivre. Une petite proportion d’or accompagne fréquemment l’argent ainsi obtenu. Dans d’autres mines européennes, l’or se présente, indépendamment de l’argent, à l’état de combinaison avec quelques substances métalliques. Ainsi, dans la Transylvanie, il est associé, à petite dose, au tellure. D’autres fois, c’est dans des pyrites de fer ou de cuivre qu’il est intimement engagé. Ailleurs et plus habituellement il est à l'état natif au milieu dcsalluvions. >

C’étaient l’Allemagne et le reste de la vallée du Danube qui, au commencement du siècle, avaient en Europe le privilège presque exclusif de la production de l’argent et de l’or. Les montagnes de l’Erzgobirge, qui s’étendent dans la Saxe et la Bohême, recèlent des mines depuis longtemps célèbres qui rendent une notable quantité d’argent, en môme temps que des métaux plus communs. C’est là que

(1) M. Roswag a instirë dans son volume un grand nombre de planches oîi sont indiqués par des courbes graphiques les renseignements statistiques qu’il désirait fixer dans l’esprit des lecteurs.

(2) Beaucoup d’autres écrivains ont traité ce sujet. Parmi eux on peut signaler M. Narcès OtreschkulT qui a traité particulièrement des mines de la Russie, mais en s’occupant aussi des autres, dans un ouvrage étendu. De l’oT et de l'argent; M. Levasseur, auteur d’un livre curieux sur la monnaie, la question de l'or; M. Villiaumé, dans son Nouveau Traité d'éeonomie politique ; M. Landrin qui a écrit une monographie de l’or, sous ce litre Traité de l’or.

florissait jadis Joachimsthal (I), et que se disliugueut eu'^ coie Freyberg et Pzibram. Les raines du Harz out uu« grande renommée, qui est bien méritée par l’esprit d’ordre et d’économie qu'on y observe, et plus encore par la hiérarchie sympathique qui relie les uns aux autres, du poste le plus élevé au rang le plus humble, tous les hommes adonnés au travaux souterrains. Le pays de Mansfeld donne aussi un peu d’argent. De même la Silésie prussienne elle Tyrol ; de môme encore la Moravie et le Salzbourg. La Hongrie et la Transylvanie produisent de ce même métal ; mais c’est surtout par la production de l’or que l’une et l’autre se distinguent de l’Allemagne et des contrées plus occidentales de l’Kurope.

La Suède a des mines d’argent en Westraanie, et la Norwége à Konsberg. Celles-ci sont exploitées depuis une longue suite d'années. Elles ont eu de la réputation.* Ou assure qu’elles rendent encore 5,000 à 5,500 kilog. par an. .

Au commencement du siècle, dans son important ouvrage de la lUchesse Minérale, M. Héron de Villefosse attribuait à l’Europe, distraction faite de la Russie, une production de 216,239 marcs (52,789 kilog.) d’argent, et de 5,233 marcs (1,282 kilog.) d’or (2). M. Beudant, qui a parcouru la Hongrie, a été conduit à diminuer notablement celte estimation pour l'or : d’après ses observations, il convenait, vers 1820, de n’admettre que 1,029 kilog. de ce métal pour l’Europe entière (3) ; c’est à ce chilfre qu’inclinait Humboldt , à peu près à la môme époque, en 1824 (4).

(1) La mine de Joachimsthal est encore en exploitation; mais elle est bien moins productive qu'autrefois.

(2) Richesse minérale, tome I, page 240, Tableau.

(3) Vuyage minéralogique en Hongrie, tome I, page 410; tome 111, page 122.

(4) Nouvelle-Es}xigne, tome 111, page 4b3.

