AMORÇA«B
184 — Boute-feu, — On peut employer, pour porter le feu ;i travers le vide laissé par l'épinglette, deux moyens différents : le fétu ou la canette.
Le fétu se prépare en prenant une paille de blé et la coupant audessous de deux de ses nœuds. On obtient ainsi un vase cylindrique extrêmement étroit et profond. On le remplit de poudre. On attache autour de Touverture une petite collerette de terre glaise humide qui sert, après qu*on Ta descendu dans le logement de l'épinglette, à le suspendre à Torifice de ce conduit. Lorsque la poudre sera enflammée, sa masse s*écoulera hors du fétu sous la forme gazeuse par Touverture supérieure, en déterminant, comme pour les fusées, un mouvement de recul de cette paille jusque dans la cartouche, dont elle détermine lexplosion.
La canette ou raquette est, comme le fétu, fabriquée directement par Touvrier qui aura à s*en servir. Il délaye, dans une assiette, une bouillie très claire de poudre et d*eau gommée. Il y trempe des feuilles de papier coupées à la grandeur convenable, et les roule ensuite sur la pointe de Tépinglette, sous la forme de petits cônes très allongés. On les sèche à une chaleur douce. Au moment de s'en servir, on enfile, les uns dans les autres, un nombre suffisant de ces cornets, que Ton introduit ensemble dans le vide laissé par lepîngletle jusqu'à la cartouche. Le feu, mis à Textrémifé, se propagera jusqu a l'autre, au contact de la charge.
185 — Pour le fétu, comme pour la canette, le temps de la propagation serait infiniment trop court pour la retraite du fir&-man chargé de l'inflammation. Un intermédiaire à combustion lente est indispensable: c'est la mèche soufrée. On l'obtient en plongeant dans du soufre fondu des mèches de coton. Au moment de s*en servir, on la coupe de la longueur voulue, d'après sa vitesse de combustion que le mineur con:;ait approximativement par son cxpc-
TIRÀGK k LA POUDKE. 195
rience. Il passe ce fragment dans la flamme de la lampe, afin que ce flambage détruise à coup sûr les traces de poudre qui auraient pu rester adhérentes à la mèche dans ce maniement, et qui communiqueraient le feu avec une rapidité instantanée sur toute sa longueur. On fixe cette mèche à Tamorce avec un peu de suif. Si le courant d'air est modéré, on la tourne à Tinverse de la ventilation, de manière à ce que celle-ci rabatte la flamme sur la mèche. Si le vent est violent, on dispose un abri pour éviter qu'il ne Téteignc. Tout est prêt alors pour l'inflammation.
Ces divers modes d'amorçage produisent de la flamme. Ils doivent donc être absolument proscrits des mines grisouteuses et remplacés par l'étoupille de sûreté- Ils sont, du reste, aujourd'hui bien surannés, môme en dehors de cette circonstance.
186 — Étoupille de sûreté. — L'étoupille de Bickford, dont l'usage prévaut de plus en plus, transmet le feu par l'intérieur avec une vitesse d'environ 1"*,25 par minute, que la compression, plus ou moins prononcée, du bourrage peut réduire jusqu'à 0"*,50. Elle donne plus de sécurité en supprimant la flamme, une régularité plus grande pour éviter les ratés, et plus de force par la suppression du vent qui s'échappe à travers le vide laissé par l'épinglette.
On distingue Vétoupille blanche et Vétoupille goudronnée. Cette dernière a l'avantage de permettre de tirer sous l'eau. Mais, en revanche, elle donne encore de la flamme par la combustion du goudron, ce qui doit la faire bannir des gîtes grisouteux. L'étoupille blanche elle-même ne garantit pas d'une manière absolue contre ce genre de dangers, lorsque, par suite d'un défaut de fabrication ou d'une avarie subie au moment môme, elle vient à se trouver fendue. L'âme de poudre, ainsi mise à nu, ne manquera pas de fuser avec production de flamme par cet orifice, s'il se trouve à l'air libre. On doit donc examiner attentivement le bout d'étoupille que l'on emploie. On se trouve d'ailleurs à la merci d'une mauvaise fabrication qui, par un serrage insuffisant, laisserait la vitesse gagner sur les prévisions.
Ces fusées coûtent par rouleau de dix mètres : Ofr. 55 c. pour
\U ÂBATÂGE.
les mèches blanches ou goudronnées ; 1 fr. 10 c. pour les éioupilles nettement imperméables, et 1 fr. 50 c. quand elles sont revêtues de gutta- percha.
INFIiAHHJLTION
187 — Tir par volées. — Le coup de mine, une fois chargé, peut être tiré de suite. Dans d'autres cas, on attend certaines heures déterminées pour la coordination des services, ou encore la réunion de plusieurs pétards, en vue d'associer leurs efforts et d'en augmenter les résultats.
On peut, en effet, concevoir, qu'à la sphère décidément destructive d'un coup de mine, variable avec l'importance de sa charge et la cohésion de la roche, s'ajoute une zone d'ébranlement, insuffisant pour amener à lui seul la disjonction. Cet espace rentrera après certaines oscillations dans son repos initial. Mais si l'on superpose sur un même point, pour un même instant, plusieurs zones de cette nature, l'importance de l'ébranlement, ainsi totalisé, pourra s'élever jusqu'au degré suffisant pour la rupture; lequel n'eût pas été atteint, si les secousses s'étaient opérées d'une manière successive, chacune après l'extinction de la précédente (*).
