IL
tlS^SK — Il est toutefois nécessaire de faire observer que ces résultats ne constituent qu'une approximation. En effet, d'une pari, nous avons supposé les températures constantes sur toute la hauteur des puits, tandis que t s'aceroit progressivement le long du puits d'entrée, en même temps que t' tend à décroître dans celui de sortie, principalement par l'influence de l'humidité, qui est très variable.
En second lieu, Télévation de la température, de t à t\ n'est pas entièrement due à l'action du foyer. Une partie de cet échauffement se développe d'elle-même, sous l'influence des conditions souterraines (N'^lOôS), et n'est pas à la charge du combustible.
D'un autre côté, en tenant compte, par le nombre n, du rendement du moteur à vapeur, nous avons laissé de côté celui du ventilateur lui-même; supposant, malgré ses résistances passives, son énergie appliquée intégralement à effectuer le travail qh de la ventilation.
AÉRâGE sans MACHDIES. 649
EnGn, dans cette théorie purement statique, nous n'avons pas eu égard aux résistances dynamiques de la mine, que résume son orifice équivalent. Cette dernière lacune est, de toutes, la plus fâcheuse, car elle laisserait dans l'ombre une des influences les plus essentielles; mais nous allons revenir sur ce point, de la manière suivante (*).
— Relation entre le débit et les résistanceg. — Si nous appelons a^ Torifice équivalent de la partie des travaux comprise entre l'entrée et le foyer, il déterminera, par la relation (11), la dépression h^ nécessaire pour faire franchir au courant cette portion du trajet :
(7) h, = QA^.xz-^'
En désignant par a, l'orifice équivalent du parcours dans le puits de sortie, eu égard à toutes les résistances qui s'y développent, il vient de même, pour la dépression de cette travée :
Mais on a d'ailleurs, d'après la loi de Gay-Lussac :
d'où :
et, par conséquent :
(8) fc. = 0,12 4nT^-
La somme de ces deux dépressions consécutives constitue le
;•) Murgue, Buli. min,, 2*, lY, 704.
G50 AËRÀGE.
total h, qui est nécessaire pour eftectuer l'ensemble du parcours:
ftj -h A, = A,
ce qui donne, en substituant les valeurs (2), (7), (8) :
Si nous supprimons dans les deux membres les facteurs xst cl 555. qui sont égaux d'après l'équation (1), il vient :
Telle est la relation propre à faire connaître le débit que procurera un foyer d'aérage, en fonction de la hauteur H du puits, des températures absolues t, t\ et aussi des résistances de la raine, introduites à l'aide des deux orifices équivalents a, et a,.
11^44 — Débit maximum. — Celte formule permet de metlre en évidence une conséquence théorique, que des observations pratiques tendent à corroborer. Le débit d'un foyer^ d'aérage ne saurait croître indéfiniment^ quand on y pousse réchauffement au delà de toutes limites. Il atteint, au contraire, un maximum, au delà duquel il ne ferait plus que décroître. Ce fait n'a d'ailleun rien que de facile à comprendre, puisque l'on conçoit que l'élévation de température, en dilatant le gaz, crée des résistances qui peuvent finir par l'emporter sur le bénéfice réalisé d'autre part.
Pour le constater, il suffit de considérer la partie variable de l'expression (9), que nous prendrons sous la forme :
AÉRÂGE SANS MACHINES. 651
Si nous égalons à zéro sa dérivée relative à la variable t'y il viendra :
^['■-fè)']-('-f)=»'
c'est-à-dire en effectuant :
ou encore :
Cette équation du second degré, ayant son dernier terme négatif, fournira deux racines réelles et de signes contraires, dont une seule est acceptable :
M45 — Supposons par exemple les deux orifices a^ a, égaux ; c*est-à-dire un réseau souterrain pour lequel les résistances dues à la dilatation dans le puits de sortie compenseraient TefTet de la longueur parcourue en deçà. 11 viendra :
f' = / (1 -h sj~l) = 2,41 t.
