‹ Cours d'études historiques [microforme] (volume 2)Chapitre 54 sur 59 · SUÉTONE · texte numérisé non relu

SUÉTONE

demment supposé; car l’auteur paraît y confondre les deux Pline, erreur dans laquelle ne pouvait tomber l'intime ami du second. Les doutes qu’on a élevés sur les articles de Juvénal, Perse et Lucain, sont beaucoup moins fondés : on y retrouve la diction de Suétone, ainsi que l’a prouvé Saumaise. L’authenticité des pages qui concernent Horace et Térence n’a point été contestée. Ces deux notices faisaient partie d’un traité historique sur tons les poëtes latins, qui comprenait une vie de Virgile, dont le grammairien Donat a extrait quelques lignes. Le livre des Rhéteurs illustres ne nous est parvenu que réduit à six chapitres, où l’on rencontre néanmoins plusieurs faits d'histoire littéraire qui ne se lisent point autre part. Il en faut dire autant du livre des grammairiens (romains), qui est d’ailleurs plus étendu et peut-être même complet.

C’est par son Histoire des douze Césars que Suétone est principalement connu : cet ouvrage, naturellement divis: en douze parties, l’a été quelquefois en huit, dont les six premières correspondaient aux six premiers empereurs : Jules César, Octave, Tibère, Caligula, Claude et Néron ; la septième comprenait Galba, Othon et Vitellus ; et la huitième, les empereurs de la famille Flavienne, Vespasien , Titus et Domitien. Mais cette division n’appartenait qu'aux copistes , et elle n’était point uniforme ; car Loup de Ferrièresne partageait l'ouvrage qu’en deux livres, et Vincent de Beauvais en comptait douze. Comme les premières lignes de la vie de Jules César se rapportent à une époque où il est âgé déjà de seize ans, on a supposé, non sans quelque probabilité, que le commencement de ce livre était perdu; et Louis Vivès a pris la peine d’en rétablir les premiè-

res pages. Suétone s’est proposé de tracer le tableau des mœurs privées, de la conduite personnelle de chacun de ces douze princes, plutôt que celui des affaires politiques et militaires de leurs règnes. Il ne suit pas rigoureusement l'ordre chronologique des faits; et néanmoins, ainsi que le cardinal Noris l’a remarqué, il ne s’en écarte pas autant qu’on le pourrait croire : il fait correspondre, le plus qu’il peut, la distribution des matières à la succession des temps. En général, on rend hommage à l'exactitude, à la véracité de cet historien : Linguet, qui l’a dans le dernier siècle ac. cusé de mensonge et de calomnie, a été victorieusement réfuté par Tiraboschi et par la Harpe. On a reproché, avec plus de justice, à Suétone, d’avoir fait un recueil d’anecdotes souvent scandaleuses, et quelquefois si scandaleusement racontées, qu’il y a presque autant de licence dans les récits que dans les actions mêmes, comme le disait saint Jérôme. De telles peintures, en effet, ne sont profitables que lorsqu’elles sont décentes; et, pour montrer à nu la dépravation et l’ignominie des Tibère et des Néron, il fallait une sagesse, uu goût, un art, qui manquaient à Suétone. Mai Tillemont et d’autres censeurs, qui se plaignent de son excessive liberté, conviennent du moins qu’il est véridique. On a vu quelle idée avait conçue de sa pro. bité son contemporain Pline le Jeune. Vopisque li depuis qualifié enendatissimus et candidissimus. Ai renouvellement des lettres, Ange Politien, Érasme, Bodin, Vivès, Juste-Lipse, etc., ont décerné à son ou vrage de magnifiques éloges, auxquels peut-être ils n’ont pas mis assez de restrictions. Nous le trouverions mieu apprécié par la Harpe ( Lycée, part. I, liv. II, ce. 1.

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1684, in 2 vol. indam, 17 Leyde, L zig, 180/ Suétone o:

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SUÉTONE. 543 sect. 1 ): « Il est exact jusqu’au scrupule et rigourcu- « sement méthodique ; il n’omet rien de ce qui concerne « l’homme dont il écrit la vie; il rapporte tout, mais «il ne peint rien. C’est proprement un anecdotier, si « l'on peut se servir de ce terme, mais fort curieux à « lire et à consulter. » De nombreux manuscrits de ses douze vies se conservent à Rome, à Paris, à Turin, à Zurich, à Berne, et ont servi à préparer des éditions qui se sont extrêmement multipliées. Les dix-huit premières ont été publiées avant l’annéer 500; et, depuis ce temps, on en compterait plus de cent autres, en écartant celles qui ne se recommandent à aucun titre. Nous ne pourrons indiquer ici que les plus précieuses et les plus utiles : Rome, 1470, au mois d’août, in-fol. {c’est la première de toutes); Rome, Sweynheim et Pannartz, 1470, in-fol.; Venise, Janson, 1471, in-folio; Venise, Alde, 1516, in-8°; Genève, 1595, in-4°; Paris, Imprimerie Royale, 1644, in-12; Amsterdam, Elzévir, 1650, in-12 ; Utrecht, 1692, in-4°; Paris, 1684, in-4°, à l'usage du Dauphin; Utrecht, 1690, a vol. in-8°; Leuwarde , 1714, 2 vol. in-4° ; Amsterdam, 1736, à vol. in-4°; Leipzig, 1748, in-8°; Leyde, 1951, in-8°; Deux-Ponts, 1800, in-8°; Leipzg, 1804, à vol. in-8°. Les principaux éditeurs de Suétone ont été G. Ant. Campanus, J. J. André, évêque d’Alérie, Egnatius , Érasme, Isaac Casaubon , Gruter, Grævius, Pitiscus, Oudendorp, Ernesti; mais plusieurs autres savants, Phil. Beroaldo, H. Lorit ( G/areanus ), Torrentius, Juste-Lipse, Boxhorn, Pierre d’Almeida, etc., ont contribuc, par des recherches et par des notes, à éclaircir le texte de cet auteur. Il a été traduit en italien par Paul del Rosso, dont la ver-

= Te ee TL.

DE

544 LISTOIRE ROMAINE.

sion, publiée en 1554 , a été réimprimée à Venise en 1738, in-4°; en espagnol, par Jaimo Bartholomeo, Tarragone, 1595 ; en anglais, par Philémon Toland, Londres, 1666, in-fol.; par J. Hughes, 1717-1726, 2 vol. in-123 par J. Clarke, 1733, in-8° ; enfin par Alexandre Thompson, 1795, in-8°; en allemand, par Wagner, 1771, in-8°; en danois par H. D. Holk; en laugue belge par Abrah. Bogaert., etc. Quant aux versions françaises , la Harpe, qui donnait la sienne pour la troisième, était dans l'erreur : on avait déjà celles de Michel de Tours, Paris, 1 520, in-fol. ; de George de la Boutière, Lyon, 1556, in-4°; de J. Baudouin , } Paris, 1628, in-4° ; d’un anonyme, Amsterdam , Elzévir, 1665, in-r2 ; et de Bernard du Theil, Paris, 1670, in-12. La traduction de la Harpe parut en 1770; et celle de Delisle de Sales (sous le nom de Henri Ophellot de la Pause, anagramme de philosophe de la nature), en 1771. Celle-ci est en quatre tomes in-8°, à cause des mélanges et des notes qui l’accompagnent ; et l’autre en 2 vol., qui ont été réimprimés en 1806, et, depuis, dans la collection des œuvres de la Harpe. Ce traducteur, quoiqu’on lui ait reproché plusieurs méprises, et qu’on s’aperçoive qu’il a travaillé fort vite, est néanmoins le plus élégant et quelquefois même le plus fidèle que Suétone ait eu dans notre langue avant la fin du dernier siècle. Deux autres versions ont été pu-À bliées à Paris en 1807, l’une par M. A. L. dela Roche, in-8° ; l’autre , sans aucun retranchement, par M. Maurice Lévesque, en à vol., du même format. Les remarques de Laisné sur la personne et les écrits de Suétone, insérées dans le nouveau recueil des pièces È fugitives d'Archaimbaud (tom. 1, pag. 23-67 }, sc: t

ée à Venise en ) Bartholomeo, ilémon Toland, 38, 1717-1726; in-8° ; enfin par ; en allemand, par H. D. Holk; rt, etc. Quant donnait la sienne : on avait déjà

n-fol. ; de George }

de J. Baudouin, imsterdam , Elzéeil, Paris, 1670, rut en 17705 €t de Henri Ophelosophe de la nare tomes in-8°, à l’'accompagnent ; pprimés en 1806, es de la Harpe. Ce plusieurs mépriaillé fort vite , est fois même le plus e langue avant la

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SUÉTONE. 545 em i LR en partie, de l’article qui concerne cet orien latin, dans le dictionnaire de Bayle |

| Vopisque parle d’un Suétone surnommé Optatianus qui avait écrit une vie de l’empereur Tacité |

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T'ACITE.

Tacite (Carus Cornelius Tacitus), célèbre historien latin, a vécu au premier siècle de l’ère vulgaire et au commencement du second. Quelques-uns des manuscrits de ses ouvrages lui donnent le prénom de Publius, au lieu de Caius, qui paraît être le véritable. Il est invariablement appelé Cornelius; et néanmoins on ne le croit point issu de la famille patricienne que ce nom désigne et que le sien rendrait encore plus illustre. Parmi les Cornelius, sinombreux dans l’ancienne Rome, on démêle des plébéiens et même des affranchis : il est difficile et peu important de savoir desquels descendait celui qui a immortalisé le nom de Tacite. Probablement il était fils de Cornelius l’erus Tacitus, chevalier romain, procurateur ou intendant de la Gaule Belge et contemporain de Pline l’Ancien. On connaît cet inteudant par une inscription trouvée à Juliers, et par quelques hgnes de Pline (1), où il est dit qu’il eut un fils qui, après avo'r grandi de trois coudées en trois ans, périt d’une contraction de nerfs avant l’âge de puberté. Certains auteurs ont prétendu que cet enfant monstrueux était, non le frère, mais le fils de l'historien Tacite. Il suffit, pour écarter cette hypothèse, d’observer que Pline l'Ancien écrivait ce récit avant l'an 79, ou même avant 77, à une époque où Tacite ne pouvait

(x) Hist, Nat, var, 47.

vensee ee serre ee

bre historien ulgaire et au ns des manum de Publius, able. Ilest innoins on ne le le que ce nom > plus illustre.

ncienne Rome, affranchis : il esquels descen- Tacite. Probal'acitus, chevade la Gaule n. On connaît te à Juliers, et st dit qu’il eut oudées en trois avant l’âge de que cet enfant s de l'historien thèse, d’obseravant l'an 79, ite ne pouvait

avoir fait un long séjour en Belgique, et avoir élevé un fils jusqu’à l’âge de plus de trois ans, ou même jusqu’à l'adolescence (1). En effet Tacite, outre qu'il ne portait pas le nom de Verus, avait à peine vingtdeux ou vingt-trois ans en ,7, étant né en 54 ou 55, au commencement du règne de Néron, cinq ou six ans au plus avant son ami Pline le Jeune , qui était dans sa dix-huitième année en 79, au moment de l’éruption du Vésuve (2).