On a objecté, à la vérité, que la vibration produite par l'un des fourneaux peut venir justement annuler l'oscillation voisine, les coups «eco/an^ mutuellement ('). Mais l'on devra bien plutôt compter à cet égard sur une influence favorable à la destruction. En effet, l'interférence absolue de deux vibrations exige à la fois la coïncidence des directions dans deux sens opposés, avec l'égalité des amplitudes, tandis que des résultantes quelconques et enchevêtrées pourront naître de directions et d'intensités diverses.
Ce qui ôtait autrefois à cette discussion beaucoup de son importance, était la très grande difficulté d'arriver à la simultanéité des
[*) Gallon, Cours d'exploitation des mines, 1, 174.
(*) Expériences de U. Bam*e (Alfred Evrard, Traité pratique de Vexploitation des mneê, 1, 80),
explosions. Les calculs faits à cet égard d*après les longueurs de mèche, les vitesses de combustion, les temps de mise en feu, ne pouvaient réaliser qu'une grossière approximation; tandis que la durée des phénomènes qu'il s'agit de faire coïncider est d'une extrême brièveté. Mais l'introduction du tir électrique, en assurant l'identité rigoureuse des époques d'inflammation, a rendu au mode de sautage, par volées de coups de mine, toute sa valeur (').
188 — Mise en feu. — Lorsque le moment est venu, le mineur s'assure que toutes ses amorces sont en état. S'il s'agit d'une houillère grisouteuse, il vérifie l'état de l'atmosphère et ne risquera sous aucun prétexte le tirage, s'il constate la présence de la plus petite quantité de gaz. Lorsque plusieurs pétards doivent être tirés successivement, il est nécessaire de refaire cette constatation, entre chaque explosion et l'allumage du coup suivant. En effet, la compression éprouvée par la roche, peut en faire sortir le grisou, comme on ferait sortir l'eau d'une éponge mouillée en la serrant ; de telle sorte que l'atmosphère, dont la pureté aurait été constatée avant la première inflammation, peut être devenue, par là môme, grisouteuse et dangereuse pour la suivante.
Sous ce rapport, il est bon, au lieu de laisser chaque piqueur allumer ses coups de mine, d'employer des fire-men spéciaux, non intéressés dans le travail de chaque chantier, afin d'éviter qu'ils ne se sentent sollicités à quelque témérité par l'appât du gain et pour
(*) On ne saurait donner une idée plus grandiose de la puissance de ce mode d'association des coups de mine, qu'en esquissant les données du sautage sous-marin de BaDet's Point, effectué à New-York le 24 septembre 1878, sous la direction du général Kewton. On perça un réseau de galeries, concentriques ou rayonnantes, formant un total de 2263 mètres de développement et un vide de 37 827 mètres cubes. Les massifs res~ tant représentaient 48000 mètres cubes. On y pratiqua 6455 trous de mine de 0'",075, et 578 de 0",050, mesurant ensemble 17228 mètres de longueiu*. Le total de la charge, égal à 49915 kilogrammes de dynamite, de rend-rock et de Yulcan-powder, représente environ 468 granmies par mèti*e cube de roche à dépiler. On employa pour le tirage simultané 23 batteries électriques, comprenant 960 éléments au bichromate. Les frais s'élevèrent à 5560000 francs, et l'on n*eut aucun accident à déplorer. (Report by lieutenant-colonel Kevrton upon the destruction of the reef at Hallet's Point, chambre des représentants, 44* congrès, n* 244. — Tke Engineer, 1876, 217 et 279. — La Dynamite^ s€M caractères et êet effets^ publié par la Société Nobel, 1878, 140. -«• Lagasse* R»vuê àeê gueêiioHê ecienlifiqueê de la Société de Bruxeiiei, 1877, 274).
éviter des retards. Souvent même le tirage ne se fait qu'après que lout te poste est sorti, à l'exception des seuls /ire-men.
Quand toutes les précautions préalables ont été prises par le mineur, il pousse les cris d'avcitissemenl en usage, pour éloigner tout le personnel du théâtre de l'explosion. Ses camarades, et luimême, garderont en outre, à la distance nécessaire pour leur sûreté personnelle, les avenues du chantier, afin d'arrêter au passage les hommes qui surviendraient sans avoir enleiidu les signaux. S'il s'agit d'un puits en forçage, le mineur s'assure que son échelle est disposée, pour qu'il puisse monter rapidement à la caponniére la plus prochaine, sorte de niche pratiquée dans la roche. Plus ordinairement, il avertit par un signal le mécanicien, et attend sa l'épouse, pour être assuré que celui-ci se tient prêt à l'enlever dans la benne à ime grande hauteur.
189 — A ce moment, il allume la mèche soufrée avec sa lampe et bat en retraite. S'il s'agit de mines grisouteuses , d'où la flamme doive élre proscrite, ainsi par conséquent que l'emploi de la mèche soufrée, le mineur bat le briquet avec de l'amadou, ou bien il attire, en aspirant avec une D paille, la flamme de la lampe de sûreté au contact de la toile métallique, en y tenant appliqué t'a- B madou. Ce moyen ne peut du reste étrp employé qu'avec les lampes à simple tamis, et ne saurait convenir aux lampes Mueseier à cheminée et diaphragme. On a également la ressource d'allumer l'amadou avec un fil de fer, assez fin pour pouvoir passer à travers la toile et rougir dans la flamme. Avec cet amadou incandescent, on communique le feu à l'étoupille blanche.
