SECTION QUATRIEME
Le coude
L'articulation qui relie le bras à l'avantbras, c'est-à-dire le coude, mérite une attention spéciale. Le coude est très expressif, parce qu'il est saillant. On l'appelle l'oeil du bras.
Le coude a deux espèces de mouvements : Il peut se mouvoir en avant ou en arrière, et il peut s'écarter ou se rapprocher du corps.
1. Le coude en avant ou en arrière manifeste une espèce d'abdication,- mais avec une nuance. En arrière, l'orateur témoigne de sa propre faiblesse ; en avant, il appelle en témoignage la faiblesse de son interlocuteur. Ainsi, à bout d'arguments, je dirai (en retirant les coudes) : « Que
voulez-vous ? je ne puis rien dire de plus. » Mais je dirai (en avançant les coudes) : « Que pourriez-vous dire de plus ? » Nous avons déjà vu une autre manière d'indiquer l'impuissance : ki pendiculaison des bras; c'est alors l'impuissance absolue.
2. Le coude rapproché du corps signifie impuissance, crainte, subordination, humilité, passivité, pauvreté.
Le coude écarté signifie force, puissance, audace, domination, arrogance, activité, abondance.
C'est la physionomie et l'ensemble des autres agents qui caractérise la nuance. Mais tous les sentiments qui appartiennent au genre excentrique seront exprimés par l'écartement du coude ; de même que tous ceux qui appartiennent au genre concentrique seront indiqués par le rapprochement du coude.
En voici des exemples :
Le pauvre semble, en serrant les bras, vouloir cacher sa nudité relative, peutêtre, hélas ! les déchirures de ses habits sous le bras. — Le r relie généreux ne songe
même pas à serrer les Ijras, — Quant au riche avare, qui ne veut rien donner au pauvre sollicite ux, il prend toutes les allures du pauvre : il répond qu'il n'a rien, en serrant les coudes, comme s'il avait son sac d'or sous le bras et qu'il eût peur qu'on le vît.
Celui qui tremble de peur, comme celui qui tremble de froid, sert les coudes et rentre tout, comme s'il craignait que tout ce qui serait saillant fut exposé à être saisi par le brigand ou par le froid. — L'homme qui a chaud, au contraire, ainsi que celui qui est brave, écarte les coudes, le premier pour donner plus de surface au refroidissement, le second pour effrayer l'ennemi. Car il y a dans le coude un aspect menaçant très significatif. Si l'on veut exprimer qu'il fiiut écraser quelqu'un, c'est avec le coude qu'on en fait le geste le plus puissant au point de vue physique.
L'homme hunihle serre les coudes et se recueille comme le pauvre. Car l'humilité est une pauvreté morale qui ne se reconnaît pas de titre à la considération.
Le jeune homme d'humble extraction, mais qui cherche à imiter l'air aisé de ceux qui sont au-dessus de lui, dépasse généralement le but, comme nous l'avons déjà remarqué. C'est surtout dans le mouvement du coude que son action est remarquable. L'envie qu'il a de paraître dégagé lui fait tourner le coude en dehors autant que possible et lui donner cette air d'affectation par lequel il croit fiiire prendre le change sur sa condition.
Il ne faudrait pas conclure de ce qui précède que c'est toujours un défaut de tenir les coudes écartés, et qu'il est mieux de les serrer le long du corps. Ce serait tomber dans un autre défaut. L'écartement et le rapprochement des coudes sont les deux extrêmes, l'un excentrique, l'autre concentrique. Entre eux se trouve l'état normal, dans lequel il n'y a d'effort musculaire ni pour écarter ni pour serrer les coudes. C'est cette dernière position des coudes qui doit être la position ordinaire. Autrement on tombe dans le type arrogant, ou dans le type timide.
Ainsi ce serait un défaut de gesticuler avec les coudes toujours en dehors, comme c'en serait un autre opposé de gesticuler avec les coudes toujours serrés le long du corps.
§ unique. Digression sur la manière de saluer.
C'est un sentiment de respectueuse subordination qui détermine la forme du salut de celui qui rencontre sur la rue quelqu'un qui lui est hiérarchiquement supérieur.
C'est avec le coude rentré qu'il lui tire son chapeau.
Certains jeunes gens, au contraire, qui veulent se donner des airs et surtout être remarqués, saluent en écartant le coude autant que possible. En cela, ils obéissent à l'instinct.
C'est d'une manière analogue que se fait le salut militaire. Il n'y a pas précisément de respect dans ce salut : c'est un mouvement commandé, que le soldat fait, comme tous les autres mouvements de manœuvre, aussi bien pour l'officier qu'il déteste que pour celui qu'il affectionne. Aussi, en de-
hors de la consigne, y a-t-il une certaine affectation dans ce genre de salut.
Bien autre est la manière dont les bons ouvriers canadiens, vrais chrétiens à la foi vive, saluent surtout les prêtres qu'ils rencontrent sur le chemin. Toutes les formes du respect s'y trouvent. S'ils ont dans la main droite quelque objet qui puisse facilement se transporter dans la main gauche, on les voit, à cinq ou six pas avant de rencontrer le prêtre, débarrasser leur main droite, afin de pouvoir saluer de cette main. De même, quand ils fument, ils ne manquent pas, s'ils le peuvent, d'ôter la pipe de la bouche avec la main gauche et dé saluer avec la droite. Ils agissent d'après ce principe qu'on ne doit pas se permettre ses aises en présence d'une personne que l'on respecte.
Ce principe est trop souvent bien mal appliqué, même par les jeunes gens instruits.
