A PARIS
Chez. J -A. BROSSON et J. -S. CHAUDE., Libraires', rue Pierre-Sarrazin , n° 9.
Reproduction de la première page du Traité de 1819.
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soupçonnée, et permettant r exploration des organes internes de la poitrine. C’est aussi une conception neuve de la pathologie, qui, pour ne s’appliquer encore qu’a une portion restreinte des organes du corps humain, n en est pas moins la source et l’origine d’applications illimitées à la médecine tout entière.
Et nous devons ainsi considérer, en parcourant le livre de 1819 : Laënnec comme inventeur de r auscultation', Laënnec commme créateur de • la • pathologie moderne .
Commençons par la découverte de V auscultation. Celle-ci est naturellement antérieure à l’apparition du livre, dont elle précède de trois ans la date. Pendant trois ans, Laënnec travaille à la développer dans son service de l’hôpital Necker. C est publiquement qu’il étudie ses malades, entouré d’un grand nombre d’éleves, auxquels il dicte, en latin, ses minutieuses observations. Des médecins de la ville, ou de province, des savants étrangers attirés par ces recherches assistent à la visite. En sorte que l’invention était déjà connue, contrôlée même pour ainsi dire, quand parut le livre qui en résumait les premiers résultats.
De plus, un mémoire, lu à l’Académie royale des sciences en 1818, en relatait les données fondamentales. Il fut l’objet d’un rapport de Percy, qui, au nom d’une commission composée en outre de Portai et de Pelletan, confirmait pleinement les résultats annoncés par l’auteur (27 juin 1818).
On sait comment Laënnec fut amené à 1 invention de son stéthoscope, agent et point de départ de toute la méthode de V auscultation médiate. Lui-même le raconte dans son livre. Consulté en 1816 pour une jeune fille qui présentait
« des symptômes généraux de maladie du cœur », n’arrivant pas à sentir avec la main les mouvements de l’organe en raison de l’obésité du sujet, et n’osant pas, par décence, appliquer directement l’oreille sur la poitrine, comme il avait l’habitude dans des cas semblables, — ce détail est à retenir, — il imagina de former avec un rouleau de papier un cylindre solide, lui permettant d’ausculter sans contact immédiat le cœur de la malade.
« Je fus aussi surpris que satisfait, écrit-il, d’entendre les battements 'du cœur d’une manière beaucoup plus nette et plus distincte que je ne l’avais jamais fait par l’application de l’oreille .»
Dès lors il se met au travail avec acharnement, pensant avoir enfin trouvé la solution du problème qui depuis longtemps hantait son esprit : percevoir des signes certains des affections cachées dans la, profondeur de la poitrine.
Car déjà auparavant il avait essayé d’ausculter ses malades.
« Quelques médecins, écrit-il, ont essayé d’appliquer l’oreille sur la région précordiale... Des battements du cœur deviennent plus sensibles... Cette méthode est loin de donner les résultats qu’elle semblerait promettre. Je ne l’ai trouvée indiquée nulle part. »
Les résultats de ses premières tentatives d’auscultation directe avaient été, en somme, négatifs et décourageants. D’autant plus que, de son aveu, une répugnance physique presque insurmontable lui rendait cette exploration pénible chez ses malades d’hôpital.
Armé de son nouvel et merveilleux instrument,.
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le cylindre de papier, après de nombreux tâtonnements et expériences comparatives, a été remplacé par un cylindre de bois léger, creusé d’une cavité à son centre, — Laënnec reprend ses investigations, et, avec une méthode admirable, il soumet au contrôle le plus minutieux l’exactitude de chaque signe nouveau que son oreille perçoit,
: — une oreille particulièrement douée pour saisir les nuances, car Laënnec était musicien.
Les signes sont repérés, suivis soigneusement pendant la vie, dans leur persistance ou leurs modifications, et, chaque fois que l’évolution de la maladie permet la vérification anatomique, il compare et note avec précision et le signe perçu, et la lésion constatée, et le point exact où elle a été trouvée.
Conscience admirable, et qui représente une somme de travail énorme, pour, en moins de trois ans, arriver à construire à neuf l’édifice de la pathologie nouvelle.
Car tout signe nouveau a été contrôlé, et jamais Laënnec ne s’est laissé entraîner à la tentation, pourtant si facile, de raisonner sur les seuls symptômes cliniques — combien l’eussent fait a sa place! — sans’ en vérifier la correspondance anatomo-pathologique.