. Aujourd’hui, la produclion de l’argent est plus forte qu’au commencement du siècle, dans l’Europe centrale et occidentale. Tous les arts ont tendu à s’y développer, à la faveur de la paix ; l’exploitation des mines s’est ressentie de cette intluence générale par l’extension qu’ellé a reçue. En 1835 déjà, ou pouvait estimer que l’extraction de l’argent s’étail accrue, en Europe, do 15,000 kilog. Hors de l’Allemagne et de la vallée du üanube, il ne se produisait pas, à cette époque, plus de 15,000 kilog. d’argent et de 100 ou 150 kilog. d’or. Présentement on peut évaluer la production de l’argent, en Allemagne et dans les États Autrichiens, à 100,000 kilog. environ, savoir: Autriche,

30.000 kilogr., partagés à peu près par moitié entre la Boliôme et la Hongrie avec la Transylvanie; Prusse,

23.000 kilogr. ; Saxe, 26,000; Hanovre et Brunswick, 13,000. (tuant à l’or, la production s’èn est peu accrue. L’Autriche eu est encore à 1,700 kilogr., du fait de la Hongrie et de la Transylvanie principalement. La Saxe, le Hanovre, le Brunswick et le reste de la (Confédération ne vont pas ensemble à 100 kilog. (I).

L’antique procédé de la coupellation, qu’on trouve indiqué dans la Bible et qui aurait servi, près de mille ans avant Jésus-Christ, à la séparation de l’argent contenu

(I) Un bon nrK’moire de M. A. Carnot, ingi-nieur des mines, publié dans les Annales des Mines et intitulé Traitement hétallcrgiqde des HiNEiiAis A Freydkrg, a fait connaitre tes changements considérables que l’art d'extraire les métaux, et particulièrement l’argent, a éprouvé dans ce célèbre établissement. Je suis redevable è M. A. Carnot d’utiles renseignements sur la production actuelle de l’Allemagne et de ses dépendances en métaux précieux, il y a peu d'années que M. Callon, ingénieur en chef des mines, avait publié dans le même recueil un relevé fort intéressant de la métallurgie de l'empire d'Autriche, tant en or et en argent qu'en autres matières. Les principaux renseignements statistiques présentéspar M. Gallon sont extraits, soitde documents officiels, soit d'une publication périodique de M. de Carnall. Us se rapportent aux années 1856, 57, 58, 5U.

dans le plomb, a éprouvé, il y a vingt-cinq ou trente ans, un changement à la faveur duquel on a pu retirer l’argent de plombs plus pauvres que ceu.x où jusque-là on le cherchait avec avantage. On a observé que, pendant le refroidissement lent d’un bain de plomb argentifère, l’argent, d’abord également réparti dans la masse , se réunissait dans la partie qui demeurait liquide. En sé- , parant les cristaux de plomb à piesure qu’ils se forment, on a donc pu concentrer la plus grande quantité de l’argent dans une masse de plorfib beaucoup moindre, et il n’y aplus eu qu’à soumettre^celle-ci à la coupellation.

Sur ce fait bien constaté, un ingénieur anglais, M< PattinSon, a édifié un procédé nouveau pour retirer de trèspetites quantités d’argent que recélaient des plombs jusqu’alors réputés stériles. C’est devenu, en Angleterre d’abord et puis dans les autres contrées, une importante industrie. L’économie de cette méthode est si grande, que par des concentrations successives, on était parvenu, dès le début, à traiter avec avantage des plombs dont la teneur en argent n’était que de 0.000 080 ou d’une partie sur 12,500.

Jusqu’à ces derniers temps, l’Angleterre, où l’on rencontre tant de riches mines de cuivre et de plomb, métaux que l’argent accompagne d’ordinaire, ne rendait pas d’argent en quantité appréciable, ni un atome d’or, quoique, au dire de Tacite, on y exploitât autrefois l’un et l’autre (1). M. Jacob se borne à mentionner vaguement quelques mines du nord de l’Angleterre comme rendant quelque peu d’argent. Mais dans ces derniers temps on s'est mis à produire en Angleterre une quantité appréciable d’argent retirée, soit de minerais argentifères proprement dits, soit du plomb indigène, soit des plombs

(1) FertBrilannia aurum, el argcntum, et alla metalla, pretium victoriæ (Tacite, Agricola, XII).

