II. MALADIES DU PIED DUES A DES CAUSES DIVERSES
Les maladies qui reconnaissent d'autres causes que la ferrure sont : \e javart, la fourbure, la seime, le faux-quartier, Vavalure, la fourchette échauffée, la fourchette pounne, le crapaud, la bleime, Y oignon, le clou de rue, Yencasteiure.
Javart. — Sous la dénomination générique de javart, Défiait™, on désigne plusieurs maladies différentes, par leur nature et leur siège, qui affectent les régions inférieures des membres.
On distingue quatre espèces de javarts : le javart cutané, Div»ion. le javart tendineux, le javart encorné et le javart cartilagineux.
Le javart cutané est un furoncle qui se développe à la Définition, peau du paturon et de la couronne.
Cette maladie, plus fréquente en hiver que dans les autres Symptômes, saisons, plus fréquente aussi chez les races communes que chez les chevaux de sang, s'accompagne de beaucoup de douleur, de chaleur, de tuméfaction et souvent de boiterie.
Le javart tendineux est un furoncle qui siège dans le Définition, tissu cellulaire aponévrotique de la région digitée.
Il s'accompagne de beaucoup de chaleur, d'une douleur symptôme», excessive et d'un engorgement marqué.
Si, au début, on ne lui oppose pas un traitement cner- Gravité, gique, consistant dans l'emploi des bains de mauves ou de tètes de pavot, il peut donner lieu à des accidents graves.
Le javart encorné occupe le tissu podophylleux. siège.
Il est produit par des chocs de la paroi, une seime, une mauvaise ferrure, etc.
Cette variété est plus grave que la précédente ; elle donne Gra»i*. lieu à beaucoup de douleur, à une boiterie intense, et peut
Siège.
Gratité.
Fourbure aigaC.
avoir des suites fâcheuses si on ne lui oppose un traitement convenable.
Le javart cartilagineux est un ulcère du fibro-cartilage de l'os du pied.
Il est plus grave que les autres, et, s'il est négligé, peut avoir les conséquences les plus sérieuses, rendre l'animal impropre à tout service actif.
Son traitement consiste dans la pratique d'une opération qui porte le nom ^'opération du javart, et dans l'emploi de moyens qui ne peuvent être convenablement dirigés que par un vétérinaire.
Fourbdre. — La fourbure est une congestion du tissu réticulaire du pied, à laquelle succède bientôt une véritable inflammation de ce tissu.
Elle peut être aiguë ou chronique.
La fourbure aiguë peut attaquer les quatre pieds à la fois ou isolément.
Les causes de la fourbure sont nombreuses : nous placerons en première ligne un travail excessif et longtemps prolongé; une course rapide et longue, surtout sur un terrain dur et pierreux; une alimentation abondante et riche en principes nutritifs, telle que celle qui résulte de l'usage immodéré du blé, du seigle, de l'orge, de l'avoine, etc.; le repos forcé coïncidant avec une alimentation trop substantielle; certaines conformations du pied, telles que pied plat, pied comble, pied serré, pied encastelé; une mauvaise ferrure; les maladies qui augmentent la fatigue des membres, symptôme*. Les symptômes de la fourbure sont faciles à saisir. Le pied malade est très-chaud, sensible, et si douloureux, que l'animal rejette le poids du corps sur les membres sains. Dans le repos, l'attitude est incertaine; quelquefois il y a des tremblements partiels des muscles de la région postérieure du bras ou de la jambe, suivant que la maladie affecte les pieds de derrière ou ceux de devant. Si la fourbure attaque les pieds antérieurs, ils sont por-
tés en avant et font leur appui en talons. Les membres malades se meuvent lentement, avec difficulté et douleur; le jeu des extrémités postérieures est peu étendu.
Si la fourbure a son siège aux pieds de derrière, ceux-ci se portent en avant et s'engagent sous le centre de gravité, pour se soulager; les membres antérieurs sont fortement engagés sous la masse pour supporter la plus grande partie du poids du corps; la marche est pénible, difficile, et a quelque chose de caractéristique.
A ces symptômes locaux, s'ajoutent presque toujours un état fébrile, plus ou moins intense, qui se traduit par la chaleur de la peau et de la bourbe, la rougeur des conjonctives, une soif vive, la perte de l'appétit, la plénitude du pouls.
