‹ Cours d'exploitation des minesChapitre 63 sur 131 · ANNÉES · texte numérisé non relu

ANNÉES

^^^^^^^v^^^rt

JS 3

ET

lois

ONNKS DE EXTRAITES

mm

Si*

MuariTwis

i88i. Décembre.

IsSô. Janvier. .

— Fé\Tier. .

» Traçage.

— Mars . . .

- Avril. . .

} Période

- Mai. . . .

S inlenmkl".

— Juin . . .

J Déiiila^^e.

- Juillet . .

- Août . . .

il résulte de ce tableau que le débit du grisou (2* col.) ne dépend pas sensiblement de la longueur des galeries pour un quartier aussi limité. Durant la période de traçage, il diminue régulièrement par rapport à la surface totale de charbon mise au vif (7*" col.); mais le dégagement reste sensiblement proportionnel à la quantité de tonnes extraites {*), et à la superficie récemment mise à nu (6* et ^*col.). Pendant le dépilage, le débit par tonne diminue considérablement, sans que les expériences précédentes permettent d'affirmer si une proportionnalité existe encore.

En somme, au moins pour la période de traçage, et en consi-

0,1 Lescliiffrcs de 33 mètres cubes et de 36*s2 par tonne extraite, obtenus en avril et mai, proviennent probablement de la proximité d'une faille atteinte à ce moment far les travaux.

478 ÂËRAGE.

dérant Fensemble de la production d'un quartier pendant une durée assez longue, raclivité des travaux parait exercer, comme on pouvait le supposer, une influence directe sur les dégagemenl-^ gazeux. Cependant, tout en la limitant à ces conditions restreintes, cette règle ne semble pas s'appliquer à des ralentissements momentanés, ni à des arrêts peu prolongés du travail. Ainsi que Ta fait remarquer M. Le Chatelier (*), les expériences allemandes, même celles qui concernent des quartiers exempts de vieux traTaiix, ne révèlent aucune variation nette à cet égard, lorsque Ton compare les mesures prises durant une môme journée, le matin avant le travail, à midi pendant sa durée, ou le soir après la fin de Tabatage. Il en est de môme quand on rapproche les observations des dimanches.de celles des jours de la semaine (*). 11 parait d'ailleui-î^ naturel qu'il en soit ainsi, lorsque l'on se rappelle avec quelle lenteur diminuent la pression du gaz dans la veine ainsi que son débit par les surfaces libres, pour une même paroi de charbon (N* 1100).

tf tf — Sous les réserves que nous venons d'indiquer, l'influeniv de la rapidité des travaux paraît en somme réelle, tant que Ton n'envisage qu'un quartier restreint.

Mais, lorsque l'on considère l'ensemble d'une mine dont les travaux ont déjà acquis un grand développement, l'influence du tonnage et de l'étendue des surfaces mises à nu diminue beaucoup d'importance. Les surfaces nouvelles qui sont découvertes pendant une période de quelques jours, deviennent en eflel minimes par rapport à la totalité de celles qui sont susceptibles de dégagements gazeux pour la mine entière. A moins de modifications profondes dans les conditions générales de l'exploitation, l'abondance du gaz doit, sur l'ensemble d'une (elle mine, dépendre plutôt de l'étendue des travaux que de l'activité de l'extraction. C'est ainsi que M. Le Cha-

{«) Le Grisou, 28.

(*) Les diî>}jrramnics des figures 724 et 725 semblent conduira aux inéiiies conclusions. Les diminutions des dégagements gazeux du dimanche 18 novembre (ûg. 724 et des dimanches 17 et 24 fé\Tier (lig. 725) ne prouvent nuUement l'influence d'un arrêt momentané de l'abafago, car eUes se manifestaient dès les jours pi-êcédenls; elle* résultent nettement, pour les deux derniers, d'une hausse barométrique.

ATMOSPHERE DES Ml>iES. 479

lclier(') a consfalé que des variations importantes et prolongées du tonnage n'amenaient souvent que des changements peu notables (le la quantité de grisou dégagée. Cet ingénieur a observe notamment aux mines de Ronchamp qu'après un mois d'arrêt complet du Iravail, le volume de grisou fourni par une exploitation n'avait baissé que de 3"%600 par minute à 2"%100, c'est-à-dire de 41 7,.

f f f 2 — Mesures à prendre dans la conduite des travaux gricoûteux, — En présence des dangers qui résultent pour une exploitation de la présence du grisou dans les travaux, des mesures rigoureuses doivent être prises en vue d'éviter les accidents que ce gaz. pout provoquer. Il importe, dans ce but, d'éviter d'une part toute accumulation de gaz en un point de la mine, et, d'un autre côté, (!c supprimer toute cause à' inflammation de l'air grisouteux.

A ce dernier point de vue, l'usage des explosifs et celui des lampes sont les deux questions sur lesquelles doit se porter principalement l'attention des ingénieurs. Nous avons déjà indiqué ichap. VII, §§ 5 et 6) les précautions qui s'imposent aux exploitations grisouteuses pour l'emploi des coups de mines. Nous examinerons également plus loin avec beaucoup de soin les mesures à prendre au sujet des lampes.

Mais, en dehors de ces deux causes principales, il importe qu'aucune flamme ne puisse, dans les travaux, mettre le feu au gaz (*). On interdira donc au mineur de fumer, de porter sur lui du tabac, (les allumettes, ou tout autre engin pouvant produire de la flamme. On fouille quelquefois les ouvriers à l'entrée des travaux, pour s'assurer qu'ils ne violent pas cette consigne. Lorsque l'odeur de la fumée de tabac se manifeste dans un chantier, on met souvent tout Tatelier à l'amende, si les coupables demeurent inconnus.

1113 — Les précautions à prendre pour éviter les accumulations de grisou présentent peut-être plus d'importance encore que les précédentes. Lorsque, en effet, le gaz existe en proportion dange-

l', Le Grisou, 30.

(*) Nous avons sigTialé (N*771) les dangers qui peuvent résulter des étincelles élociriques, et les moyens proposés pour y remédier

reuse dans les travaux, il suffit de l'imprudence d'un seul homme pour provoquer une catastrophe. L'accident sera peu grave au contraire, si des mesures efficaces ont été prises pour maintenir dans l'ensemble de la mine une atmosphère inoiTensive.

En vue d'un pareil résultat, la nécessité d'un aérage assez actif pour noyer constamment le gaz dégagé dans une proportion suffisante d'air pur, s'impose d'une manière absolue. Nous énumi^rerons en détail dans les chapitres suivants les principes à suivre pour les exploitations grisouteuses, au point de vue de l'aménagement du courant d'air; nous signalerons en outre les règles qui découlent de ce point de vue spécial en ce qui concerne la disposition générale des travaux dans ces mines.