En admettant, comme température ambiante :
t = \5 -^ 21^ = 288, il vient, pour celle de l'air chaud :
Le débit maximum correspondrait donc à 421 degrés du ther-
mornètre usuel» ce qui revient à un échauffement d'environ
400 degrés :
On voit» par cet exemple, que Ton se trouvera en général fort loin du maximum, dans les conditions ordinaires de la pratique. Cependant des expériences à outrance, exécutées à Dowlais en 1868 par MM. Dickinson, Atkinson et Evans, ont constaté, pour cette mine, Texistence d'un maximum, aux environs de 316 degrés du thermomètre centigrade ordinaire.
BIOTENS BIVEBS B*AËBA«G SANS MACBIXBS
1 5^46 — Cheminée à air chaud. — On a employé, dans des travaux préparatoires (*), les cheminées extérieures des chaudières à vapeur, en vue de déterminer un tirage à l'intérieur de la raine. Ce moyen, intéressant pour celte circonstance spéciale, serait évidemment antiéconomique comme solution normale de Taérage.
On a de même utilisé les gaz chauds dégagés par les foui's à coke, dont le développement s'accroît généralement avec rimportance de la houillère elle-même (*).
1247 — Calorifère. — Pour assurer complètement le foyer d'aérage contre les chances d'inflammation du grisou, on a introduit l'emploi d'un calorifère (*), c'est-à-dire d'un appareil de chauffage dans lequel l'air chaud et l'atmosphère à échauffer restent séparés par des surfaces métalliques. Mais l'expérience n'a pas sanctionné cette tentative (N° 1064).
1248 — Chauffage à la vapeur. — En même temps que le
(*) Dans le bassin de la Ruhr, PA, Allemagne, 196. — Chansselle et de Loriol,M. min., 2% Vif, 385.
(*) Ponson, Supputent, I, 327.
{») A Seraing, en 4830 (Durieux, Annales, 3% XI, 159); à Oberkirchen (Scbaunburg- Lippe) ; et à la mine Laura {prés Minden, Westphalie).
Calorifère à air chaud, on a essayé le calorifère à vapeur (^), en taisant descendre et remonter, dans des tuyaux non feutrés, le produit de générateurs placés à la surface. Il est clair encore que ce moyen n'est pas économique, puisqu'on peut le considéi'er théoriquement comme constitué par une infinité de toque-feux élémentaires (N^* 123 i), distribués sur toute la hauteur du puits. Il convient de noter toutefois que, si des conduites sont établies en vue d'un but spécial étranger à l'aérage, on peut trouver, dans la chaleur perdue par ces tuyaux, un utile secours pour la ventilation, ou un obstacle si on les dispose à contresens.
fZ4L9 — Injection de vapeur. — On a réalisé un autre emploi de la vapeur, en l'injectant au pied du puits de sortie, pour y déterminer un tirage, à peu près comme dans la cheminée des locomotives (*).
Ce principe, déjà ancien f ), n'a reçu de réelle efficacité que par rinlroduction des appareils à ajutages (*), tels que l'injecteur Kœrting (fig. 778). Il est loin néanmoins d'être économique, mais il peut le devenir lorsqu'il s'agit de vapeurs perdues, après qu'elles ont accompli leur office spécial (*).
Mentionnons toutefois, à l'actif de ce principe, un avantage précieux en cas de sauvetage. Nous avons vu que, la plupart du temps, le ventilateur est aspirant et, à ce titre, installé sur le puits
(») De Vaux, 1836.
(*) John llediey, Traité pratique de Vexploitation det mines de houille, p. 23. — CHM, avril 1876, 18. — Tresca, Expériences sur la ventilation par un jet de vapeur, Annales du Conservatoire, 15 janvier 1868. — Ser, Jets de vapeur et d'air comprimé, Physique industrielle, 743.
1^) Buddie, 1807.
