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INDICATIONS LOCALES

8 — Indications archéologiques. — Les renseignements précédents constituent des indications très utiles, mais d'un caractère trop général pour avancer dans chaque cas la question d'une manière décisive. Il nous reste donc à aborder ce qui concerne les investigations locales de détail. Nous distinguerons à cet égard trois sortes d'indices : les indications archéologiques, minéralogiques ou magnétiques.

Les premières consistent dans les traces de toute nature qu'auront pu laisser les vieux travaux effectués à une époque plus ou moins reculée et qui permettront, non pas à proprement parler de découvrir, mais de retrouver des gîtes minéraux.

Parfois l'étymologie suffît pour mettre en éveil, lorsqu'on rencontre des noms tels que la Minière, la Ferrière, la Calaminière, l'Argentière, l'Aurière, etc. Il conviendra cependant d'apporter à cet égard une grande circonspection, car cette similitude pourrait aussi être fortuite et sans valeur.

L'étude des vieux documents peut également rendre des services.

DËGOUYËRTE DES GITES MINÉRAUX. 13

ainsi que celle des traditions qui se seront conservées dans la localité. Il est toutefois encore nécessaire de se tenir en garde contre les exagérations dont ces dernières sont presque toujours empreintes.

Des bouches de galeries éboulées et obstruées, des haldes de matières stériles imprégnées de mouches de minerai, indiquent d'une manière indubitable l'emplacement précis d'anciens travaux, ainsi que la nature des substances qui en faisaient l'objet. Ces dépôts sont même devenus dans certains cas la base d'exploitations fructueuses, en raison de la supériorité de la métallurgie actuelle sur les procédés de l'antiquité. C'est ainsi que les ekvolades du Laurium (Attique) ont été reprises dans ces derniers temps. Il en a été de même pour les haldes de Redrith (Cornouailles), en raison du tungstène que renferme le wolfram abandonné par les anciens mineurs.

Les haldes de scories sont également en relation nécessaire, quoique moins immédiate, avec des gisements dont elles révéleront approximativement la nature, sans préciser autant leur situation que dans le cas précédent.

9 — Indications minéralogiques. — La présence de fragments appartenant à des espèces minérales spéciales sera ordinairement la circonstance décisive qui mettra sur la voie d'une découverte. Ces indices peuvent être solides, liquides ou gazeux.

On rencontre souvent des fontaines de gaz hydrogène carboné en relation avec des gttes de pétrole, de houille, parfois de sel gemme. Les districts de Bakou sur la mer Caspienne, du pays de l'huile en Pennsylvanie, de Ou-tong-kiao en Chine, en fournissent chacun de nombreux exemples.

Les sources salées indiquent le voisinage de formations de chlorure de sodium ; des eaux ocreuses celui de gîtes de fer, la plupart du temps, du reste, sans valeur; des gouttelettes de mercure celui d'un gisement de cinabre. C'est ainsi que la présence d'un peu de mercure natif dans les eaux d'une fontaine a révélé en 1497 l'existence du gîte d'Idria (Carniole).

Hais les indications les plus ordinaires seront fournies par des

Le magnétomètre a cependant le défaut de ne fournir aucune indication sur Timportance probable des gites dont il annonce la présence, ce qui expose à des mécomptes. De plus il éprouve des variations importantes dans son intensité magnétique; on doit d'après cela opérer assez vite pour ne pas risquer que les indications cessent d'être comparables entre elles.

12 — On peut également, au lieu d'une aiguille de déclinaison, employer la boussole d'inclinaison ('). Ce procédé a été appliqué en 1844 dans la région du lac Supérieur. La boussole était lestée de manière à se tenir horizontalement sous l'action de la terre seule, en s'inclinant par l'influence du gisement. On se guidait dans ces recherches en mesurant à la fois la déviation angulaire et le nombre d'oscillations par minute, pour juger de la force perturbatrice et, par suite, des probabilités concernant la distance et l'importance de la masse magnétique.

13 — On a proposé également pour les recherches de ce genre, sous le nom de révélateur électrique Mac-Evoy (*), une disposition simple et pratique de la balance d'induction de Hughes, dans laquelle le voisinage de masses métalliques a pour effet de modifier l'équilibre d'induction et de produire un son téléphonique. Cet appareil a déjà rendu des services précieux pour la découverte d'objets métalliques perdus en mer, de balles restées dans des blessures, etc. Mais, en ce qui concerne la recherche de filons métallifères, il est permis, sans méconnaître l'originalité de cette conception, de faire remarquer qu'un gisement formé d'oxydes, de carbonates, de sulfures, ne saurait être assimilé à un métal proprement dit, et que le cas de masses importantes de métaux natifs est absolument exceptionnel. Il y aura donc nécessairement beaucoup à rabattre, dans cet ordre d'applications, de l'utilité réalisée dans des conditions toutes différentes avec cet ingénieux appareil.