Et c’ est par cette application constante et rigoureuse que Laënnec a créé une méthode durable, indestructible. On a pu ajouter à son œuvre : pouvait-il tout prévoir en si peu de temps? On n’a rien eu à en retrancher.
C’est en possession de son merveilleux stéthoscope, le cylindre comme il le dénomme habituellement, que Laënnec a accompli cette oeuvre géniale.
L’on a pu justement soutenir que tout progrès scientifique a été conditionné par un perfectionnement de la technique, par la découverte d’un instrument nouveau.
Pour beaucoup, la chose est incontestable, et l’on conçoit, en effet, l'impossibilité de la science histologique, par exemple, sans l’invention du microscope.
En est-il de même de l’invention du stéthoscope, et cet appareil était-il la condition nécessaire de toutes les découvertes qu’en a tirées Laënnec?
La question mérite d’être examinée, car elle peut, ce me semble, nous donner quelque lumière sur le problème psychologique de V invention médicale ce sujet si palpitant dont un de mes plus éminents prédécesseurs, le professeur Chauffard, nous entretenait, il y a dix ans, dans sa leçon d’ouverture du cours d’histoire de la médecine.
Oui, il me paraît que nous avons là un exemple bien instructif de la manière dont se font les progrès dans l’inconnu, que les génies novateurs sont seuls capables d’effectuer.
Il faut bien reconnaître que nous, les élèves, les héritiers, les bénéficiaires de l’œuvre de Laënnec, nous avons à peu près complètement abandonné l’emploi de son stéthoscope, non seu- 1' ment dans la forme qu’il lui avait donnée, et qui a été remplacée depuis par des instruments ou plus simples ou plus compliqués, mais aussi dans son application à l’exploration de la poitrine, ou plus exactement à l’examen des poumons. Nous en conservons en effet l’usage pour l’examen du cœur et des vaisseaux, mais pour le poumon, nous en pratiquons l’auscultation, l’oreille appliquée sur la poitrine et séparée seule-
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ment par une serviette de la paroi thoracique. C'est V auscultation directe et non plus l'auscultation médiate.
C'est ainsi que nous avons appris, que nous en usons dans notre pratique, que nous enseignons nos élèves, et presque jamais nous n’employons le stéthoscope pour l'examen du poumon.
Et cependant Eaënnec affirme, en nombre de points de son ouvrage, que les signes qu'il décrit ne peuvent être perçus que par le cylindre, et ne sauraient être entendus à l'oreille nue ; à plusieurs reprises il revient non seulement sur l’infériorisé de l’auscultation directe, mais même sur l'impossibilité de percevoir par son moyen les signes que permet d'entendre le stéthoscope.
A propos du râle trachéal : « Il est le seul que l'on puisse entendre à l'oreille nue, encore faut-il pour cela qu'il soit très fort. »
Pour le râle muqueux : « Quoiqu’on ne puisse nullement l'entendre à l’oreille nue, il est souvent tout aussi bruyant sous le cylindre que celui des agonisants. »
Et tandis qu’aujourd’hui c’est pour l’auscultation du cœur que nous considérons nécessaire l’emploi du stéthoscope, Eaënnec nous dit : « E’exploration du cœur est celle dans laquelle l'auscultation immédiate, comparée avec l’auscultation médiate, présenterait le moins d'infériorité. »
Mais c'était en effet seulement pour l’exploration du cœur que ses premiers essais d'auscultation directe lui avaient donné quelques résultats.
Eh bien, ces contradictions, ces divergences apparentes s'expliquent facilement, si chacun de nous veut bien se rappeler ses propres débuts
dans la pratique de T auscultation : les difficultés des commencements; la nécessité d’être guidé, soutenu, encouragé, par l’exemple et l’enseignement du maître, par la suggestion des livres nous décrivant tous les signes à percevoir ; par la certitude que la chose était possible, facile même, puisque tout le monde y avait réussi avant nous. Autrement ces premiers essais infructueux eussent été décourageants, comme l’avaient été ceux de Baënnec lui-même, de Bayle dont il nous cite aussi l’exemple.
