‹ Cours d'hippologie à l'usage de MM. les officiers de l'arméeChapitre 30 sur 139 · DE L'EXERCICE EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DE L'EXERCICE EN GÉNÉRAL

L'exercice a sur le cheval une influence très-grande. Après l'air et les aliments, l'exercice est le modificateur hygiénique qui contribue le plus à le conserver en santé ou à en altérer la constitution, utilité. Un travail modéré concourt puissamment au développement du cheval. Sous son influence, les organes de relation prennent de h force et de l'énergie : les tendons sont secs, bien développés; les muscles deviennent durs, fermes et bien dessinés ; les os acquièrent de la densité et leurs saillies se prononcent davantage ; les articulations sont fermes et élastiques. L'exercice ne borne pas son action à l'appareil de la locomotion ; il rend la circulation plus active, prépare une digestion et une absorption énergiques; donne aux fonctions de la peau de l'activité, facilite la résorption de la graisse,

enlève au sang une partie de ses éléments aqueux, rend le cheval plus fécond.

L'exercice est salutaire à tous les âges, surtout aux jeunes animaux. Grâce à lui le poulain, élevé en liberté, acquiert, par la gymnastique active à laquelle il se livre sans cesse, cette force, cette souplesse, cette résistance aux fatigues qui le rendent si propre aux services de l'armée. Le poulain arabe, qui gambade dans les prairies jusqu'à l'âge de dix-huit mois ou de deux ans, qu'on fait monter ensuite par un enfant, devient plus tard un cheval fort, vigoureux et très-dur à la fatigue; tandis que celui qui est élevé à l'écurie n'a jamais ni la môme énergie, ni la môme force. Et ce que nous disons du cheval arabe s'applique à celui de tous les pays, élevé en liberté.

L'exercice n'est pas moins utile, pas moins] nécessaire aux chevaux atîultes. 'Ceux qui travaillent convenablement sont toujours en bon état et rarement malades, s'ils reçoivent une nourriture convenable. Dans les corps, il n'y a jamais moins de chevaux malades que quand ils sont montés tous les jours, si les autres conditions hygiéniques sont avantageuses.

Mais si un exercice proportionné à la force musculaire, au tempérament, à la quotité de la ration, est indispensable à la santé, par contre, l'excès de travail ou de repos est on ne peut plus préjudiciable.

Le repos est nécessaire aux chevaux, surtout après les Effet» travaux qui, comme les manœuvres, les expéditions, les dn rep0i marches militaires, les razzias, les routes, etc., occasionnent de grands déploiements de force musculaire et des pertes considérables. Sous son influence, les muscles fatigués se reposent et la lassitude cesse. Les jeunes chevaux, dont le développement n'est pas complet ou qui relèvent de maladie, en ont besoin plus que ceux qui sont dans de meilleures conditions d'âge, de force et de santé.

Mais si le repos se prolonge trop longtemps , l'économie se modifie , la nutrition languit, l'appétit diminue, la diges- dr rep0 u 18

tion est lente, la circulation se ralentit, les sécrétions ne se font plus comme dans l'état normal, les membres s'engorgent, des œdèmes apparaissent sous le ventre, le moindre travail provoque la sueur, une manœuvre ou un jour de marche sufût pour courbaturer le cheval. Le repos prédispose à l'engraissement et nuit à la force musculaire. Sous son influence, les chevaux bien nourris acquièrent un embonpoint remarquable ; mais ils sont mous, faibles et contractent les attributs du tempérament lymphatique.