Le traitement de la fourbure aiguë consiste à donner des som». bains d'eau courante ou d'eau blanche; à appliquer des cataplasmes de terre glaise, à faire une saignée à la jugulaire ou au pied malade.
L'animal atteint de fourbure chronique tient les membres en dehors de la ligne d'aplomb, marche difficilement et pose chron,queson pied en exécutant un mouvement de bateau. Au bout d'un certain temps, le sabot se couvre de cercles, se déforme et il survient des complications graves, dont les principales sont le croissant et la fourmilière.
Le croissant consiste dans une exubérance semi-lunaire Défiouion. de la sole, due à un déplacement de l'os du pied, dont la pointe, poussée en bas et en arrière , presse la sole, la force à céder et la rend bombée en dessous.
Cet accident, presque toujours incurable, détermine une Gravité, boiterie intense, et met l'animal dans l'impossibilité de faire un service actif.
La fourmilière est produite par une sécrétion anormale de Dénouion. corne entre la face antérieure de l'os du pied et la face interne de la paroi.
On la reconnaît facilement à la conformation du pied, symptôme», qui est déprimé en quartiers, allongé en pince, relevé et
contourné en haut à son extrémité inférieure; tandis que, du côté du biseau, il offre un enfoncement et semble refoulé en dedans.
Gratté. Légère, la fourmilière disparaît par avalure avec la guérison de la fourbure ; ancienne et arrivée à un haut degré de développement, elle est incurable et rend le cheval impropre à un service actif.
Définition. Seimk. — La seime est une fente, une solution de continuité de la paroi suivant la direction des tubes de la corne et de haut en bas.
Dituion. Les seimes ont été divisées :
1° D'après leur position, en seimc en pince et en seime quarte. La seime en pince, soie ou picd-de-ôœuf, occupe la région de la pince et la seime quarte, le quartier ;
2° Eu égard à leur gravité, en simples et compliquées, en complètes et incomplètes, en superficielles et profondes. La seime est simple, quand elle est exempte de lésions profondes; compliquée, lorsqu'elle présente des altérations qui s'étendent au tissu podophylleux ; complète, si elle s'étend du bourrelet au bord inférieur de la paroi ; incomplète, si elle n'en occupe pas toute l'étendue ; superficielle, lorsqu'elle n'atteint qu'une partie de l'épaisseur de la paroi ; profonde, quand elle en occupe toute l'épaisseur.
3° D'après sa durée, la seime est récente ou ancienne. Elle est récente, si elle existe depuis peu de temps ; ancienne, quand elle date d'une époque plus ou moins éloignée, symptôme. Le cheval atteint d'une seime présente, comme symptômes caractéristiques : la fente de la paroi. De plus, au repos, il appuie le membre malade sur la pince; en marche, il boite d'une manière plus ou moins manifeste; enfin, dans les circonstances où la seime est complète, il s'échappe, par la solution de continuité, un liquide sanieux. eau*.. La seime peut affecter tous les pieds, mais ceux de devant y sont plus prédisposés que ceux de derrière ; le quartier interne en est plus fréquemment atteint que l'externe. Au-
cune espèce n'est exempte de cette maladie ; mais elle est plus fréquente chez les chevaux de noble race que chez ceux de race commune. Certaines natures de corne (corne sèche et cassante), certains défauts d'aplombs (pied rampin, panard , cagneux) y prédisposent. Les variations de température , la chaleur trop forte , la mauvaise habitude de râper la paroi, les coups, les heurts , les blessures, etc., la déterminent.
La seime est grave ; elle met le cheval hors de service pen- Gracié, dant longtemps et quelquefois même pour toujours.
On prévient le développement de la seime par une bonne soin», ferrure ; en évitant de laisser séjourner trop longtemps le cheval dans la boue âcrc et irritante, en graissant le sabot avec de l'onguent de pied, etc. Pour guérir la seime, on est obligé de pratiquer une opération difficile.
Faux-quartiehs. — On appelle ainsi une altération qui Déliait*», survient au quartier du sabot, dont la corne est alors inégale, fendillée, raboteuse, désunie dans plusieurs parties.
Le faux-quartier est naturel ou accidentel. Dans le pre- Dimion. inier cas, il dépend d'une disposition congéniale de l'ongle. Dans le second, il se montre après une maladie.
Les causes les plus fréquentes du faux-quartier sont : la eau*», seime, l'atteinte, le javart, les plaies du bourrelet, etc.
Le faux-quartier est grave : il rend souvent le cheval indisponible , et peut même le mettre hors de service pour toujours.