Quand Baënnec, après le premier emploi de son stéthoscope de fortune, « ayant, comme il le dit, perçu les bruits du cœur d’une manière beaucoup plus nette et plus distincte qu’il ne l’avait jamais fait par l’application directe de l’oreille », eut été persuadé qu’il possédait désormais un instrument lui permettant d’entendre ce qu’il n’entendait pas auparavant, et mieux encore quand il eut perfectionné son appareil, il eut dès lors la conviction et l’application nécessaires pour faire, seul, son travail d’exploration dans l’inconnu.
Bt chaque découverte l’encourageant davantage, avec la science de son acquis antérieur, avec le génie qui l’animait, et cette conscience admirable de ne rien laisser au hasard dans ses constatations nouvelles, il était désormais armé contre le découragement, il tenait le fil conducteur dans les sentiers inexplorés où nul n’avait pénétré avant lui.
Car il faut .bien le dire et le répéter, rien dans le passé ne pouvait le guider. Ni la tradition écrite, ni la tradition orale, ni l’exemple de ses maîtres, rien ne pouvait lui fournir aide et secours.
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On a bien parlé de passages des livres hippocratiques où il est fait mention de bruits perçus dans la poitrine de malades. Laënnec lui-même le rappelle „ mais, comme il le prouve, il n’y a là aucun indice d’auscultation ; et les passages en question sont d’ailleurs si obscurs que pendant des siècles ils n’ont inspiré aucune recherche.
Laënnec est Y inventeur de V auscultation, de toute V auscultation, médiate ou directe, voilà l’œuvre que nous devons à son génie.
Quant à la découverte instrumentale, si importante soit-elle, car nous ne songeons nullement à diminuer la valeur des services que peut rendre le stéthoscope, elle nous paraît avoir été surtout utile, comme ayant provoqué Y éclosion et Y application des idées en germe dans la pensée de Laënnec, plus encore que comme la condition nécessaire de perception des signes nouveaux révélateurs des maladies cachées dans la profondeur de la poitrine.
Et si l’instrument lui a paru indispensable pour la pratique de l’auscultation, c’est qu’il lui avait été en effet indispensable pour franchir les difficiles étapes du début de son apprentissage, en lui permettant de remplacer par une sorte d’auto-suggestion tout ce que nous avons reconnu nécessaire dans notre propre éducation auditive, l’enseignement et les encouragements du maître, l’exemple des camarades, la suggestion des livres.
Mais, ainsi que nous l’avons dit, Laënnec, n’est pas seulement l’inventeur de l’auscultation, il est encore et surtout le créateur de la pathologie moderne. Ici il ne s’agit plus de la découverte de phénomènes nouveaux, et que personne n’avait trouvés, ni même soupçonnés avant lui. Le terrain
sur lequel il opère est celui de la médecine traditionnelle; les formes morbides ont été étudiées depuis des siècles, mais sa méthode est tellement parfaite qu’elle leur donne une réalité inconnue jusqu’à lui, et que, d’autre part, elle en permet la reconnaissance assurée, à tout médecin soigneux d’examiner ses malades.
Laënnec était avant tout un anatomo-pathologiste, et c’est sur la base solide d’une connaissance complète des lésions qu’il édifie son étude clinique des types morbides.
Comme il nous l’apprend dans sa préface, c’est depuis dix-huit ans qu’il s’est consacré aux études anatomo-pathologiques. Dix-huit ans en 1819, cela nous reporte comme début à 1801, l’année de son arrivée à Paris. Il avait vingt ans. Et nos jeunes camarades, encore au commencement de leurs études à cet âge, pourront s’étonner que Laënnec en fût déjà à se livrer à des travaux originaux. Mais si, en 1801, Laënnec était encore un très jeune homme, il était déjà un vieil étudiant en médecine.
Il n’avait, en effet, que quatorze ans,' quand il commença d’étudier la médecine, à l’école de Nantes, en 1795. Dirigé par son oncle, Guillaume Laënnec, médecin des hôpitaux de la ( ville, homme d’une haute valeur morale et scientifique, il y avait fait d’excellentes études ; malgré que, dans ces temps troublés par la guerre civile, il eût dû parfois les interrompre, pour passer à des occupations dé pratique immédiate. Il participa notamment à l’expédition du Morbihan, comme chirurgien d’armée de 3e classe.