Tacit: se dit Romain; mais c’était un titre qu'on pouvait prendre sans être né dans les murs de Rome; et, s’il fallait en croire les habitants de Terni, surtout leur historien Angeloni, ce serait à leur ville qu’appartiendrait l'honneur d’avoir produit ce grand écrivain : ils lui ont , au quinzième siècle, élevé des statues, afin de soutenir cette tradition, qui n’est d’ailleurs confirmée par aucun témoignage. On ne sait rien non plus de l'enfance et de l’éducation de Tacite. Il a pu être disciple de Quintilien : qu’il l'ait été réellement, comme le disent des auteurs modernes, c’est ce qui n’est exprimé ni indiaué nulle part dans les anciens livres. On serait plus fondé à présumer qu’il a, dans sa jeunesse suivi au barreau les plaidoiries d’Aper et de Julius Secundus , orateurs alors très-renommés. Sa correspondance avec Pline le Jeune prouve qu'il avait de bonne

(1) On lit ici dans Pline : /psi non récente, ce qui va être dit de la nais* pridem vidimus, ou Ipsi nos pridem sauce et du mariage de T'acite prouvevidimus : « Nous ar ons vu nous-mémes rait encore qu'il ne pouvait être le père «depuis peu, » ou« Nousavont vuil ya de cet enfant,

«longtemps.» Selon cettesecondeleçon, (2) Agebam duodevicesimum annum, il s'agirait d’un fait trop ancien pour dit Pline le Jeune, lib. VI, ep. 20. C’est qu'il pôt jamais être appliqué à un fils par erreur que Juste-Lipse et quelques de l'historien T'acite; mais, ensupposaut autres commentateurs ont transcrit duo

D mème que Pline parle d'une aventure et vicesimum,

heure cultive la poésie; et le style de ses ouvrages en prose annonce assez avec quel soin et quel succès il s'était livré à l'étude des grands modèles de l’art d’écrire , particulièrement de Thucydide.

Entre les sectes philosophiques, il paraît avoir préféré la stoicienne : on le trouve presque partout imbu des inaximes, pénétré des sentiments qui la caractérisent. Ce fut sous le règne de Vespasien, vers l’an 73 où 74, qu'ilentra, nous ne dirons pas dans le monde, parce que nous craignons que cette expression moderne ne convienne pas assez aux mœurs antiques, mais dans la carrière qui s’ouvrait à l’émulation et aux talents de la jeunesse romaine, On a droit de conjecturer qu’il commença par porter les armes , non-seument à cause de l'exactitude et de l’habileté qu'on remarque dans ses écrits lorsqu'il s'agit d’usages et de détails militaires, mais surtout parce que ce service était encore l'apprentissage ordinaire de ceux qui se destinaient à des fonctions civiles. On sait d’une manière plus directe qu’il embrassa la profession d'avocat peu d'années avant Pline ie Jeune, qui s’honore d’avoir marché sur ses traces (1).

Depuis Auguste, il fallait, pour devenir questeur, avoir été v'gintivir : on nommait ainsi vingt officiers de police qui surveillaient les monnaies, les prisons, l'exécution des jugements. Il est fort vraisemblable que Tacite a passé par le vigintivirat avant d'arriver à la questure, que lui conféra l'empereur Vespasien, qui mourut en 79, Il suffisait alors d’avoir vingt-quatre

(r) Ætate, dignitaté, propemodum te sequi, tibi longo, sed proximus i»æquales.…. Equidem adolescentulus, tervallo ct esse ct haberi coneupiscequum jam tu fama gloriaque floreres, bam, (Plin. lib, VIT, cp, 20.)

es ouvrages en uel succès il les de l’art d’é-

araît avoir prée partout imbu qui la caractérim, vers lan 75 dans le monde, expression mo- 1iœurs antiques, émulation et aux droit de conjecirmes , non-seuabileté qu'on red’usages et de dée ce service était eux qui 5e destit d’une manière jon d'avocat peu s'honore d’avoir

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ngo , sed proximus 1h et haberi coneupisce-

, VII, cp. 20.)

TACITE. 549 ans accomplis pour être questeur, ce qui suppose que Tacite l'était en 78; mais on n'a, sur ce point, aucun autre détail. Il avait le titre de chevalier, et la questure lui ouvrait l'entrée du sénat. Vers la même époque, et peut-être dès 77, il épousa la fille d’Agricola, alliance qui donne lieu de croire qu’il tenait déjà un rang honorable parmi les jeunes Romains. Il a célébré les vertus de sa belle-mère Domitia; et les biographes lui prêtent l'intention d'étendre cet éloge sur sa propre épouse, qu'il n’a cependant louée nulle part. En considérant les circonstances de sa vie, que nous venons de retracer, on ne voit pas comment, jusqu'alors, il au-

‘ eu le temps d’administrer une province belge : ceux qui lui attribuent une telle fonction le confondent : paremment avec son père. Il nous apprend lui-même qu’il dut à Vespasien le commencement de ses honneurs publics, accrus depuis par Fitus, et encore plus par Domitien (1). I n’obtint pourtant pas sous Titus la préture qu’il avait esp“rée sous Vespasien même; et il ne paraît point qu'avant l’avénement de Domitien, il eût exercé d’autres charges que celles de questeur, d’édile, et peut-être de tribun. Mais aux jeux séculaires de 88 il se trouvait au nombre des quindécemvirs dépositaires des livres sibyllins : c’est lui qui nous instruit de ce détail de sa propre vie, et il ajoute que ce n’est pas pour s’en vanter qu'il le rappelle (a). En même temps, ilétait préteur (3); et nous manquons de renseignements sur la manière dont il s’est acquitté de cette fonction importante.

(x) Dignitatem nostram a Vespasiano (2) Quod non jactantia refero. (4ninchoatam, a Tito auctam, a Domiiano al. lib, XI, cap, 11.)

lougius provectam, (Histor. lib. Æ, (3) Ac tuuc prætor. (Ibidem.) cap. 1}

EE io

55o: HISTOIRE ROMAIKME.

Il sortit de Rome avec son épouse en 89 : était-ce disgrâce ou retraite volontaire, ou bien allait-il remplir quelque fonction, quelque mission dans une province? Ceux qui ont agité ces questions n’ont pu les résoudre d’une manière précise. Seulement Bayle a montré que, selon toute apparence, Tacite n’avait point été banni. C’est surtout bien mal à propos que ce tains auteurs prolongent pendant dix ans cet exil prétendu ; car on trouve Tacite rentré dars Rome avant la mort de Domitien, qui ne vécut que huit ans. après les jeux séculaires. Toutefois, en 93, lorsque Agricola périt dans la capitale de l’empire, l’absence de son gendre durait encore. « Quel surcroît de douleur, s’écrie Tacite, « pour moi et pour sa fille, de n'avoir pu soutenir sa « défaillance, jouir de ses embrassements et de ses der- « niers regards! Nous l’avons perdu quatre ans d’a- « vance par l'effet de notre éloignement. » L’historien n'ose point affirmer que Domitien ait fait empoisonner Agricola, quoique tel füt le bruit public, et que les proscriptions ordonnées peu après par le farouche empereur aient rendu ce premier crime beaucoup trop croyable. « Bientôt, dit Taciie, nos mains (sénatoriales) « conduisirent Helvidius en prison; la cruelle séparaa« tion de Mauricus et de Rusticus fut notre ouvrage; « et il fallut nous couvrir du sang de Sénécion. » En prenant ces paroles à la lettre, on a voulu en conclure que Tacite, au sein du sénat, avait cédé au torrent, et s'était prêté au bon plaisir de Domitien. Mais le style figuré, pour ne pas dire passionné, des derniers chapitres de la vie d’Agricola permet bien, ce semble, de u’appliquer les expressions collectives qu'on vient de lire qu'à l'assemblée des sénateurs, et de supposer

n 89 : était-ce allait-il remdans une pros n’ont pu les ment Bayle a te n’avait point os que c£:tains “exil prétendu; > avant la mort s. après les jeux Agricola périt de son gendre r, s’écrie Tacite, pu soutenir sa ts et de ses derquatre ans d’ant. » L'historien ait empoisonner blic, et que les le farouche embeaucoup trop ns (sénatoriales) cruelle séparanotre ouvrage; Sénécion. » En ulu en conclure au torrent, et n. Mais le style derniers chapice semble, de qu'on vient de t de supposer

TACITE. 551 qu’ils n'avaient pas tous, sans exception, coopéré à ces iniquités sanguinaires. C’est pour mieux exprimer l'horreur qu’il en ressent que l’historien se place, en quelque sorte, au nombre des complices, bien sûr que les couleurs odieuses dont il a peint la tyrannie montreront assez qu’elle n’a jamais pu le compter parmi ses instruments.