Digiti^ed by GoogU:

étrangers traités par le procédé de Pattiuson, On a môme fuit quelques teutatives, daus le pays de Galles particulièrement, pour exploiter des gisements aurifères.

Stuiisticul Abstract de 1865 porte la quantité d’argent qui, pendant la période décennale close le 31 décembre 1863, aurait été retirée des plombs d’origine britannique, iudépendamraeiil de ce qui a pu provenir du traitement des minerais et des plombs de l'étranger , à 185,000 kilog., soit par année moyenne 18,500 kilog. qu’on peut porter à 20,000. Cette production, d’après le même document, se développerait peu à peu. On y lit aussi que les mines anglaises ont fourni une quantité d’or de 87 kilog. en 1861, de 165 kilog. en 1862 et de 17 kilog. en 1863. La moyenne do ces trois années si inégales serait de 90 kilog.

Depuis 1835, l’Espagne est entrée dans la lice, et elle a ajouté une somme intérc.ssante au rendement de l’Europe en argent. Les mines d’or et plus encore celles d’argent de l’Espagne ont Jeté autrefois un grand éclat. Annibal y avait puisé. Du temps de l’empire romain, d’après les recherches de M. Dœkh , ses mines d’or auraient rendu jusqu’à 6,500 kilog. de métal lin. Strabon et Pline ont signalé l’abondance des métaux précieux et la fécondité de l’exploitation dans la Péninsule. Bien avant eux, les poètes sacrés eu faisaient une mention particulière. « L’Ibérie, dit Ezéchiel, dans ses menaçantes prophéties contre Tyr, flt le commerce avec loi, à cause de les grandes richesses, elle paya les denrées avec de l’argent. I) Sous les Maures, ces gisements n’étaient pas restés stériles. Après la découverte de l’Amérique ils furent délaissés, on a vu par quel acte de despotisme (1). Depuis 1835, le pays étant rentré daus les voies do la liberté

Di' "i - - ; by

(t) Page 335, Note 3.

et l’esprit d’entreprise s’étant ranimé, on y a repris l’industrie des raines avec succès, quant à l’argent.

L’argent qu’on recueille aujourd’hui en Espagne provient soit des mines de plomb des provinces d’Almeria, de Murcie et de Jaën, soit des mines d’argent proprement dites de la province de Guadalaxara. Les relevés statistiques officiels publiés par l’administration espagnole ne constatent cependant qu’une production de 14,000 kilog. (exactement 13,760), pour la dernière année connue, celle de 1862 (1). Mais il est dit dans ce document qu’une quantité d’argent d’environ 15,000 kilog., contenue dans les saumons de plomb retirés des mines, va s’en faire extraire à l’étranger. Ce serait donc un total de 29,000 kilog. qui en toute rigueur seraient imputables à l’Espagne. Mais comme il y a lieu de penser que, à cause de l’impôt proportionnel auquel sont soumises les mines, et par l’effet du mystère dont aiment à s’environner les exploitants, une partie de la production de l’ai^iOAt est dissimulée, il est hors de doute que celle-ci s’élève au delà de 35,000 kilogrammes. . -

A l’égard de l’or, ce document constate que la production est insignifiante; le peu d’or qu’on obtient provient du lavage des alluvions, principalement des sables du lit du Sil, province d’Orense.

L’Italie fournit environ HO kilog. d’or, dont tOO environ sont extraits des filons et 10 des alluvions. Le rapport des jurés italiens, sur l’exposition universelle de Londres de 1862, donne des détails circonstanciés sur ces exploitations.