*) CRM, 1876, mai, 34; 1877, février, 24; 1878, avriU 73. — Rev. univ. d. m., 1877, ï, im. ^ Zeitschrift BUS, XXIII, 114; XXXl, 209; XXXV, 229, 261. — OEsteir. leit., 1880, 287. — Ces appareils d'aérage par injection de vapeur ont parfois atteint (le très grandes dimensions. Au puits Wilhelm, près d'Ostrau, on a installé sur lorificc de la galeiie de retour d'air, un Kœrting vertical de 2'*,15 de hauteur, formé de 6 ajutages superposés dont les diamètres croissaient de 25 à 500 millimètres, et surmonté d'une buse convergente-divergente de 6", 50 de hauteur. Cet organe a pu produire une dépression de 32 millimètres, correspondant à un débit de 13 mètres cubes. La consommation de charbon était 5 ou 0 fois plus considérable, pour produire le môme effet utile, qu'avec un bon ventilateur centrifuge (Von llauer, Die Wettermaschinen, 172;.
(') Bassin de la Wurm.
AÉRAG£.
de sortie. Son générateur se trouve par conséquent à portée de ce puils, et il est moins exposé que l'appareil lui-même à être détruit par un coup de grisou. Si donc on a soin d'établir, à ravance, un tuyau fermé à la partie supérieure par un robinet, et faisant
Fig. 778. — Aspirateur Kœrling.
communiquer la chaudière avec des tubulures placées au pied du puits, il suffira d'ouvrir ce robinet, quand le ventilateur sera mis hors de service; et l'aérage à vapeur fonctionnera dans le même sens qu'auparavant. Cette colonne de tuyaux doit être établie avec une grande solidité, et protégée, autant que possible, contre les effets destructeurs d'une explosion.
1 !S50 — Injection d'air comprimé. — Le môme principe peut être appliqué au moyen de l'air comprimé (*), si la mine est munie
(^) M. Forster a établi (Jahrhuch fur dos Berg-utid-Hûllentoesen in Sachsen, 18^} les prix comparatifs suivants, pour un courant de 100 mètres cubes par minute» pendant un an, en supposant le prix de revient annuel du cheval-vapeur égal à 312 francs :
1° Air comprimé à 3 atmosphères effectives, circulant avec une vitesse de 10 mètres par seconde dans un tuyau de 0".23el s'échappant à pleine pression 230 000 francs
2" Air comprimé avec tubes de 0*,89 et souffleur Kœrthig. ... 37 000 —
Z^ Air comprimé actionnant une machine compound et un ventilatour Root, tubes de 0»,50 9000-
4" Courant dérivé du ventilateur principal, dépression 10 miUiniélres. vitesse 2 mètres, tuyau de i",03 5 200 —
50 Courant produit par un ventilateur spécial û grande vitesse placé au jour; dépression 250 millimètres, vitesse 6 mètres, tuyaux de O-.SS 0 500 -
(>• Ventilateurs tirant l'un sur l'autre, dépression 1033 milhmètres, vitesse iO mètres, tuyaux de 0*,i5 18 000 —
7* Ventilateur souterrain avec transmission électrique, prix approximatif 8000-
S*" Ventilateur souterrain avec transmission hydraulique, tuyaux de 0"',48; prix approximatif e . . . 8000 —
(le compresseurs. On sait avec quelle énergie les appareils à ajutages déterminent Tentraincment de Tair ambiant, à Taide d'une dépense limitée d'air comprimé, qu'on lance suivant l'axe du souffleur (').
L'injection d'air comprimé, par la simple ouverture des robinets de la tuyauterie des compresseurs{'), a été utilement employée (') |K)ur assainir l'avancement d'une galerie en percement ; soit avant les coups de mine, en vue de refouler au loin l'atmosphère grisouieuse, en la remplaçant par de l'air pur; soit après le tirage, afin d'activer l'évacuation des fumées. On obtient ainsi, en outre de cet assainissement, beaucoup de fraîcheur, peut-être même avec excès, en raison de la détente de l'air (N* 1176).