Mais l'aérage, quelle que soit son importance primordiale, ne suffit pas toujours à éviter les accumulations de grisou. Avec une mine dont la ventilation est largement suffisante et bien dirigée, il pourra toujours arriver que le courant d'air devienne localement trop faible pour empêcher la formation d'un mélange explosif, si tel ou tel point des chantiers ou galeries se trouve être momentanément le siège d'cffiuves grisouteuses beaucoup plus abondantes que d'ordinaire. 11 n'est pas nécessaire pour cela de supposer que des quantités de gaz absolument anormales fassent brusquement irruption d'un point de la couche, comme nous aurons à l'expliquer dans le paragraphe suivant. Nous avons déjà vu en effet combien sont nombreuses les influences qui peuvent faire varier les dégagements.

Pour se mettre à l'abri de ces conditions dangereuses, on ne peut espérer réduire le cube total de grisou que fournira l'exploilalion d'un quartier déterminé; mais il importe de conduire les travaux de manière que la production de ce gaz soit aussi unifortne que possible. Les principes à suivre dans ce but s'appliquent avec beaucoup plus de force aux mines très grisouteuses qu'à celles dont hi houille ne contient qu'une faible quantité de méthane.

1114 — L'une des principales recommandations qu'il ne faut pas perdre de vue est de chaîner le gaz de chaque quartier par un traçage rationnel, avant de passer au dépilage. L'exécution de ce

travail préparatoire doit être conduite avec assez de lenteur pour que le dégagement du grisou reste régulier» et en rapport avec les moyens d^aérage dont on dispose. Nous avons vu en effet qu'en pareil cas la quantité de fluide mise en liberté est sensiblement proportionnelle au tonnage de houille produit, et à Tétendue des surfaces récemment mises à nu.

En second lieu, le traçage devra être suffisamment développé pour purger le massif de la plus grande partie du gaz qu'il contient. Nous avons signalé, à propos de la pression de ce dernier dans le charbon iN' IIOO), le peu d'effet produit par une galerie unique traversant un quartier encore vierge. Les travaux préparatoires devront donc former un réseau à mailles serrées. Des voies de niveau espacées de 10 mètres d'axe en axe, et reliées par des recoupes successiveSt suHiront souvent pour placer le drainage dans de bonnes conditions. Les tassements imperceptibles qu'éprouve alors la veine augmentent la perméabilité du charbon, et permettent au fluide de s'écouler lentement,

11 est important enfin de ne commencer le dépilage d'une région qu'après que le traçage y est terminé depuis plusieurs mois. Le déhouillement des piliers pourra être alors conduit avec plus de rapidité que les travaux précédents. 11 est certain toutefois que plus une veine est grisouteuse, plus on devra modérer l'activité de Tavancement, afin que les affaissements successifs aient le temps de fendiller la houille par avance, et de faciliter la sortie régulière du gaz.

On n'oubliera pas non plus qu'une trop grande concentration des ouvriers aggrave les résultats d'une catastrophe, si un chantier vient à sauter; tandis qu'avec un espacement suffisant des divers ateliers, on peut espérer qu'un grand nombre de ces derniers échapperont aux effets de coups de feu modérés. La dissémination des chantiers constitue donc une mesure d'une grande utilité.

1116 — Les vieux travaux, dont les vides forment des réservoirs de grisou prêts à faire irruption dans la mine, soit lorsque des éboulements ou des aflaissements viennent à s'y produire, soit en cas de brusque dépression barométrique, sont, comme nous l'avons vu

(N^ HOl), l'origine de dégagements abondants de mauvais air, qui viennent contaminer brusquement l'atmosphère des galeries el rendre insuffisantes les mesures prises pour Taérage.

Une seule mesure radicale reste efficace pour écarter cette cause de dangers. C'est la suppression des vides des anciens travaux, par l'adoption de méthodes d'exploitation avec remblais complets. Le principe du foudroyage, trop souvent employé en Angleterre dans les mines à grisou, doit être absolument proscrit pour de tels gisements. Dans les travaux non remblayés, le gaz s'accumule entre les strates déjà affaissées du toit et les bancs supérieurs encore en place, et il s'en trouve violemment expulsé lorsque la partie plus solide finit par céder à son tour. De nombreux et graves accidents ont été causés dans les houillères anglaises par cette méthode d'exploitation.

Les remblais doivent être exécutés avec soin, de manière à en limiter autant que possible le tassement. Sinon leur affaissement progressif sous un toit solide ferait naître au contact de ce dernier les vides que l'on a en vue d'éviter.

Les galeries traversant les quartiers remblayés devront ellesmêmes être entièrement bourrées, dès que l'on cessera de les entretenir.

On doit s'attacher en outre à ce que les parties abandonnées se trouvent en amont-pendage des quartiers en activité, afin que le grisou ait moins de tendance à en sortir pour pénétrer dans les chantiers habités. Il convient donc d'éviter les étages trop élevés à prendre de bas en haut, en multipliant au-dessous de soi les tranches déhouillées (*). Pour le même motif, il est bon de ne pas mettre en train trop d'étages à la fois.

Il est prudent enfin de se faire précéder de sondages, lorsque l'on marche vers d'anciens travaux où le gaz a pu s'accumuler.

Avant qu'un district arrive à être définitivement classé dans la catégorie des vieux travaux, il arrive quelquefois que l'on se trouve forcé de l'évacuer momentanément, s'il devient décidément dangereux en raison des émanations qui s'y produisent. Cet abandon

(*) Le grand accident de Oaks CoUiery, le plus meurtrier qui ait jamais dévasté une mine (N* 1327), a été attribué à une influence de ce genre.

ne doit pas être décidé à la légère ; il vaut souvent mieux lutter sur le lieu même du dégagement, si l'on est suffisamment armé pour cela, que de chercher à l'étouffer en le cernant d'une manièi'e qui, toujours imparfaite, le laissera déverser à loisir son gaz dans le reste de Texploitation. Cependant il est évident que l'abandon complet, avec établissement de barrages étanches, reste en pareil cas la dernière ressource.

if 16 — Les mesures prises pour éviter les accumulations grisouteuses doivent être contrôlées par une surveillance méticuleuse. Le but à réaliser est que l'atmosphère de la mine ne contienne en aucun point une proportion de gaz approchant de la limite inférieure d'inflammabilité qui est, comme nous l'avons vu, de 6 "/oî i' €st même indispensable de rester toujours très loin en dessous de ce chiffre.