M. Lagot a proposé l'usage du charbon nitr^ , A. qui brûle sans flamme et d'une manière perma-
Fig. 14»- Stoupiiia nente au fond d'un tube ouvert par le haut, cl dans Buggieri. lequel on plonge le bout de l'étoupille; comme on
faisait autrefois avec Tallumette dans le briquet phosphorique ('). On peut enfin écarter ces difficultés par l'emploi des rugueux de Tartillerie (fig. 149), dont M. Ruggieri propose Tintroduction dans le tir des mines (*). En A est attachée une longue ficelle, que le mineur tirera de loin après s'être mis en sûreté. Elle sert à amener le rugueux B dans le fulminate C, qui s'enflamme et allume la matière fusante D. Celle-ci recule, et porte le feu dans la charge. Cette étoupille de friction est en effet engagée dans un trou pratiqué avec l'épinglette, comme pour les canettes. M. Ruggieri compte sur cette disposition pour éviter les longs-feux.
190. — M. Bustin est l'auteur d'une proposition f) consistant à rendre inoffensif le grisou dans le tirage des mines par l'emploi de l'acide carbonique qui, à la dose de un septième, suivant cet ingénieur, paralyserait son action. A cet effet, entre le moment de l'allumage et celui de l'explosion, on répand dans l'atmosphère Tacide carbonique qui a été comprimé dans un réservoir portatif, en ouvrant la tubulure dès qu'on a mis le feu à l'étoupille.
Lorsque toutes les précautions ont été reconnues insuffisantes pour garantir contre les accidents dans les chantiers grisou teux, Vultima ratio est la prohibition absolue de l'emploi des explosifs, et leur remplacement par les aiguilles infernales (n* 147), le bosseyage mécanique (n<> 205), les leviers hydrauliques (n* 149), le tirage à la chaux (n9 153). Ces succédanés sont alors d'autant mieux indiqués, que les massifs les plus grisouteux sont souvent ceux qui se délitent le plus, en facilitant l'abatage. Il doit être de règle que, lorsque le tirage à la poudre a été interdit dans une taille, tous les instruments relatifs à ce travail soient remontés au jour.
f •! — Tir électrique. — L'emploi de l'électricité (*) pour le tirage
(«) Ciîlf, juin 1881, 147.
0 Rnggrieri. yoiice sur un nouveau procédé de mise en feu des mines avec la poudre. Paj'is, 1878. — Aguillon. Piècet annexée» ^ etc., 2* fasc, 74.
P) CHM, 1881, 177. — Hev, wiiv. des m. et u., 1881. — La Houille, 5 juin 1881.
(♦) Castel, Annales, SvH, 8; — Jutier, Annales, 7% XVI, 243; — OUier, CiJiV, juillet 1877, 3; — Helliot, CRM, août 1878, 85; — GriUe, Bull, min., 2% I, 779. — Tirage par rélectricité, Rev. univ, d. m. et u. XX VU ; — Guchez, Rev. univ, d. m. et u., XXlXt
198 ABATÂ6E.
des mines remonte à Prieslley en 1767. Il se recommande par un grand nombre d'avantages. Il assure la simultanéité rigoureuse avec le tir par volées. Il évite toute production de flamme dans l'amorçage, point essentiel pour les mines grisouteuses. Il permet de tirer d'aussi loin que Ton veut, et même sans la présence d'un seul homme dans la mine, de . manière à réduire, à coup sûr, à de simples dégâts matériels, les dangers d'une explosion de grisou produite par les coups qui débourrent. Il permet même de tirer sous l'eau. Il évite les fumées goudronneuses des étoupilles, encore plus nuisibles que celles de la poudre. Il supprime la possibilité des longs-feux : le coup qui n'est pas parti ne partira plus.
On peut employer pour ce tir deux modes d'accouplement : par embranchement f avec un fil de platine porté au rouge; ou par circtiî/, en excitant l'étincelle au moyen d'une courte interruption des conducteurs. Ce dernier système a paru le plus simple.
Trois sources d'électricité peuvent être mises en usage : d'abord les piles ; en second lieu les appareils d'électricité statique, tels que ceux d'Abbeg, Bernhardt, Ebner, Elsner; enfin, et surtout, les machines d'induction de Breguet, Halske, Henley, Marins, Ruhmkorpf, Siemens, Skidmore, Wheatstone.
Quant aux conducteurs, le fil de fer, numéros 10 à 15, sert dans les emplacements secs. Pour des puits humides, il faut avoir recours au cuivre recouvert de gutta-percha, de section diminuée de haut en bas pour soulager son poids, et pincé tous les cent mètres dans des points d'appui enduits à la gutta. Le retour se fait par un fil spécial et non par la terre. Des fils moins chers relient d'une manière immédiate les conducteurs principaux aux fourneaux, dont l'explosion risque de les détruire. Il faut, dans les mines grisouteuses, apporter un soin attentif à l'établissement des conducteurs, pour qu'il ne puisse se produire d'étincelles.
En ce qui concerne l'amorce, la poudre sufBt avec un fil porté
235; — Habets, Rev. univ. d. m. et m., XXXVf, 75; — Pérard, Rev. univ, d. m. et m,, 3*, V, 379; — Lenicque, Pièces annexéeêj etc., 2*fa8c. 229; — Champroiset Pellet, Applications de l'électricité à l'art des mines, AnnaUê de physique, mai 1875; — Julius Striedin^er, on ignitln^ blasts by means of electricity, Transactions ofthe American Society of civil Engineersy janvier 1878.
au rouge. Mais remploi de Tétincelle exige des amorces spéciales, formées de sulfure d'antimoine et de chlorate de potasse en parties égales, ou de compositions analogues plus complexés. On les place dans un petit cylindre de mastic isolant, au sein duquel les fils de cuivre s'approchent jusqu'à un quart de millimètre l'un de l'autre. Pour installer ce système dans la cartouche au fond du trou, on a renoncé à peu près aux anciennes baguettes de bois, dans lesquelles les fils étaient incrustés de manière à ne pouvoir se toucher On emploie des fils tissés comme les étoupilles, ou mieux, des bandes électriques, dans lesquelles les fils sont isolés à l'aide de papier fort, enduit de poix.