On se délivra de Donnitien en 96; et, dès l’année suivante, Tacite parvint au consulat : son nom ne figure point dans les Fastes, parce qu’il n’était pas consul ordinaire, mais subrogé par Nerva, nouvel empereur, à Virginius Rufus, qui venait de mourir, et dont il prononça l'éloge funèbre. « Ainsi, dit Pline le Jeune, la « fortune, toujours fidèle à Virginius, lui gardait « après sa mort, le plus éloquent des panégyristes. » C’est le seul acte qu’on connaisse de ce consulat, qui n'était au surplus qu’un vain titre, et qui laissait à Tacite assez de loisir pour qu’il se livrât à des travaux littéraires. 1l composa, en 97, la Vie de son beaupère; en 98, le Tableau des Mœurs des Germains.

Avait-il visité ces peuples, parcouru leur pays, observé immédiatement leurs habitudes? Cela n’est rapporté ni indiqué nulle part; mais on serait fort tenté de le croire, à ne considérer que l’exactitude de catte description , le nombre et la précision des détails qu'elle renferme. Elle semble trop originale pour avoir été rédigée d’après des mémoires étrangers; et, d’ailleurs, comme on ne sait point où Tacite a passé les quatre années de 89 à 93, rien n'empêche de supposer qu'il ait fait, durant cette absence, quelque séjour en Germanie. Quoi qu'il en soit de cette conjecture, il n'eut pas plutôt achevé ce livre qu’il concut l'idée et se traça

le plan de ses grands ouvrages historiques. Il n'avait cependant point renoncé au barreau : nous Île retrouvons, en 99, chargé, avec son ami Pline le Jeune, de soutenir l'accusation intentée par les Africains contre le proconsul Marius Priscus. Cette affaire eut de l’éclat : elle nous est connue par le récit qu’en fait Pline dans une de ses lettres(/ib. ZJ, ep. 11) : « Le sénat, dit- «il, nous ordonna, à moi et à Cornélius Tacitus, de « prendre la cause des Africains contre le proconsul « qui, dénoncé par eux, se retranchait à demander « des juges ordinaires, sans proposer aucune défense. « Notre premier soin fut de montrer que l’énormité des « crimes dont il s'agissait ne permettait pas de civiliser « l’affaire; car Priscus était prévenu d’avoir reçu de « l'argent pour condamner à mort des innocents. » Son avocat, Fronto Catius, voulait qu'on se restreignit à examiner s’il y avait eu péculat. Mais le sénat, en donnant des juges chargés de prononcer sur ce che d'accusation, décida aussi que ceux à qui l’on disait que Priscus avait vendu le sang de plusieurs victimes innocentes seraient assignés et entendus. Il ne comparut qu’un seul de ses complices, Flavius Martianus ; un autre venait de mourir fort à propos. Une assemblée se tint, présidée par l’empereur Trajan, qui était alors consul ; c'était au commencement de janvier, époque où Rome voyait le plus de sénateurs réunis. Là et en présence de l'accusé Priscus, sénateur lui-même, et de Martianus, duquel il avait reçu sept cent mille sesterces pour flétrir et faire étrangler en prison un chevalier romain, Pline parla le premier durant plus de cinq heures, et l'on entendit ensuite Marcellin , défenseur de Martianus. Le lendemain, Salvius Libéralis

nest

8, Il n'avait is le retroule Jeune, de jcains contre e eut de l’een fait Pline Le sénat, dity Tacitus, de le proconsul à demander cune défense.

'énormité des as de civiliser voir recu de innocents. »

se restreignit le sénat, en r sur ce che ui l’on disait eurs victimes s. 11 ne comàs Martianus; . Une assemjan, qui était ip 0 janvier, époréunis. Là et r lui-même, ept cent mille n prison un durant plus arcellin , déius Libéralis

plaida pour le proconsul; et ‘l'acite répondit avec l’énergie et la gravité mristueuse qui caractérisaient son éloquence (1). Le piaitoyer de Fronts pour Priscus dura jusqu: la nuit, et ne se termina que dans une troisième séance, où les accusés furent condamnés à des peines assez douces pour des attentats énormes : mais on déclara que Plineet Tacite avaient rempli dignement leur ministère et l'attente du sénat.

On voit, par d’autres lettres de Pline, que Tacite composait aussi des pièces de vers, et que les hommes les plus insiruits de ce temps recherchaicnt sa société. Celui avec i:quel il entretenait le commerce le plus intime, était Pline lui-même, qui lui a écrit onze épitres (2), ou du moins dix; car il en est une qui semble être plutôt une réponse de Tacite. Ces lettres nous apprennent qu’ils se communiquaient réciproquement leurs ouvrages, qu'ils mettaient en commun tout ce qu'ils avaient de. lumières, de talents et de gloire. C’est à la prière de l’historien que Pline le Jeune fait une relation détaillée de la mort de son oncle : des autres circonstances de l’éruption du Vésuve.

Il sait que l’éloquence de son ami peut, rieux qu’aucune autre, immortaliser ces tristes souvenirs; et il espère qu’elle sera aussi employée à jeter quelque éclat sur la conduite que Pline vient de tenir lu:-même dans l'affaire de Babius Massa; non pourtant qu'il demande qu’on altère ou qu’on amplifie la vérité; il est persuadé qu'un récit fidèle suffit aux actions honorables, et il

(1) Respondit Corn. Tacitus eloquen- 4h. PI, ep. 9, 16 et ao; lib, VII, ep. tissime, et quod eximium orationi ejus 20 et 33; lib, VIII, ep. 7; lib. IX, ep. Incst, JEpLvEG. 10 et 14. Mais l’avant-dernière de ces (2) Lib, LE, ep, 69 ct ao; b, 1V,ep.13; épitres pourrait être de Tacite à bline,

u’attend de Tacite ni exagérations ni réticences officieuses, Cicéron n'avait pas porté si luin la délicatesse, en priant Luccéius d'écrire l’histoire de son consulat. Dans une lettre adressée à Maxime, Pline raconte un fait dont il a été, depuis peu de jours, informé par Corneille Tacite. Celui-ci assistait aux jeux du Cirque, à côté d’un chevalier romain qui, à la suite d’un entretien savant et varié, lui demanda sil était d'Italie ou d’une autre province : « Vous me connaissez, répon- « dit l'historien, et j'en ai l'obligation aux belles-lettres. » À quoi lechevalier répliqua : « Êtes-vous Tacite ou Pline ? » — « Je ne puis exprimer, ajoute ce dernier, avec quels délices nous avons vu nos deux noms ainsi rapprochés et confondus en quelque sorte avec celui de la littérature elle-même. »

L'un des deux illustres amis mourut vers l’an 103 : il paraît que Tacite lui survécut longtemps. On suppose qu'il est mort octogénaire; ce qui étendrait sa carrière jusque vers l'an 134 ou 135; mais nous n’avons, sur eë point, aucun renseignement positif. Il n’est rien dit de ses enfants ; et, néanmoins, on a lieu de croire qu'il laissait une postérité, puisqu’au troisième siècle, empereur Tacite se glorifiait de descendre de ce grand historien, et qu'au cinquième, un préfet des Gaules, nommé Polémius , le comptait parmi ses aïeux. C’est ce que nous apprenons de Sidoine Apollinaire, qui dit que ce préfet, né au sein d’une famille gauloise trèsillustre, était poëte, orateur, philosophe platonicien, et vivait sous le règne de Julius Népos, prédécesseur immédiat d’Augustule.

On ne rapporte aucun fait de la vie de Tacite après la fin du premier siècle de l’ère vulgaire; il a proba-

ticences offia délicatesse, son consulat.

Pline raconte , informé par x du Cirque, uite d’un en- | était d'Italie aissez, réponaux belles-lettes-vous Tacite ute ce dernier, ux noms ainsi rte avec celui

vers l’an 103 :

s. On suppose rait sa carrière s n'avons, Sur | n’est rien dit de croire qu’il e siècle, l’eme ce grand hist des Gaules, es aïeux. C’est linaire, qui dit gauloise trèse platonicien, , prédécesseur

le Tacite après e; il a proba-

TACITE. 555 blement consacré les années suivantes à la composition et à la révision de ses ouvrages. Nous ne possédons qu’une partie de ses écrits; car, sans parler encore de la perte qu'on a faite de plusieurs livres de ses Annales et de ses Histoires, il ne subsiste rien de son Pa-

négyrique de Virginius, ni de son Dis ontre le proconsul Priscus, ni de ses autres | , ni de ses poésies, ni d’un livre de facétic ence Planciadès le déclare auteur. Au trois le ses

Annales ( chap. 24 ), il annonce qu’après avoir achevé les travaux qu’il a entrepris, il écrira, s’il en a le temps, l'Histoire du règne d’Auguste, Ce livre nous manque aussi, soit qu’il n’ait jamais été composé, soit qu’il ait disparu comme tant d’autres. Au nombre de ceux qui nous restent de cet illustre écrivain, on comprend quelquefois le Dialogue sur les Orateurs ou sur les Causes de la corruption de l’éloquence , excellent opuscule que des savants ont attribué, soit à Quintilien, soit à Suétone; mais Tacite, outre que son nom se lit sur plusieurs anciens manuscrits de ce livre, serait encore assez désigné par le caractère des idées et même du style. On y à remarqué des tours et des expressions qui se retrouvent dans ses autres ouvrages. Le grammairien Pomponius Sabinus a cité, comme énoncée par cet écrivain, une observation critique sur les faux ornements des productions de Mécène, calamistros Mæcenatis ; et c’est en propres termes ce qui se lit au vingt-sixième chapitre du Dialogue. L'auteur dit qu'il était dans sa première jeunesse lorsqu'il entendit cette conversation (1); et il en fixe la date à peu près à

(1) Un de ses traducteurs nous dit, était fort jeune lorsqu'il composait ce en le prenant lui-même à témoin, qu'il dialogue, Cela nous paraît inexact; car

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l'an 75 de notre ère, lorsqu’en effet Tacite n’avait qu'environ vingt ans, ou moins même, si l’on adoptait l’opinion , un peu hasardée, de Juste-Lipse et de Dodwell, qui ne le font naître qu’en 59 ou 60. Toutes ces circonstances suffiraient pour le désigner ; mais il est particulièrement reconnaissable au soin que prend l’auteur de ce dialogue de rattacher partout à l’histoire politique et à la science des mœurs sociales la théorie de l'art oratoire. Cette littérature, forte et profonde, est celle qui convient à l'historien des empereurs. Si les formes et les mouvements du discours n’y sont pas toujours les mêmes que dans ses livres purement historiques, il ne faut pas s’en étonner : un écrivain tel que lui sait prendre plus d’un ton, donner à un entretien d’autres couleurs qu’à un simple récit, et parler le langage des orateurs quand il les met en scène.