Les filons qu’on exploite sont principalement dans les Alpes, derrière Turin ; la principale mine est celle de Peslarena, dans le vallon de l’Anza. Elle fournit 60 ki-

(1) Estadistica minera correspondienle al aïiode 1862.

log. de métal environ. On travaille aussi quelques gisements dans l’Apennin. Les alluvious aurifères sont de même dans les vallons des Alpes. Quant à Tardent, la principale ressource est dans l’île de Sardaigne. Il s’y trouve dans le plomb ; mais les fonderies où l’on traite le minerai sont dans l’Italie continentale et même à l’étranger. La seule fonderie qui existe en Sardaigne se consacre à refondre des scories anciennes d’où l’on lire un plomb plus argentifère que celui que donnent les minerais actuels. Ou estime que la totalité de l’argent qui est retiré des minerais va à 9,000 kilog., mais il n’y en a guère que le tiers on 3.000 kilog. qui voie le jour en Italie môme.

Eu France, les rares mines de plomb qu’on e.xploite ne couvrent leurs frais que par l’argent qu’elles fournissent. On a longtemps exploité, à llnelgoët, un gisement qu’on doit considérer comme analogue aux minerais d'argent désignés sous les noms de colorados ou de pacos en Amérique. Ou a travaillé, dans l’Isère, une mine d’or en lilon, à la Gardetto, et des mines d’argent en liions, à Allemont ; divers autres gîtes argentifères ont été effleurés ailleurs; mais, en somme, le contingent de métaux précieux que fournit notre patrie était insignifiant, jusquesàces derniers temps où l’on s’y est mis à travailler des minerais argentifères venant de l’étranger, ainsi que des plombs contenant un peu d’argent, de provenance étrangère également.

La France, jusques en 1850, produisait environ 3,000 kilogr. d’argent. Depuis un petit nombre d’années, l’affinage qui a lieu sur le sol français, et particulièrement à Marseille, de certains plombs étrangers, notamment d’Espagne et d’Italie, ajoute à la production indigène une assez forte quantité de métal précieux, d’origine étrangère. A vrai dire, il serait plus juste d’attribuer cette quantité-là à l’Espagne, qui en est la principale source. On

Di.

peui é^luer la quantité totale d'argent qui sort des ateliers français et qui provient soit des minerais du dehors, travaillés sur le territoire français, soit des plombs étrangers importés en saumon pour être soumis au pattinsonnage^ à 45,000 kilog. Les documents officiels publiés par l’administration des mines accusent une production moyenne, pour les trois années 1860-61-62, de 38,432 kil(^. 11 y a une assea grande inégalité entre les trois exercices.

On n’obtient en France que fort pen d’or, si ce n’est ce qu’en donne raffinage proprement dit, c’est-à-dire l’élaboration des vieux métaux.

L'extraction de l’argent, dans l’empire russe, était, il y a un demi-siècle, de 22,700 kilog., selon les relevés officiels. Elle ne paraît pas être plus forte aujourd’hui. La majeure partie est fournie par les mines d’argent aurifère de l’Altaï. Celles-ci ont produit moyennement, dans la période décennale close le 1*' janvier 1864, 16,000 kilog. par an.

Les relevés officiels indiquent pour toutes les mines de l’Empire, depuis l’origine d&rexpluitalion, une production d’argent s’élevant, au 1" janvier 1865, à 2,725,000 kilog. environ. On en avait extrait, jusqu’en 1810, 28,322 kilog. d’or, avec le peu. qu’avaient fourni alors les mines d’or de l’Oural. £u tenant compte des quantités non déclarées, la quantité d’argent peut sans exagération être portée à 3,000,000 kilog. ; mais le point de départ de cette production remonte au règne de Pierre le Grand.

