Cüuwès, Cours d'économie politique, l. 11, n
d’plrp. — SouR l'influence de diverses causes, et notamnient du principe de liberté commerciale, le nombre des intermédiaires a, depuis un siècle, considérablement au^^menté dans la plupart des branches du commerce de détail. Bien loin d’amener, comme on aurait pu l’espérer, une baisse des prix par suite de la concurrence plus grande entre les marchands, ce phénomène a eu, dans bien des cas, des conséquences fâcheuses jiour les consommateurs. Le partage de la clientèle entre un trop grand nombre de détaillants, réduisant outre mesure le chiffre d'affaire.s de chacun d'eux, les a parfois contraints à cliercher dans la majoration des prix de vente un moyen de relever le taux de leur profit. Il eu a été ainsi notamment dans diverses branches des commerces de l’alimentation, particulièrement dan.s le commerce de boulangerie b Et cette augmentation de l’écart entre les prix de gros et ceux de détail, si onéreuse pour le public, n'a pas sauvé de la ruine un grand nombre de petits commerçants. car il semble bien que la proportion numérique des faillites soit sensiblement plus forte pour le commerce de détail (pie pour la plupart des autres branch(}S de l’activité économique. La concentration, dont la raison d’être est précisément d’amener la réduction sensible du prix de revient, constituait le remède normal à une .semblable situation. Elle s’est manifestée, dans le commerce de détail, sous la double forme des grands magasins et des maisons à succursales multiples.
üll. Les grands magasins b — On désigne sous ce nom des établissements commerciaux qui, disposant de capitaux considérables et occupant un très nombreux personnel, groupent, sous une direction centralisée, des branches multiples du commerce de détail. Les grands magasins sont tout à la fois un exemple de concentration et d’intégration. Ils ont fait leur apparition en France vers le milieu du xix^ siècle, et leur développement a été extrêmement rapide. Certains d’entre eux, tels le Bon Marché et le Louvre, ont vu leur chiffre d’affaires passer de moins d’un million de francs à plus de cent cinquante dans l’espace d’un demi-siècle. La France a paru être, pendant long-
2. \'. du Maroussem. Les grands magasins tels qu’ils sont, dans la Revue
d* Economie politique, Vouters, Le petit commerce contre les grands ma-
gasins et les coopératives de consommation^ thèse, 1910; Lamhrecht, Les grands magasins et les coopératives de consommation an point de une des classes mo/jennes, thèse, 1913; Martin Saint-Léon, Le petit commerce français, I9[i.
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temps, le pays d'élection des grands magasins. Aujourd’hui, ces puissantes organisations se sont implantées dans un grand nombre d’autres Etats, notamment en Angleterre, en Allemagne, aux Etats- Cnis. Dans ce dernier pays, certaines entreprises commerciales paraissent même avoir atteint un développement sans précédent.
512. Les grands magasins ont leurs panégyristes et leurs détracteurs. Bénéficiant des avantages de la concentration et de l’intégration’, ils font naturellement une concurrence redoutable au petit commerce, auquel ils enlèvent une bonne partie de sa clientèle, celle du moins qui n’est pas obligée de se fournir au plus près et qui peut se passer de crédit pour ses achats. Par cette concurrence, les grands magasins ont certainement contribué à ralentir, sinon à enrayer, la tendance fâcheuse à la multiplication excessive des détaillants. On fait observer, il est vrai, qu’ils transforment en employés, en salariés, un grand nombre d’individus qui, sans eux, auraient pu trouver dans le commerce de détail une situation indépendante. Mais il ne paraît pas démontré que ce changement de situation soit toujours et nécessairement désavantageux pour ceux qui en sont les prétendues victimes. La fonction d’entrepreneur exige, pour être bien remplie, des qualités éminentes et rares; elle fait courir de grands risques. Or, les grands magasins multiplient, dans le.s divers rayons spécialisés qu’ils exploitent, les emplois convenablement rétribués, tout en supprimant pour les personnes qui les obtiennent le danger de ruine, très fréquent dans le petit commerce.
Cela n’a pas empêché d’ailleurs, eu France et dans d’autres pays, l’Etat d’intervenir da.is la lutte entre les grands magasins et les détaillants, en faveur de ceux-ci-. Les mesures fiscales dirigées contre les grands maga.sins, sous la forme notamment d’une aggravation du taux d’impo.sition, peuvent sans doute être inspirées et se justifier par le souci d’établir et de maintenir l’égalité entre commerçants devant l’impôt; il est à craindre toutefois que des préoccupations d’un autre ordre ne leur aient pas été toujours étrangères. Pour défendre ses positions, le petit commerce, au lieu de faire appel à la protection de la puissance publique, pourrait, à l’exemple de ce qu’ont