Nous devons dire cependant que tous les modernes ne s’accordent pas à lui attribuer cette production : Béatus Rhénanus a le premier élevé des doutes sur ce point ; Juste-Lipse, Gaspar Barth et Vossins ont laissé la question indécise; Henri Estienne, Boxhorn, Freinsheim, Grævius, Pichon, etc., ont pensé qu’elle devait se résoudre en faveur de Quintilien:. Morabin, la Bléterie, Tiraboschi, ne veulent p&t qu’on la décide pour Tacite. Mais c’est pour lui que se déclarent ou qu'inclinent P. Pithou, Colomiez, Dodwell, Schürzfleisch, Sigrais, Brotier, Schulz, Oberlin, Dureau de la Malle, M. Burnouf; et cette opinion nous paraît de

Tacite ne parle que du temps où il pré divi,.. Memoria ac recordatione opus tend l'avoir entendu , et il déclare qu'il est, ut... iisdem nunc numeris, iisdem a besoiu que sa mémoire lui cn retrace rationibus persequar,

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bria ac recordatione opus Vem nunc numeris, iisdem sequar,

TACITE, 557 beaucoup la plus vraisemblable. Du reste, le mérite du Dialogue sur les Orateurs est généralement reconnu ; et il suffit de prendre une idée sommaire du sujet pour en sentir l’importance.

Doit-on préférer l’éloquence à la poésie? Les anciens orateurs valaient-ils mieux que ceux du temps de Vespasien? et, si l’éloquence a dégénéré, quelles en sont les causes? Ces questions débattues, la décadence du genre oratoire demeure avérée, et imputable à la mauvaise éducation, à l’impéritie des maîtres, à la nonchalance de la jeunesse. Chacun des interlocuteurs soutient constamment son caractère : le poëte Maternus y parle de son art avec enthousiasme; l'avocat Aper a de la rudesse, son éloquence de barreau est véhémente, mais son style a souvent de l'élévation; Messala est un patricien qui se possède davantage, il se contient dans les bornes d’une discussion grave.

Des portraits fidèles, des parallèles ingénieux, des contrastes habilement ménagés, des tours variés et toujours justes, donnent un grand intérêt à cet opuscule. Il est compris dans la première édition des œuvres de Tacite; mais il manque dans un grand nombre des suivantes, On l'a joint quelquefois aux Institutions oratoires de Quintilien ; et il a été imprimé à part, in-8°, à Upsal, en 1706; à Gættingue, en 1719; à Leipzig, en 1788. Fauchet, L. Giry, Maucroix, Morabin, Bourdon de Sigrais, Dureau de la Malle, Chénier, M. Dallier et M. Burnouf l’ont traduit en français. Entre ces versions, celles de Dureau de la Malle, de Chénier et de M. Burnouf nous semblent les plus fidèles les plus élégantes et, à tous égards, les plus dignes du texte. Nous avons indiqué déjà un autre écrit qu’on n’a

558 HISTOIRE ROMAIM&.

pas coutume d'insérer dans le recueil des ouvrages de Tacite, et qui se place dans celui des Lettres de Pline : c'est une très-courte épitre, que la Bléterie regarde, non sans quelque fondement , comme une réponse à celle où Pline avait conseillé à son ami d'associer l’exer. cice de la chasse à ses travaux littéraires.- « J'aurais « bien envie, répond Tacite ( du moins nous le supposons ainsi ), « de suivre vos leçons; mais les sangliers « sont si rares ici, qu'il n’y a pas moyen de réunir « Minerve et Diane, que vous me dites de servir à la « fois. Il faut donc ne rendre hommage qu'à Minerve, « encore avec ménagement, comme il convient dans « une campagne et pendant l'été. Sur la route même, « j'ai esquissé quelques bagatelles, qui ne sont bonnes « qu’à effacer aussitôt; pur babillage, pareil aux con- « versations que l’on tient dans une voiture, J’y ai ajouté « quelque chose depuis mon arrivée, ne me sentant « pas disposé à un autre travail. Ainsi je laisse en re- « pos les poëmes qui, selon vous, ne s’achèvent nulle « part plus heureusement qu’au milieu des forêts. J'ai « retouché une ou deux petites harangues, quoique « ce genre d'occupation soit peu aimable, peu attrayant, « et qu'il ressemble plus aux travaux qu'aut" plaisirs « de la vie champêtre (1). » On ne-tonteste pas l’authenticité des autres écrits quisubsistent sous le nom de Tacite. Telle est d'abord la Vie d'Agricola , que Thomas admire comme-le chef-d'œuvre et le modèle des éloges historiqués. Ce livre contient de vives peintures

(1) Dans l'édition elzévirienne de probable que les plus anciens man 1669, cette lettre est précédée de l'in- scrits portaient : Corn. Tac, C, Plin. S, scription : Cornelio Tacito suo C, Pli- 5., et que les copistes auraient dà lire

nius S., tandis qu'ailleurs on lit tou- Cornelius Tacitus Caio Plinio suo, sajoars C, Plinius Tacito suo, Il est fort lutem.

des ouvrages de Lettres de Pline :

Bléterie regarde, e une réponse à | d'associer l’exerraires.- « J'aurais ns nous le suppomais les sangliers moyen de réunir tes de servir à la ige qu’à Minerve, > il convient dans ir la route même, ui ne sont bonnes >, pareil aux coniture. J'y ai ajouté e, ne me sentant si je laisse en ree s’achèvent nulle jeu des forêts. J'ai rangues, quoique ble, peu attrayant, x qu'au" plaisirs éonteste pas l'austent sous le nom gricola , que Thoet le modèle des le vives peintures

les plus anciens manuat: Corn. Tac, C. Plin. 5.

copistes auraient dû lire itus Caio Plinio suo, sa-

ct d’éloquents discours : il offre l'expression, taie noble et vraie, des sentiments les plus fiers et des affections les plus tendres. L'auteur se montre tour à tour énergique et pathétique , avec une convenance parfaite. La diction est partout savante; mais l’art profond qu’elle recèle dans la structure des phrases, dans le choix et l'arrangement des mots ou même des syllabes, ne se manifeste que par les grands et rapides effets qu’il produit. Quel que soit pourtant l’éclat de cet ouvrage si justement célèbre, nous doutons qu’il porte, autant que ceux qui l’ont suivi, l'empreinte du goût sévère et du génie pénétrant de Tacite. Ce n’est pas non plus celui qui a fixé le premier les regards et l'attention des hommes de lettres du quinzième siècle, Il manque dans les premières éditions de cet historien; il ne paraît que daus celles de Milan vers 1496, et de Venise en 1497. Depuis, il en a été fait plusieurs réimpressions et traductions , même particulières. Pour ne rien dire d’une première version française, publiée à Paris, en 1656, in-12, ni de celles qui embrassent , avec la Vie d’Agricola, d’autres livres de son gendre, nous n’indiquerons.ici que deux traducteurs français, Desrenaudes en 1797, étMi Mollevaut, en 1822. Ces deux versions, imprimées à Paris, in-18 , sont accompagnées du texte; et l’on a joint de plus à celle de M. Mollevaut une carte dressée par M. Walckenaër, et représentant l’état de l’Angleterre au temps où Agricola.la subjuguait et la gouvernait. En effet, l'ouvrage latin , outre le mérite éminent qu’il a comme production littéraire,.a aussi l'avantage d'éclairer l’histoire ancienne des Iles Britanniques : mais Tacite a jeté bien plus de lumière encore sur la géographie et les mœurs primitives de la Ger-

manie. « Ge livre si court, sur un vaste sujet, est d’un « homme qui abrége tout, parce qu'il voit tout, » dit Montesquieu. C’est une admirable introduction à l’histoire d'Allemagne, ou plus généralement de l’Europe moyenne et occidentale. On y retrouve les premiers germes des coutumes et des lois de plusieurs siècles ; et, dans ce tableau des habitudes privées, des opinions communes et du régime civil, il y a des traits si caractéristiques et si profonds, que, d'âge en âge, et de nos jours même, ils demeurent reconnaissables, quoique modifiés ou affaiblis par le temps.

Quiconque veut rechercher les origines des institutions modernes, militaires, féodales, a besoin de recou- | rir, avant tout, à cet antique exposé des mœurs des Germains; et s’il nous fallait dire quel est le plus instructif des livres de Tacite, nous serions tenté de nommer celui-là. Il y règne une méthode si lumineuse et si naturelle, que les transitions , quoique bien fréquentes, ne s’y laissent jamais apercevoir. De tant de détails rapidement parcourus, aucun n’est inutile, ni obscur, ni déplacé : la précision du style, toujours élégante, devient énergique ou pittoresque , toutes les fois qu'il le faut. L’antiquité ne nous a pas laissé. un plus parfait modèle de description; et pour sentir tout le prix de cet opuscule il suffirait.de le comparer aux morceaux du même genre:qui se rencontrent dans les livres de Diodore de Sicile. On a cependant accusé Tacite de n’avoir peint et loué des peuples barbares que pour faire la satire des Romains : Voltaire a fort ac-

. crédité cette prévention; il a comparé l'historien « à ces « pédagogues qui pour donner de l’émulation à leurs « disciples prodiguent, en leur présence, des louan-

NE

aste sujet, est d’un w'il voit tout, » dit ntroduction à l’hislement de l’Europe rouve les premiers le plusieurs siècles ; rivées, des opinions des traits si caracve en àge, et de nos naissables, quoique

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« ges à des enfants étrangers, quelque grossiers qu'ils « puissent être. »

Cette relation a, sans doute, des intentions morales; mais, à nos yeux, son caractère le plus sensible est une exactitude scrupuleuse : elle ne ressemble assurément point à un panégyrique; et la satire, s’il y en a, demeure indirecte et sage. De tous les écrits de Tacite, nous croyons que c'est celui qui a été le plus souvent publié : il est joint aux autres dans la plupart des éditions, à partir de la première; et il a été assez fréquemment imprimé sans eux, soit à part, soit avec Diodore de Sicile, soit en différentes collections relatives aux peuples germains.

