‹ Cours d'éloquence parlée d'après Delsarte [microforme]Chapitre 30 sur 73 · ARTICLE PREMIER LE TRONC, III · texte numérisé non relu

ARTICLE PREMIER LE TRONC, III

Les mouvements du tronc sont surtout ceux de la poitrine, c'est-à-dire, ceux par

lesquels la poitrine passe de l'attitude normale à l’attitude excentrique ou concentrique. Bien que peu considérables, la physionomie qu’ils donnent est si expressive, qu’ils constituent une action irès puissante.

La poitrine excenirq{ue est celle qu’affecte l'agent proprement dit, et ne saurait convenir à l’émotion du patient. Elle est par conséquent le signe de l'énergie vraie ou affectée.

Elle est aussi l'attitude du beau physique, car le type du beau est excentrique.

Le beau est, en effet, l'apanage de l'être physique, de même que le bien est celui de l'être moral, et le sr«i celui de l'être intelligent. C’est ce que font instinctivement ceux qui cherchent à se faire valoir, qui se croient des titres à l’admiration des autres : ils affectent le type excentrique de la poitrine. Jamais on ne verra quelqu'un qui fait le beau essayer de se pavaner en donnant à sa poitrine la forme concentrique.

Par contre, l'attitude concentrique de la

poitrine peut appartenir à l'intelligence et à la souffrance, Cela vient de ce qu'il y a parité entre la souffrance et la méditation. Celui qui réfléchit et celui qui souffre sont tous deux passifs ou patients, l’un par l'esprit, l’autre par les sens, On peut donc dire en général que l’état concentrique est celui du patient. De ce que l’orgueuil affecte la poitrine excentrique, on ne sera pas surpris de constater que l’humilité cherche instinctivement à se dérober aux regards sous la forme concentrique.

La poitrine peut aussi affecter deux penchements, l’un vers l'interlocuteur, l’autre à l’inverse,—Chez l’homme énergique, la poitrine excentrique penchée vers l’interlocuteur est rarement engageante ; elle est plutôt menacçante et dure. Exemple :

« Si vous revenez, je vous ferai passer la porte, »— A l'inverse, au contraire, elle est plus affectueuse, plus protectrice, Exemple : « C’est bon, je parlerai en votre faveur. »

A l’état Concentrique, le torse à l’inverse indique un état contemplatif ou

ne

patient; vers l'interlocuteur, il indique plus de disposition à donner, plus d’abandon. Exemples: Un petit enfant est devant moi; s’il est beau, je dirai à l'inverse : « Quel charmant enfant ! »—S'il est souffrant, je dirai penché vers lui : « Pauvre petit enfant, ça fait pitié ! »

L’attitude excentrique de la poitrine se trouve dans les états suivants, qui supposent l’action de la volonté : la force, le défi} l’insolence, la satisfaction, etc. De même l'attitude concentrique se prend dans les états passifs de l’âme : la timi-

dité, la frayeur, la défiance, l'hypocrisie, la honte, etc.

SHCIION UNIQUE Mouvement des épaules.

Un des mouvements les plus expressifs se rattachant au torse, est celui des épaules. Tout ce qui impressionne fortement l’âme se traduit par un soulèvement des épaules. Ainsi un sentiment vif de satisfaction ou de chagrin, d’admiration, de terreur, d'espérance, de crainte, d’horreur,

fait lever les épaules. Ce mouvement, soit par son étendue, soit par sa durée, indique l'intensité du sentiment éprouvé. Aussi les épaules constituent-elles ce que Delsarte a appelé le fhermomètre de la vie Passionnelle où animique. Remarquons que les épaules n’indiquent que le degré d’exaltation, sans en caractériser l'espèce. Ce sont les autres agents qui spécifient la nature du sentiment éprouvé.

Le mouver:-nt des épaules est tellement naturel que là où il manque on peut affirmer que le sentiment n'existe pas, quel que soit du reste le déploiement affecté par les autres agents. Aussi l’épaule est-elle un des plus puissants agents de l'orateur., Avec un simple mouvement d’épaule il fera plus d'impression qu'avec tous les autres gestes extérieurs, parce que le mouvement des épaules est l’expression même de la nature, tandis que les autres gestes dépendent plus ou moins de la volonté.

On ne peut pas toujours dire que celui qui lève les épaules soit sous l'impression

du sentiment, parce qu’il peut le faire par art; mais on peut affirmer que celui qui affiche un sentiment vif sans lever les épaules, se trahit et n’a pas ce sentiment dans le cœur. Quelqu'un, par exemple, qui rit par complaisance en faisant semblant de trouver drôle ce qu’il ne trouve pas drôle du tout, peut facilement oublier ce petit détail; et, souvent sans qu’on sache pourquoi, on constatera que son rire n’est pas franc.

Tant que le sentiment s’exalte, ou qu’il se conserve à un haut degré, les épaules restent élevées. Sitôt que le sentiment diminue, elles s’abaissent lentement ; à moins que l’abattement ne succède brusquement à l’exaltation, car dans ce cas l'espèce d’écrasement que subissent les épaules est un des indices les plus significatifs du découragement,

Dans tout ce que nous venons de dire, la phy.ionomie du visage joue un grand rôle ; car c’est elle généralement qui caractérise l'espèce de sentiment dont l’élévation des épaules i::dique l'intensité.

Lorsque la physionomie n'indique aucun sentiment passionne], le haussement des épaules n’est plus un simple thermomètre :

il & alors une signification propre : il indique ignorance, ou indifférence ou mépris. Voici des exemples de ces différents cas.

Haussement prolongé en réponse à une question signifie doute — Exemple : « Pensez-Vous que cela arrive ? » Haussement prolongé voulant dire : « Je ne sais pas trop : peut-être que oui, peut-être que non.»

« Un tel est-il venu ? ,

Haussement Passager voudra dire : « Je n’en sais rien.»

« Que pensez-vous de cet argument ? »

Haussement suivi, après un petit intervalle, d’un abaissement rapide et voulu, Pourra signifier : « Ça fait pitié ; j'en hausse les épaules, »

ARTICLE SECOND

Page 1