ARTICLE QUATRIÈME SOBRIÉTÉ DANS LE GESTE
: Faut-il faire beaucoup de gestes ?
Il n’en faut faire ni trop, ni trop peu.
Le geste étant un secours et un complément pour la parole, doit tendre au but de celle-ci et n’en pas détourner l’auditeur.
Dans chaque purase successive, il ne faut pas distraire l’auditeur de l’intention que l’orateur se propose. Or on n’est jamais ému que par un seul sentiment à la fois ; il ne faut donc qu'un geste pour une phrase entière.
Il peut bien se faire qu’une nuance dans la pensée puisse utilement demander à être exprimée par un geste ; mais ce dernier ne devra être qu’une modification du
premier, et non pas un second geste qui fasse perdre de vue la pensée principale.
Il ne faut pas oublier que tout geste doit être justifié par une expression physionomique. Or la physionomie conserve toujours son expression tant que l’idée reste la même ; raison de plus pour que le geste reste le même tant que l’idée ne change pas.
L'homme intelligent fait peu de gestes, mais ils sont très expressifs. L'homme hors des gonds fait au contraire beaucoup de gestes, et c'est par là qu'il se trahit, quelle que soit la cause du peu de direction qu'il donne à ses idées.
On aurait tort de conclure de là que le discours doit être simplement émaillé d’une série de gestes isolés les uns des autres. Il faut, au contraire, pour bien faire, que tous les gestes soient reliés les uns aux autres, de sorte que la fin d’un geste soit le commencement du suivant. La règle est donc de rester sur la fin du geste que l’on vient de faire jusqu’à ce que la nécessité oblige d'en changer, et c’est de la fin du geste
DEP Le robin ss
fl
précédent qu’on part pour faire le geste suivant,
Il n'y a d'exception à cette règle que les grands mouvements provenant d’une vive exaltation, et qui ont conduit la main et le bras dans une position où ils ne peuvent rester sans fatigue et sans cesser d'être naturels. Alors le bras retombe tout doucement par le chemin le plus court, sans aucune signification intentionnelle :
c’est simplement la nature qui obéit à ses lois quand la cause qui y avait fait déroger a cessé d'exister.
Au reste, il ne faut pas croire qu'il y ait rien de désagréable dans ce prolongement du geste. Ce ne l’est que pour l’orateur novice, qui est toujours embarrassé de ses bras, et qui éprouve comme un besoin de les ramener à une espèce de position neutre.
De fait il ne devrait pas y avoir de position neutre. Ce n’est en effet qu’un moyen de masquer un défaut de méinoire ou un autre embarras quelconque.