Entre les éditions particulières, nous indiquerons seulement celles de Nuremberg, vers 1473, in-fol. ; de Rome, vers 1474, in-4°; de Leipzig, in-4°, en 1509; de Bâle, 1519, même format; d'Augsbourg, 1580, in-8°; de Strasbourg, in-8°, r594 ; de Wittemberg , in-8°, 1664; d'Erlang, 1618, in-4°; de Francfort, in-8°, 1725. M. Renouard en a donné, en 1795, une édition in-18, qui renferme de plus la Vie d'Agricola. Ces deux livres ont été traduits en anglais par J. Aïkin, l’un en 1774, in-8°;l'autre, in-4°, en 1778. Nous n’entrerons pas dans le détail des versions allemandes ; et, à l'égard des traducteurs français, nous nous bornerons en ce mo-

ment à tenir compte de ceux qui n'ont travaillé que sur cette description de la Germanie. Le roi d'Espagne Philippe V s'était exercé à la rendre dans notre langue, peudant son éducation à la cour de son aïeul Louis XIV, Nous ignorons quel est l’auteur d’une version imprimée à Lyon, in-8°, en 1706; celle qui a été publiée in-12, à Paris, en 1776, est de M. Boucher, procu- AIX, 36

reur au parlement. M. C. L. F. Panckoucke en a mis au jour une nouvelle en 1824, avec une introduction, un commentaire et le texte latin, grand in-8° , accompagné d'un atlas. M. Graberg a joint un lexique à une version italienne des Mœurs des Germains et de la Vie d’Agricola, Gênes, 1814, in-8°.

Les deux ouvrages de Tacite qui ont le plus d'étendue sont ses Annales et ses Histoires : on a quelquefois prétendu qu’ils ne formaient originairement qu’un seul et même corps. Allacci attribue cette opinion à Quarengus, qui la fondait apparemment sur un texte de saint Jérôme, où il est dit que l'Histoire des Empereurs, depuis l’avénement de Tibère jusqu’à la mort de Domitien, était comprise en vingt livres; mais Tertullien, en citant le livre V, parle précisément de celui que nous appelons le cinquième des Histoires : il est vrai que ailleurs ce mème cinquième livre est désigné comme le seizième par Tertullien , ce qui prouve ou qu’on mettait peu d’exactitude dans les citations, ou que la distinction et la numération des livres de Tacite n'étaient pas très-bien connues. P:puis qu’on n'hésite plus à séparer les deux ouvrages, la plupart des savants sont persuadés que les Histoires-ont été composées avant les Annales. Vossius, Bayle, Rollin, la Bléterie, Tiraboschi , Brotier;en jugent ainsi d’après un passage du livre onzième des Annales, où l’auteur renvoie à ce qu’il a raconté dans l’histoire du règne de Domitien : Varratas libris quibus res imperatoris Domitiani composui. Quelques-uns aiment mieux croire que l'historien a suivi dans son travail l’ordre des événements; qu’en conséquence, il a commencé par le règne de Tibère, sujet des premiers livres des Annales;

koucke en a mis ane introduction, nd in-8° , accomun lexique à une nains et de la Vie

nt le plus d'éten- : on a quelquefois rement qu’un seul e opinion à Qua- . sur un texte de istoire des Empejusqu’à la mort de vres; mais Tertulécisément de celui s Histoires : il est me livre est désien , ce qui prouve dans les citations, ation des livres de es. Depuis qu’on rages, la plupart s Histoires-ont été s; Bayle, Rollin, ugent ainsi d'après hnales, où l’auteur stoire du règne de :s imperatoris Doent mieux croire ail l’ordre des évémmencé par le rèvres des Annales;

TACITE. 563 et, quoique cette conjecture ne soit pas la plus vraisemblable, il a convenu aux éditeurs et aux lecteurs de s’y conformer dans la publication et l’étude de tous ces livres. On croit que l'historien ne les a entrepris qu'après la mort de Nerva, qu'il qualifie Divus , et sous le règne de Trajan, au nom duquel il n’ajoute point un pareil titre : Principatum Divi Nervæ, et imperium Trajani. Aulu-Gelle a écrit un chapitre sur la signification des mots kistoire et annales : il n’en explique pas la différence d’une manière très-constante et trèsprécise. Seulement il semble assez que les Annales devalent procéder toujours par années, et que l'Histoire n'était point assujettie à une chronologie si rigoureuse, Mais, en comparant les deux ouvrages de Tacite, on voit qu’à cet égard il s’est donné à peu près la même liberté dans l’un et dans l’autre, et qu'il s’y est permis présqueégalement d'achever de grands récits en se portant un peu au delà des dates auxquelles il allait être obligé de revenir. Chez lui, la distinction consisterait plutôt en ce que les faits se pressent davantage dans les Annales

et que les narrations prennent plus d’étendue dans les Histoires , ainsi qu'on va le voir par l'exposé de la matière et:.de l’état de ces deux grandes compositions. Les quatre premiers livres des Annales, que l’on possède entiers, le cinquième, qui est mutilé, et le sixième dont il ne s’est rien perdu;.contiennent le règne de Tibère depuis l'an 14 jusqu'en 37. Les quatre livres suivants, dans lesquels était compris le règne de Caligula, nous manquent , ainsi que le commencement du onzième ; en sorte qu’en ouvrant ce qui reste de celuici, on est transporté à l’année 47, cinquième de Claude : la lacune est d'environ dix ans.

On n’en remarque plus de très-sensible ou de trèsimportante jusqu'au chapitre 35 du livre XVI. Mais ce chapitre ne nous conduit qu'à l'an 66; et la perte de la fin de ce dernier livre des Annales nous prive du tableau des deux dernières années de Néron. Les seize livres embrassaient donc cinquante-deux ans : dans les vingt livres d'Histoires, s’ils nous avaient été tous conservés, Tacite continuerait ses récits depuis la mort de Néron, en 68, jusqu’à celle de Domitien, en 96; espace de vingt-huit années sgulement. Il ne reste que les quatre premiers livres et le commencement du cinquième, Ils correspondent aux règnes éphémères de Galba, Othon, Vitellius, et à celui de Vespasien jusqu’à la guerre de Civilis, en 70. Les livres suivants achevaient l'Histoire de Vespasien, et y ajoutaient celle de Titus et de Domitien, Quant aux règnes de Nerva et de Trajan, l'historien semblait les avoir réservés pour servir de matière à un troisième ouvrage.

Il destinait à sa vieillesse ce doux et consolant travail; mais on a lieu de croire qu’il n’a pas eu le temps de s’y livrer : il n’en est fait aucune mention dans le cours des siècles qui ont suivi le sien. Toujours venonsnous de voir que, de trente-six livres historiques qu’il avait compotés, il en subsiste à peine dix-sept. Plus d’une fois on s’est empressé d'annoncer la découverte de quelque partie des dixneuf autres; en 1606, des Napolitains conçurent ou inspirèrent cet espoir : leurs promesses ont été vaines, comme la plupart de celles du même genre, et nous devons nous résigner à regretter toujours ces trésors, dévorés par le temps ou détruits par l'ignorance, à moins que des palimpsestes ne nous en restituent quelques débris. Mais les livres qui nous

sible ou de trèslivre XVI. Mais 66; et la perte nales nous prive :s de Néron. Les uante-deux ans :

nous avaient été »s récits depuis la lle de Domitien, gulement. Il ne et le commenceaux règnes éphé- 1 à celui de Vesen 70. Les livres pasien, et y ajou- Quant aux règnes semblait les avoir roisième ouvrage.

et consolant tra- ’a pas cu le temps e mention dans le Toujours venonss historiques qu’il ine dix-sept. Plus cer la découverte es; en 1606, des cet espoir : leurs plupart de celles résigner à regrettemps ou détruits mpsestes ne nous es livres qui nous

restent de Tacite, s'ils ne suffisent point à notre instruction, suffiront du moins pour perpétuer sa gloire. Les lettres de Pline ne nous laissent aucun doute sur la célébrité dont cet historien a joui de son vivant. Quelques-uns pensent que c'était lui que Quintiliea désignait par ces paroles du livre X, chap. 1, des In stitutions oratoires : « Pour l'honneur de notre âge, « un écrivain vit encore, qui sera nommé un jour, « que chacun reconnaît assez aujourd’hui ( quë olim « nominabitur, nunc intelligitur ). 1 a plus d'admira- « teurs que d’imitateurs : sa liberté lui a nui; on a « mutilé ses ouvrages; mais ce qui en demeure porte « l'empreinte ineffaçable de son génie et de la hardiesse « généreuse de ses sentiments. » 1] n’est pas certain, ni même probable, que cet éloge doive s'appliquer à Tacite; et nous devons d’ailleurs avouer que, depuis sa mort, cet historien a été fort diversement jugé. D'un côté, Vopisque et Tertullien l’accusent de mensonge; de l’autre, Spartien, Orose, Sidoine Apollinaire,

louent sa bonne foi aussi bien que son talent. L’empe-

reur qui, au troisième siècle, portait son nom ordonna de placer ses livres dans toutes les bibliothèques, et d'entirer un très-grand nombre de copies. Ce deuxième ordre n’aurasans doute eu qu’une exécution fort imparfaite dans l’étroit espace d’un règne de six mois : ess on ne concévrait pas comment auraient pu disparaitre tant de parties de.ces ouvrages. Quoiqu'’ils aient continué d’être cités par quelques écrivains, comme saint Jérôme, Sulpice Sévère, Cassiodore, Jornandès, Fréculphe, Jean de Salisbury, on peut dire qu’en général ils ont été fort peu étudiés pendant le moyen âge. Mais, depuis le renouvellement des lettres, ils sont de-

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venus l'objet d’une sorte de controverse qui peut-être dure encore.