L’empire de Turquie possède un certain nombre de raines de métaux précieux q»i, dans l’antiquité, eurent de la célébrité et qui-, au commencement du siècle, rendaient encore quelque chose. D’après M. Jacob, lesminra d’argent des environs d'Ërzéroum auraient produit, il y a quarante ans, au delà de 1 1 ,000 kilog. de métal. Depuis

lors, l'exploilation des mines de métaux précieux de cet empire, qui sont nombreuses et réparties dans diverses provinces, ne paraît pas s’être développée; bien au contraire, toutes réunies elles ne rendent plus qu’environ 2,500 kil. d’argent et une dizaine de kilog. d’or. Les efforts soutenus qui se fout pour relever l’Empire et y susciter l’industrie, en y établissant des lois équitables au profit de toute la populiition, sans distinction de croyance religieuse, semblent pourtant ne pouvoir manquer d’exercer une heureuse influence. Il y a aujourd’hui chez le gouvernement ottoman la volonté de respecter la propriété et la liberté des peuples, de faire régner la sécurité dans ses vastes domain^. Une pareille tentative, si elle est poursuivie avec persévérance et habileté, réveillera infailliblement l’esprit d’entreprise. L’exploitation des mines pourra dès lors devenir impoi^étile dans l’Empire, car les nombreux gisements, qui dans les temps anciens y furent travaillés avec succès, ne sont pas épuisés.

De temps immémorial, l’Afrique a donné de l’or ; on en a la preuve dans les monuments les plus vénérés de l’histoire. 11 provient de sables que les grossiers naturels de cette partie du monde lavent comme ils le savent. Par les caravanes, il se troque contre les produits de l’industrie européenne ou asiatique, dans les comptoirs que les Européens ont établis sur le littoral de l'Occident, ou dans ceux de l’iman de Mascate sur les rivages orientaux de celte vaste péninsule. Le nom de la Côte-d’Or, celui de la Guinée qu’a porté longtemps la monnaie d’or anglaise, montrent que l’Europe est depuis longtemps dans l’habitude de puiser de l’or dans cette partie du monde. Mais combien nous en vient-il ? M. Crawford estimait, il y a quarante-cinq ans, à 14,000 kilog. l’or qui est produit tous les ans en Afrique. Au commencement du siècle,

’ il ne paraît pas que la compagnie anglaise , entre les

mains de laquelle était presque tout ce commerce , en fit sortir 2,000 kilog. (1). Malgré les efforts que l’Angleterrfl et l’iman de Mascate ont faits pour exciter à la production et aux échanges les populations africaines , malgré les tentatives de lavage qu’encourage l’autorité française au Sénégal, cette production ne paraît pas augmenter ; bien au contraire.

Le Slatislical Abstract spécial des colonies anglaises porte l’exportation d’or de la colonie de la Côte-d’Or, à une quantité fort variable d’année en année. En 1851 elle eût été de 4,400,000 francs. En 1852, elle n’eût plus été que de 900,000 fr. pour remonter à 2,050,000 fr. en 1853. Elle eût été nulle en 1862 et 1863, après avoir été de 2,125,000 francs en 1861.

11 est bien connu que l’Âsie méridionale a des mines d’or, mais on ne sait pas ce qu’elles produisent. M. Montgomery Martin, dans sa description historique des colonies britanniques, cite un bon uorabre de gisements en exploitation dans l’Inde proprement dite ; mais j’y ai inutilement cherché une indication des quantités extraites (2). M. Jacob supposait que l'extraction pouvait y être de 11,900 kilog., tant pour le continent que pour l’archipel de la Sonde. Le seul fait qui soit aujourd’hui bien démontré, c’est que les mines d’or les plus productives de l’Asie méridionale sont dans cet archipel, à Bornéo et à Sumatra, surtout dans la première de ces deux lies.

Les mines d’or des lies de la Sonde, que leurs sultans font exploiter avec avidité, rendaient 4,700 kilog., selon M. Crawford, qui avait visité le pays en 1820, ce qui aurait laissé au continent une production de 7,200 kilog.

(I) Voir le travail de M. de Hermann sur les mines de l’empire Russe, écrit en allemand, et l’Introduction à l’Annuaire du Journal des Mines' de Rassie.

