APPAREILS DE DESCENTE
879 — Balance sèche. — A côté de la question de l'élévation des minerais, qui nous a occupés jusqu'ici, il est nécessaire de faire une part à ce qui concerne la descente des remblais, des bois, des rails, des diverses sortes de matériaux, et, dans certains cas, des minerais eux-mêmes.
Nous avons vu (*) que, sauf de très rares exceptions, on renonce, en général, à combiner, en vue de l'équilibre et de l'économie de la force motrice, la sortie du charbon avec la rentrée du remblai. Celle-ci s'opère donc à charge, c'est-à-dire à l'aide du frein ou de la contre- vapeur (*), destinés à détruire le travail de la gravité, dans des appareils calqués sur celui d'extraction (flg. 562, 563), lorsque la profondeur est importante. On adjoint alors au frein proprement dit, dont le serrage peut être réglé à volonté suivant les incidents de la marche, un régulateur hydraulique automoteur f) composé d'une roue à palettes qui tourne dans l'eau, en absorbant la plus grande partie du travail (*).
880 — Indépendamment des descentes à effectuer sur une hauteur
;*) Tome I, p. 469.
{*) Dombre. Application de la contre-vapeur à l'équilibre des machines d'extraclion [Bull, min., 2-, IV, 805).
(>) Nous avons déjà rencontré la distinction du frein et du régulateur (tome I, p. 719), en ce qui concerne les plans inclinés.
{*) Griot. Mémoire sur les descenderies de remblai des houillères de Montrambcrt (Bull, min., 2«, X).
de quelque importance, on a fréquemment l'occasioa d'en opérer pour de très faibles dénivellations. Je citerai, par exemple, la manœuvre des cages à plusieurs étages, lorsque, pour gagner du temps, on les dessert simultanément, au lieu de faire élever et descendre la cage par le mécanicien, de manière à présenter successivement SCS divers planchers à un niveau unique d'accrochage. Il s'agit alors , quand la cage est repartie, de rassembler sur la voie de départ tous les wagons vides qu'elle a ramenés , en répartissent inversement des chariots pleins aux divers paliers d'embarquement; ces manœuvres doivent toujours se faire sans un moteur spécial, et, pour cela, en descendant.
Les appareils affectés à ce service portent le nom de balances sèchea ('). Us sont, en etTet, analogues,
{■) Je rt))peller*i que l'on en peut ériter l'emploi, i l'aide de galeries qui rachèteni la dif rérence de niveau en contournant le piiits (n- m).
222 EXTItACTIO>.
quant h la forme. au\ balances hydrauliques, souvent employées comme monte-cliarges ; seulement l'eau motrice est ici supprimée et remplacée par un frein. On peut en délinir d'un seul mot le dispositif, en disant qu'ils reproduisent identiquement l'armement d'un plan incliné automoteur, que l'on redresserait par la pensée jusqu'à la vci" ticale('). On j retrouve le câble, le contrepoids, la poulie, le frein, etc.
Les rouleaux , devenus sans objet, sont seuls supprimés. Les balances sèches peuvent , comme les plans inclinés eux-mêmes, fonctionnera simple ou à double effet. La ligui'e î)64 représente une balance à simple etfel.
881 — Un type de frein très commode a été adapté à rertaines balances de la Grand'Combe. Il est fondé sur l'étranglement du mouvement d'une veine liquide.
Fie, Mt- Balance Eéehe. A Cet etîel, uu pisloH, mû par la
balance, parcourt un cylindre plein d'eau, sur le flanc duquel un tube latéral établit la communication entre ses deux extrémités, de manière que l'eau refoulée par une face du piston puisse venir au contact de l'autm. On insère, en un point de re tube, un robinet, à l'aide duquel il est facile, en rétrécissant plus ou moins le passage offert au liquide, d'augmenter à volonté la résistance. On peut même déterminer l'arrêt absolu, si l'on vient a fermer le robinet, en ayant soin de ne pas le faire trop brusquement, de peur de déterminer un choc et un coup de bélier.