En garnison , les chevaux de troupe passent , terme moyen, vingt-deux heures par jour à l'écurie, dans l'inaction et dans une position qui les fatigue considérablement. La plupart ne se couchent pas ; de là une contraction permanente des muscles, l'usure et la ruine prématurée des membres. Combien de molettes, de vessigons, de maladies du pied n'ont pas d'autre cause quê le séjour trop prolongé des chevaux à l'écurie? Pour beaucoup de vétérinaires militaires, le peu d'exercice que prennent les chevaux de troupe est une des causes qui prédisposent le plus aux maladies internes, notamment à la morve et au farcin. Ce qui milite en faveur de cette assertion, c'est que jamais il n'y a plus de maladies, et jamais les infirmeries vétérinaires ne renferment plus d'affections atoniques que dans les mois où les chevaux travaillent le moins, où la pluie, la neige, etc. obligent à les laisser dans l'inaction pendant de longues journées.

Si, à cet état de repos succède brusquement un travail un peu pénible, comme un changement de garnison, des manœuvres, etc., la transition donne lieu à des désordres fonctionnels qui produisent la maigreur d'abord, un état maladif ensuite. Les conséquences du repos sont bien autrement funestes, quand les chevaux entrent en campagne après une longue paix. Alors, au bout de quelques mois de bivouac, les maladies en ont fait disparaître un grand nombre ; témoin ce qui a eu lieu en Crimée.

Si les chevaux en garnison étaient placés dans des conditions qui leur permissent de développer leur force, d'acquérir la vigueur, la insistance dont ils ont besoin en campagne, assurément on n'aurait pas à déplorer des pertes aussi consiaérables. Ce serait donc une bonne mesure de laisser les chevaux moins de temps à l'écurie, de les soumettre à des exercices plus fréquents, plus réguliers et moins saccadés, qui les tiendraient toujours en haleine et les prépareraient aux travaux pénibles des manœuvres, des camps, des expéditions, etc.

L'excès de travail a des conséquences plus fâcheuses et Eic*« plus immédiates que l'excès de repos. Les marches forcées, de trB" les grandes manœmres, les longues routes, les expéditions, les razzias, tout aussi bien que les violents efforts musculaires nécessités par les charges, les sauts de haies et de fossés, etc., laissent après eux une sensation de malaise et de lassitude qui donne lieu à des douleurs sourdes dans les muscles et les articulations, à un trouble léger de la plupart des fonctions, ralentit l'action des forces digestives et produit un état fébrile rarement assez intense, à la vérité, pour faire éclore des maladies, tant que les chevaux y sont soumis, mais qui laisse toujours dans l'économie des traces de son passage.

La fatigue agit surtout sur l'appareil de la locomotion. Elle détermine l'inflammation et la contracture des muscles, celle des tendons et des ligaments , produit des resserrements du sabot et des parties profondes du pied ; de là les efforts de tendons, les dilatations synoviales, les exostoses, les déviations des lignes d'aplomb , les boiteries à chaud et à froid qu'on observe si souvent chez les chevaux soumis à un travail forcé. L'excès de travail n'atteint pas seulement les organes qu'un travail exagéré met en jeu ; il rejaillit sur tous les viscères à la fois, et peut aller jusqu'à porter le trouble dans les fonctions les plus essentielles. Les vétérinaires, qui ont suivi de près les expéditions, savent que la disproportion du travail avec la nourriture occasionne envi-

ron les huit dixièmes des maladies et de la mortalité des chevaux en campagne.

Au reste, la limite de l'excès de tra\ail n'a rien de stable ; elle est beaucoup plus prompte chez les jeunes et les vieux sujets, chez ceux qui ont une conformation vicieuse ou quelque lésion organique, que chez ceux qui sont dans des conditions plus favorables. Elle est en rapport avec la force de constitution et la qualité de la nourriture. Les chevaux, élevés d'une manière sobre et rustique, supportent mieux les fatigues que ceux dont l'élevage a été fait à l'écurie avec une nourriture abondante. Les guerres de Russie et de Crimée ont mis cette vérité hors de toute contestation. En Crimée, les chevaux orientaux, les barbes surtout, y résistèrent mieux que les chevaux français, et surtout que ceux des Anglais. En Russie, les chevaux des Ardennes, ceux des contrées montagneuses du Midi et de la Bretagne, élevés sobrement et d'une manière très-rustique, supportèrent mieux les fatigues et les privations que les autres. Toutes choses égales, lorsqu'une bonne nourriture vient contrebalancer l'influence fâcheuse du travail, les chevaux y résistent longtemps; tandis que, si la ration est insuffisante, si les aliments sont de qualité médiocre ou mauvaise, ils ne tardent pas à en éprouver les effets.

