REMONTES ET RACES ALGÉRIENNES
Art. Ier. — Remontes.
Il y a en Algérie trois dépôts de remonte, un pour chaque province. Le dépôt de la province d'Alger est à Blidah; celui de la province d'Oran , à Mostaganem; celui de la province de Constautine, à Constantine.
Le personnel de chacun de ces dépôts est composé :
D'un officier supérieur commandant ;
1 Cheval Camargue. La race Camargue vit à l'état demi-sauvage, dans l'Ile dont elle porte le nom, située dans le département des Bouches-du- Rhône, et qui forme la partie la plus importante de la commune d'Arles.
Deux opinions bien distinctes ont été émises sur son origine. D'après quelques hippologues, le cheval Camargue serait originaire de l'Ile où il existe aujourd'hui dan* son plus grand état de pureté, et ses qualités et son air de famille avec les races orientales seraient dûs aux influences du climat, du sol, de la nourriture, du lieu où il est né. Mais le plus grand nombre des hippologues pense que la race Camargue descend des chevaux arabes ou barbes, introduits dans les environs d'Arles à différentes époques.
Quoi qu'il en soit, le cheval Camargue présente aujourd'hui les caractères suivants : taille de I ™* , 3 4 en moyenne; robe généralement grise; tète large, chargée de ganaches, souvent camuse ; œil vif et entouré de paupières épaisses ; regard sournois qui trahit son caractère indocile ; lèvres fortes ; encolure souvent renversée ; garrot bas ; poitrine large ; rein long; ventre gros et bas; croupe tranchante et cornue; membres nerveux, grêles, secs ; tendon failli ; pieds irréprochables.
Comme tous les chevaux vivant à l'état demi-sauvage, celui de la Camargue est énergique, vif, très-rustique, courageux, mais d'un caractère indépendant ; il résiste souvent aux volontés de l'homme, surtout quand il est mal mené.
Le cheval dont nous nous occupons, natt, vit et meurt dans son lie. Il est élevé par petits groupes de 20 îi 100 individus, des deux sexes et de tout
De quatre officiers acheteurs ; D'un officier comptable ; D'un vétérinaire.
Ce personnel forme deux commissions d'achat: l'une opère à l'établissement, l'autre au dehors.
A partir du 1er janvier 1864, les achats de chevaux seront faits en Algérie, comme en France, et d'après le mode que nous avons indiqué en parlant des remontes françaises auxquelles nous renvoyons.
Le serv ice de la Remonte comprend aussi celui des Haras, et les Officiers sont tour à tour, et suivant leur aptitude, employés à diriger un établissement de reproduction ou à acheter des chevaux.
Les Haras et les Remontes, sont sous la haute direction d'un général de division et d'un officier supérieur, directeur général.
Art. II. — Population chevaline de l' Algérie.
Le cheval de nos possessions algériennes appartient au type barbe, dont nous allons tout d'abord faire l'histoire.
âge, formant une mnnnde ou petit haras, placé sous la direction d'un gardien qui le» surveille à cheval et s'en empare avec une habileté extraordinaire, au moment où ils doivent être employés au dépiquage des grains.
Le cheval Camargue est élevé sans soins et presque sans frais , il se nourrit la plus grande partie du temps de roseaux qui poussent dans les flaques, les marais; au printemps seulement, sa nourriture est de bonne qualité et abondante. Jamais il ne reçoit de soins de propreté ; jamais il n'est protégé coutre les froids de l'hiver ou contre les chaleurs excessives de l'été; jamais, non plus, l'homme ne s'occupe du choix des reproducteurs et des accouplements : l'espèce se reproduit en dedans.
Le cheval Camargue ne sert qu'au dépiquage des grains, travail des plus fatigants et des plus pénibles par sa durée et la haute température de l'atmosphère dans le temps où il s'exécute. Autrefois, il avait, dit-on, asse* de taille pour être utilisé aux services de guerre, et môme assez de distinction pour entrer dans les écuries du roi ; tandis qu'aujourd'hui il ne grandit jamai* assez pour arriver à la taille de la cavalerie légère.
Cheval barbe.
Ce cheval est élevé dans le nord de l'Afrique, depuis l'Océan à l'ouest, jusqu'à l'Égypte à l'est, d'une part; depuis la Méditerranée au nord, jusqu'au Grand-Désert au sud, de l'autre.
Tous les hippologues s'accordent à reconnaître que le origine.
( Pig. 293".) Saïda, jumeut barbo.
cheval barbe descend de l'ancien cheval numide, si célèbre lors des guerres puniques, et qui contribua si puissamment à tenir en échec, en Afrique, les armées romaines pendant tout le temps de leur domination. Mais ils sont en dissidence sur son origine première. D'après les uns, la race barbe descendrait du cheval arabe. Pour d'autres, elle serait indigène du nord de l'Afrique : dans ce cas, loin d'être un héritage direct de la souche arabe, sa physionomie
orientale et ses qualités remarquables seraient ducs aux influences naturelles du climat, du sol, de la nature des aliments; elles seraient innées et non acquises, et se transmettraient d'une manière constante, en dépit des causes de dégradation.
Le cheval barbe de nos jours est, à peu de chose près, ce qu'était le numide, tant sous le rapport de la conformation extérieure que sous celui des qualités. Voici les caractères qui le distinguent de l'arabe :
caractère» Le barbe n'a pas les formes aussi gracieuses, les allures exténeurs. augg. rapides, des proportions aussi belles et aussi harmonieuses que l'arabe; il est plus anguleux et se rapproche moins du type idéal de la perfection.