(«) Sauvage» Annales, 7% VIII, 3 et 9. — BulL min., 2«, IV, 461. («) CRM, 1882, 148.

TSAWAVX DE RECHERCHES

14 — Travatix sur r affleurement. — La constatation de la présence du minerai en place sur un seul point suffit pour afGrmer Texistence du gîte, mais non, à beaucoup près, celle de son exploitabilité. Une première étude est nécessaire pour que Ton puisse se croire autorisé à énoncer, à cet égard, au moins des probabilités. Pour obtenir ce premier aperçu, on aura la ressource à la fois des explorations sur l'afQeurement et des travaux dans la profondeur. Distinguons ces deux ordres de recherches.

Il faut, avant tout, reconnaître autant que possible Taflleurement sur toute son étendue. Il en est qui s'accusent, même de loin, aux regards, quand on embrasse Thorizon d'un coup d'oeil à partir d'un lieu élevé. Par exemple certains chapeaux de fer déterminent des zones rouges qui sillonnent la contrée ; des dykes quartzeux ont été maintenus par leur dureté en saillie sur un terrain plus altérable par les agents atmosphériques; d'autres matières, inversement, moins consistantes que la roche encaissante, y dessinent des dépressions que l'on peut suivre de proche en proche.

Bien souvent, au contraire, la trace du gîte disparait complètement aux regards. On peut recommander dans ce cas l'emploi d'un artifice indiqué par M. l'ingénieur en chef des mines Mallard. Il arrive parfois, en effet, que la formation sédimentaire, dont la couche utile fait partie, renferme quelque banc stérile, mais d'un aspect caractéristique et facilement reconnaissable sur le terrain. Sa distance au premier étant connue, il suffira de suivre dans la campagne cet affleurement auxiliaire, pour y rattacher ensuite la couche inconnue et en retrouver les vestiges.

En admettant a priori l'hypothèse de la forme rigoureusement plane de la veine, on a pu, dans certains cas, rapporter trois points bien déterminés de l'affleurement à des axes de coordonnées dirigés vers le nord, l'est et le zénith , et former l'équation de leur plan, pour en déduire sa direction et son inclinaison et rechercher son

18 REGHiiIRCHBS DE MINES.

intersection avec la surface topographique. Néanmoins, comme cette dernière ne saurait figurer dans le calcul par son équation, on trouvera beaucoup plus d'avantages à recourir à un procédé graphique, en employant la méthode des plans cotés, qui permettra de représenter très, convenablement la surface du sol au moyen d'un levé approximatif et de construire son intersection par le plan de la couche.

15 — Quelques fouilles superficielles seront ordinairement nécessaires pour achever de reconnaître avec certitude l'affleurement, soit qu'on les pousse de proche en proclie en suivant son alignement, soit que l'on procède par. tranchées transversales sur sa direction présumée, pour l'y rechercher de distance en distance.

Toutes les parties >de l'affleurement ne mériteront pas du reste au même degré de fixer l'altention. Nous verrons dans l'étude de la répartition de la richesse dans les gîtes minéraux (chap. Il) comment on devra apprécier, dans chaque cas, quelles sont les directions, les plongemcnts, les roches encaissantes, qui auront le plus de chances de correspondre à des parties riches et bien caractérisées.

16 — Travaux souterrains à flanc de coteau. — Quant aux travaux de recherche souterrains, il est bien difficile d'en donner une formule générale, tant leur conduite sera étroitement liée aux circonstances particulières à chaque cas. Il nous faut tout au moins, pour cette explication, distinguer deux types généraux d'emplacements, suivant que la masse minérale se trouve située dans le flanc d'un coteau au-dessus d'une vallée, ou qu'elle plonge, au moins pour sa partie la plus importante, au-dessous des points inférieurs de la région.