4 cet égard, le projet de règlement-type sur la police des mines qui a été publié par le Ministère des travaux publics ('), spécifie qu'aucun courant ne doit dépasser une limite variant, suivant les circonstances, de 1/2 à 1 7o ^ grisou; il tolère seulement des teneurs atteignant 1 à 1 1/2 7o ^u plus, dans les parties exclusivement affectées à la ventilation de travaux de traçage. Le nombre des chantiers maintenus simultanément en activité sur un même ^îourant, leur production, le débit de l'aérage seront réglés en conséquence.

1117 — On doit recourir à des mesures grisoumétriques fréquentes, telles que celles que nous décrirons au chapitre XLVI, aiin de s'assurer que la limite fixée n'est dépassée nulle part.

Cette surveillance est exercée par des ouvriers spéciaux, qui souvent sont chargés également, comme boutefeux, du tirage des coups de raine. Ces chercheurs de grisou (*), recrutés avec soin parmi les hommes auxquels on reconnaît le plus d'expérience, de

(', Circulaire ministérieUc du 25 juillet 1805 [Annales, Partie admiaistrative, 9** IV. 542 1.

'* Celte institutioa est obligatoire en Belgique (arrêté royal du 28 avril 1884). Elle existe aussi en Allemagne avec le tceUeraufseher.

Si AËRAGE.

sang-froid et de conscience, sont soustraits, par la délimitaiion particulière de leur service, aux préoccupations multiples qui pèsent sur l'esprit du maître mineur, et qui peuvent avoir poar résultat de détourner son attention.

Ces surveillants ont notamment à relever quotidiennement la teneur en grisou des retours d'air. Les résultats de leui^s observations sont consignés sur un registre.

Ils visitent tous les jours les chantiers avant la reprise du travail, et y évaluent avec précision la teneur de l'atmosphère en grisou. Il est parfois possible, pour des mines faiblement grisouteuses, d'espacer davantage ces visites générales des fronts de taille ; mais il parait indispensable de les renouveler en tous cas le lendemain des jours de chômage (^)» et après toute suspension delà ventilation. Il est bon d'exiger des ouvriers qu'ils ne franchissent pas une limite déterminée avant que cette visite soit effectuée. A la Standard Mine (Pennsylvanie), les firemen chargés de ces tournées marquent à la craie, l'un après l'autre, les chantiers qu'ils reconnaissent comme sûrs, en y inscrivant la date du jour; il est interdit aux mineurs de travailler dans un atelier qui n'aurait pas été ainsi daté (*).

1118 — Si les ouvriers constatent au cours de leur travail que la proportion de grisou vient à augmenter notablement dans leur chantier, au point de déterminer un allongement continu de la flamme des lampes, ils doivent l'abandonner immédiatement et prévenir leur chef mineur. A cet égard, la règle absolue est de tw jamais travailler dans le grisou.

Des mesures immédiates sont prises pour assainir un point ainsi contaminé. Il faut lutter contre l'invasion du gaz avec des flots d'air. On n'opérera qu'avec une grande prudence, après avoir acquis la certitude que l'on ne créera pas un danger sur le parcours de sortie du courant. Des opérations de ce genre doivent, autant que possible, être dirigées par l'ingénieur des travaux lui-même. 11 est

(*) La statistique a montré que la proportion des accidents du lundi s "élève i 19 % en France, 20,7 % en Prusse, et 33,5 % en Saxe, au lieu du septième oh 14,9 Va- («) Leproux, CHM, 1893, 197.

ATMOSPIIÈRE DES MINES. 485

dangereux de chercher à dissiper un amas de grisou en agitant des vêtements.

En attendant que la région critique ait été assainie, l'accès du chantier est barré de suite au moyen de deux bois en croix; puis, dans le plus bref délai, par une fermeture eflective et efficace.

Lorsque certaines parties d'une mine sont seules grisouteuses, des mesures spéciales sont prises pour que nul n'y pénètre sans être averti. Des écriteaux très visibles signalent les régions suspectes par les mots : Danger, ou : Quartier grisouteux. En Angleterre, le board, ou plaque en fonte émaillée, s'installe au-devant d un cadre qui ne permet que le passage du wagon, et qu'il est impossible de ne pas remarquer. On place aussi, en ces points, un feu rouge, analogue à ceux des signaux de chemins de fer. Il est bon d'y mettre un gardien à poste fixe, chargé de faire observer les précautions réglementaires, çt notamment de ne laisser passer aucune lampe à feu nu.

BÉCSAfiEMENTS EXCEPTIONNELS BE fiSISOr

1119 — Sacs de grisou. — Dans l'étude des mesures à prendre pour lutter contre le grisou, nous avons jusqu'à présent supposé que ce gaz se dégageait d'une manière relativement lente et régulière, soit des pores du charbon et des minces fissures qui sillonnent les veines, soit des petites crevasses pratiquées dans les couches encaissantes. C'est, en efl'et, le mode le plus habituel.

Mais toutes les précautions prises pour éviter les accumulations de grisou et pour régulariser autant que possible le débit du gaz peuvent se trouver en défaut, loi^squ'il se produit, en un point des travaux, un dégagement brusque et anormal, tel que ceux dont il nous reste maintenant à parler.

En premier lieu, nous citerons les dépôts funestes qui sont connus sous le nom de sacs de grisou. Le gaz s'y est accumulé dans des cavités naturelles, formant des sortes de poches, et alimentées par des fissures. Ces gisements gazeux se trouvent plus fréquem-

486 AËRAGE.

ment au toit; cependant le mur en peut également contenir. Od les trouve surtout aux crochons, et aux changements bnisques de pente. Leur peu de volume expose le mineur à les manquer, lorsqii'il cherche à éclairer sa marche à Taide de coups de sonde dans les gîtes dangereux. Celte précaution ne doit donc pas être considérée comme founiissant imc garantie absolue, et ne saurait dispenser d'apporter une grande prudence dans les cheminements.

f f !SO — Soufflards. — On appelle soufflard une sorte de fontaine de gaz, s'écoulant par une fissure du terrain, et pouvant contaminer brusquement toute l'atmosphère d'un chantier au moment où on lui offre une issue. La durée de ces dégagements, parfois éphémère, peut aussi se compter par mois, et même par années. Quelques-uns d'entre eux ont fonctionné pendant un demi-sicclef). On a pu en capter un certain nombre, pour fournir à l'éclairage des abords extérieurs du puits (').