Cependant il importe de ne pas se faire illusion sur la véritable efficacité de ce procédé, qui ne saurait offrir, au point de vue du grisou, une véritable sécurité. Le mélange de l'air comprimé avec Tatmosphère qu'il doit balayer en arrière du front de taille, est en cITet très imparfait. Quand on se trouve dans une demi-clarté, on aperçoit, à travers la fumée blanche de la poudre, le jet noir qui sort des tubulures, et tombe en nappe sur le sol de la galerie, pour s'y écouler à la manière de l'acide carbonique, en raison <le l'accroissement de densité qu'il doit à son refroidissement.
De plus ce mode de ventilation ne répondrait pas au desidei^alum fondamental, qui a été formulé (N° 1068) pour l'assainissement des mines, s'il s'agissait, comme on l'a proposé à tort bien des fois,- d'y voir une méthode fondamentale d'aérage, et non une ressource accidentelle. En effet, ou bien Ton enverrait au front de taille, à la pression du compresseur, une quantité d'air égale à celle du mode ordinaire, et alors cette tension serait inutile, antiéconomique et gênante ; ou bien Ton ne fournirait qu'une masse beaucoup plus restreinte, mais alors elle ne suffirait plus pour noyer, dans un grand volume, les afflux de grisou, afin de maintenir le mélange très loin de la proportion explosive.
I*) Haton de la Goupillière, Rapport sur les expériences de M. Félix de Roinilly, BuU. Soc, denc, 5«, IV, 409.
î*; CRM, 1876, janvier, 54; 1877, février, 109; 1880, août, 180. (') Notamment à Brûckcnberg (Saxe), à Ileinilz (Sari-e), etc.
«56 AËRAGE.
Ce moyen pourrait cependant, le cas échéant, rendre dulites services après un sinistre, si des dispositions spéciales étaient prises dans ce but, en ménageant de place en place, sur la tujauterie générale de la mine, convenablement assurée contre les effets d'un coup de feu. des robinets, que l'on ouvrirait au fur et à mesure de l'avancement du sauvetage.
Les critiques précédentes perdent aussi de leur valeur lorsque l'on aère les chantiers, non par des prises directes sur les conduites d'air sous pression, mais à l'aide d'injecteurs du genre Kœrting, dans lesquels le fluide comprimé se mélange par a^iration & une grande quantité d'air de la mine.
Le jet est uloi's plus épanoui et moins violent. Ces appareils sosl d'ailleurs placés dans un canar à une certaine dislance dufronl. Ils peuvent rendre de précieux services pour l'aération de galeries en cul-de-sac. On leur reproche toutefois d'avoir un rendement 1res faible, et d'iMru fort bruyants (').
lS6t — Action du vent. — On a essayé de profiter de l'influence du vent, et spécialement de sa composante verticale, au moven de manches à vent analogues à celles qui servent ù venliler lu soute des navires('). On admet en effet généralement que li" vent a une direction inclinée sur l'horizon, parfois ascendante. mais beaucoup plus souvent plongeante ('). C'est pour ce motif que " — 'ncline d'ordinaire sur l'horizon l'ase des moulins à venll'). moyen est évidemment économique, el pourrait suffire par pie pour un fonçage peu profond; mais il deviendrait tout à
lalliFl. Bnll. min.. 3-. I[. IM. — Haimne, Reti. unie. d. m.. S* XÎUI. 197. gricola, De re mttnUUa. 1631. libro septimo. I!i0, ICI. — Ponson, 11,76.ire de la SoriAIù ilrs anciens élèves des Ëcolos d'arts et mèlicrs. ISTI-ïi. oncdrl, Mfraniqne iiiduëtrirllr. — Montigny, Bulletin de rAcaitmir ni/ûltit «e, 2-, SXXlï.
elle opiiiiuii l'eiicaiilrc cependant des conlradicteurï. Amédée Durand iwlain- 'egardait la dii*eclioii du leiit cotnmc hnj-izonlalc, et disposait, d'apiii-s ceJa. Jaiis, l'aie de soi) moulin perfectionné. M, [.e Cbalclier pense que l'habitude i!'' nenl de cet me doit sn raison d'ûtre à ce que la lour de maçonaerie, en bhuiit . isole du courant une masse d'air immobile, dont on a cbcrcbé 1 faire bmarf" \. en la faisant loumer datia un plan incliné qui s'éloigne de la base de e»\'
AÉRAGE SANS MACiiLNES. 657
fait insuffisant dès que l'exploitation prendrait le moindre développement, en surface ou en profondeur. En outre on se trouverait désarme pendant les calmes.