Si le gisement se trouve dans le contrefort d'une vallée, on l'attaquera en galeries. Il conviendra de placer l'une d'elles aussi bas que possible, pour garder en amont-pendage la plus grande partie du gîte. On aura soin cependant de se mettre à coup sûr au-dessus des plus hautes eaux connues dans le pays, tant par la tradition que d'après les traces laissées par les crues. A partir de l'entrée.

la galerie ira en montant en pente très douce, pour faciliter la sortie des wagonnets chargés et assurer Técoulement des eaux souterraines.

Ces ouvrages peuvent affecter deux situations distinctes. La première constitue la galerie d* allongement ou de direction^ ainsi nommée parce qu'elle explore pas à pas le gite suivant une ligne sensiblement horizontale, en épousant toutes ses inflexions afin de ne pas le perdre. Si la puissance est plus grande que la largeur de la galerie, on tiendra celle-ci de préférence au mur, qui restera plus stable, tandis que le toit risquera d'être ébranlé par les travaux ultérieurs. Ce dispositif offre l'avantage de faire connaître en détail le gite, et de compenser dans quelques cas une partie des dépenses par un abatage rémunérateur, si l'on obtient un permis de vente (*). Mais ce dernier point de vue doit être écarté comme absolument secondaire. En revanche, ce mode présente l'inconvénient des sinuosités qui peuvent gôner le roulage.

On peut, en second lieu, pratiquer des galeries à travers bancs qui, partant de points choisis le plus avantageusement possible, se dirigent en ligne droite à travers le terrain stérile, pour recouper la veine et reconnaître sa situation. Les renseignements fournis par une même longueur de percements sont alors moins complets ; certains gîtes risqueraient même d'être méconnus au moment de leur traversée et ne comporteraient pas un tel mode. En revanche, on recueille certaines informations sur le terrain encaissant qui peuvent offrir de l'intérêt. On aura, en outre, la chance de découvrir des gites parallèles, s'il en existe.

En général, d'ailleurs, on combinera ces deux principes, en exécutant des galeries d'allongement et y branchant de temps à autre des traverses de reconnaissance, pour sonder à quelque distance les épontes du gîte. Si la recherche prend plus d'importance, on exécutera de semblables percements à diverses hauteurs, en les reliant intérieurement par des ouvrages inclinés, afin d'assurer l'aérage naturel en profitant des différences de niveau.

IT — Travaux en profondeur. — Supposons maintenant que

(') Dupont, Coure de légUlalion des mines ^ p. 34.

le gisement soit situé au-dessous de la vallée. Il peut d'abord arriver qu'il ne se trouve que là. D'autres fois il s'étendra à la fois audessus et au-dessous de ce point. Mais l'amont-pendage aura été attaqué et gaspillé par les anciens, qui s'arrêtaient souvent à ce niveau à cause des difficultés occasionnées par les eaux. En pareil cas il sera préférable» au lieu de perdre son temps à étudier longuement, et avec quelque danger, la partie qu'ils ont parcourue, d'attaquer résolument la profondeur qui constitue l'avenir et recèle le dernier mot de la question.

Un premier moyen consiste à exécuter une fendue ou descenderie, c'est-à-dire une galerie d'inclinaison, qui prend le nom de puits incliné quand lependage devient absolument raide. C'est, en quelque sorte, l'équivalent du premier cas dans lequel on procédait au moyen de galeries d'allongement. Cet ouvrage suit, en effet, le gîte pas à pas, risque moins de le perdre, le fait mieux connaître, mais présente à un degré encore plus gênant l'inconvénient des sinuosités, plus fâcheuses pour l'extraction inclinée que pour le roulage horizontal. Il a également l'avantage de pouvoir fournir un produit rémunérateur. Mais ce point de vue doit encore moins influer ici que dans le premier cas et constituerait au contraire un faux calcul. En effet, outre qu'il est alors prématuré, l'on doit réfléchir qu'en se procurant ainsi d'une manière intempestive une certaine quantité de minerai, on condamne par cela seul à n'être prise qu'au bout d'un temps fort long, parfois même tout à fait indéfini, celle qui forme les parois de l'ouvrage, et qu'il est nécessaire de maintenir sur une épaisseur notatle pour en assurer la conservation.

Un second moyen, que l'on emploiera souvent de préférence, consiste à foncer un puits vertical. Il représente pour le cas actuel ce qu'était le travers-bancs dans le précédent. Il place l'extraction et tous les services dans de bien meilleures conditions, au lieu de charger l'avenir de l'exploitation, de puits inclinés qui occasionnent les assujettissements les plus regrettables.