On y remédie par l'application d'un fer à planche, portant soim. un pinçon et disposé de manière à ne pas faire son appui sur le quartier altéré, et par des onctions d'onguent de pied, souvent répétées.
Fourchette échauffée. — On donne ce nom à une al té- Définition, ration de la fourchette, consistant dans un léger suintement d'un liquide puriforme, noirâtre, d'une odeur forte, qui s'accumule dans la lacune médiane.
L'accumulation des urines et du fumier sous les pieds des ca«»c.
chevaux, les boues âcres et irritantes en sont les principales causes. Le resserrement des talons et l'encastelure y prédisposent.
Gravité. Cette maladie offre peu de gravité. Elle disparaît le plus souvent en plaçant les chevaux dans des lieux secs et propres, en dégageant la fourchette des portions de corne qui retiennent l'humeur puriforme, en appliquant de la liqueur de Villate ou de l'onguent égyptiac sur la fourchette.
symptômes. Fourchette pourrie. — C'est la même maladie que la précédente, à un degré plus avancé. L'humeur est sanieuse et fétide ; la fourchette molle, filandreuse, et l'irritation dont elle est le siège donne lieu à une démangeaison, qui porte le cheval à frapper du pied contre le sol. un*». Les causes de cette maladie sont les mômes que celles de la fourchette échauffée. Elle est plus grave et sujette à dégénérer en crapaud , si on la néglige. Chez certains chevaux , elle se renouvelle tous les ans , au commencement de l'hiver, et les met hors de service pour longtemps, soin». La fourchette pourrie réclame les mêmes soins hygiéniques que la fourchette échauffée, et l'emploi d'un traitement local plus énergique, quelquefois même l'usage d'un traitement général interne, dont la direction ne peut être confiée qu'à un homme de l'art.
D«6nitioD. Crapaud. — Le crapaud consiste en un vice de sécrétion de la corne de la fourchette et de la sole.
symptôme». Au début, le crapaud diffère peu de la fourchette pourrie ; plus tard, la sole devient filandreuse, la face plantaire du pied n'offre plus qu'un aspect hideux et donne issue à un liquide noirâtre, d'une odeur infecte; la paroi se couvre de cercles, d'écaillés, se déforme et rend un son clair, quand on la percute; les talons se resserrent; la boiterie augmente de plus en plus.
cau»c». Cette affection attaque de préférence les chevaux de race commune, lymphatiques, à pieds plats et larges, à talons hauts et creux. Elle est plus fréquente aux pieds de derrière
qu'à ceux de devant. Les causes déterminantes sont le séjour prolongé des pieds dans la boue, le fumier, les urines et les matières purulentes.
Le crapaud est très-grave. Il exige un traitement long, Gratté, dont la réussite est loin d'être certaine.
Bleuie. — La bleime est une ecchymose, produite par une Définition, contusion delà sole, dans la région des talons et des quartiers.
On en reconnaît trois variétés, qui ne sont que des degrés Dimion. différents de la môme maladie : la bleime foulée y la bleime sèche et la bleime suppurée.
La bleime foulée est une simple meurtrissure accompa- Bleime gnée d'une douleur vive et sourde; la corne est rouge et veinée de sang.
La bleime sèche se reconnaît à des stries de sang dessé- Bicimc ^*he. chées, et à la rougeur du tissu de la corne.
La bleime suppurée, la plus grave, s'accompagne toujours Bi«me de la présence d'une certaine quantité de pus. ■■pp«é«.
La bleime est occasionnée par tout ce qui produit la com- c«u««. pression de la sole : l'éponge d'un fer mal ajusté, les pierres ou les graviers introduits sous le fer, la marche sur des terrains durs, une ferrure négligée, etc. Les pieds à talons bas et faibles, encastelés, plats, y sont plus prédisposés que les autres; ceux de devant en sont plus fréquemment atteints, et le quartier interne en est plus souvent le siège.
La bleime qui se déclare sur un pied bien conformé est Gratté, peu grave ; tandis que celle qui survient sur un pied plat, comble, à talons bas, se renouvelle souvent et rend fréquemment le cheval indisponible.
On obtient la guérison des bleimes foulée et sèche, en pa- soiu». rant le pied jusqu'à la rosée, en appliquant sur la partie de la charpie recouverte d'une substance émolliente, et en fixant le pansement au moyen d'un fer convenablement disposé. La bleime suppurée nécessite une opération particulière.