influent des Les exercices divers auxquels les chevaux sont soumis ont lieu au pas, au trot et au galop, et chacune de ces allures a sur leur santé une influence qui varie suivant sa vitesse et la nature du terrain sur lequel elle se produit.

influence du Pas. — Le pas est une allure à quatre temps, dans la-

nu*

quelle le corps ne quitte jamais le sol complètement , et se trouve supporté alternativement par un bipède latéral et par un bipède diagonal. Les membres se meuvent à une petite distance du sol, et les déplacements du centre de gravité sont peu considérables. Pour tous ces motifs, le pas • fatigue peu le cheval et lui est plus favorable que le trot et le galop.

Le pas est le mode de progression habituel du cheval , celui qu'il prend pour se transporter lentement d'un point à un autre, et l'exercice qui lui convient le mieux. Cette allure exige non-seulement l'action des membres, mais encore celle de la tête et de l'encolure. Les membres, en s'étendant et en se fléchissant sans cesse, chassent la masse en différents sens et la font progresser ; la tête et l'encolure éprouvent un balancement incessant et alternatif de droite à gauche et de gauche à droite, qui amène les déplacements du centre de gravité indispensables à l'accomplissement de l'acte dont nous parlons.

Le pas est l'exercice par excellence du cheval, surtout de celui qui n'a pas encore acquis tout son développement. Il exerce son influence principalement sur les organes de relation, qu'il met tout particulièrement enjeu, Les viscères eux-mêmes reçoivent une secousse plus ou moins vive, qui se produit à l'instant où les membres arrivent sur le sol. La respiration et la circulation s'accélèrent proportionnellement à la vitesse de l'allure, et les nutiitions s'accomplissent avec plus d'activité et de régularité.

Le pas n'est fatigant pour le cheval que lorsqu'il s'exécute depuis longtemps , ou quand on veut lui denner plus de vitesse qu'il ne doit en avoir. Dans ce dernier cas, l'appareil locomoteur fonctionne plus qu'il ne doit, et un pareil abus amène d'abord la fatigue, puis des tares des membres, surtout chez les jeunes chevaux, dont les organes locomoteurs n'ont pas acquis toute leur force, tout leur développement. Une preuve certaine que le pas allongé est très-fatigant, c'est que le cheval l'abandonne bien vite pour prendre le trot ou le galop, toutes les fois qu'on le force à accélérer l'allure.

Trot. — Dans cette allure, les membres se meuvent par Ittfluencc du paires diagonales, en deux temps, séparés l'un de l'autre trot par un temps intercalaire pendant lequel le corps est complètement en l'air. Ce mode de progression exige de grandes

contractions musculaires, et, quand le corps revient à terre, après avoir décrit une parabole très-étendue et fort enlevée, les membres éprouvent une commotion forte, qui se transmet aux viscères.

Le trot fatigue le cheval, et, s'il est poussé au-delà de certaines limites, il ne tarde pas à amener des tares. Il est nuisible aux sujets faibles, convalescents, aux juments pleines. Il ne faut y soumettre les jeunes chevaux que pendant un temps très-court, influence dQ Galop. — Dans le galop, les membres se meuvent en dia- RaIop* gonale, d'arrière en avant, et le corps est supporté tantôt par un membre, tantôt par deux. Ce mode de progression exige un grand déploiement de force des muscles moteurs des membres, en même temps qu'il oblige les muscles du corps et surtout ceux de la colonne vertébrale, à être dans un état de contraction permanente. Le galop amène l'usure prématurée des membres; mais cette usure n'est pas égale pour tous. Les membres qui agissent par paires souffrent moins et se tarent moins vite que ceux qui fonctionnent isolément. Ainsi, dans le galop à droite, le bipède diagonal gauche se fatigue moins que les deux membres de l'autre bipède. Dan3 le galop à gauche , au contraire, ce sont les membres antérieur gauche et postérieur droit qui s'usent plus vite que les autres.