Je n'ai pas besoin d'ajouter que ces puits ou ces fendues servent de point de départ pour un système de 'galeries qui s'y brancheront pour explorer le gîte, comme dans les conditions précédentes où nous les faisions partir du jour.

18 — Ce qui établira toutefois une différence très tranchée entre les deux cas sera la nécessité» dans les circonstances actuelles, d'armer le puits, vertical ou incliné, de moyens mécaniques d'extraction et d'épuisement, et môme d'aérage artificiel, puisque l'on n'a plus les facilités du premier cas qui permettaient de s'en passer.

En raison de l'inconnu qui plane sur la question, il sera bon de calculer largement le moteur, de manière à ce qu'il puisse encore suffire au besoin pendant une première période de l'exploitation proprement dite, pendant que l'on organisera pour la mine ses moyens d'action définitifs. Si les conditions locales fournissent des forces hydrauliques, le mieux sera de capter de suite la totalité de la puissance disponible, à moins qu'elle ne soit évidemment excessive.

19 — Dans la conduite de ces opérations, on devra se tenir en garde contre une tendance naturelle qui consisterait à passer trop tôt de la recherche à l'exploitation, et, au lieu d'un simple réseau d'exploration, à établir de véritables chantiers d'abatage. En premier lieu, la nécessité de la concession s'impose, et la loi française est formelle en ce qui concerne le passage des travaux de recherche aux travaux d'exploitation (*). Mais, pour nous en tenir ici au seul point de vue technique , et attendu que l'exploitant sera ordinairement loin d'être complètement éclairé sur tous les points, au moment où il obtiendra l'acte de concession, il risquerait bien souvent de détériorer le gisement, en commençant à le dépecer avant d'en connaître le véritable point d'attaque. On pourrait préparer ainsi la fatigue du massif, l'altération du combustible, des réservoirs d'eau ou de gaz nuisibles et enfin l'incendie ; ou bien charger pour l'avenir l'extraction et le roulage, de dépenses supplémentaires qu'il eût été possible d'éviter. Enfin l'on ne doit s'engager à fond dans l'affaire qu'après s'être formé la conviction qu'elle est fructueuse, autant que le comporte cet ordre difficile d'appréciations.

(<) ArUcles 5 et 12 de la loi du 21 avril 1810.

APPIlAciATIOM DU GITE

!80 — Appréciation matérielle, — Pour apprécier la valeur d'an gîte minéral, on devra, avant tout, le cuber, d'après tous les renseignements que l'on aura pu se procurer sur son étendue en direction, les probabilités de son extension en profondeur, les variations de sa puissance et de sa teneur. On obtiendra ainsi une évaluation approchée du total de la matière utile qu'il renferme. C'est la première donnée que l'on met toujours en avant pour caractériser l'importance d'une mine de houille. 11 en est de même pour les substances métallifères, et surtout pour celles qui ont une valeur intrinsèque médiocre, ou tout au plus moyenne, et qui ont besoin d'être exploitées en grande masse pour soutenir la lutte avec succès sur le champ de bataille métallurgique. C'est ainsi, par exemple, que l'on verra progressivement les exploitations trop restreintes de pyrite ou de manganèse décliner devant les énormes masses que l'Espagnef), leCaucase('), pourront jeter sur le marché.

Quant aux gîtes de matières précieuses, le volume total leur constitue toujours, bien entendu, une valeur proportionnelle, mais il ne règle plus aussi étroitement le fait même de l'exploitabilité. Si le minerai prend une valeur exceptionnelle, comme pour l'or, l'argent natifs et les sulfures ou tellurures qui en sont imprégnés, on peut exploiter des puissances excessivement minces. Il arrive alors pour ce cas une circonstance spéciale. Comme il faut toujours donner aux chantiers une épaisseur minimum, indispensable pour le passage de l'homme et la manœuvre de ses outils, cette largeur devient alors, ainsi que les frais d'abatage, indépendante de la puissance. Il est donc nécessaire pour de tels filons de faire connaître, en même temps que le volume, leur surface utile. On doit par suite évaluer, autant que cela est possible, le nombre de mètres carrés de leurs parties minéralisées, en même temps que leur

(*) Pyrites de la province de Huelva.