Oignon. — L'oignon est une exostose qui se développe à Défimik». la partie antérieure de la face inférieure de l'os du pied.
cauM». Les causes les plus communes sont la mauvaise ferrure et les contusions de la sole.
GraTité. L'oignon est grave et rend le cheval impropre à tout service de guerre. On le pallie au moyen du fer couvert et bien ajusté , mais on ne le guérit pas. 1
DéHniuon. Clou de rue. — On donne ce nom à la blessure de la face inférieure du pied, produite par un corps étranger qui a pénétré à travers la sole ou la fourchette.
nivuioo. On en distingue deux espèces : le clou de rue simple, qui ne pénètre pas jusqu'aux tendons fléchisseurs du pied, ou au troisième phalangien, et le clou de rue pénétrant , qui atteint ce dernier et même l'os du pied.
causes. Les causes de cet accident sont des clous, des morceaux de verre, des fragments de bois, etc. Les pieds plats et combles y sont plus prédisposés que les autres. SymptAme*. Le cheval, atteint d'un clou de rue, boite, a le pied chaud et douloureux, et fait son appui en pince. Si on nettoie le pied, on aperçoit une partie du corps vulnérant ou la blessure faite par lui. Dans ce dernier cas, il s'écoule d'ordinaire, par l'orifice, un liquide sanieux qui met sur la voie de l'endroit où le clou s'est introduit.
Gracié. La gravité du clou de rue varie suivant les parties qu'il a traversées. S'il est superficiel et dans les régions postérieures du pied, le clou de rue, une fois retiré, guérit facilement par les bains froids et l'introduction d'un peu d'essence de térébenthine dans la plaie. S'il est profond, et surtout s'il arrive à l'os du pied ou au petit sésamoïde, il constitue un accident très-grave.
Définition. Encastelure. — L'encastelure est une maladie du pied, accusée par le resserrement du sabot, commençant aux quartiers et s'étendant jusqu'aux talons. sympiAmM. L'encastelure s'annonce tout d'abord par la perte de l'espèce de vernis qui donne au sabot l'aspect caractéristique du pied exempt de toute maladie; une douleur sourde, due à la compression du tissu réticulaire; une certaine hésitation dans
le poser du pied, ce qui fait dire que le cheval marche sur des épines. Insensiblement, la corne devient dure, cassante, et le pied remarquablement plus petit; la paroi dévie en dedans ; les talons se resserrent et prennent de l'élévation ; les barres compriment fortement la fourchette, qui perd de son volume, devient maigre, sèche et presque atrophiée; le pied est remarquable par la forme poinlue qu'il affecte en arrière.
Tous ces changements entravent l'élasticité du pied, et la douleur qu'ils font nattre ne permet plus au cheval de graduer la percussion du pied sur le sol, de calculer l'assiette de la face solaire, ni de disposer, par son appui convenable, les rayons osseux de ses membres afin d'en amortir le choc. Le cheval boite après un exercice plus ou moins long, et l'intensité de la boiterie mesure le degré de compression des parties élastiques.
Les causes prédisposantes de cette maladie sont un bour- c»>.<«. relet peu saillant, une paroi mince, une corne dure et cassante. Les pieds de devant en sont plus souvent atteints que ceux de derrière. Les causes occasionnelles sont : le défaut d'exercice, le séjour des pieds sur une litière sèche et chaude, le travail de longue durée sur un sol calcaire ou sablonneux, les ferrures irrationnelles et celles appliquées à des chevaux trop jeunes, les défauts d'aplombs qui fatiguent les talons, la mauvaise habitude qu'ont les maréchaux d'abattre trop de corne, l'abus de la râpe, etc.
L'encastelure légère met le cheval dans l'impossibilité de Gracié, supporter, sans douleur, les vives percussions des allures rapides. L'encastelure portée à un haut degré détermine des lésions qui rendent souvent le cheval impropre à tout service pénible.
Le traitement de l'encastelure est complètement du res- som>. sort de la médecine vétérinaire, et, par conséquent, ne peut trouver place ici. Nous nous bornerons à dire que pour la prévenir et en ralentir les progrès, il faut favoriser la sécrétion de la corne et lui rendre sa souplesse par l'usage de
corps gras et d'une ferrure méthodique, consistant dans remploi d'un fer à planche , ou à éponges tronquées ou désencastelcur, suivant les indications.