19S — Raté, longs-feux, débourrage. — On ne doit revenir au chantier qu'après avoir entendu le coup. Si l'on en a allumé un certain nombre, on compte soigneusement les détonations, et il est bien important pour cela de se mettre en garde contre l'effet des échos. Dans le tir par volées simultanées, l'on n'a aucun moyen d'acquérir la certitude que tous les coups sont partis.
Un certain nombre peuvent s'éteindre complètement ; ils forment les ratés. D'autres peuvent être plus ou moins retardés par des causes quelconques, et constituent les longs-feux, danger redoutable, car si l'on croit à un raté après un certain temps de silence, on peut revenir et recevoir le coup. Il y a d'ailleurs incertitude sur l'emplacement de ceux des pétards dont on n'a pas entendu l'explosion. Il faut donc, pour ces motifs, imposer des règles de prudence absolue. On ne doit revenir au coup qu'après une durée d'une demiheure au minimum. Certains règlements ne permettent le retour au chantier que pour le lendemain.
Avec l'ancien système de tir, on enlevait souvent les amorces des ratés en les remplaçant par d'autres, pour essayer une nouvelle inflammation. On employait même une pratique excessivement dangereuse, consistant à repasser l'épinglette dans son logement, quand on le suspectait de s'être encombré. On risquait ainsi de pousser dans la poudre des matières embrasées, dans lesquelles le feu couvait avec lenteur.
On procédait encore au débourrage des ratés, pour en chercher le
200 ÂBATiGE.
défaut, les remettre en état et les faire partir. Cet usage est inadmissible. Il convient, tout au moins, de noyer les coups de mine que Ton jugerait nécessaire de débourrer. Mais, ordinairement, le règlement interdit tout débourrage. Comme il est d^ailleurs dangereux de laisser subsister le chargement, on pratique un second fourneau très près du premier, et l'explosion, en détruisant la paroi intermédiaire, fait sauter Tancienne charge.
198 — Il peut arriver qu'un coup manque son effet utile, sans constituer un long-feu ni un raté ; soit en faisant canon et chassant sa bourre, par suite d'un défaut de serrage ou d'une disproportion entre la charge et la masse à disjoindre ; soit en produisant une détonation très réduite, parce que les gaz auront filtré à travers les fissures de la roche. Dans le premier cas, on pourrait à la rigueur se servir de nouveau du trou qui a été foré, en employant les précautions convenables, s'il est encore en état de servir ; mais il serait bien inutile d'insister dans la seconde de ces circonstances, car, la cause n'étant pas modifiée, le même effet ne manquerait pas de se reproduire.
EXPI.OSIFS DIVERS
194 — Propriétés des explosifs. — L'emploi de la poudre pour le sautage des roches a constitué un progrès absolument décisif dans les travaux souterrains. Il a permis d'exploiter économiquement des mines que l'on n'aurait pu attaquer autrement, ou que le renchérissement progressif de la main-d'œuvre eût obligé de fermer.
En effet, cet agent, dont on peut augmenter à volonté la puissance sur un point donné, permet de détacher d'un seul coup des blocs considérables de roche, lorsque leur dureté excessive eût réduit sans cela à l'emploi de la pointeroUe. Le piqueur aurait donc dû fournir, indépendamment du travail moléculaire relatif à la disjonction de ces surfaces de séparation, celui du dépècement complet de la masse en fragments minimes, tels que ceux que débite cet
instrument. De là une énorme disproportion, qui est toute à Tavanlage de l'emploi de la poudre.
195 — Cependant, si, en nous plaçant à un point de vue tout à fait difTérent, nous examinons la manière dont on dépense la capacité de travail que recèle en lui-même l'explosif mis en jeu, nous arriverons facilement à constater une utilisation détestable sous ce rapport. Il ne s'agit plus, en effet, ici d'obtenir les eflets de l'artillerie, dont le but est de porter à une grande distance un projectile avec une force vive considérable, en lui communiquant cette dernière par une dépense de travail effectuée sur un parcours d'une certaine importance, en rapport avec la longueur de la pièce. Ici, au contraire, on ne demande aux moyens mis en œuvre que de faire franchir la sphère d'action des forces de cohésion, et cette étendue est, pour ainsi dire, inappréciable. Tout ce qu'on produira en sus comme déplacement effectué et vitesse communiquée, est, non seulement inutile, mais dangereux.
Or, le moyen d'action que l'on met en jeu, pour développer le travail, est la détente d'un gaz. Le nombre de kilogrammètres qui correspond à un changement de volume défini n'est pas déterminé à priori; il dépend, d'après les théories de la thermodynamique, des circonstances de cette dilatation. Mais, quelles que soient ces conditions, et, par suite, la loi de la production du travail, il est certain que, si les limites de la variation du volume viennent à se resserrer indéfiniment, la production de puissance dynamique diminue ellemême au delà de toutes limites. Par conséquent, la portion utilisée, qui correspond à un aussi faible changement de volume, ne sera qu'une très petite fraction de celle qui continuera ensuite à se développer, dans l'énorme expansion qui suivra ce premier pas à franchir. En d'autres termes, le rendement utile de la dépense nécessaire à effectuer sera des moins satisfaisants. Tout le reste de la puissance mise en jeu passera en effets de projection, de déformations inutiles, de vibrations perdues dans le sol, ou dans l'atmosphère sous la forme sonore, de chaleur sensible, etc.