' (2) History ofthe British Colonies, édition de i836, t. i, p. it2>

pour celte époque, en adoptant pour le total l’évaluation de.M. Jacob. On a lieu de croire que la production de l’or, dans les lies de la Sonde, a suivi une progression croissante. M. Natalis Roudol m’a communiqué, il y a déjà plusieurs années, les informations qu’il avait recueillies sur les lieux, lorsde la mission de M. deLagrené, ainsique les extraits, qu’il avait pris la peine de faire, des récits des voyageurs anglais, et notamment de tout ce qui est émané deM. Brouke. 11 en résulte qu’un seul district de l’ilo de Bornéo, celui de Sambas, fournissait vers 1845, suivant le calcul le plus modéré, 14 ou 15 millions de francs en or, et cependant le district de Sarawak est plus productif encore, ce qui mettrait l’extraction actuelle de l’ile de Bornéo bien au delà de l’estimai ion de M. Crawford pour 1820. On exploite des mines d’or dans d’autres localités de l’île. Celles de Lépang, de Monlrado, de Racnandor, de Santam, de Malan, de Maday, de Tampasouk, sont célèbres dans ces parages. A ce compte, ce ne serait pas exagérer la production del’arcliipel que de la porter à 20,000 kilog. Quant à la proportion qui est accessible aux Européens ou aux Américains du Nord, elle est impossible à dire. En ce moment cependant elle est appréciable et elle le devient chaque jour davantage : de plus en plus les Européens et les Américains du Nord prennent pied dans ces lies, et sont mêlés à leur commerce et même à leurs alTaircs intérieures.

Les Philippines ont aussi des mines d’or en exploitation, et on assure qu’elles donnent des produits notables.

La Chiue a certainement des mines d’argent et d’or. Le bas prix qu’y avait l’or relativement à l’argent, jusques à ce siècle, atteste que l’or devait y être dans une certaine aliondance. Mais on a bien peu de données sur l’extraction de ce métal dans l’empire Chinois. De même pour l'argent.

« On ne connaît, disait, il y a plusieurs années, M. Natalis Rondot (1), ni le mode d'exploitation employé en Chine, ni la nature des terrains où se trouvent les gisements, ni la richesse des minerais, ni les alliages, non plus que le chiffre, même approximatif, des extractions. On rapporte seulement qu’à kirréa, dans la Tartarie chinoise, deux à trois cents ouvriers travaillent continuellement à une mine d’or ; qu’il y a également, dans le Hou-Kouang, plusieurs petites mines en exploitation qui rendent un or d’un jaune pàle, très-malléable et ductile. On cite un mémoire adressé à l’empereur, dans lequel on estime à 40,000 ou 50,000 le nombre d’ouvriers, et à 2 millions de taëls le produit des mines d’argent d’Ho-Chann et Son-Sing, dans le Yun-nan

n Le P. Duhalde et d’autres écrivains plus modernes sont tous d’accord pour vanter la richesse des mines ar^ gentifères et aurifères de la Chine. Il paraîtrait que le gouvernement s’en réserve le monopole, et qu’il en défend l’exploitation sous les peines les plus sévères. Mais que de riches gisements, que de trésors de natures diverses demeurent enfouis dans celte contrée, où les travaux d’art ne parviennent qu’à de si petites profondeurs, où enfin les principes de la géologie et delà métallurgie sont encore ignorés! »

Les deux millions de taëls des mines d’Ilo-Chann et Son-Sing, que mentionne M. Rondot, à raison de 37 *',79 par taël, font environ 75,000 kilog. (2); mais ce ne sont pas à beaucoup près les seules mines d’argent qu’on exploite en Chine. Il semblerait même que ce ne sont pas les plus abondantes. On peut croire que l’extraction de ce

(1) Étude pratique du commerce iTeTporlation en Chine, p. 13.

(2) Êludepratique du commerce d’exportation en Chine, page 4.

55i COURS D’ÉCONOMIE POLITIQUE.

métal, pour l’ensemble des provinces du Célesle-Empire, s’élève à quelques centaines de mille kilog.