Le galop à quatre temps fatigue surtout Tarrière-main, parce que le centre degravité est fortement rejeté en arrière. Les chevaux auxquels on donne cette allure présentent des tares aux jarrets, qui souvent les font boiter.

La course est la plus fatigante des allures, celle qui amène le plus vito et le plus sûrement la ruine de la machine animale, quelque bien constituée qu'elle soit. Elle donne lieu à des anévrismes, à des commotions du cerveau et de la moëlle épinière. etc.

influent do Saut- — Le saut est plus pénible encore que la course, et Mot- les conséquences en sont souvent funestes. Il exige le jeu

de presque tous les muscles et de la plupart des articulations; mais 1rs muscles et les articulations des membres postérieurs y concourent principalement. Le saut peut amener l'ébranlement du cerveau, de la moelle épi ni ère, du foie, du cœur; les réactions violentes que les membres éprouvent en arrivant sur le sol, donnent lieu à des commotions qui produisent le froissement des abouts articulaires et des tares. Le saut est nuisible surtout aux jeunes chevaux et aux juments pleines.

Au reste, les mouvements que nous venons d'examiner ont indice du des conséquences diverses suivant la nature du terrain sur lequel ils se passent et son degré d'inclinaison.

Sur un sol uni ou légèrement accidenté et élastique, les effets de la contraction musculaire ne sont pas décomposés et servent à faire progresser le coips, et, quand les membres reviennent sur le sol, la commotion qu'ils éprouvent est peu considérable.

Sur un terrain dur, comme celui des routes macadamisées ou pavées, les réactions sont considérables, et occasionnent, si le cheval le foule aux allures vives, des accidents graves, tels que bleimes, seiraes, froissements des abouts articulaires.

Un sol mouvant, sablonneux, ne fournissant pas un appui solide, rend la marche difficile et pénible. Chaque fois que le cheval étend ses membres pour faire progresser la masse, le sol fuit sous ses pieds, et le déplacement qu'il éprouve absorbe une partie de la force musculaire qui devrait servir à l'impulsion.

Un sol glissant rend la marche plus fatigante, expose le cheval à des écarts, à s'abattre, etc.

La direction du sol a une influence non moins grande que sa nature. Quand le sol est horizontal, ou incliné seulement de S à 10 centimètres par mètre, le pied appuie à plat et par toute son étendue, et les membres n'ont qu'à déplacer le corps; aussi la progression est-elle facile.

Si les chevaux gravissent une côte dont l'inclinaison dépasse 12 centimètres par mètre, le centre de gravité se porte fortement en arrière; les membres postérieurs sont surchargés et obligés à un travail musculaire considérable pour taire progresser la masse ; de là fatigue et usure des jarrets, des boulets, etc.

Inversement, quand le cheval descend un plan incliné, ce sont les membres antérieurs qui se trouvent surchargés et se fatiguent le plus. Chaque fois qu'ils foulent le sol, ils éprouvent des réactions très-fortes, agissant sur les pieds et les articulations, et retentissant jusque sur les viscères renfermés dans la cavité thoracique. Dans la marche descendante, les muscles vertébraux et ceux des membres postérieurs luttent contre la tendance qu'a le centre de gravité à se porter en avant, d'où fatigue et usure de l'arrière-main et surtout du rein, des jarrets et des boulets.

SECTIOM II

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