‹ Cours d'éloquence parlée d'après DelsarteChapitre 31 sur 51 · SECTION SECONDE · texte numérisé non relu

SECTION SECONDE

Parties mobiles de la tête.

§1. L'œil.

L'agent le plus expressif du visage est l'œil.

L'oeil est essentiellement l'agent de l'esprit ; aussi est-il le plus docile de tous les agents mécaniques ; mais, en même temps, c'est le plus traître, à cause de la multiplicité des parties qui concourent à lui donner sa sio-nification.

Au point de vue de l'expression, l'oeil est composé d'un triple appareil :

I. L'appareil o^^/gwe proprement dit; II. L'appareil soiirrillier, ou les sourcils ; III. L'appareil palpélrral, ou les paupières.

a.) Appareil opt'uive.

Chose singulière ! l'œil, en tant qu'agent expressif, est essentiellement intellectif, et cependant ce n'est pas l'appareil optique proprement dit qui sert à manifester l'intelligence. Dans l'ensemble des parties qui concourent à la signification des gestes de l'œil, il joue le rôle d'élément vital, et c'est le sourcil qui est le véritable élément intellectif.

De fîiit rapi)areil optique proprement dit est passablement neutre, et n'a d'expression qu'au point de vue vital. Quand on parle d'un œil plein de vie, ou d'un œil languissant, ou d'un œil mort, c'est de l'appareil optique proprement dit ([u'on parle.

Il y a, dans la conformation de l'appareil optique et dans les apparences extérieures de ses parties visibles, des caractères qui indiquent une plus ou moins grande dose d'énergie physique. C'est dans l'appareil optique proprement dit que gît cette puissance fascinatrice ou magnétisante plus ou moins grande, que l'on tient de la nature, qu'on peut voiler plus ou moins quand on l'a, mais qu'on ne saurait se donner quand on ne l'a pas.

On rencontre quelquefois certaines gens, qui ne brillent pas toujours par l'intelligence, mais qui ont, comme on dit, un oeil terrlhle. Il y en a dont on ne soutient que difficilement le regard. Leur ascendant se fait sentir jusque sur les animaux.

Il y avait en France, vers 1860, un ecclésiastique qui pouvait impunément, et par la seule force de son regard, agacer et même frapper avec ses mains un chien furieux placé entre les jambes de son maître, même lorsque celui-ci l'excitait contre l'ecclésiastique. Mais c'était à la condition de ne jamais cesser de fixer les

yeux du chien. C'est à cette puissance optique qu'est dû l'ascendant extraordinaire des dompteurs de lions et d'autres animaux féroces.

Il ne faut pas conclure de ce qui précède, qu'une semblable puissance optique ne peut pas se rencontrer dans une personne intelligente ; mais seulement que ce qui rend le regard intelligent, ce sont les parties avoisinant l'appareil optique. Ceci est si vrai qu'il y a des personnes aveugles qui ont cependant un oeil très intelligent. Evidemment c'est grâce aux accompagnements de l'appareil optique.

Considérons maintenant l'expression propre de cet appareil.

Nous avons deux yeux, et, pour voir un objet, nous dirigeons vers cet objet l'axe optique de chacun de nos yeux. La lumière qui rayonne de l'objet vient produire une image dans chaque oeil. Cette double image cependant ne produit ordinairement que l'impression d'un seul ol)jet ((ui paraît plus ou moins en relief.

Evidemment l'angle formé par les deux

axes optiques, lorsqu'ils convergent vers un même objet, est plus ou moins grand suivant que cet objet est plus ou moins proche. Il dépend donc de notre volonté de faire converger plus ou moins les axes optiques de nos yeux. Il y a cependant une limite pratique à cette faculté. Si l'objet est trop proche, on peut bien réussir à y faire converger les deux axes, mais les images ne peuvent plus se superposer et l'on voit donhle. On dit alors que la personne louche.

Cette convergence des axes optiques est sensible à l'extérieur. Sans pouvoir dire d'une manière précise la distance exacte de l'objet que regarde une personne, on peut constater si elle regarde plus ou moins loin, et surtout on s'aperçoit bien si elle louche.

A partir de la distance minimum où l'on cesse de loucher, jusqu'à la limite de la vue, on a ce qu'on appelle le regard converfjent ou direct. Plus l'objet s'éloigne, plus les axes optiques tendent au parallélisme. Si l'objet est à la limite de la vue,

ou, comme on dit, à V infini, les axes optiques sont parallèles. Cette forme de regard est assez sensible. On dit alors que les gens regardent sans voir, qu'ils ont le regard rêveur.

Enfin il est possible que les axes optiques divergent. S'il est difficile d'obtenir ce résultat par la volonté, il se présente naturellement dans le vertige et dans l'ivresse.

Nous avons donc trois espèces de regard :

Page 1