Si Cosme de Médicis et le pape Paul III ont cherché dans Tacite les leçons de la plus profonde politique ; si Bodin, Muret, Juste-Lipse, ont révéré en lui l’un des grands maîtres de l’art d'écrire; si Montaigne l’a couru d'un fil ; et si enfin la plupart des savants du seizième siècle ont contribué à expliquer, répandre ou recommander ses écrits , il faut dire aussi qu’Alciat et Ferret critiquaient sa latinité, que Casaubon le reléguait parmi les auteurs du second ordre, et que Budé l'accusait d'imposture, de perversité, ou, en propres termes, de scélératesse. Dans l’âge suivant, il a trouvé encore des censeurs rigides, tels que du Perron, Strada, Rapin, Saint-Évremont; mais il recevait les hommages de la reine Christine, de Balzac, de Guy Patin, de la Mothe le Vayer, de Tillemont et de Racine , qui l’appelait le plus grand peintre de l'antiquité. Au dix-huitième siècle, tandis que Rollin, Voltaire, Mably, lui adressent beaucoup de reproches, et Linguet presque autant d'injures qu’à un contemporain, il retrouve tant d’admirateurs, que nous n’en pouvons nommer qu’un fort petit nombre : -" Angleterre, Gordon et Gibbon; en France, la Bletterie, Brotier, d’Alembert, ‘Lhomas et la Harpe. 1l est, aux yeux de d’Alembert, « le premier des « historiens; » « il n’a fait. que des chefs-d'œuvre, » ajoute la Harpe (1): « c'est lui, » selon Thomas (Essai sur les Éloges, chap. xxv), « qui est descendu le plus « avant dans les profondeurs de la politique, et qui a « donné le caractère le plus imposant à l’histoire. »

(1) Voyez un excellent exposé des motifs de ce jugement, dans le Lycée ou Cours de littérature de la Harpe, (Part. I, liv. [LÏ, chap. 1 sect, 1.)

se qui peut-être

1 HI ont cherché nde politique ; si é en lui l’un des ntaigne l’a couru ants du seizième ndre ou recom- Alciat et Ferret e reléguait parmi : Budé l’accusait opres termes, de rouvé encore des Strada, Rapin, hommages de la tin, de la Mothe qui l'appelait le dix-huitième sièly, lui adressent presque autant rouve tant d’admmer qu’un fort net Gibbon; en rt, Thomas et la , « le premier des chefs-d'œuvre, »

à Thomas (Essai descendu le plus litique, et qui a à l’histoire. »

ment, dans le Lycée ou 1 sect, 1.)

Quels sont maintenant les défauts si graves que lui imputent ses censeurs modernes ? D'abord sa latinité leur paraît suspecte; et cette critique étrange s’est reproduite, même depuis qu’elle a été réfutée par Muret, dont l'autorité est d’un si grand poids en pareille matière. Il noussemble que, après tout, c’est une langue assez riche et assez pure que celle qui exprime les plus fortes pensées et les plus vifs sentiments, qui colore les détails, qui peint les caractères, qui anime les récits, qui rend sensibles les nuances les plus délicates. Nous ne saurions nous plaindre non plus de la précision et de la rapidité du

‘style, quand l'expression demeure partout juste et com-

plète, nerveuse sans effort, claire par son énergie même, et moins figurée que pittoresque. S’il y reste quelques traces d'affectation, comme le soupçonnait Montaigne, nous devons avouer qu’elles ne nous sont pas sensibles.

Tacite craignait à tel point d’altérer l’histoire en la chargeant d’ornements étrangers , qu’il n’y insérait d’au-

tres harangues que celles qui avaient été réellement

prononcées. Il ne les transcrivait pas littéralement : il élaguait les détails superflus, et supprimait les digressions prolixes, resserrait et enchaînait les idées, afin de leur donner plus de force et de clarté; mais il en conservait le‘fond et ne l’inventait pas. C'est, à notre avis, ce qu'on doit reconnaître en comparant le discours que tient l’empereur Claude au chap. xx1v du livre XI des Annales , avec le texte qui se lit sur deux tables de bronze retrouvées à Lyon et regardées comme antiques. De part et d'autre, l’empereur s’élève contre le préjugé qui proscrit les innovations; il rappelle les changements politiques qui se sont opérés successivement dans l’État romain ; il soutient qu’il est avanta-

geux d'acquérir en Italie, hors de l'Italie, des citoyens distingués, des sénateurs illustres ; et il fait particulièrement l'éloge des Gaulois, dont la fidélité ne s’est pas démentie depuis qu’on a traité avec eux. La différence ne consiste qu’en ce que l’historien a retranché quelques détails locaux et personnels, et une dissertation plus inutile sur l’origine du roi Servius, et sur les noms du mont Cælius. Mais il est, dit-on, des faits bien plus importants que Tacite a mal connus ou infidèlement retracés.

En effet, les fausses idées qu’il donne des Juifs et des Chrétiens sont, à notre avis , sans excuse; puisqu'il écrivait l’histoire, il devait s’éclairer assez pour ne point partager des préjugés populaires si odieusement injustes. Nous regrettons aussi qu’en rapportant de prétendus miracles de Vespasien , il se laisse soupçonner d’y ajouter foi.

Doit-on dire aussi que son humeur indépendante et satirique l’entraîne au delà des: bornes de la vérité, quand il s’agit des mœurs et des actions des maîtres du monde? Nous ne le pensons point. Il n’est pas sans doute impartial entre la tyrannie et la liberté, entre le vice et la vertu; mais Tibère, Claude et Néron ne pouvaient être calomniés : quelque affreuses que soient les couleurs dont il les peint, ils ne s'offrent pas sous des jours plus favorables dans les récits de Suétone , ni dans les autres monuments historiques de ce siècle, ni dans les traditions perpétuées durant les âges suivants; aucune des flétrissures qu’il leur imprime n’est effacée ou affaiblie par des témoignages de quelque valeur ; et jusqu'ici l’on n’a su opposer aux siens que de pures dénégations ou des considérations vagues sur l’invraisemblance des excès monstrueux qu'il signale; comme

alie, des citoyens il fait particulièdélité ne s’est pas &. La différence ne inché quelques déertation plus inules noms du mont bien plus impordèlement retracés.

lonne des Juifs et excuse; puisqu'il er assez pour ne res si odieusement ’en rapportant de se laisse soupçon-

ar indépendante et rnes de la vérité, ons des maîtres du . Il n'est pas sans la liberté, entre laude et Néron ne ffreuses que soient s'offrent pas sous its de Suétone , ni es de ce siècle, ni les âges suivants; hprime n’est effacée quelque valeur ; et iens que de pures agues sur l'invrail signale; comme

si la perversité humaine, exaltée par l’usage du pouvoir absolu , enhardie par l'impunité, encouragée par l’adulation , devait reconnaître des limites !

A vrai dire, les premiers à qui ces morceaux de Tacite ont déplu étaient des personnages qui s’y croyaient dénoncés d'avance. Thomas a dit que Louis XI, Henri VIII, Philippe IT, n'auraient jamais dû voir Tacite dans une bibliothèque sans une espèce d’effroi; et, lorsque cette observation eut été confirmée, il y a vingt ans, par les aveux d’un usurpateur et de ses flatteurs , un poëte ( Chénier ) s’empressa de la reproduire :

Tacite en traits de flamme accuse nos Séjans; Et son nom prononcé fait pâlir les tyrans.

Toutefois, sauf les pertes que nous avons indiquées,

ces redoutableslivres ont traversé les âges, et retrouvé,

depuis quatre siècles, plus de lecteurs que jamais. Il sen conserve deux anciens manuscrits à Florence. L'un serait de l'an 395 , si l’on s’en rapportait à la note qui le termine; mais les Bénédictins ( Vouveau traité

à de diplomatique, WI, 278-280) y ont reconnu une

ecriture lombarde du dixième ou du onzième siècle; et cette remarque paraît fort juste , quoiqu’elle ait été modifiée par Ernestiet par quelques autres, qui, en avouant que ce n’est qu’une copie faite sur l’exemplaire de 395, la font remonter au neuvième siècle, au septième et même. au sixième. Le second manuscrit de Florence vient de Corbie ou Corwey en Westphalie, où il a été trouvé par un receveur nommé Archimbold, Léon X paya cette découverte d’une gratification de cinq cents écus; et les premiers livres des Annales ont été fournis par ce manuscrit, dont l’âge n’est pas non plus tièsbien déterminé, On en cite quatre de la bibliothèque du

PE ET ET ER À PC Fa

Ve. rean : l’un de la fin du quatorzième siècle; les autres, plus modernes. Béatus Rhénanus en possédait un qui avait été conservé auparavant à Bude, et dont il exagérait fort l'autorité.

Ceux de Paris ne jouissent pas d’un très-grand renom : l’un pourtant , celui qui existait à l’Institution de l’Oratoire , et que Dotteville a décrit, se recommande par sa beauté. Il est d’ailleurs défectueux, incorrect , et semble assez peu antérieur aux éditions. La première de celles-ci parut à Venise, chez Vendelin de Spire, vers 1469; et le quinzième siècle en fournit cinq autres, publiées , soit dans cette même ville, soit à Rome et à Milan. Toutes sont in-folio , et elles comprennent, sous la dénomination d'Histoire Auguste , plusieurs livres, tant des Histoires que des Annales.

Il en est de même des éditions de Venise, 1512; de Rome, 1514 : mais celle de 1515, dans cette dernière ville, a été revue par Réroalde le Jeune. Elle est remarquable, en ce que les premiers livres des Annales récemment découverts y étaient pour la première fois imprimés. Les précédentes éditions commençaient par ces mots : Vam Valerium..., du onzième livre. Après 1515, on distingue celles de Rome, 1516 ; de Milan, 1517; de Bâle, chez Froben, 1519; toutes trois infolio encore; puis celles des Juntes à Florence, en 1527, in-8°; et des Aldes, à Venise , en 1534, in-4°, avec des notes de Béatus Rhénanus et d’Alciat. Le tra. vail de Rhénanus se retrouve dans plusieurs éditions de Bâle, particulièrement dans celle de 1543, in-fol. Il en existe une sous la même date, publiée à Lyon, in-8°, chez les Gryphes, avec les remarques de Ferret.