Une estimation récente publiée dans YEconomist de Londres (H mars 1865), porterait la production actuelle de l’Asie lointaine , composée de l’empire des Indes, de la Chine avec le Thibet, du Japon, des royaumes de Siam et de la Cochinchine, des archipels de la Sonde et des Philippines, à un total :

Pour l’or, de 47,300 kilogrammes Pour l’argent, de 300,000 —

Sur quoi la Chine, avec le Thibet, est comptée pour 25,610 kilogrammes d’or et 282,900 kilogrammes d’argent, le Japon pour 11, 000 et 192,400 kilogrammes. Quant à ce dernier empire, il y aurait eu, suivant les relevés de YEconomist, une diminution sensible pour l’or. Ainsi la production de ce métal aurait été moyennement, de 1852 à 1855, de 14,600 kilogr. ; celle de l’argent au contraire aurait été, à cette époque, plus faible qu’aujourd’hui et de 127,000 kilogr. seulement.

Pour des pays, tels que la Chine et le Japon, qui sont industrieux et qu’on dit bien pourvus de mines, l’extraction indiquée par l’£^conomw/ paraît bien modique; mais on n’a encore, sur ce qui se passe dans l’intérieur de ces empires, que des renseignements fort incomplets; quels sont les chiffres réels, c’est ce que personne ne saurait dire.

Depuis le commencement du siècle, l’Europe a beaucoup reculé les limites de sa domination et de son commerce en Asie et dans les archipels qui en dépendent. L’année 1 860 a vu s’abaisser définitivement les barrières qui fermaient au commerce de l’Europe et des États-Unis les régions les plus populeuses et les plus industrieuses de cette partie du monde, ce vaste empire Chinois qui compte

plusieurs centaines de millions d’habitants empressés à produire et qui doivent éprouver le besoin d’échanger. L’empire du Japon lui-même, cédant à d’impérieuses circonstances, a, d’assez bonne grâce, renoncé à son système d’isolement. Le moment est donc proche où il y aura lieu de considérer comme versée sur le marché général, où puise l’Europe, la production de contrées que, jusqu’ici, il convenait de laisser en dehors. En un mot, nous touchons au temps où la production en métaux précieux des divers pays de l’Asie méridionale ou moyenne, et notamment celle du Céleste-Empire et du Japon, devra être englobée dans l’approvisionnement général des peuples de la civilisation occidentale de même que celle de l’Asie boréale ou Sibérie.

, Il est encore une extraction d’or qui se fait en Europe, et que je n’ai pas comptée explicitement dans le dénombrement, consigné dans ce chapitre, des sources de la richesse métallique. Je veux parler de l’or que les affiueurs européens parviennent à séparer, avec profit, des lingots et autres matières d’argent où il existe à l’état d’atomes pour ainsi dire. L’industrie de l’affinage, depuis 1825 surtout, a fait de grands progrès, par les soins des métallurgistes français, et, de chez nous, ses procédés perfectionnés se sont répandus dans la plupart des contrées de l’Europe, et de l’autre côté de l’Océan, au Mexique et aux États-Unis. Autant qu’on peut pénétrer le secret dont s’enveloppent les personnes.qui se livrent à l’affinage, on estimait, il y a quelques années, que, réunis, 'les affineurs européens mettaient à nu, tous les ans, terme moyen, une quantité de 1 ,600kilog. d’or, ou 5,51 1 ,000 fr. La France y contribuait pour la moitié environ.

La majeure partie des matières d’argent ainsi affinées étant d’origine américaine, à la rigueur, c’est au compte de l’Amérique que cette production devrait être portée.

Dimîiy— !

by Gimgle

C'est ainsi que, dans la récapitulation générale de l'extraction américaine, depuis Christophe Colomb, qu'on trouve plus haut {l), au chapitre IV de la présente section, j'ai mis 60,000 kilog. d'or de supplément à l’actif du Mexi(|ue, et j'ai augmenté aussi le chiffre relatif au Pérou. Je crois m’être ainsi tenu, pour le passé, plutôt audessous de la vérité qu 'au-dessus.

Page 1