196 — Quant à l'action utile réalisée, il y a lieu de distinguer
203 ABATÂGE.
avec soin deux points de vue essentiels. D'abord son intensité statique, d'après laquelle chaque mètre carré de surface de contact finira par supporter un effort donné, quelles que soient les conditions qui auront présidé au développement progressif de cette pression. En second lieu, la rapidité de cette production, qui permettra de concentrer l'effort de déchirement sur le foyer même de production, avant que les forces mises en action aient eu le temps de se transmettre au loin, en établissant la roche en tension, de manière à faire intervenir en antagonisme une plus grande quantité de ressorts moléculaires. Suivant que ces deux qualités se trouvent particulièrement caractérisées dans une poudre de mine, elle est dite plus ou moins forUy ou plus ou moins brisante. C
La force d'une poudre dépend de deux facteurs. D'une part le volume (réduit aux conditions normales de la température de la glace fondante et de la pression de O^jTô de mercure, pour rendre les chiffres comparables) du gaz fourni par 1 kilogramme dé l'explosif; en second lieu, la température effective qui prend naissance dans la réaction chimique mise en jeu, et qui tend à déterminer une dilatation d'autant plus marquée de ce volume normal. Il va sans dire qu'entre une poudre faible et une poudre forte on n'hésitera pas, et que l'on préférera cette dernière.
Mais le choix n'est plus aussi simple entre une poudre brisante et une poudre lente. Il dépendra surtout de l'appropriation de leurs propriétés à celles de la roche. Une poudre brisante produit beaucoup de déchirements du côté de la surface dégagée, elle broie le massif du côté opposé. Elle donne peu de projections, elle n'exige qu'un bourrage plus sommaire. Les plus brisantes se passent môme complètement de bouiTage. Les poudres lentes ont des propriétés exactement inverses. Il est clair qu'une roche friable, comme le sont l'ardoise, le calcaire, la plupart des houilles, serait broyée sans utilité dans un faible rayon par une poudre brisante; et, en même temps, qu'une roche fendillée laisserait perdre, avec le gaz, toute la puissance d'une poudre lente.
L'idéal d'un explosif pour les besoins du sautage des roches pourrait se formuler à peu près dans les termes suivants : une grande force sous un faible volume, une déflagration instantanée.
un chargement nécessitant peu de précautions, un allumage simple sans moyens dispendieux, des fumées peu abondantes et inofTensives, une sécurité relative dans la fabrication, ainsi qu'une stabilité suffisante pour supporter les transports et les variations de climat, une certaine résistance à Faction de Teau, de manière à se conserver dans l'humidité et à permettre de tirer sous l'eau. 11 est inutile d'ajouter que les divers termes d'un pareil programme seront souvent en opposition les uns avec les autres, et que d'ailleurs tous ne seront pas, à la fois, nécessaires au même degré. La poursuite de ces divers desiderata, dans l'étude des explosifs, a conduit à une multitude de variétés dont nous allons dire quelques mots.
197 — Composition des explosifs. — La poudre de mine normale présente la composition suivante :
Salpêtre 65
Soufre 20
Charbon 15
Elle diffère notablement de celles de la poudre de guerre et de la poudre de chasse. La densité sous volume apparent est 0,941. La pression des gaz développés par la déflagration d'un kilogramme de poudre dans un litre, aurait pour valeur, d'après MM. Noble et Abel, 6400 atmosphères. On a du reste donné à cet égard les chiffres les plus discordants. Un kilogramme de poudre de mine développe dans le sautage à peu près 270 000 kilogrammètres (*), tandis que le travail disponible, d'après les calories développées, paraît être de 325 000 kilogrammètres (*). Le prix du kilogramme est de 2 fr. 50. La poudre doit avoir un grain égal, dur, sans poussière, ne tachant pas la peau. L'humidité condensée par hygroscopicité lui fait perdre sa force, qui renaît par la dessiccation. Mais la poudre
(*) Biter, Compta rendus de V Académie des sciences, XCI, 830. (*; Bei-thelot, Comptes rendus de V Académie des sciences, LXXI, 610, 667, 709; LXXXII, 469. — Roux et Sarrau, Ibidem, LXXIX, 757. — I<oble et Abel, Ibidem, LXXXll, 489.
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mouillée ne peut plus servir. On la conserve dans des barils ou des sacs de cuir, et dans des lieux très secs. Les poudrières doivent être éloignées de toute habitation. Il est bon, quand leurs diverses faces présentent des degrés de danger différents, d'après les circonstances du voisinage, de construire très solidement les murs importants, et, avec une légèreté intentionnelle, le côté le moins dangereux, afin qu'en cas d'explosion, ce dernier soit nettement emporté par la violence du coup, avant que la pression devienne capable de détruire les autres.
198 — De nombreuses modifications ont été apportées à la composition type que nous venons de formuler.
On a essayé de diminuer la proportion de soufre, qui ne joue pas dans l'ensemble un rôle aussi fondamental que les deux autres éléments.
On a cherché également, en raison du prix élevé et de la rareté du salpôtre, à lui substituer d'autres azotates, tels que ceux de soude, d'ammoniaque, de baryte, de chaux, de magnésie.