La tension des soufflards, qu'il ne faut pas confondre avec celle du grisou emprisonné dans la houille, a été trouvée parfois égale à plusieurs atmosphères. Elle peut également se rapprocher indèflniment de la pression ambiante. Leur débit est éminemment variable, et dépend de l'ouverture des fissures par lesquelles se produit l'écoulement. Il est généralement beaucoup plus actif au début, par suite de la tension du gaz emmagasiné, et diminue ensuite progressivement. On cite toutefois exceptionnellement des cas où le débit s'est maintenu, pendant une année entière, au chiffre de 150 et 200 mètres cubes dans les 24 heures (').

Ces écoulements gazeux sont généralement en relation avec des failles, qui servent de collecteurs en traversant toutes les formations. Aussi peut-on souvent découvrir par avance le danger à l'aide de sondages précédant l'avancement des fronts de taille.

Les soufflards, très fréquents en Angleterre, y ont été souvent

(') Renier-Malherbe, Le GriêoUy 80. — Le Chatelier, Le Gristnt, 35.

(*j Jars, Voyciges métallurgiqueê. — Journal <U Silliman, X, 399. — Reports on tke Accidents of Mines, 110. — CM, 1887, 100.

(') Conférence de M. Wills k la Société des arts de Londres {Buli. Soc. <fenr., 3*. VU, 162).

trouvés en rapport avec des venues d'eau (*). Peut-être ces dernières fonctionnent-elles dans des cavités souterraines à la manière des trompes, soutirant le gaz de son gisement, et Tentrainant sur leur parcours. Stephenson a signalé C) un souillard alternativement positif ou négatif, c'est-à-dire émettant du grisou, puis absorbant Tair de la mine. Cette circonstance bizarre s'eipliquerait, dans Thypothèse précédente, par les variations de régime de quelque coui-s d*eau intérieur.

Les soufilards et les sacs de grisou constituent le fléau des houillères anglaises. On s'y trouve exposé à leurs invasions subites. Mais la méthode d'exploitation n'est souvent pas étrangère à ces manifestations, en raison des énormes vides que présentent les mines de la Grande-Bretagne ('), et qui déterminent une tension élastique dans les masses placées en porte-à-faux. Les soufflards qui résultent ainsi, non d'une faille naturelle, mais d'une cassure provoquée par les travaux, prennent spécialement le nom de sudden outbursL Des lignes de fractures se déclarent alors parallèlement au front de taille, sur des longueurs qui atteignent parfois 50 mètres. Elles se ramifient dans les galeries, et donnent issue à des torrents de gaz, provenant parfois de lits grisouteux intercalés entre les couches stériles.

Un meilleur soutènement pourrait sans doute ménager une déperdition plus régulière, et par cela seul moins dangereuse, du grisou renfermé dans les épontes du gisement. Mais l'emploi des remblais rapportés est encore à peu près inconnu à l'intérieur des charbonnages anglais. On est arrivé à diminuer notablement ces \enues redoutables, en saignant méthodiquement le mur ou le toit à l'aide de coups de sonde, comme pour la veine Wigan nine Feetj ou par un véritable drainage effectué au moyen de coupures, comme dans le toit d'O/d Coal à Aberdare (*).

1121 — Dégagements instantanés. — Enfin le grisou donne

'; PA, Angleterre, 50.

(' Hepartê on the Accidents of Mities, iiO-

(*; Tome I, p. 502.

* P.4, Angleterre. 57.

48S AÉRÂGE.

Heu à des dégagements exceptionnels beaucoup plus violents que ceux que nous avons signalés jusqu'à présent. Le gaz, emmagasiné sous des pressions énormes, ne se borne plus alors à gonfler légèrement et à fendiller le front de taille (N** 1097); il détermine une véritable explosion avec un bruit plus ou moins intense, accompagnée de la projection dans les chantiers d'une quantité parfois considérable de charbon menu.

Ces dégagements instantanés (*) se sont manifestés fréquemment en Belgique, dans le Couchant de Mons. En France, ils restaient jusqu'à présent à peu près limités aux mines de Bessèges(*) ; il s'en est cependant aussi produit dans le bassin deSaint-Étienne(^).

Aux points où les couches sont imprégnées de grisou dans une proportion aussi exceptionnelle, la houille devient véritablement explosive. L'importance de ces dégagements, quelquefois réduite à un volume restreint, a dépassé dans certains cas plusieurs milliers de mètres cubes. Ils déterminent un courant d'air refroidi par la détente du gaz, et parfois assez violent pour produire par lui-même des effets mécaniques.

Mais, à ce point de vue, les dégagements instantanés agissent surtout en raison de la projection de houille qu'ils provoquent. Celle-ci se trouve presque toujours à l'état de menu, et parfois même en poussière impalpable. On a signalé la relation fréquente de ces explosions avec une variété spéciale de combustible qui est désignée sous le nom de houille daloïde. Celte substance noire,

(*) De Vaux, Les dégagements instantanés de gi'isou, Ânnalet des travaux publia de Belgique, 1865. — Uarzé, De Taérage des travaux préparatoires dans les mines à grbou, Revue univ. d. min., 1866. — Arnould, Étude sur les dégagements instantanés de piiïOu dans les mines de houille de Belgique, Annales des travaux publics de Belgique. XXXVII, 1879. — Cornet, Bulletin de V Académie royale de Belgique, 9», XLMl. mai 1879. — De Vaux, Bev. univ. d. tnin., IX; Bull, min., 1™, XU, 141. — Harxé. Des mesures à prendre en vue des dégagements instantanés de grisou, Annalts àe$ travaux publics de Belgique, Xl.III; Bull, min., 3*, I, 656. — Dufranc, Les dégagements instantanés de grisou, Bull, min., 3«, I, 517. — Roberli-Linterraans, Anmles det travaux publics de Belgique, 1895.

Ce dernier mémoire vient de faire l'objet d'une importante élude de M. l'Ingénieur en chef des mines Delafond qui a généralisé la question. (Anîiales, 9', X, 655.)

(^) Ichon et Lombard, Note sur les dégagements instantanés du grisou aux mines de Bességes, AiinaUs, 9% I, 557. — CBM, 1892, 91.

(') Petit, Pression du grisou dans la IS» couche du puits du Treuil des houillères de Saint-Étienne, Bull, min., 3", VIII, 737.

ATMOSPH^E DES MLNES. 489

fibreuse el pulvérulente, appelée fusain à Saint-Éticnne, n'est autre que du charbon de bois qui a conservé sa structure; elle provient, soit de fougères arborescentes, soit de sigillaîres et de cordaîtcs.

La quantité de houille ainsi lancée par l'explosion est souvent considérable. A maintes reprises, elle a dépassé 50 tonnes dans le Couchant de Mons et à Bessèges; le 11 juin 1886, à FAgrappe, 500 mètres cubes ont été projetés. Après avoir balayé le grisou par un énergique courant d'air, puis déblayé le charbon accumulé près du front de taille, on trouve, pratiquée dans la couche au point de la veine d'où est parti le dégagement, une excavation plus ou moins étendue, cl de forme parfois très contournée.