MOYENS DIVERS U'EXTRACTICK^. oq^i
882 — A ['c&térieur de ces mêmes mines, M. Graflin a élahli un autre descend-charges hydraulique d'un principe ingénieux.
Dans une cuve verticale, en partie remplie d'eau, flotte une caisse en tôle, surmontée d'une colonne métallique, qui est percée de Irons à la partie inférieure sur le pourtour d'une certaine zone, vl surmontée d'un plateau. Quand celui-ci est vide, le poids du système se trouve tel que la colonne émerge complètement, le plateau affleurant au niveau du plan de l'arrivée supérieure. Lorsqu'uri wagon plein vient à y être embarqué, le système s'enfonce ïi\i'ment sous cet excédent de poids, mais, si la colonne était élanclic, il retrouverait plus bas un niveau de flottaison, en raison d«< i'i< supplément de déplacement. Aussi la chute rapide s'arréte-l-e bientôt. Seulement la zone percée de trous se trouvant alors immergée, le liquide s'introduit peu à peu par ces voies d'eau, et le système s'enfonce progressivement, de manière à parvenir sans secousse à la base.
On retire alors le v^agon chargé, et on le remplace par un chariot vide. Cet allégement détermine une ascension rapide, qui trouveiail également plus haut une position d'équilibre, si la colonne él;iil étanche. Mais la zone pcrfoi'ée émergeant ainsi successivement, l'eau renfermée dans l'intérieur s'échappe par les trous, et le systèiric remonte lentement pour regagner sa position initiale.
888 — Rivage. — Le problème de la descente des minerais prend une physionomie spéciale, lorsqu'il s'agit d'embarquer rapidcmenl un tonnage considérable sur les canaux ou dans les poils de mer ('). Il se résout alors à l'aide d'appareils que l'on désigru' habituellement sous le nom de rivages (').
Va premier mode consiste à laisser glisser les matières sur des couloirs convenablement disposés. On peut citer, à cet égard. comme l'un des plus beaux exemples, les rivages de Lens, établis pur
[') Ou sur les grands lacs. Les eslscades de Marquelle, sur le loc Supérieur, prùsenlfiiL une longueur de 375 mèlres. dont200 sont acceasiblea aux navires. On doit les prolonger encore de 150 mètres. Leur hauteur est de 12 mètres au-dessus du plan d'eau, 136pDr'lit^ à minerai sont disposées le long de leur développement. On peut charger S bnteaun :i h tais. eteOOO tonnes par jour. Un natire de 500 tonneaux se remplit en cinq quarts d'heure.
(*) CBir. 1882, 18.
M. Reumeaux (fig. 565). Le chemin de fer de la Compagnie longe le quai de la Deule. 48 glissières en tôle s'y trouvent disposées, pour un nombre égal de wagons. Une première partie est ménagée sur le terre-plein avec une pente de 32 degrés. Une seconde travée présente 50 degrés d'inclinaison générale, et des raccordements latéraux en forme de surface gauche. Un bec mobile lui fait suite et peut se manœuvrer du bord, à Faide de chaînes et d'engrenages, de manière à se disposer dans toutes les directions. Il existe même un avantbec susceptible de se renverser en arrière au-dessous du premier. On arrive, par ces moyens, à faire couler doucement le charbon dans toute la largeur du bateau.
Dès que le train arrivant de la mine accoste le rivage, la locomotive se détache, va s'aiguiller à une certaine distance, et revient, sur une voie parallèle, se placer successivement en face de chacun des "wagons. Ceux-ci sont établis sur les dimensions du grand matériel de chemins de fer. Le véhicule se compose d'un truc, surmonté d'une partie mobile que l'on a fractionnée en deux caisses distinctes, pour en faciliter la manœuvre. Elles sont disposées à charnière libre, afin d'éviter l'encrassement, et aussi de pouvoir basculer à volonté autour de l'un quelconque des deux bords longitudinaux , de manière que le wagon puisse être attelé indifféremment dans les deux sens. On engage un étrier sous la caisse, du côté opposé au rivage. Le mécanicien donne la vapeur dans un cylindre vertical, et soulève ainsi, au moyen d'un piston qui commande cet étrier, le bord de la caisse, en la faisant basculer latéralement. Après le déversement, on laisse échapper la vapeur dans la cheminée de la locomotive, pour entretenir le tirage du foyer. La caisse retombe, et l'on passe à la suivante en déplaçant successivement la locomotive. Oii arrive ainsi à charger un bateau de 270 tonnes eh moins de trois quarts d'heure.