On a de même remplacé, pour ces diverses bases, l'acide nitrique par l'acide chlorique.
Le charbon de bourdaine ou de fusain, qui est ordinairement employé pour la fabrication de la poudre, a lui-même quelquefois cédé la place à des succédanés, tels que la sciure de bois, le tan, la râpure de noix de galle, etc.
De toutes ces tentatives, aucune ne paraît avoir eu un résultat pratique de quelque intérêt, si l'on excepte la substitution de la soude à la potasse. Le principal obstacle que rencontre cette modification provient de l'hygroscopicité des sels sodiques, au moins dans les conditions où les livre le commerce. Cependant certains indices portent à penser qu'il pourrait n'y avoir là qu'une question de purification.
Mais la révolution la plus importante qui ait été apportée dans la constitution des explosifs, a été l'introduction des produits azotés autres que les nitrates, à savoir : les prussiates, les picrates, le pyroxyle, et la nitroglycérine. Ces deux derniers corps (*), et tout
(') Ou a indiqué, en ce qui concerne la puissance comparative de ces explosifs, les
particulièrement le dernier, sont à peu près les seuls que la pratique courante ait conservés comme bases des nouvelles préparations. C'est, par suite, sui eux seuls que je me contenterai d'insister (*). Des formules innombrables ont été proposées à cet égard. Le plus grand nombre ne sont que des variantes sans valeur. Quelques-unes, au contraire, sont journellement Tobjet d'études très sérieuses, mais encore trop circonscrites dans le champ des applications, et dont le détail doit être laissé aux ouvrages spéciaux (').
chiffres suivants, obtenus en multipliant par l*équlvalent mécanique de la chaleur, le nombre de calories développées pai* la déflagration d'un kilogramme de la substance :
Poudre 370 000 kgm.
Coton-poudre 489 000 —
Nitroglycérine 778 000 —
(Thuron, Génie civil, UI, 475;. On remarquera une différence entre le nombre relatif à la poudre et celui que nous avons déjà donné d'après d'autres sources.
(*) Harlé, application de la nitroglycérine au tirage des mines. Annales, 6«, XIX. ~ ?<ordenstrôm et Cronquist, On nitroglycerinhalliga sprângômmen, Stockholm, 1880. — BrûU, études sur la nitroglycérine et la dynamite, Mémoires des ingénieurs civils. — Hess, volatilité de la nitroglycérine dans la dynamite, Journal d'artillerie de Vienne, 1870, 117. — Champion,/^ dynamite et la nitroglycérine, Paris, chez Baudi^. — Brûll, dynamite et nitroglycérine, BulL Soc, d'enc, 3*, IV, 493, 562, 659. — La dynamite, ses caractères et ses effets. Société Nobel, Paris, 1878. — Mode d'emploi de la dynamite. Société Nobel, Paris, 1876. — Roux, conférence sur la dynamite, Bull, Soc, d'enc, 3*, VII, 628 et Bulletin de t Association scientifique de France, n"* 633, 635. — BrûU, Notice sur la dynamite, Montpellier, chez Boehn. — Barbe et Brûll, expériences sur la dynamite. Annales, 6*, XX, 662. — Barbe, Études pratiques sur la dynamite, Paris, chez Lemoine. — Bolley, Kundt, Pestalozzi, observations sur la dynamite. Revue polytechnique de Zurich, XIV. — Âmiot, dangers de la dynamite, Annales, 7*, III, 427. — Houx, accidents de Ja dynamite, Annales, 7', XVI, 229. — Philipp Hess, sur la dynamite gelée, Journal du génie et de l'artillerie d'Autriche, 1876, 1. — Rapport de la commission des dépôts de dynamite au Congrès minéral du Gard, Alais, 1882. -^ Fritsch, les dynamites, Mémorial de Fofficier du génie, 1872, 1874; Bull, min,, 2*, IV, 47. — Abel, Recherches sur les agents ^p/o^t/ï, actualités scientifiques, Gauthier-Villars, 1871. — Abel, Lecture sur les agents explosifs, minutes of proceedings of Uie institution of civil Engineers, XXXIV, 327. — Abel, Les agents explosifs appliqués dans l industrie, traduit par Richard, Gauthicr-Villars 1881. — Nobel, Roux, San*au, Les explosifs modernes, Paris, 1876, chez Lahare. — Henry, sur les substances explosibles employées dans les mines, Annales, 6", XIX, 21. — Delgobe, emploi des explosifs textiles en Norvège, Génie civil, II, n« 5.
— Combes, emploi du pyroxyle pour le sautage des roches, Bull, Soc. (Venc, \**, XLV, 621 et XLTil, 278. — Expériences sur le lithofracteur, Annales, 6«, XIX, 429, bulletin.
— Héracline, CRM, 1876, janvier, 9 ; mai, 30. — Eugène Turpin, Notice sur la pandastite. — Uabets, creusement des puits et galeries, Rev, univ, d, m, et u,, XXXVI, 29. — UpDiaiin et Von Meyer, Traité de la poudre, traduit par Desortiaux. — Bôckmann, Les matières explosives ;ïâ^UÀT2, propriétés, essai et emploi pratique. Vienne, in-8*. — Trauzl, La dynamite, ses propriétés et son emploi, Berlin.
(*) En dehors des explosifs les plus essentiels que nous envisageons plus loin, je me con-
206 ÂBATÂ6E.