(•) Pyrolusite de la vallée de Kvirila.

puissance réduite^ c'est-à-dire l'épaisseur constante idéale par laquelle il faudrait multiplier cette surface pour obtenir le volume. De cette manière, on supprime par la pensée toutes les irrégularités du filon, en l'assimilant à une plaque uniforme, et l'on fait connaître le nombre de millimètres ou de centimètres qui en mesure l'importance. Je rappellerai, par exemple, qu'à Yialas (Lozère) la puissance moyenne n'atteint pas deux centimètres (*). On y peut même encore exploiter économiquement avec un centimètre d'épaisseur réduite, en raison de la teneur de la galène en argent. Rien n'empêche de se représenter par la pensée des richesses plus grandes qui permettraient d'attaquer fructueusement des épaisseurs moindres encore ; de même qu'inversement des galènes trop pauvres seraient inexploitables, môme avec une puissance supérieure, toutes choses égales d'ailleurs.

21 — Indépendamment du chiffre brut du total de la matière utile, les circonstances de son emplacement exerceront une influence sérieuse sur les conditions de son exploitabilité. D'une manière générale on peut admettre qu'une couche étendue dans un sens à peu près horizontal, telle qu'un grand nombre de bancs houillers, certains minerais de fer épanchés sur le fond des mers à diverses époques géologiques, les schistes cuivreux du Mansfeld, etc., sera, à égalité de puissance et de richesse, plus avantageuse qu'un filon ou une couche très redressée. Dans le premier cas, en effet, la profondeur des travaux restera à peu près indépendante, en principe, de la quantité extraite; tandis qu'avec le second elle lui deviendra pour ainsi dire proportionnelle, une fois que l'on aura atteint les limites en direction.

L'avenir de cet approfondissement sera lui-même enveloppé de nuages, car les conditions de la formation y varieront beaucoup plus que dans le cas d'un épanchement horizontal. A cet égard, M. Fuchs signale certaines indications qui peuvent être utiles pour formuler au moins des probabilités sur la persistance du gîte en profondeur. Si, par exemple, des fissures, de remplissage bien homogène et identique, vont en convergeant vers le bas en

(•) Garnier, Bull, min., 2% V, 351.

éventail, on peut admettre qu'elles ont une racine commune» et même évaluer approximativement la distance à laquelle les différentes veines se rejoignent. Des fentes produites par arrachement sont ordinairement nettes et bien remplies dans la profondeur. Au contraire, les fissures dues au retrait d'une roche éruptive pendant sa solidification sont moins franches, souvent fermées par le bas à peu de distance et inégalement minéralisées. I^ous insisterons plus loin (chap. Il) sur leurs dispositions relatives, par rapport aux masses qui constituent Técorce du globe.

lèZ — Appréciation économique, — L'appréciation géométrique doit se compléter par le point de vue économique. Celui-ci présente tout d'abord deux facteurs fondamentaux, à savoir: le prix de revient et le prix de vente probables, dont la différence donnera la mesure des bénéfices, si tous les éléments onéreux ont bien été pris en considération. A cet égard on devra calculer très largement et en faisant une grande part à l'imprévu et aux mécomptes.

En ce qui concerne d'abord le prix de revient, il faut en effet tenir compte de ce que la main-d'œuvre y figurera pour une part importante. Or son prix actuel dans la contrée aura tendance à hausser pour le travail pénible des mines, et par la concurrence de l'agriculture si le pays est riche. Si, au contraire, il est pauvre et peu peuplé, il sera nécessaire d'y appeler le personnel du dehors. On devra donc se renseigner sur le prix de la main-d'œuvre dans la région où l'on pourra opérer ce drainage de la population, en y ajoutant le supplément qui sera nécessaire pour décider l'ouvrier à se déplacer, les frais de construction des habitations qu'il faudra lui préparer, et des édifices : écoles, hôpitaux, églises, etc., qu'il y aura lieu d'y rattacher plus tard.

Un second chapitre de dépenses concerne les fournitures, dont les prix courants pourront être influencés par la création de la mine. Les bois de soutènement, par exemple, devront être recueillis dans un rayon assez étendu, et il faudra s'attendre à un renchérissement dû à ce dérangement de l'équilibre entre l'offre et la demande.