Le rapprochement du volume de cette poche et de celui du gaz mis en liberté a conduit à des chiffres énormes, pour l'évaluation de la tension du grisou emprisonné. Lors d'un dégagement instantané survenu le 10 décembre 1890 à Bessèges, on a estimé à 4750 mètres cubes la quantité de gaz fournie par l'accident, tandis que le volume de charbon projeté était de 15"*',600. En admettant môme que le grisou ainsi développé occupât originairement un volume double de celui de l'excavation, c'est-à-dire 31"%200 l'on serait conduit a admettre que chaque mètre cube de houille contenait à cet endroit 152 mètres cubes de gaz (*). D'autres évaluations ont toutefois indiqué des chiffres beaucoup moindres (*).

WZZ — Ces dégagements exceptionnels de grisou sont la cause de nombreux et redoutables accidents. D'après M. Roberti-Lintermans, il s'en est produit 131 en Belgique, de 1880 à 1891. Sur ce nombre, 37 ont eu des conséquences funestes pour les personnes, et ont entraîné la mort de 94 ouvriers, ainsi que des blessures pour 4 autres. MM. Ichon et Lombard en citent 35 survenus aux mines de Bessèges, du mois d'août 1886 au mois de janvier 1892.

\' Ichon et Lombard, Annales, 9*, I, 573.

i*] On a mis en avant à cet égard l'hypothèse de l'existence du grisou sous la forme soUdeoa liquide (Annales, 7*, XYHI, 217. — AnnaUêdeê travaux publics de Belgique, ^Ul;; mais, d'après ce que nous avons dit (N'' 1080), le ginsou ne parait pas pouvoir èlre iiquéûé à la température ordinaire.

490 AËRAGE.

Les dégagements de ce genre ne présentent pas seulement les dangers habituels du grisou, par les mélanges explosifs quils peuvent former avec l'air d'une partie des travaux. Le gaz se trouve ici en proportion telle que, malgré l'activité du courant d'air, le mélange se trouve avoir, dans la région voisine du chantier bouleversé, une teneur bien supérieure à la limite d'inflammabilité de 16 7o- Les lampes s'éteignent* L'atmosphère esl rendue irrespirable par défaut d'oxygène, et asphyxie les hommes qui la respirent. En outre les matières projetées les renversent, et les ensevelissent sous des amas de charbon menu, d'où un second danger d'asphyxie pour les ouvriers voisins du lieu du dégagement. Une autre circonstance vient encore aggraver le péril; la quantité de gaz est, en effet, si considérable qu'elle envahit quelquefois les galeries jusqu'au jour, où elle s'enflamme si elle rencontre près de l'accrochage un foyer susceptible de l'allumer.

1128 — Les dégagements instantanés, limités jusqu*à présent à quelques couches de certains bassins déterminés, deviennent malheureusement de plus en plus fréquents dans la profondeur. On n'en a observé aucun dans le Couchant de Mons au-dessus du niveau de 280 mètres, ni à Bessèges à une profondeur moindre que 350 mètres. Il est donc à craindre qu'ils ne se manifestent quelque jour, au fur et à mesure des progrès de l'exploitation, dans des bassins où ils n'ont pas encore fait leur apparition.

On n'en a encore constaté que pour des veines d'épaisseur assez faible (*).

Ils paraissent être plus fréquents dans les régions où les couches présentent une allure irrégulière. Parmi 131 accidents cités par M. Roberti-Lintcrmans, 12 seulement sont dus à des chantiers où le gîte n'était affecté par aucun dérangement.

On doit surtout les redouter pendant le creusement des voies en pleine houille, ou des galeries au rocher traversant des couches

(*) Il s'en est cependant produit, au puits du Treuil n" S des houillères de Sainl- Étienne, dans la 13* couche dont la puissance oscille dans cette région entre ^ ^ 5 mètres.

de combustible. Les 35 accidents des mines de Bessèges qui ont été décrits par MM. Ichon et Lombard se sont tous produits dans des travers-bancs ou des galeries au charbon. Il est vrai que sur les iol. dégagements belges, une centaine se sont produits dans des chantiers de dépilage; mais si Ton tient compte du développement plus restreint que présentent les ateliers de traçage, on est conduit à admettre que la période de reconnaissance et de préparation est plus périlleuse que celle du déhouillement, avant laquelle le grisou a déjà été en partie drainé (*). De même l'intensité des dégagements instantanés est en moyenne plus considérable avec les travers-bancs que pour les galeries en couche.

U1t4L — Un caractère tout spécial des amas de grisou qui provoquent les accidents de ce genre est le peu d'étendue qu'ils présentent à l'intérieur du massif de houille.

Des dégagements successifs se produisent en effet pour le même chantier à des distances très faibles. Au mois de février 1885, au puits de l'Agrappe (Frameries), trois accidents semblables ont eu lieu, dans une seule taille de la couche Chauffournoise, à des intervalles de 7 et 6 mètres l'un de l'autre. Les 20 et 25 avril 1889, deux dégagements sont survenus dans un même chantier de la veine Sainte-Barbe des mines de Bessèges ; le premier projeta environ 8 tonnes de charbon; le second, à 2 mètres seulement en avant du précédent, en renversa encore une dizaine (*).

Une autre circonstance montre d'ailleurs que les amas de gaz capables de produire ces explosions sont limités à des zones peu étendues et d'une étanchéité complète; c'est l'inefficacité des forages exécutés sur un front de taille pour saigner par avance une couche dangereuse. Un grand nombre de dégagements instantanés, même parmi les plus graves (N° 1329), ont affecté des ateliers précédés de plusieurs trous de sonde à l'avancement. Il n'est pas rare non plus que de tels accidents se soient produits au milieu de chantiers où l'on venait de constater l'absence du grisou.

C; Delafond, Annales, 9*, X, 657.

(*] IchoD et Lombard, AnnaU*, 9% I, 568.

492 AËRâGE.

Ces divers faits montrent combien sont localisées, au sein du combustible, les régions imprégnées de gaz à haute tension. Ils concordent avec ceux que nous avons indiqués en étudiant la repartition de la pression du grisou dans la houille. Nous avons vu en effet, d'après les expériences de MM. Lindsay Wood, Petit d Simon, que pour des couches de charbon compact et non fissuré, les pressions internes pouvaient varier dans une proportion considérable d'un point à un autre très voisin. On se rappelle en outre que pour un tel massif, la tension ne décroit qu'avec une lenteur extrême, môme à proximité des surfaces libres. La houille peut donc, dans certaines conditions, présenter une imperméabilité presque absolue à l'écoulement des gaz.