199 — Nitroglycérine. — La nitroglycérine a pour formule CWO^Az'. Elle a été découverte en 1846 par Sobrero, et employée en 1864 au tirage des mines par M. Nobel. On l'obtient en faisant réagir sur la glycérine un mélange d*acide azotique et d'acide sulfurique.
C'est un liquide jaunâtre, qui a pour densité 1,6. Il est très peu soluble dans l'eau et inaltérable par elle. Ces diverses circonstances permettent de tirer sous l'eau, en versant la nitroglycérine avec un tube au fond des trous de mine. L'eau suffit comme bourrage.
Cet agent parait toxique. Il envenime les blessures. Il occasionne des maux de tête et des névralgies, pendant sa fabrication et dans le tirage. Cependant une bonne ventilation arrive à supprimer ce! inconvénient.
La nitroglycérine se congèle en cristaux, quand la température s'abaisse au-dessous de cinq degrés. En cet état, ejle devient extrêmement dangereuse. On n'y doit toucher sous aucun prétexte avant de l'avoir ramenée à l'état liquide, en élevant la température générale, mais sans l'exposer directement à l'action du feu.
L'influence de la chaleur et celle du choc manquent un peu de netteté. Elles exposent à un danger imminent, si l'on n'observe pas les règles de la prudence la plus minutieuse. Vers 180 degrés, l'instabilité chimique se prépare, des vapeurs rouges d'acide hypoazotique commencent à se montrer, le danger d'explosion est proche.
Allumée à l'air, la nitroglycérine brûle tranquillement sans fumée. Le contact d'un corps incandescent ne l'enflamme pas toujours, mais il n'en est pas de même de celui de la poudre embrasée. L'explosion d'un fulminate détermine la détonation de la
tenterai d'énumérer ici, dans rordi*e alphabétique, les noms qu'il a plu aux inTenteursde donner à ces divers produits : Acétine, Alcaloxyde, Atlas, Carboazotite, Dualine, Extradynamite, Extrasti*ongblasting, Ferrolinc, Forcite, Fubfninatine, Glyoxyline, Haloxyline, Hekla, lléracline, Lithofracteur, Mataziette, Nitromagnite, Panclastite, Péti^aUte, PyroUthe, Pyronome, Rendrock, Rbexit, Safetynitro, Saxifragine, Sebastine, Seranine, Selenitic, Tonite. Trinitroglycérine, Vigorite; dynamites grise, noire, paille; poudres blanche, noire, extraforte, chimique, ammoniaque, de massif, des mineurs, d'Abel, DesignoUe, Dupont, Engels, Fontaine, Judion, RQp, Howbray, Huschamp, Neumeyer, Punscbow, Schultxe, Transzl, etc.
masse entière, en exerçant à de grandes distances des ravages effroyables (*).
Une couche mince de nitroglycérine étendue sur une enclume, fait explosion au point choqué par le marteau, sans que Fébranlement se propage, en général. On annonce que la seule action de la lumière peut faire détoner le liquide, bien que ce fait soit cependant très contesté. Le choc deviendrait lui-même, parait-il, beaucoup plus périlleux sous l'influence des rayons lumineux.
En présence de propriétés aussi redoutables, la plupart des gouvernements sont intervenus pour interdire le transport de la nitroglycérine, en n'autorisant le tirage des mines à l'aide de cet agent que dans des cas exceptionnels, environnés de précautions spéciales.
200 — Dynamité. — Cette merveilleuse puissance serait donc restée sans emploi, si M. Nobel n'avait réussi à discipliner cet agent formidable, et à en faire la base d'un produit, d'un usage beaucoup plus pratique, auquel il a donné le nom de dynamile.
La dynamite est un mélange intime, et même capillaire, de nitroglycérine et d'une substance absorbante et poreuse, destinée à isoler ce liquide dans une foule de petits récipients élémentaires, en interrompant sa continuité, et, par suite, la transmission des ébranlements moléculaires qui constituent le mécanisme de sa détonation. On peut employer, pour remplir cet ofûce, deux sortes de matières. En premier lieu, des substances sans aucune action propre, qui donnent naissance aux dynamites à base inerte; ou bien, au confraire, des matières explosives par elles-mêmes, qui viendront joindre à la force d'expansion de la nitroglycérine leur propre puissance, dans les dynamites à base active. On a, par exemple, utilisé dans la première catégorie, le kieselguhr d'Oberlohe (Hanovre) formé du résidu siliceux de diatomacées, la randammite d'Auvergne, une terre des environs de Vierzon, etc. Comme bases actives, on a employé le salpêtre, le charbon, etc.
(«) En aTrili866, le Pacific a sauté avec deux barils de nitroglycérine, en tuant 20 personnes et ébranlant tout un quartier de San-Francisco.
Dans le même mois un steamer européen était pulvérisé à Âspinval avec 60 victimes.
En décembre 1875, l'explosion d'une caisse de nitroglycérine à Brème a tué 80 pei^ sonnes et en a blessé environ SOO.
Le type le plus employé (dynamite n* 5) forme une masse pâteuse de couleur rougeâtre. Elle gèle à 8 degrés, et peut dans cel état produire des accidents terribles, si on la touche avec des instruments de fer ou qu'on l'approche d'un feu nu. Il suffît, pour éviter son durcissement, de porter les cartouches dans la poche du pantalon. Quand on les a laissées geler, il faut absolument les dégeler au bain-marie.