Alix rivages deBruay (Pas-de-Calais), le basculement des véhicules s'opère au moyen de la pression hydraulique d'un cylindre placé en contre-bas (fig. 507). La manœuvre est ainsi rendue très docile. On peut arrêter le wagon dans des positions intermédiaires, de manière à graduer à volonté le déversement, au lieu de rèffecluer d*un seul coup. De plus, on peut se servir du matériel roulant
ordinaire^ en se contentant de rendre ses faces latérales mobiles autour de charnières supérieures.
— Dans le bassin de Newcastle (*), on emploie des appareils plus simples, appelés spout (fig. 566). Des couloirs A, B, C sont étages Tun au-dessus de l'autre, pour tenir compte des variations de la marée. Dn avant-bec mobile M peut s'adapter à l'un ou à l'autre, au moyen de chaînes que Ton manœuvre des bords du quai. Des voies ferrées aa\ bb\ cd se trouvent en rapport avec ces couloirs, et les wagons s'y déchargent par le fond, qui s'ouvre en deux, au moment où l'on déclanche une clavette {*).
Sï û
Fig. S66 ot S67. Spout (disgrammes schématiques).
Lorsque la hauteur est grande, la largeur horizontale, qui lui est proportionnelle, pour conserver une pente convenable, occuperait une trop grande étendue du quai. On dispose alors plus près du bord (fig. 567) un puits de la hauteur nécessaire. Il aboutit à deux couloirs A, A', qui servent alternativement suivant l'état du flux. L'avant-bec M se reporte, à cet effet, de Tun sur l'autre. En même temps, une trappe, en se renversant de N en N', met le puits en communication avec chacune des glissières alternativement.
(() Piot {AnnaUè, 4% I). — Dugaet [Aev. wiiv, d» nu et ti., 2% IV, 219, 549)* (^ Les cinq spouts de Uuclva, construitii par la Compagnie de Rio Tinto, permelteilt de charger 1000 tonnes dans une matinée. Ils sont disposés le long d'une estacade de 579 mètres, établie à près de 10 mètres au^essus des marées oi*dinaires. L'ensemble de cet ouTrage a coûté 3 030 000 francs^
HOÏEHS DIVERS D'EXTRACTION. a27
88G — Un second mode de cliargcment consiste, pour éviter la
âétérioration du combustible qui est produite par son glissement
dans les couloirs, à descendre le wagonnet lui-même, avec ta charge,
à un niveau inférieur, de manière à réduire l'influence du déver-
Je citerai, en premier lieu, le drop, appareil assez encombrant
(fig. 568). 11 consiste en un plateau de balance suflpendii ii l'extrémité d'un immense bras de levier.
Celui-ci tourne autour d'une charnière horizontale, disposée à son extrémité inférieure. Elle permet au plateau de s'abaisser successivement, de la voie supérieure jusqu'au bateau. Un conli'epoids, moins lourd que l'ensemble du système chargé d'un wagon plein, prend au contraire la prép(Hidérance quand le chariot a été déchargé, et ramène le tout à la position initiale.
Le tip est un appareil plus simple, ^'v- son. up
' ' ' ' {diagramma Kbimitique}.
usité dans le Durham. Le wagoti est
amené sur une plale-forrac mobile AB (fig. 609), qui s'affaisse
SOUS son poids, et sera ultérieurement remontée par un contrepoids, quand le déchargement aura été accompli. Le déversement s'opère spontanément, dès que le véhicule parvient à la partie inférieure. En effet, la chaîne d'arrière est trop couiie, et le wagon reste suspendu par l'arrière en s'inclinant vers l'avant, tandis que l'on déclanche sa face antérieure, qui s'ouvre autour d'une charnière supérieure.