M. Cornet a pensé en outre (*) que la composante verticale du vent régnant doit modifier d'une manière sensible la ventilation des mines, selon qu'elle est plongeante ou ascendante, qu'elle s'exerce sur les puits d'entrée nu de sortie de Tair, et que les dispositions topographiques et celles des bâtiments voisins tendent à concentrer ou à masquer celte action. Il est permis de penser que cette influence, presque toujours très eflacée, peut quelquefois acquérir de l'importance en raison de certaines combinaisons de circonstances, que l'on pourra chercher à se rendre favorables d'après ce que l'on saura des vents régnants dans la contrée.
f !S52 — Pluie artificielle. — La chute de l'eau en forme de pluie constitue un moyen efficace d'aérage('). On a souvent remarqué que les suintements qui se produisent à la circonférence d'un puits en fonçage, y déterminent une aération naturelle, entrant comme une gaine suivant ce périmètre, et revenant du fond en colonne centrale.
L'injection de l'eau dans les puits de mine placés en relation avec une galerie d'écoulement, constituait autrefois un procédé de ventilation assez répandu, pour des travaux de faible développement. On en rencontre encore des exemples. Il est bon que cette pluie présente le plus possible de régularité, au lieu de procéder par lames d'eau, plus ou moins déchirées.
On doit aujourd'hui restreindre le rôle efficace de cette méthode au cas d'un sauvetage. Mais elle peut alors rendre de très réels services. 11 est bon, dans ce but, de préparer à l'avance un bassin de retenue, afin de n'avoir qu'un robinet à ouvrir, lorsque les appareils ordinaires seront mis hors de service par un coup de feu.
;', Cornet, Bulletin de l'Académie royale de Delgique, 2«, XLVII. — F. Brabant, Les variations atmosphériques des mines à grisou [Annales des travaux publics de Belgique, XLII).
(') Expériences de Colladon pour mettre en évidence l'entraînement de l'air par la pluie artiûcielle [Comptes rendus. Cil, «45).
658 ÂÉRâGË.
On déterminera ainsi, en un instant, une pluie artificielle qui entraînera dans les travaux un courant d^air bienfaisant.
Nous rattacherons au même principe l'emploi des trompes if \. Toutefois ces appareils, qui ont rendu certains services pour l'aérage des mines, doivent être considérés aujourd'hui comme tout à fait surannés.
11 est, en tous cas, très essentiel d'éviter de mettre contre soi rinfluence en question, en laissant des suintements importants s'établir à travers les parois du puits de retour d'air. S'il es! impossible de calfater le revêtement d'une manière étanche, on devra s'attacher à recueillir l'eau le mieux possible (N** 297), et à la conduire directement au fond.
ASSAINISSEMENT SANS AËRACSE
±ZJ^3 — Nous avons montré ci-dessus (N° 1 068) que le degré dr contamination de l'atmosphère souterraine était représenté par une fraction, dont le numérateur serait formé de la somme des dégagements qui s'y produisent dans un temps donné, et le dénominateur, du volume d'air que Ton y envoie pendant la même durée. Les procédés d'assainissement examinés jusqu'ici dérivent tous d'une môme préoccupation, qui est d'augmenter suffisamment le dénominateur de ce quotient. Mais on pourrait également se proposer d'arriver au même but en diminuant le numérateur. Malheureusement, les divers principes qui ont été mis en avant à cet égaiti se sont montrés, dans la pratique, d'une grande insuffisance. Il n'en est pas moins nécessaire de les indiquer, à la suite des précédenls.