La dynamite dans son état ordinaire, exposée à l'air libre sans aucun obstacle, peut, si on l'enflamme, brûler sans danger avec une grande flamme et la pi-oduction d'un peu de gaz nilreux, en laissant sur place le résidu siliceux qui entrait dans sa constitution. Mais, avec le moindre bourrage, elle produit, quand on vient à l'enflammer, une violente détonation. Le choc sur une enclume provoque, comme pour la nitroglycérine, une détonation, seulement partielle.
Le moyen de déterminer à coup sâr l'explosion, est l'intervention
d'une matière fulminante. On en forme des capsules, qui sont livrées au commerce par les mômes établissements que la dynamite elle-même. Ces amorces renferment 80 parties de fulminate de mercure el 20 parties de chlorate de potasse, destiné à lui donner de la consistance. On en remplit de petits tubes de cuivre de 5 millimètres de diamètre sur 20 de longueur, que l'on bouche avec de la cire ou du coUodion. Ces capsules ne doivent pas séjourner
dans les mines humides. Elles sont d'ailleurs isolées de la dynamite, au moyen de boites spéciales, dans la dynamitière (fig. 150) (*).
sot — Pour charger un coup de mine, on introduit Textrémité de rétoupille de sûreté, ou les fils électriques, dans le petit tube de la capsule, et Ion presse un peu le métal avec une pince pour bourrer le fulminate. On insère le tout dans la cartouche de dynamite, en la liant à la gorge. Il suffit d'ailleurs d*amorcer une seule cartouche, si l'on en superpose plusieurs dans le même trou. La première, par son explosion, fera partir toutes les autres.
Un bourrage léger suffit d'après la nature brisante de cet agent ; mais on ne doit, sous aucun prétexte, céder i\ la tentation d'enlever cette bourre. Jamais im coup de dynamite ne doit être débourré. On le fera partir en pratiquant de nouveaux pétards dans le voisinage, mais en laissant au moins C^ySO entre eux, et même davantage si Ton peut craindre que la nitroglycérine se soit extravasée à travers les fissures du rocher.
Dans la méthode de M. Hamilton Smith, on va jusqu'à disposer, dans des galeries branchées sur l'artère principale d'un vaste fourneau de sautage, des chargements de dynamite sans bourrage. En fermant solidement la galerie centrale, il suffit de faire partir la première charge pour qu'elle détermine l'explosion de toutes les autres (^).
Ces facilités relatives au bourrage constituent Tun des avantages de la dynamite sur la poudre. Il y faut joindre l'augmentation de puissance, l'amoindrissement du forage, l'inutilité de sécher les trous, la facilité de tirer sous l'eau. Aussi la fabrication de la dynamite a-t-elle pris un développement extraordinaire. Elle a, dans l'année 1878, atteint le chiffre de 6140 tonnes pour le monde entier.
20* — Pyroxyle. — Le coton-poudre ^ CIFO^Az*, a été décou-.
(■) L'emraagasinctnent de la dynamite est réglementé par la loi du 8 août 1875 et les décrets des 51 mai et 24 août 1875, 22 octobre 1882 (ilnna/<rtf, 7% YII, iil , Bulletin ; , YIII, 145, Bulletin^. Une circulaire ministérielle du 9 août 1880 a été accompagnée d'une note sur les précautions relatives à l'emmagasinement et à l'emploi de cet explosif (Dupont, Coure de législation dê9 mines, annexée, 726).
(^ Abel, Les Agents explosifs employée dans t industrie, 1881, Gauthier-Villars, 63.
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vert en 1838 par Pelouze, et employé en 1846 comme explosif par Schoenbein. Il résulte de Faction d'un mélange d'acide nitrique et d'acide sulfuriquc sur la cellulose. Il conserve Taspect de cette dernière substance. On peut, en vue de son application ultérieure, commencer par tresser, tisser, comprimer le coton, avant de le soumettre à l'action nitrifiante.
L'humidité rend inerte le fulmicoton. Il reprend ses propriétés par la dessiccation.
Il présente une certaine instabilité, en particulier sous l'action de la lumière, et surtout quand il a conservé des traces d'acide. Aussi a-t-on conseillé, pour l'en débarrasser, l'emploi d'une lessive alcaline légère.
Il s'enflamme à 180 degrés et brûle à Tair libre avec une flamme instantanée. Mais, dans un espace confiné, il fait explosion avec peu de flamme et sans fumée. Un choc intense ne le fait éclater qu'au point choqué. Au contraire, la déflagration d'une matière fulminante le fait détoner, même à l'air libre.
Lepyroxyle a peu réussi, en général, pour le tirage des mines; quoique certaines séries d'expériences aient fait exception à C4ît égard. On a varié son emploi sous diverses formes et on l'a fait figurer dans de nombreux mélanges.
208 — Le plus important a reçu le nom de dynamite-gomme (*). Cet explosif est formé de 86 parties de nitroglycérine, 10 de coton nitré et 4 de camphre. La proportion de ce dernier élément est d'ailleurs variable, en vue d'amortir plus ou moins la sensibilité de celte matière au choc et aux vibrations. Cette substance, d'une consistance gommeuse, et qui parait posséder la plus formidable puissance explosive que Ton connaisse jusqu'ici, a l'avantage de ne pas geler aux mômes températures que les précédentes, et de ne donner aucune exsudation, môme sous une forte pression.
(') CRM, 1880, 20, 85, 101* -^ Auguste Moreau, sui* la dynàmite-gomme {Génie CtPt/, I, 4). — La dynamite, nei caractères et ses effets, 151. — Abel, Les Agents explosifs employés dans t industrie, 65; =^ DureUi, Expériences sur la dynamite gélatineuse.
TlllAGE A LA ^MME.