Les corrections et les notes de Juste-Lipse ont enri-

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TACITE. 591 chi les éditions d'Anvers, 1574, in-8°; 1600, in-4°. Vers le même temps, Pichena et Gruter travaillaient aussi sur Tacite. Les résultats de leurs recherches ont été joints au texte de cet historien, en 1600, à Florence ; en 1607, à Francfort, in-8°, et à Anvers, infol. ; en 1608, à Paris, dans ce même format. Les trois principales éditions elzéviriennes sont celles de 1634, à Leyde, à tomes in-1a ; de 1640, dans la même ville, et pareillement en a vol. ; de 1672-1673, à Amsterdam, a vol. in-8°, Dans la première, on a suivi celle de Juste- Lipse; la seconde a été revue et annotée par Grotius ; et l’on y a joint un troisième tome imprimé à Amsterdam , en 1649 , et contenant le commentaire de Henri Savile; dans la troisième, Fréd. Gronovius a réuni ses propres notes à celles de divers commentateurs, y compris Bernegger, qui avait publié les siennes, avec le texte de Tacite , à Strasbourg, en 1638 et 1664 , in-3°. Le Tacite ad usum Delphini, donné par Pichon, à Paris, 1682-1687, 4 vol. in-4°, n’a de valeur que parce que les exemplaires n’en sont pas très-communs. On estime davantage l'édition de Leyde, 1687, à vol. in-8°, préparée par Théod. Ryckius, et enrichie de ses remai ques. Elle a été reproduite à Dublin, en 1730, en 3 tomes in-8°, Neuf ans auparavant, Jacq. Gronovius avait fait paraître à Utrecht, en 2 volumes in-4°, un Tacite cum notis variorum, qui diffère assez peu de celui de 1672, et que les Foulis ont réimprimé à Glasgow, 4 vol. in-12, en 1753. Ernesti venait de publier, en 1752, à Leipzig, 2 vol. in-8°, l'édition qui a reparu en 1772, et dans laquelle sont comprises les notes de Juste-Lipse, de J. Fréd. Gronovius, de Nicolas Heinsius, avec celles d'Ernesti lui-même. En 1760, Brind-

2 2 RD D LV der MT à CIE see s e

57a HISTOIRE ROMAINE.

ley réimprimait à Londres, on 4 vol. in-18 , le Tacite de Ryckius, en même temps que Barbou donnait à Paris, en 3 vol. in-12, une édition de ce classique revue par Lallemand.

Celle de Brotier, en 4 tomes in-4°, est de 1772; elle a été renouvelée en 1776, avec des additions, 7 vol.in-r2. Brotier n’a pas seulement commenté Tacite, il a osé remplir les trop grandes lacunes qui interrompent et décomplètent les récits de cet historien; et il a aussi ajouté un supplément au Dialogue des Orateurs.

Parmi les éditions publiées depuis 1786, nous indiquerons celle de Londres, 1790, disposée par H. Homer ; des Deux-Ponts, 1792, 4 vol. in-8°; de Parme, chez Bodoni, 1795, 3 vol. in-4°, qui ne contiennent que les Annales; d'Édimbourg, 1708, 4 vol. in-4°: c'est une copie du Tacite de Brotier; de Leipzig, 18or, 2 vol. in-8°, édition d’Ernesti, revue et augmentée par Oberlin; de Londres, chez Valpy, 5° vol. in-8°, où se trouvent les notes et les dissertations de Brotier, avec des extraits de plusieurs autres commentaires et quelques remarques de Porson. Enfin, de 1819 à 1821, M. Lemaire a publié, à Paris, pour entrer dans sa collection des classiques latins, 6 vol.-in-8°, intitulés : Corn. Tacitus, qualem orini parte illustratum, postremo publicavit, J. Jac: Oberlin, cui selecta additamenta subjunxit Jos. Naudet. On ya reproduit le texte et les notes d’Ernesti, plutôt que de Brotier, dont le‘travail a essuyé, en 18or, une critique amère; et en général assez juste, dans les observations de M. Ferlet sur Tacite, 2 vol. in-8°.

Nous avons, dans cette liste des plus importantes éditions de l'historien des Césars , nommé ses principaur

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n-4° , est de 1772; ivec des additions, nt commenté Tacite, cunes qui interromcet historien; et il a logue des Orateurs.

puis 1786, nous indisposée par H. Hol. in-8°; de Parme, , qui ne contiennent 1798, 4 vol. in-4°:

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es plus importantes ommé ses principau

commentateurs : il convient d’y joindre Muret, qui n’a point été employé par les imprimeurs à revoir le texte, mais qui l’a publiquement expliqué, et à qui l’on doit un Commentaire sur les Annales, de courtes Notessur les autres livres, outre trois Harangues sur le caractère de ces chefs-d'œuvre.

On rencontre aussi des observations critiques et historiques à la suite de quelques-unes des traductions qui vont être indiquées. Ayant déjà fait mention des versions particulières de la Vie d’Agricola, du tableau des Mœurs des Germains , et du Dialogue sur l'Éloquence, nous n'avons à nous occuper ici que de celles des Annales, des Histoires ou de la totalité des ouvrages de Tacite. Ils ont été traduits en langue polonaise, en 1775, 3 vol. in-8° ; et Baden a donné uue version danoise des Annales, qui passe pour excellente : elle a paru à Copenhague en 1773 et 1778, in-8°, à vol. Les Flamands en ont deux anciennes, l’une de Groznewagen, l’autre de J. Léonard Fénacol: Delft, 1616, in-4°; Amsterdam, 1645, in-8°; mais ils ne lisent plus que celle de P. Corn. Hooft, publiée en 1684, in-fol., et réimprimée dans le même format, avec les œuvres du traducteur, en 1704. Micyllus a mis au jour un Tacite allemand, en 1535 : c’est un volume in-fol., imprimé à Mayence, et décrit par Freytag ( Analect., II, 923, 931 ) : cette version et celle de Grotnitz, Francfort, 1657, in-8°, ont été remplacées par celle de J, Sam. Müller, Hambourg, 1708, 3 vol. in-8°; de Patzke, Magdebourg et Halle, 1765-1777, 6 tomes in-8°; de Ch. Fr. Barth, Halle, 1780 et 1781, in-8°, à vol.; et par de plus nouvelles.

Richard Grenewey a traduit en anglais les Aunales,

et Henri Savile les Histoires : on a réuni l’un et l’autre travail dans l’édition in-folio de Londres, 1612. La version de Thomas Gordon, publiée en 1728, 1731, 2 vol. in-fol., a été souvent réimprimée: 1737, 4 vol. in-8°; 1753, 5 vol. in-12; 1957, 4 vol. in-8°: 1770, 5 vol. in-12. Elle est accompagnée de discours historiques , critiques et politiques, qui ont eu assez de succès, et qui ont été traduits en français, Amsterdam, 1742, 2 vol. in-r2; Paris, 1794, 3 vol. in-8°; mais en ellemême elle n’est pas d'un très-grand mérite, non plus que celle d'Arthur Murphy, dédiée à Burke, en 1793, 4 vol. in-4°, et réimprimée en 8 tomes in-8°, en 1805. Murphy a joint aussi à son travail des réflexions politiques, qui ont paru suggérées par les circonstances où i! écrivait, plutôt que par les récits de Fhistorien latin. Les traducteurs espagnols de Tacite sont Alamos de Barrientos (Madrid, 1614, in-fol.), Emmanuel Sueyro (Anvers, 1619,in-8°), Léandre de Saint-Martin (Douai 1629, in-4°). |

On ne connait pas bien l’auteur de la version italienne, imprimée à Venise, en 1544; George Dati donna la sienne en 1563, in-4°, et elle eut plusieurs éditions jusqu’à celle .le Francfort, en 1612. Le pre: mier essai de la traduction célèbre de Davanzati parut à Florence, in-4°, en 1596: elle a été publiée ensuite chez les Juntes, en 1600, in-4° ; chez Nesti, aussi à Florence, en 1637, in-fol.; à Venise, en 1677, in-4° ; à Padoue, chez Comino, en 1755, à tomes in-4°; à Paris, chez Quillau , en 1960, à vol. in-12 ; à Bassano, en 1790 et en 1803, 3 vol. in-4°, y compris des additions ; à Milan, 1799, 9 vol. in-ra, avec le texte; à Paris, 1804, 3 volumes in-12, revus par M. Biagioli.

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réuni l’un et l’autre Londres, 1612. La ée en 1728, 1731, imée: 1737, 4 vol.

4 vol. in-8°:; 1770, e de discours histoont eu assez de sucançais, Amsterdam, , 3 vol. in-8°; mais s-grand mérite, non dédiée à Burke, en en 8 tomes in-8°, en travail des réflexions par les circonstances récits de lhistorien Tacite sont Alamos .), Emmanuel Sueyro Saint-Martin (Douai

rr de la version ita- 1544; George Dati et elle ent plusieurs , en 1672. Le prede Davanzati parut été publiée ensuite hez Nesti, aussi à se, en 1677, in-4°; . 2 tomes in-4°; à . in-12 ; à Bassano, y compris des addiavec le texte; à Paus par M. Biagioli.

TACITE. 575 Quoique Davanzati lutte de fort près avec Tacite, il y a bien, de temps en temps, quelques idées qu’il ne parvient pas à exprimer; mais cette traduction n’en est pas moins, comme l'a dit Ginguené, un chef-d'œuvre de pureté de style, de force , de précision et d'élégance. On ne saurait faire le même éloge de celle d’Adriano Politi, imprimée à Rome, en 1603, in-8°; à Venise en 1604, in-12, et quelques autres fois jusqu’en 1644 les éditions de 1618, de 1620 et de 1628, in-4°, comprennent une version des aphorismes politiques qu’Alamos Barientos avait joints à son Tacite espagnol.

Peut-être n'est-il pas de langue moderne qui puisse aussi bien que la française représenter les pensées de l'ingénieux et éloquent historien des premiers empereurs, imiter sa précision, atteindre son élégance, aspirer à son énergie. Cependant Marmontel et la Harpe l'ont déclaré intraduisible-dans notre langue; ce qui montre au moins qu'ils n'avaient pas une très-haute idée des tentatives faites avant 1790. Il semble en effet presque inutile de rappeler les plus anciennes, c’est-àdire, du seizième et même du dix-septième siècle. Après Ange Capelle, qui s’engagea le premier chez nous dans cétte carrière, Estienne de la Planche publia les céxg livres d’' Annales tournés en français, Paris, 1548, 15N5 et 1587, in-4°.