D convient toutefois de faire remarquer, d'une manière générale, que cette catégorie de moyens, quand bien même elle renfermerait quelque procédé suffisamment efficace à cet égard, ne résoudrait encore que partiellement le programme de l'assainis-
(») Combes, Exploitation des mines II, 504. — Archives de Karsten, SIX, 518. - RilUnger, Maschinenbau^ etc., 1854, 21.
ÂÉRAGË SANS MiVCHINES. 659
>eincnt. En effet, lors m^me que l'on parviendrait ainsi à provenir, ou à détruire après coup, les émanations délétères, il resterait à suppléer à la perte d'oxygène (N^* 1067), et à remédier à l'élévation (le la température (N** 1065i, double objet qui continuerait à nécessiter renvoi de quantités importantes d'air frais.
En dehors même de cet obstacle, on comprendrait difficilement qif une méthode déterminée s'attaquât avec une égale efficacité à toutes les sortes diverses de dégagements que peuvent produire les roches et les conditions du travail. Il ne faut donc pas craindre (le nqppeler, comme préface de ce dernier ordre de considérations, que la ventilation reste le seul moyen réel d'assainissement des mines; en ajoutant que, parmi les nombreux procédés mis en avant pour la réaliser, on ne peut compter pratiquement que sur l'aérage naturel, là où les conditions lui sont nettement favorables; sur les foyers d'aérage, dans les mines non grisouteusesy et suffisamment larges ; et principalement^ en toutes circonstances y sur remploi des ventilateurs.
lS54t — Pénitent. — Le seul moyen qui fût autrefois employé, pour rendre possible l'exploitation des houillères grisouteuses, consistait à faire épurer les chantiers, avant la descente du poste, par un homme prudent et courageux, qui payait parfois de sa vie son dévouements II était chargé de parcourir la mine avec une mèche allumée, à Taide de laquelle il enflammait, au plafond, les accumulations de gaz, de manière à en débarrasser, pour un certain temps, les travaux. Pour se préserver lui-môme autant que possible, il était recouvert d'un costume et d^un capuchon de cuir, qui lui avaient fait donner le nom de pénitent Ç). En approchant des points reconnus comme dangereux, il rampait à terre en élevant sa mèche. Quelquefois il organisait, à l'avance, des systèmes de fils de fer, sur lesquels il faisait, à l'aide d'une ficelle, courir, au moment voulu, un petit chariot boute-feu, en se tenant aussi éloigné que possible du théâtre de l'inflammation. Ce moyen barbare a disparu sans retour.
Cj Guntber, Berg- und Bûtlenmâunische Zeitung^ 1876, 03, 235.
1^55 — Lampes étemelles. — Un principe analogue serencontrail dans l'emploi des lampes étemelles^ allumées en pennanence aux points d'accumulation présumée du gaz, et destinées à le consumer au fur et à mesure de sa production. Cette méthode, autrefois classique, était encore admise en Saxe il y a peu d'années.
Mais on doit la considérer comme extrêmement dangereuse ; car un flux anormal et un peu abondant pourra élever la teneur du mélange jusqu'à un degré où l'inflammation se propagera de proche en proche, et sera capable d'atteindre des régions explosibles.
De plus, ce système suppose évidemment une grande tranquillité de l'atmosphère, sans quoi le grisou, au lieu de s'accumuler au toit, pour se rendre sur la lampe, se noierait dans la masse d*air, d'où il ne se liquaterait plus (N** 1079). Or, la combustion des lampt^s déterminera un tirage, et celle du grisou provoquera des secousses qui favoriseront, au contraire, la difl^usion des gaz. Ces inflammations, même restreintes, exposent en outre à des incendies.
On a proposé, pour diminuer le danger (*), des réservoii^s dont la base, formée de toile métallique, isolerait à l'intérieur la combustion. La partie supérieure, de forme conique, communique avec un tuyau d'évacuation pour les gaz brûlés.
On a également mis en avant l'emploi de l'étincelle électrique!'), ou de la combustion spontanée qui se produit au contact du palladium (*). Mais, avec des complications de plus, ces moyens siéraient également loin de procurer une entière sécurité.