11125 — Si l'on met en regard de cette propriété du charbon l'importance des projections de menu qui accompagnent les explosions de ces amas grisouteux, ainsi que Tinstantanéité du dégagement de tout le gaz contenu dans Tilot infesté, l'on se trouve conduit à admettre (*) que les dégagements instantanés ont pour origine des zones très perméables aux gaz et surchargées de grisou, lesquelles sont entourées de massifs compacts et étanches.

Les travaux d'abatage ou les trous de sonde peuvent s'approcher à une très petite distance de ces amas isolés, sans qu'aucun indice en annonce la présence. L'explosion se produit dès que l'enveloppe protectrice devient insuffisante pour s'opposer à l'expansion des gaz, emprisonnés sous une énorme pression ; et à ce moment, suivant l'expression de M. Delafond, le grisou entraine avec lui le charbon qu'il pulvérise « absolument comme, dans une bouteille de Champagne, l'acide carbonique entraîne le liquide à l'état pulvérulent ».

L'absence de signes précurseurs n'est cependant pas toujoure absolue. A la mine proprement dite de Bessèges, par exemple, les dégagements de ce genre sont presque toujours précédés, pendant quelques instants, de sifflements, de craquements dans les bois. Mais dans la section de Créai, de la même Compagnie, le charbon

{*) Dufrane, Bull, min., 3% I. — Delafond, Annales, 9% X, 659.

ne présente plus les mômes fissures quand on se trouve à proximité des zones dangereuses; on y a, au contraire, plusieurs fois constaté qu'il était devenu plus dur dans le voisinage d'un amas explosif. Les dégagements se produisent dans cette dernière région sans aucun avertissement préalable.

fi SB — Mesures à prendre en ime des dégagements instantatiés. — Les mesures qu'il importe de prendre pour la conduite des travaux, en vue d'éviter autant que possible les dégagements instantanés, ont pour but de provoquer au sein du massif un drainage préalable du grisou. Mais il ne faut pas se dissimuler que la nature généralement solide et compacte des zones imperméables qui entourent les parties explosives rend ce but particulièi'cment difficile à réaliser.

L'une des premières mesures qui aient été recommandées consiste à saigner le gisement par des trous de sonde, auxquels on conserve incessamment une longueur de 5 à 7 mètres en avant du front de taille. Le règlement belge de 1884 prescrit même Texécution de tels forages, toutes les fois que, dans un travail au rocher, on présume la proximité d'une couche à dégagement instantané. Le coup de sonde doit alors traverser complètement la couche, et il faut ensuite attendre deux jours avant de continuer lavancemcnt. Dans les mêmes gîtes, tout chantier en veine doit, en Belgique, être constamment précédé d'un sondage.

Nous ne reviendrons pas sur les observations que nous avons présentées plus haut à ce sujet (N'* 1124). L'efficacité des sondages est» comme on l'a vu, loin d'être complète; car ils peuvent passer à très faible distance d'un nid de grisou sans que Ton soit avisé de sa présence. On peut cependant citer des cas où ils ont permis d'être averti du danger; et à ce titre, leur emploi paraît devoir être recommandé. On n'oubliera pas toutefois, qu'ils ne peuvent fournir des indications de quelque valeur que s'ils sont très multipliés et d'une grande longueur, ce qui entraîne pour l'avancement des i*etards considérables.

il«7 — Une aulre mesure consiste à conduire le travail de

Ui AÉRÀGE.

mani^i'c à développer ta pcrméabîliliï de La houille, en provoquant k rinténetir du massif la formation de fissures multipliées, par lesquelles le gaz s'échappera peu à peu. A cet égard, nous avons déjà signalé, pour les dégagements normaux de grisou, la convenance de provoquer des tassements dans la couche par un traçage lent, suffisammenl serré, précédant îi de longs intervalJes b période du (lépilage (N° 1114). Ici la même méthode est encore i recommander, mais elle ne pourra suffire qu'en la poussant en quelque sorte à l'exlréme.

Il faudra donc exagérer la lenteur de l'avancement pour les galeries au charbon; on opérera de même en dépilagc, en donnant un grand développement aut fronts de taille. On panient souvent ainsi à provoquer dans le massif des crevasses assez multipliées pour le purger, sans dégagements brusques, des amas de grisou qui s'y trouvent emprisonnés.

M. Petit applique au puits du Treuil N" 2 (Houillères de Saint-Ëtienne), pourl'eiploilalion d'une couche sujette h des dégagements in- Fig. 7Î6. - Emploi dei trous de sonde stantanés, UHC méthodc qui

dini une grande tiille du puita du Treuil N- î. ^

repose sur le principe précédent, combiné avec des forages méthodiques ('). L'abatage est mené entre deux voies de niveau consécutives M et N (lig. 726) par grandes tailles chassantes de 4S mHres environ de largeur. L'avant cernent hebdomadaire de chacune d'elles est limité à une tranche

AB de un mètre au plus d'épaisseur. En outre, chaque semaine, on creuse dans le front un trou de sonde de 7 mètres de profondeur, distant de 4 à 5 mètres de celui que Ton a percé huit jours auparavant. Les forages n**M, 2, 3,.... 8, se trouvent ainsi en décrochements les uns par rapport aux autres; et pour Texploitation de la tranche AB, par exemple, la zone CDE aura été pailiellement l'econnue à Tavance. L'exécution de chaque sondage est accompagnée, aux profondeurs de 5 et 7 mètres, de mesures de la pression et du débit du gaz, qui renseignent jusqu'à un certain point sur l'état grisouteux du massif.

1 t;S8 — La lenteur de l'avancement constitue l'un des movens préventifs les plus sûrs. Il peut cependant rester insuffisant pour provoquer des crevasses dans les zones résistantes qui entourent les massifs explosifs. En outre il est, en certains cas, d'une application difficile, notamment pour les travaux de reconnaissance et de traçage.