Le président Claude Fauchet donna en 1582, in-fol., une version complète qui ne satisfit point Pasquier, quoiqu’elle vint d’un personnage d'honneur, et qu’elle ait eu plusieurs éditions. La traduction mise au jour en 1619 et 1628, par Jehan Baudoin, l’un des premiers membres de l’Académie française, n’a pas eu un long succès; et l’on ne se souvient pas davantage

de celle de Raoul Lemaître, imprimée en 1636, in-fol., ni de celle d’Achille de Harlay de-Chanvalon, qui parut dans le même format, en 1644. Perrot d’Ablancourt en composa une qui fixa l’attention publique durant un demi-siècle : la première édition, en 3 vol. in-12, fut achevée en 1651, et suivie d'environ dix autres. On la trouvait belle et infidèle, comme toutes les productions du même traducteur ; aujourd’hui l’on n’adopterait guère que la seconde partie de ce jugement. Amelot de la Houssaye la critiqua vivement, dans ‘un volume in-12, imprimé en 1686, sous le titre de Morale de Tacite : un neveu de Perrot prit sa défense, et défia le censeur d’en faire une aussi bonne. Amelot accepta le défi, et traduisit les six premiers livres des Annales, en y ajoutant des notes historiques et politiques. Cet ouvrage, qui ne formait en 1690 qu’un volume in-4°, en remplit dix in-12 dans l'édition d’Amsterdam, en 1731, parce qu’on y a fait entrer la suite des Annales, déplorablement traduite par François Bruys, ou par un anonyme que les lettres initiales C de G ne font pas connaître,

Le professeur Guérin offrit au public, en 1742, 3 vol. in-12, dignes au plus de servir aux études.dé ses élèves: c'était une interprétation scolastique' et inanimée des Annales, des Histoires et de la Vie d’Agricola. Jean-Jacques Rousseau s’essaya, en 1754, sur le premier livre des Histoires seuiement : il aspirait à traduire le style de Tacite; mais il avoue qu’un si rude jouteur l’eût bientôt lassé. Peut-être néanmoins a-t-il luimême un peu trop déprécié ce travail, et l'en a-t-on beaucoup trop cru sur sa parole. S'il n’a que rarement vaincu les difficultés , il les a toujours senties ; et, pour la pre-

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&e en 1636, in-fol., hanvalon, qui pa- 4. Perrot d’Ablanention publique duédition, en 3 vol.

uivie d'environ dix dèle, comme toutes ur ; aujourd'hui l'on > partie de ce jugeiqua vivement, dans 86, sous le titre de errot prit sa défense, aussi bonne. Amelot c premiers livres des historiques et poliit en 1690 qu'un vodans l'édition d’Ama fait entrer la suite aduite par François es lettres initiales C

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TACITE. 577 niüère fois, Tacite aurait pu se reconnaître de temps en temps dans notre langue.

Une fidélité plus constante et plus sévère distingue la traduction que d’Alembert a donnée de morceaux choisis dans les divers ouvrages de l'historien latin : elle est. d’un goût très-pur; et si les couleurs n’en paraissent pas assez vives, on doit convenir au moins qu’il était fort difficile de mieux faire. C’est ce qu'a prouvé la Bletterie, lorsque, après dix ans de veilles, il a mis en lumière sa pénible et rampante version des Annales (Paris, 1768, 3 vol. in-12). Elle n’est guère connue aujourd’hui que par ces deux vers de Voltaire :

Des dogmes de Quesnel un triste prosélyte

En bourgeois du Marais a fait parler Tacite.

Dotteville a traduit d’abord les Histoires (1772, 2 tomes in-12), puis les six derniers livres des Annales (1974, 2 vol. in-12 ), ensuite les six premiers (2 vol. in-12, 1779). À l'égard de la vie d’Agricola et des Moœurs des Germains, que la Bletterie avait tolérablement traduites en 1755, Dotteville s’est borné à retoucher ce travail dans ses éditions de 1792 (7 vol. in-12) et de 1799 (7 vol. in-8°), qui contiennent ainsi tout

Tacite en latin et en français, excepté pourtant le Dialogue des Orateurs, mais avec de très-bonnes notes ct des suppléments historiques pour remplir les lacunes des textes. Cette traduction est fort estimée : cependant Dureau de la Malle en avait composé une nouvelle qui parut en 1790 (3 vol. in-8°), et qui se reproduisit en 1808, un an après la mort du traducteur, corrigée par lui, et revue par son fils : cette seconde édition est en 5 volumes in-8° ; elle comprend le texte

latin, une introduction, des remarques historiques et ATX, 37

DT na

578 HISTOIRE ROMAINF.

littéraires, un tableau chronologique des événements rapportés par Tacite, etc.; un tableau généalogique de la famille des Césars, une table des matières, et une carte de l'empire romain. Une troisième édition, publiée en 1817, est augmentée des suppléments de Brotier, qui portent le nombre des volumes à six : la quatrième édition a paru en 1826, par les soins de M. Noël. Le mérite de ce travail est assez attesté par l'accueil qu'il a reçu, par le succès toujours croissant qu’il obtient chaque fois que la publication s'en renouvelle; d’unanimes et justes hommages ont été rendus à l'élégance et à la fidélité de cette traduction. En profitant, comme il l’avoue, de tout ce qu'il y avait d'heureux dans les précédentes , surtout dans celle de Dotteville, Dureau de la Malle en a fait une meilleure, et qui, très-précieuse par elle-même, se recommande encore par la correction parfaite du texte qui l’accompagne, et par tous les autres accessoires. La dernière édition est accompagnée des suppléments de Brotier, traduits par M. Noël.

Il nous reste à indiquer un essai de traduction des Annales par M. Senac de Meilhan , Paris, 1789, in-8°; une version complète de Tacite, par M. Gallon dela Bastide, Paris, 1812 (3 vol. in-12); les extraits des Annales, des Histoires et de la Vie d’Agricola, traduits par M. Letellier en 1825 (2 vol. in-8°); et surtout la savante traduction de M. Burnouf, 6 volumes in-8°, imprimés en 1828-1833.

Les notes de la plupart des traducteurs et des commentateurs de Tacite sont historiques ou philologiques, plutôt que politiques et morales; mais d’autres écrivains se sont spécialement appliqués à recueillir les le-

y des événements eau généalogique y matières, et une 1e édition, publiée ments de Brotier, six : la quatrième ns de M. Noël. Le par l’accueil qu'il sant qu'il obtient renouvelle; d’unaendus à l'élégance n profitant, comme d'heureux dans les Dotteville, Dureau >, et qui, très-préande encore par la ccompagne , et par ière édition est acrotier, traduits par

de traduction des Paris, 1789; iu-8°; ar M. Gallon de la a ); les extraits des d’Agricola, traduits in-8°); et surtout f, 6 volumes in-8°,

ucteurs et des comes ou philologiques, mais d’autres écris à recueillir les le-

cons que les livres de cet historien peuvent offrir aux princes, aux hommes d’État, aux citoyens. C’est le sujet de quelques livres de Scipione Ammirato, de Filippo Cavriana, de Vergilio Malvezzi, de Trajano Boccalini ,etc., en langue italienne ; de Ch. P. Forstner, de J. H. Bœcler, en latin; d’Amelot de la Houssaye, en français; de Thomas Gordon, en anglais. Nous en omettons un grand nombre d’autres, et nous n’ajouterons à cette liste que le nom de Véguelin, qui a inséré dans les Mémoires de l’Académie de Berlin des dissertations sur ce qu’il appelait l’art psychologique, l'art caractéristique, moral et politique de Tacite : c'est l’un des premiers essais d’une école qui croit approfondir ce qu'elle obscurcit, et qui replongerait les principes et les détails mêmes des sciences morales dans les plus épaisses ténèbres , si leur lumière pouvait s’éteindre au cœur de l’homme, et si les écrivains classiques, anciens et modernes, Tacite peut-être plus qu’aucun autre, n'avaient su les revêtir d’un immortel éclat. Ernesti et d'autres philologues ont fort déprécié tout ce qu'on a publié d'observations morales sur l’histoire des Césars ; de son côté, Gordon et d’autres écrivains politiques ont parlé avec peu de respect des commentaires grammaticaux : la vérité est que le premier service à rendre à l’iustruction classique est de

bien établir les textes, de les vérifier et de les interpré-

ter avec une exactitude rigoureuse; que nous devons

à ces travaux difficiles beaucoup de reconnaissance et

d'estime; mais que pourtant ce ne serait pas faire un

usage raisonnable des livres historiques que de n’y

point étudier la science des mœurs et des sociétés,

puisque après tout ils n’ont d'utilité réelle qu’en per-

fectionnant les théories, qu'en les rendant sensibles qu’en servant à les étendre , et au besoin à les rectifie par l’expérience. C'est visiblement la destination qu Tacite a donnée à ses écrits; et tous ceux qui les on ou loués ou censurés sont d’accord sur ce point.

Nous venons de recueillir plusieurs de ces jugements il en existe un tel nombre d’autres, au milieu des li vres de littérature et d'histoire, que nous n’entrepre nons point ici de les indiquer : l’un des plus remar quables se trouve dans les Mémoires de M. Ancillon Les Vies de Tacite, soit abrégées comme celle qu'e rédigée Juste-Lipse, soit verbeuses comme celle que la Bletterie a mise à la tête de ses traductions, soi précises et savantes comme celle que l’on doit à Bro tier, sont trop nombreuses pour qu’on nous en demande le catalogue. Nous désignerons néanmoins les note: qui concernent notre historien dans le second volume del’Histoire des Empereurs par Tillemont, et l’articl que Bayle lui a consacré. Mais son caractère, son génie, et, à vrai dire, tout ce qu’il y a de mémorable dan: sa vie, il faut le chercher dans ses ouvrages : c’est li qu’il continue de vivre pour les délices des homme: sages, pour l’effroi des pervers, et pour l’instruction-de la plus lointaine postérité.

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