Il est facile de comprendre que, les surfaces ne pouvant être dressées avec un soin minutieux, dans des tailles toujours en \oio de déplacement, on ne serait jamais sûr d'avoir des feux dans toutes les anfractuosités capables de loger du grisou.
Mais il est une raison qui dispense de toutes les autres : c'est la complète insuffisance de l'effet produit, d'après les expériences do
(*] Giraud, Bcrggeisl, 1865. — Sommer, Berg und Hûtlcnmâttnische Zrifung, \^-^*' SL — Haiiî^cll, ibidem, 297.
(^) Guido Komcr [PAj Allemagne, 69). — MaUard et Léchai elier, Piècra annexiez :iu\ procès-verbaux de la Commission du grisou, 2* fasc. , 122.
(3) ponces annexées, elc, t*"^ fasc, 150.
MM. Mallard et Le Chatelier (*). Ces ingénieurs, en mesurant la quantité de grisou brûlée par une lampe durant un temps donné, ont reconnu que cette proportion est absolument insignifiante : environ 18 litres par heure; de telle sorte que reflicacité du procédé est à peu près nulle. La quantité de grisou capable de contaminer en une minute par exemple, à la dose d'un centième, un volume d'air de 20 mètres cubes exigerait, pour sa destruction, à peu près un millier de lampes.
1256 — Captage. — Au lieu de détruire chimiquement, par la combustion, le grisou qui s'est accumulé au toit des ouvrages, M. Minary(*) a imaginé de l'y capter, pour l'évacuer au dehors. Cet inventeur propose de tracer au plafond un système de rigoles et de puisards ranversés, analogues à ceux que l'on ménagerait dans la sole à l'égard de l'eau. Ces cloches sont fermées par un plancher à claires-voies, destiné à gêner la diffusion. Des tubes de zinc, ouverts à la partie supérieure, y recueillent le gaz, qu'une canalisation spéciale conduit au jour.
H est inutile d'énumérer toutes les objections que soulève cet énoncé. Il suffira de rappeler que la ventilation reste nécessaire {y 1063, 1067) pour des motifs essentiels, étrangers à la considération du grisou. Elle produirait, dès lors, une agitation de l'atmosphère, incompatible avec les conditions nécessaires pour la réalisation effective de la conception précédente.
1257 — Endosînose. — Le môme inventeur a mis en avant m phénomène, fort curieux par lui-même, bien que le procédé auquel il servirait de base, soit frappé de stérilité comme le précédent. Ce principe est celui de l'endosmose.
Des tuyaux en terre poreuse paraissent jouir de la propriété de déterminer, à leur intérieur, la condensation du grisou qui est
['] Piècei annexées, etc., 1* fasc, 150. '
!^ Ponson, Supplément, h 397. — Ce principe peut être recommandé pour le eas particulier de soufflards bien caractérisés, afin de ne pas laisser contaminer l'air de la mine (Râteau, CRM, 1892, 43). — CapUge da grisou. Procédé Aroud, CRM, 1887, 230. - Génie eiffil, XI, 253.
mélangé à l'air sur leur face externe!/). M. Minarycile(*) des expériences dans lesquelles il a vu un mètre carré de surface poreuso tamiser» par heure, 700 litres de gaz. Le phénomène lui parait s'cifectuer proportionnellement à la densité.
Il disposerait, d'après cela, de semblables conduites continues au plafond des galeries ; en même temps que deux ventilateurs, Tun aspirant, Tautre foulant, placés aux deux extrémités du réseau, y détermineraient le mouvement d'évacuation.
1258 — Absorbants. — On avait annoncé (*) que le chlorure de chaux absorbe le grisou, mais des expériences directes ontélâbli le contraire.
On a mis en avant (*) l'emploi de Téponge de platine, pour condenser l'oxygène et le grisou, en déterminant une élévation spontanée de température, ainsi que la combustion lente du gax. il paraissait môme nécessaire d'additionner d'argile la mousse de platine, pour éviter un trop grand échauffement. Mais rinefficacilé de ce procédt» a également été constatée (').