M. Marsaut fait usage à Bessèges, en vue d'amener la fissuration du combustible, d'un procédé plus énergique, qui permet un avancement rapide (*). Il abandonne le travail au pic, et ne proct»de plus que par coups de mines, ébranlant violemment le massif autour d'eux. Les trous sont placés, non dans le charbon, mais dans le toit ou le mur de la veine; on les charge d'explosifs de sûreté destinés aux travaux en couche. Le tirage n'est effectué que lorsque tout le personnel travaillant sur le parcours du courant d'air s'est mis à l'abri. Cette méthode a donné jusqu'à présent de bons résultats, malgré le danger que crée l'emploi des matières explosives en présence du grisou. Il arrive souvent qu'au lieu de crevasser seulement la houille, ces pétards provoquent des dégagements instantanés lorsque l'on se trouve à peu de distance des amas de gaz. Mais du moins le danger n'est plus le même qu'avec l'abatage au pic. Dans ce dernier cas, les ouvriers se trouvent au chantier au moment où le front de taille cède sous l'effort de la pression intérieure; tandis qu'avec les coups de mine, les dégagements brusques

(*] Ichon et Lombard, Annales, 0*, I* 585. — Delafond, Annales, 9*, X, 6G5.

ne se produisent qu'à l'instant du tirage, lorsque les hommes se sont retirés.

ttISO — Nous signalerons enfin un dernier procédé, applicable à des circonstances spéciales, en vue d'augmenter la perméabilité d'une couche à dégagements instantanés. Lorsque Ton doil exploiter dans le même faisceau une veine inférieure moins grisouteuse, on commence par attaquer cette dernière, afin d'amener par les tassements la fissuration des terrains supérieuj*s; et Ton maintient les travaux en avance de plusieurs mois sur ceux de la couche dangereuse.

ii30 — Malheureusement les moyens précédents, plus ou moins efficaces dans chaque cas particulier, ne peuvent garantir le mineur d'une manière absolue contre les explosions de gaz qu'ils sont destinés à éviter. Il convient donc de prendre des mesures pour préserver les ouvriers des dangers spéciaux qu'ils courent en pareil cas.

Il est surtout nécessaire de les garantir de l'asphyxie que provoque l'envahissement des travaux par un gaz irrespirable. Afin de , faciliter le balayage rapide du grisou par le courant d'air, on dirigera constamment sur le chantier suspect une ventilation abondante, venant directement du puits d'entrée. On élargira autant que possible les galeries qui ramènent l'atmosphère contaminée depuis le chantier jusqu'au jour. En outre on aura soin de ne faire passer ce courant de retour par aucun atelier, de manière à ne pas exposer d'autres ouvriers aux atteintes du gaz. La mine sera d'ailleurs munie d'appareils assez puissants pour permettre, en cas de nécessité, une augmentation rapide du débit de l'aérage.

1131 — Dans le percement des voies au rocher ou au charbon qui sont, on le sait, les plus dangereuses, on dirigera le couranl d'air jusqu'à proximité du front de taille au moyen de solides cloisons verticales divisant en deux la galerie, et non à l'aide de caniveaux de petites dimensions. S'il survient un dégagement, les hommes pourront ainsi se réfugier dans le courant qui amène

j^ 40a ;iQ(L;..-;.w..;>5i;Q,M^

l'air frais, pour échapper à Tasphyxic. Mais il est nécessaire que. sur celte partie du circuit, Taérage soit soufllant, et non aspinnU afin d'éviter qu'il ne se trouve interrompu par des projections de charbon obstruant Textréinité de la galerie (').

Un résultat analogue peut être obtenu à Taide d'une conduite d'air comprimé projetant un courant contre le front de taille. On offre alors aux ouvriers le moyen de respirer de Tair pur, après un violent dégagement de grisou, en disposant sur le tuyau des robinets espacés le long de la î(alerie. Aux mines de Bessèges, M. Marsaut a complété ce dispositif d'une manière ingénieuse en disposant, à 1 50 ou !200 mèli*es en arrière du chantier, un refuge creusé dans une des parois (fig. 727, 728) ; on le ferme au moyen d'une porte P s'ouvrent du côté de la galerie. In branchement de la conduite, muni d'un robinet R, débouche à Imtérieur de cette petite chambre. C'est là que le personnel du chantier vient s'enfermer au moment du tirage des coups de mine dont nous avons parlé (N"" 1128). Si ceux-ci provoquent un dégagement instantané, les ouvriers se trouvent en sûreté. Une lampe qu'ils observent à travers la porte peut, d'ailleurs, les renseigner sur la présence du grisou dans la galerie voisine (').

M. lïngénieur en l:hef des mines Delafond fait remarquer à juste litre que ce dernier système d'aération des chantiers exposés

Fiff. 727 el 728.

Refuge coDtrc les dé((agements instantanés

(coupe transversale et plan).

' On facilite en outra, à l'aide de quelques portes disposées dans la cloi^îon, \o Vi^^i^e des ouvriers du courant de retour dans celui d'entrée, si leur fuito les a con-

duits dans le premier.

* Anmle$, J>-, ï, 585.

498 ÀÉRAGE.

àdes dégagements instantanés présente sur les autres des avantages marqués, qui font de l'air comprimé un auxiliaire très utile pour ces exploitations. Les tuyaux, munis de robinets de secours, peuvent en effet être utilisés, non seulement en ce qui concerne les galeries isolées, mais dans celles qui desservent des tailles. 11*^ fonctionnent avec les mêmes garanties pour toutes les parties d'une mine, quel que soit Téloignemcnt du puits d'entrée d'air. Ils sont enfin d'un entretien facile, et résistent aux mouvements de terrain, qui disloquent les cloisons.

1132 — Des précautions d'un autre ordre doivent être prise> quand on redoute les dégagements instantanés. Elles ont pour but de supprimer toute cause d'inflammation des masses énormes de gaz qui se répandent alors dans les travaux.

A cet effet, on munira le personnel de lampes de sûreté solides, à cuirasse, capables de résister, sans être brisées, aux projeclions qui se produisent lors de ces accidents. On supprimera en outre radicalement le rallumage des lampes à l'intérieur des travaux.

Mais la quantité de grisou mise en liberté a parfois été si considérable, ainsi que nous l'avons dit ci-dessus, que le courant de gai inflammable est venu déboucher à l'orifice de la mine, et s'y enflammer. On prendra donc au jour les précautions nécessaires pour éviter que le grisou y puisse rencontrer aucun feu nu, lampe ou foyer. En ce qui concerne les premières, nous signalerons (N* 1269) les réverbères de sûreté dont on peut alors se servir. Les lampes électriques à incandescence fournissent également à cet égard une bonne solution ('). On a de même essayé de remplacer, par des cylindres chauffés à la vapeur, les brasiers au coke qui sont destinés à réchauffer les hommes. Quant aux foyers des chaudières, il est impossible de les enfermer; mais on peut du moins installer ces appareils en dehors du bâtiment d'extraction, à la distance jugtV» suffisante, en les protégeant en outre contre les dégagements du puits par un mur suffisamment élevé.

(') Toute la canalisation électrique, ainsi que les dynaraos, doivent être coinbiaé«:^ <^n pareil cas de manière à é\1ter la production d'étincelles au contact de l'atinosphèrf (t. I, p. 901). 11 faut en outre proscrire les lampes à arc (Bull, min., 3», X, 670).