Sa taille, que l'on peut porter, en moyenne, à im 48, varie depuis im 38 jusqu'à 4m 60. Comme partout, elle est subordonnée a la nature du sol et à l'abondance de h nourriture. Dans les plaines du Maroc, comme dans celles de l'Algérie et de la régence de Tunis, il est grand et étoffé; tandis que dans les contrées montagneuses et pauvres, il reste petit et grêle.
La tête est longue et busquée. Mais tous les chevaux du nord de l'Afrique n'ont pas la tête ainsi faite : ceux qui ont du sang arabe l'ont carrée, large à la partie supérieure, avec de» yeux grands et bien ouverts, et des oreilles hardies.
L'erwolure est souvent grêle, renversée et séparée du garpar le coup de hache; elle porte à sa partie supérieure une crinière longue, abondante et soyeuse. La poitrine est belle, surtout dans son diamètre transversal ; le garrot bien sorti et sec; le rein court, bien attaché, souvent convexe; la croupe étroite, oblique et tranchante, comme celle du mulet; les saillies formées par les hanches et les fesses sont accentuées ; la queue est attachée bas et porte des crins très-longs.
Les membres présentent de bonnes conditions de force et de solidité, mais ils ne sont pas conformés pour embrasser un grand espace : la jambe est peu descendue; le jarret, beau
de formes, souvent clos; l'épaule droite et est bien musclée ; l'avant-bras ne présente pas la longueur qu'on demande chez les chevaux de vitesse; le genou est large, le canon long, le tendon bien détaché, le boulet et la couronne forts et solides.
Ces chevaux ont, en général, de bonnes proportions et des aplombs réguliers à l avant-main, tandis que l'arrière-main est assez souvent clos ; ils sont d'un tempérament sanguin et nerveux; ont la peau fine; le réseau vasculaire sous-jacent très-abondant; la charpente osseuse dense et solide; les muscles et les tendons bien dessinés; les crins longs, fins et soyeux ; le sabot irréprochable.
Le cheval barbe est peut-être le plus sobre et le plus rustique de tous les chevaux orientaux ; il supporte parfaitement les fatigues, les changements de climat et les variations de température. Il n'atteint son complet développement que vers six ans; mais une fois formé, il dure longtemps et est rarement malade. L'expérience de trente années en Algérie et de trois années en Crimée, ainsi qu'en Italie, a démontré qu'il est le meilleur cheval de guerre du monde, non-seulement dans le pays où il est élevé, mais encore en Europe.
Chevaux algériens.
Les tribus de l'ancienne régence d'Alger étaient nombreuses et très-riches en chevaux ; la guerre les a décimées, et nous ne craignons pas d'être taxé d'exagération en disant qu'elle a fait disparaître du sol algérien plus de 200,000 têtes. Là ne s'est pas borné le mal : en apportant un trouble immense dans l'administration des tribus, la guerre les a empêchées de se livrer, pendant de longues années, à la production chevaline. Aussi le pays, tout en s'appauvrissant, a vu disparaître bien des types précieux.
Tous les chevaux qu'on rencontrait alors en Algérie présentaient les caractères du type barbe, que nous venons de décrire ; mais ils avaient aussi un air de famUle qui per-
mettait de les distinguer facilement de ceux de Tunis et du Maroc; de plus, dans chaque contrée, ils avaient quelque chose de particulier, d'assez bien tranché pour qu'on pût établir un grand nombre de variétés. La disposition physique , la nature et la fertilité du sol , jointes à l'influence des reproducteurs, d'une part, l'ancien état politique de l'Algérie et les habitudes pastorales des Arabes, de l'autre, avaient imprimé aux chevaux de chaque localité des caractères qui se transmettaient invariablement par voie de génération, et avaient fini par créer autant de types qu'il y avait de grandes tribus. Alors les chevaux de Constantine étaient bien distincts de ceux d'Alger et d'Oran ; les chevaux du Tell ressemblaient peu à ceux du Sahara ; les chevaux des plaines avaient un cachet particulier qui les faisait parfaitement reconnaître de ceux des contrées élevées, et surtout des montagnes, etc.
Les influences qui avaient créé ces variétés étaient puissantes a les maintenir et à les perpétuer, car elles pesaient extérieurement et uniformément sur toutes les existences.
L'aptitude de ces chevaux était en rapport avec les besoins des populations qui les utilisaient, et leurs caractères physiques et leurs qualités, complètement isolés et libres de tout mélange, passaient des ascendants aux descendants, conservant toujours chez ces derniers les signes extérieurs qui constituent un type.
Aujourd'hui, le chiffre de la population chevaline a considérablement diminué et les types anciens ont perdu la plus grande partie de leurs caractères distinctifs. La guerre a été la cause première et principale de ces changements; mais une autre cause non moins puissante est venue joindre son action à la précédente : c'est la création des dépôts d'étalons et des étalons de tribus. Les beaux types qu'on a réunis dans ces établissements, venus de tous les points
• Elle est de 200,000 têtes environ.
de l'Algérie, de Tunis et de la Syrie, et répandus sur tout le territoire algérien, dans le but d'améliorer l'espèce chevaline, ont puissamment contribué à amener la fusion des variétés.
Nous allons donner un aperçu de l'état actuel de la population équine algérienne, dans chacune des trois provinces.