On a invoqué encore l'affinité énergique du chlore (*) pour l'hydrogène qui entre dans la constitution du grisou. Dans celle méthode, un mélange d'acide sulfurique et de chlorure de magnésium met en liberté du chlore, qui attaque l'hydrogène carboné, pour former de l'acide chlorhydriquc, absorbé par un lait de chaux. Il est à peine nécessaire de faire remarquer qn'un programme aussi compliqué ne saurait être pratique. La combinaison des deux gaz paraît d'ailleurs exiger l'action de la lumièn^ solaire. En outre, un excès de chlore serait pernicieux pour les hommes et les chevaux.
1259 — En somme, le méthane est un gaz qui, en dehors de sa combinaison avec l'oxygène (ou le chlore dans des condilions
(«) Dinglers Polyt. Journal, CXXXVH, 407. — Voy. (N« 1511), ce qui concerne le grisoum<Hrc Aiisoll.
(*) Comptes rendus de V Académie des sciences, LXXXIl, 619.
(') Punchain (I*onsoii, Traité d^ expiai tation^ II, 28).
(*) Aloys W'chrle, Die Gruben Wetter, Vienne, 1835, p. 35.
(*) Traseiister, Annales des travaux publics de Belgique, VII, 179.
(®) Le grisou vaincu chimiquement (cité dans le Traité de M. Dombre : leGri*ou^^
.VËRAGE SANS NAGIILNES. 66."^
particulières), semble doué d'une absence presque complète d'aflinités chimiques. Le système des absorbants parait donc fatalement voué à rinsuccès.
Il n'y aurait pas du reste d'utilité réelle à insister dans la recherche d*absorbants puissants. En eflet, ces agents, quelle que fût leur efficacité, à moins de la supposer prodigieuse, ne pourraient être suffisamment répandus sur toute l'étendue des travaux souterrains, pour faire partout disparaître le gaz au fur et à mesure (le son dégagement, en évitant qu'aucune partie, même restreinte, de l'atmosphère ne devînt grisouteuse.
En outre, leur action s'userait naturellement par la saturation progressive des affinités, et il en résulterait, pour leur renouvellement en temps utile, un assujettissement qui, très probablement, entraverait les services d'une manière impraticable.
11 resterait d*ailleurs à s'assurer, dans chaque cas, que ces absorbants si énergiques ne seraient capables, par eux-mêmes, d'aucune influence fâcheuse.
Citons cependant, à cet égard, à un point de vue tout spécial, Tulile secours que procure pour lutter contre l'acide carbonique, l'emploi de l'injection de chaux en poudre, de lessive de potasse ou de soude, ou d'eaux ammoniacales, lorsqu'il s'agit de rentrer d'urgence, pour un sauvetage, dans une cavité limitée, qui est envahie par ce gaz redoutable {N°1071).
12BO — Contre-pression. — Les divers expédients que nous venons de passer en revue, ont pour but de faire disparaître les produits délétères de dégagements déjà effectués. On a eu enfin 1 idée(*) de supprimer ce dégagement lui-môme, en s'y opposant à l'aide d'une pression développée au sein de la mine. 11 est facile de faire ressortir la complète inanité de cette conception.
D'une part, le projet, tel qu'il a été proposé , consistait à maintenir dans le réseau souterrain une pression de 50 à 40 centimètres d'eau. Or, nous avons reconnu (N° 1098) que celle du grisou, que 1 on propose de tenir ainsi en respect, peut atteindre le centuple.
(*) Ponsoii, Supplément. I, 590.
664 AÉRÂGE.
D*un autre coté, en admettant que Ton entreprit au contraire de lutter à armes égales, et que la constitution humaine pût le supporter, il est inadmissible qif aucune pression puisse être main< tenue statiquement dans toute l'étendue d'une mine, à travers un sol crevassé par les tassements, coupé par les failles, et avec b nécessités de Textraction. Quant à maintenir la dépression à Tétat dynamique, nous avons vu également dans quelles étroites limites on se trouve resserré à cet égard; et, d'ailleurs, cette solution nous ramènerait dii^ctement au problème de la ventilation.