DÉCOUVERTE DES GITES MINËRÂUX. 25

— En ce qui concerne, d'un autre côté, le prix de vente, le phénomène économique sera précisément inverse et tout tendra à rabaisser. De grandes quantités de la matière extraite étant ainsi jetées sur le marché, doté de ce nouveau centre de production, un avilissement des cours en sera la conséquence et les prix fléchiront nécessairement. Pour étendre ses débouchés, l'exploitant devra grever sa production de certains frais de transport. Parfois même il lui faudra créer de toutes pièces des voies de communication : routes, chemins de fer, canaux. Ces frais s'accroîtront naturellement pour lui avec la distance, tandis que les producteurs que l'on refoule ainsi vers leurs propres centres verront par là diminuer les leurs, et seront d'autant mieux armés pour soutenir la lutte. Souvent même, au lieu de se contenter d'une attitude défensive, on les verra prendre l'offensive et chercher à éteindre dès le début une concurrence redoutable, en l'écrasant sous une baisse momentanée, qui, irrésistible pour une affaire naissante, sera plus facile à supporter pour celles qui ont déjà leurs situations acquises et leurs réserves accumulées. Dans tous les cas, le prix de vente verra son maximum réglé, indépendamment des frais d'exploitation, par les conditions du marché sur lequel les nouveaux produits auront la prétention de prendre place.

Ces considérations dépendront, du reste, de la nature de la mine. Les matières précieuses supportent mieux les frais de transport et la concurrence. Il n'y a même pas lieu d'en parler pour l'or et l'argent. Les minerais de cuivre, de plomb, d'étain, traversent parfois de très grandes distances pour aller chercher l'usine qui doit les fondre. Les trajets admissibles seront plus limités pour la houille. Enfin les matériaux ordinaires de construction ne sauraient en supporter de notables.

Il pourra arriver à la vérité, qu'on réussisse du même coup à supprimer en grande partie la chance de baisse du prix de vente et le chapitre des frais de transport, si l'on parvient à créer sur place une industrie de consommation directe des produits nouveaux. C'est ainsi que des anthracites de qualité médiocre et des calcaires de peu de valeur, associés pour la cuisson de la chaux, peuvent donner lieu à des exploitations fructueuses, là où chacun

26 RECHERCHES DE Mlf^ES.

des deux éléments, envisagé isolément, ne saurait faire naître une affaire prospère.

î84 — S'il est difûcile de se prononcer sur Texploitabilité d'un gîte encore vierge, la question se complique encore lorsqu'il s'agit de reprendre une ancienne mine. De nouvelles inconnues s'ajoutent en effet aux précédentes. Il y a lieu de se demander quelle étendue du gîte les anciens auront déjà prise, et dans quelle mesure ils auront pu, en glanant dans les meilleures parties, compromettre le reste.

D'un côté, l'abandon des travaux est déjà par lui-même un mauvais symptôme. Il a pu, en effet, provenir simplement de l'appauvrissement du filon. Or, les conditions de l'exploitabilité ont été en s'aggravant encore sous certains rapports depuis cette époque reculée. La main-d'œuvre était autrefois moins chère qu'au moment actuel. Les premiers occupants, surtout dans un temps où les vues d'avenir étaient inconnues, auront dû prendre le meilleur et laisser les parties les plus malaisées et les moins riches. Leurs travaux discordants, dont l'emplacement reste inconnu, sont enfin de nature à rendre impossible, ou tout au moins plus difficile, l'enlèvement de ce qui reste.

En revanche, le système des voies de communication est incomparablement plus satisfaisant à notre époque. La puissance des capitaux et de l'association a créé des ressources autrefois inconnues. Les agents explosifs, la machine à vapeur, l'emploi de l'air comprimé ont transformé la puissance de l'ingénieur. C'est surtout en ce qui concerne l'épuisement, que la question a changé de face. Ce n'est qu'un jeu aujourd'hui de contre-battre des venues d'eau, irrésistibles pour les anciens mineurs. Ce sera là sonvent la chance la plus favorable pour la reprise d'une mine, quand le niveau inférieur des anciennes tailles montrera qu'elles ont dû s'arrêter devant ce genre d'obstacles.

En outre, bien des contrées ont vu, à diverses époques, l'industrie minérale s'éclipser complètement par des causes générales, telles que la guerre, la famine, la peste, sans que cette circonstance implique aucune présomption fâcheuse contre la richesse de

chaque gîte en particulier. On peut dire également que la mauvaise renommée créée pour tel d'entre eux par des i éprises réitérées, toujours suivies d'échecs, ne devra pas arrêter absolument une nouvelle tentative, avant d'être passée au crible d'une critique attentive. On a vu, en effet, l'esprit d'aventure, ou môme d'intrigue, Tabsence d'économie et la rémunération d'états-majors exagérés, rimpatience d'obtenir des résultats pécuniaires dans un genre d'industrie qui exige l'intervention du temps et des créations onéreuses, compromettre des affaires dont une direction animée d'un autre esprit aurait pu tirer bon parti.

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