Parlons d'abord du salut fait au prêtre. A Québec, cette coutume essentiellement chrétienne n'est pas encore abolie. Puisse
Québec conserver longtemps cette bonne habitude, car elle va de pair avec l'esprit de foi. Seulement, la forme du salut varie avec l'intensité de la foi. Un grand nombre semblent ne le faire que par routine et sans aucune idée chrétienne. Très souvent c'est l'homme qu'ils saluent, et non le prêtre.
Quant à la manière dont ils saluent, au lieu d'en faire un témoignage de respect, un trop grand nombre ne font plus que ce qu'on pourrait appeler un salut de protection ; comme une aumône qu'ils jettent en passant, en approchant d'une main distraite l'index du rebord de leur chapeau.
La plupart fument. Mais on en voit bien peu qui prennent la peine d'ôter leur cigare de la bouche pour saluer, je ne dis pas un prêtre, mais même une Dame ou une Demoiselle ! Heureuses encore sontelles si elles ne reçoivent pas dans la figure une bouffée de fumée, comme acconq)agnement du salut.
Puissent les élèves de nos maisons d'éducation, dont les regards tomberont sur
ces lignes, tenir à honneur de continuer la bonne habitude de saluer les ecclésiastiques, et cela, de manière à faire comprendre qu'en saluant le prêtre, ce n'est pas tant l'homme qu'ils saluent que le ministre de N.-S. J.-C. Qu'ils veuillent bien ne pas croire que les prêtres le désirent par intérêt ; car, s'il est une chose ennuyeuse, c'est certainement de porter constamment la main à son chapeau pour rendre le salut.
Cela nous conduit à parler de la manière dont les ecclésiastiques doivent saluer.
Ce serait une exagération que d'exiger du prêtre qu'il rendît toujours à chacun \m salut aussi profond que celui qu'on lui fait. Il y a des circonstances où il aurait toujours le chapeau à la main, et ce serait déraisonnable de l'exiger. A lui donc il est permis de ne Mre que porter la main à son chapeau avec bienveillance ; et il pourra ne se départir de cette règle que lorsqu'il se trouvera lui-même en présence de personnes qui lui sont hiérarchiquement supérieures, ou s'il s'agit de personnes qu'il connaît particulièrement. De
même le prêtre doit comme tout le monde saluer de la main droite, si elle est libre. Mais si elle ne l'est pas, par exemple s'il porte de la main droite une canne dont il se sert, il peut saluer de la main gauche sans avoir besoin de s'astreindre à changer sa canne de main. Il pourra réserver cette opération pour des cas assez rares où il doit montrer beaucoup de respect.
Nous avons parlé du salut fait sur la rue le chapeau sur la tête. Nous devons aussi dire un mot du salut foit lorsque l'on est nu-tête.
Ce salut se ftiit par une inclinaison de la tête ou des épaules, suivant le degré de respect dû à la personne saluée. Une simple inclinaison de tête se fait pour un ami ou pour des inférieurs.
SECTION CINC^UIÈME
Déploiement des gestes du bras.
Il est remarquable que les lois du développement des gestes du bras bien o1)servées s'accordent toujours avec les con-
ditions de l'esthétique, c'est-à-dire, que la plus haute expression de la signification des gestes du bras coïncide toujours avec les formes les plus gracieuses de celui-ci. On peut donc être certain que plus on évitera les formes désagréables du bras plus on arrivera à l'expression la plus complète des gestes de cet organe. Au reste, cette remarque ne s'applique pas seulement au bras, mais à tout l'organisme.
Il y a trois formes désagréables du bras : Les angles aigus, les angles partant du corps, les bras raides. Quant on exclut ces trois défauts, il ne reste plus que les angles obtus et les courbes gracieuses qui en sont les conséquences.
Pour que le bras, partant de la position de repos, à la ceinture, se développe dans toute son étendue d'une manière constamment gracieuse, Delsarte a formula une règle résultant de ses longues observations et qui, par conséquent, n'est que la traduction de la nature. Cette règle est plus longue à énoncer et plus compliquée en
apparence qu'elle ne l'est à appliquer dans la pratique. Elle comprend trois temps : 1*^ Le coude et le poignet partent en même temps, mais le poignet avance plus vite que le coude et le rejoint ; 2° à partir de ce moment, le coude continue à s'élever en entraînant le poignet qui ne doit pas dépasser le coude tant que celui-ci, en s'élevant, s'éloigne du corps ; 3° ce n'est que quand le coude est rendu à sa limite d'éloignement, que l' avant-bras s'étend à son tour.
En revenant, on défait ce que l'on avait fait en allant, en passant par les mêmes phases, mais en sens inverse.
On peut observer que dans ce mouvement du bras, la main suit par rapport à la jointure du poignet, exactement les mêmes règles pour l'aller comme pour le retour. En allant, la main, qui semble demeurer en arrière, ne s'étend que quand le" poignet est au bout de sa course ; et il en est de même pour le retour. C'est encore la même règle, si le mouvement du bras, au lieu de se faire latéralement, se tait de bas en haut ou de haut en bas.
Il va sans dire que ces différentes phases se suivent l'une et l'autre sans intervalle, et se fondent en un mouvement unique.
ARTICLE TROISIEME
LA TÊTE SECTION PREMIÈRE
Attitudes et Tnouvements
La tête est surtout l'agent de l'intelligence.
Il y a à considérer dans la tête les affifiidefi et les inourements /.ngltifs.
§1. Attitudes de la tète.
Tableau des attitudes.
Les genres, dans les attitudes, sont déterminés par les inclinaisons de la tête en avant ou en arrière, et les espèces, par le penchement latéral vers l'interlocuteur ou à l'inverse.
r I Excent. — Penchée en arrière.
Genres- II Concent. — Penchée en avant. un Normal. — Droite.
Voici le tableau des significations des espèces, en commençant par le genre normal (III) :
1. A l'inverse de l'interlocuteur, .se??,sucdlsme (bon ou mauvais).