1133 — Dégagements de grisou dans les mines métalliques et hs varrières, — Ce gaz a été souvent rencontré dans des mines de sol ('). La première explosion signalée dans les travaux souterrains parait même avoir eu lieu, en 1664, à l'intérieur d'une exploitation rie cette substance, à Ilallstadt (*). La saline de Szlatina était éclairée au grisou dès 1826. Cette circonstance n'a du reste pas lieu (rélonner, si Ton réfléchit à la concomitance presque constamment observée entre le chlorure de sodium et l'hydrogène protocarboné. Souvent le sel gemme décrépite en se dissolvant dans Tcau, au moment où s'afl'aiblissent suffisamment les parois des cellules qui ivnferment le gaz.

M. Pernolet a également cité des coups de grisou qui ont eu lieu dans les soufrières de Sicile. D'après M. Tingénieur des Mines i'r. FriedeU ce gaz y a produit, de 1885 à 1888, un total de 14 accidents, qui ont fait 34 victimes, dont 13 morts. La même explication peut encore être invoquée à cet égard, car le soufre fait souvent partie, ainsi que les bitumes et les pétroles, du cortège géologique que nous venons de mentionner. Nous avons déjà parlé (tome I, p. 132) des exploitations de gaz inflammable aux États-Unis.

On éprouve plus de surprise à rencontrer le grisou dans des mines essentiellement métalliques. M. l'inspecteur général des Mines Daubrée a, le premier, signalé ce fait pour les minerais de fer pisolitiques de Gundershoflen et de Winckel (Alsace) ('). Ce gaz a également fait son apparition aux mines de fer d'Exincourt et à (^elles de la Voulte (*).

On Ta trouvé de môme dans un grand nombre de gites métalliques ('), aux mines de plomb, de zinc ou de cuivre de Pontpéan « lUe-et-Vilaine) (*), du Grand-Saint-Jean (Giromagny), du Laurium

* CRU, iM2, 130. — Annale» de Poggendorff. Vif, 133. ^ Annalen der Phy$ik\ ••ilbert, XXXVH, 1. — Le Neve Poster. A Textbook of ore and stone mining, 476. — Soùcetur les saline» de Bex, in-8*, 1881, p. 84.

* CEsterr. Zeit,, 188S, 606.

['i Annales, i-, XIV, 33.

*] Annales, 5^ VI, 94. — liedoux. Étude sur les terrains triai>iques de l'Ardèche, p. 32.

^ M. l'ingénieur en chef des mines Lodin a publié sur ce sujet une élude détaillée knnales, 9-, VIII, 63). — Génie civil, XXVIII, 362.

' Massieu, Pièces annexées aux procès- verbaux de la Commission du grisou, î*' fasc, 145. — Lodin, Annales, 9*, VIII, 63.

500 AÉIUGE.

(Attique), de Rocca-Federighi et de Monte-Cattini (Toscane) i' , d'Outonagon (Lac Supérieur) ('), aux mines d'or de Morro Vellu» (Brésil) ('), et à celles de diamant de Kimberley (M.

On a enfin constaté des dégagements de formène dans des carrières d'argile, à Malakoff et à Vanves (Seine) T), à Bollène (Vaucluse) (^), et à Coutisse (Belgique) ('). Il s'est aussi montré, sans aucune relation avec des gisements métalliques, à la travei^sée du col de Cabres par un tunnel percé dans le terrain oxfordien, sur la limite des départements de la Drôme et de l'Isère. Ces ciiconstances ont occasionné dp grandes difficultés et des accidents graves (').

1134 — Dans l'étude qu'il a consacrée à ces dégagements exceptionnels de grisou, M. l'ingénieur en chef des Mines Lodin a montré qu'on pouvait les classer en ti*ois catégories, au point de vue de leur origine.

En premier lieu, un certain nombre de ces dépôts de gaz sont dus à la décomposition de matières organiques dans le gi(<' lui-môme. C'est ainsi que les manifestations auxquelles ont donm* lieu les carrières d'argile paraissent provenir des vieux bois d»' chantiers abandonnés. Ceux-ci se remplissent, par suite du foisonnement de la glaise, en enfermant quelquefois une certaine quantité d'air dans des cavités. Les bois s'y décomposent en présence de l'eau et de l'oxygène, et il s'y forme du méthane, que les travaux rencontrent quand ils reviennent ultérieurement au même endroit. Une explication analogue peut probablement s'appliquera d'autres gîtes qui ont renfermé, au moment de leur formation, des matières végétales; aussi bien que pour certaines couches de sel. qui se sont déposées au fond de lagunes littorales. On a même

;«} C/Mf, 1879, janvier, 6.

(*) Transact. Americ. min., 1880, 241; 1887, 671.

;^) Transacl, of Ihe geolwjical Society of Cornwall, VH, 345.

(♦) Moulle, Annales, 8% VU, 193.

(») Humbert, Annales, 9% VIH, 19.

(" Oppermann, Annales, 0*, VIII. 5.

/) Annales, 9*, VUI, 26.

^») CHM, 1887, 150.

ATMOSPHÈKE DES MINES. 501

proposé de Tétcndre a quelques gîtes métallifères contemporains «les depuis sédimentaires entre lesquels ils se trouvent interstralifiés.

Dans d'autres cas, le gaz inflammable parait provenir des roches encaissantes, lorsque celles-ci contiennent des couches bitumineuses (')• ou parfois des veines plus ou moins exploitables de l'ombustible. M. Lodin a fait remarquer que cette même origine a pu être réalisée dans certaines régions où les couches charbonneuses ont depuis disparu, emporlécs par les dénudations de la snrface.

Enfin une troisième catégorie comprend les dégagements gazeux qui paraissent imprégner le gite lui-même sans aucune origine extérieure. Il devient alors difficile de préciser les phénomènes qui ont amené la formation du grisou. On a proposé d'admettre <[ue le gaz avait été conduit dans ces filons par des fissures en relation avec la profondeur. Ce produit se serait ainsi accumulé d'une manière indépendante de la minéralisation elle-même, qui aurait eu lieu à une époque distincte. On a également expliqué la présence des hydrocarbures, en admettant qu'ils avaient imprégné le remplissage métallifère à Tépoque même de sa formation.

'' Par exemple dans les mines de mercure de la Nouvelle-Californie (Bccker, Geology 'ifQuicksiherdeposiUoflhe Pacific siope), où le cinabre est souvent accompagné par une sorte de poix, dite napalite (LodiOt Annales, 9*, VUI, 59).

Page 1