A son arrivée à Paris, il n’était donc plus un novice, et soit dans le service de Corvisart, à la
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clinique de la Charité, soit dans le laboratoire de Dupuytren à l’Ecole pratique, il put, très tôt, se livrer àdes travaux personnels, Dès 1802, parurent ses observations sur V inflammation du péritoine, où se trouve rapporté, avec la première description anatomique de la péritonite, le signe du faciès grippé encore classique aujourd’hui.
Nous ne suivrons pas plus loin l’énumération de ses premiers travaux; retenons-en seulement l’orientation que dès le début il leur a donnée.
Aussi, dans sa préface du livre de 1819, nous donne-t-il d’emblée cette déclaration de principes : « D’anatomie pathologique est le flambeau le plus sûr qui puisse guider le médecin, soit pour reconnaître les maladies, soit pour, guérir celles qui en sont susceptibles. » Et pour compléter sa pensée, il ajoute : « On aurait tort de croire que les espèces nosologiques établies d’après les données que fournit l’an atomie pathologique ne peuvent être reconnues que sur le cadavre ; elles sont au contraire plus faciles à reconnaître sur le vivant et présentent même alors à l’esprit quelque chose de beaucoup plus clair et de plus positif qu’aucune distinction nosologique fondée sur les symptômes. »
Ainsi la connaissance des lésions anatomiques est la base des études de pathologie, voire même de clinique.
Mais, après tout, l’anatomie pathologique avait déjà été cultivée avant Baënnec ; en quoi donc son anatomie pathologique diffère-t-elle de celle de ses devanciers ?
Bien que le grand traité d’anatomie pathologique qu’il avait projeté d’écrire n’ait jamais été publié et n’ait même été probablement que très incomplètement rédigé, Baënnec, en diverses
. \ . • publications antérieures au livre de 1819, et notamment dans un court article du Dictionnaire des sciences médicales paru en 1812, a donné l'essentiel de ses conceptions générales, et les principes de sa classification des lésions anatomiques.
Nous y voyons qu’il s’est inspiré de l’enseignement de Bichat qui, après sa géniale révision de la classification des tissus, en a fait application à l’étude des lésions anatomiques.
Mais, s’il s’en inspire, il ne le fait pas servilement, et sa classification lui est propre.
Il me paraît d’ailleurs inutile de vous l’exposer en détail. J’en retiendrai seulement quelques points auxquels Laënnec attachait une particulière importance.
C’est dans la classe des altérations de texture des tissus et des organes, et comprenant en fait la plupart des altérations viscérales intéressant le médecin, qu’il étudie laproduction des tissus accidentels.
Ceux-ci se répartissent suivant deux grandes divisions : i° ceux qui ont des analogues parmi les tissus naturels de l’économie (os, cartilage, tissus fibreux accidentels) ; 20 les tissus accidentels qui n’ont point analogues parmi les tissus naturels de l’économie et qui n’existent jamais ;que par suite d’un état morbifique. Ce sont le tubercule, le squirre, et diverses variétés de cancer dont on doit à Laënnec la première description, les encéphaloïdes et les mèlanoses.
Et Laënnec attachait une telle importance à cette conception nouvelle des tissus hétérologues, qu’il n’avait pas hésité, encore jeune et sans position officielle, à se brouiller avec Dupuytren qui lui en avait contesté la priorité.
Défait, ces idées ont eu une grande influence sur
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les anatomo-pathologistes du siècle dernier. Biles ont été particulièrement utiles pour, avant l’emploi du microscope, établir la classification des tumeurs, et la distinction des tumeurs bénignes, formées de tissus analogues à ceux de l’économie, et les tumeurs malignes, les cancers, sans aucune analogie dans leur composition avec les tissus normaux. Il y avait là comme un premier essai d’explication de la malignité, très supérieur aux théories humorales des anciens, encore régnantes à l’époque et auxquelles se substituait une pàthogénie, basée non plus sur des hypothèses, mais bien sur des constatations matérielles et vérifiables.
Le progrès est évident. Bt pourtant, malgré l’intérêt de ces conceptions, l’importance qu’elles présentaient pour une classification rationnelle des lésions anatomiques, et la valeur que leur attribuait Laënnec lui-même, ce n’estpas, àmon sens, en cela que réside le principal mérite, la nouveauté et la solidité durable de V œuvre anatomo-pathologique de Laënnec.
La classification des tissus en analogues ou hétérologues, utile pendant un temps, a été depuis complètement abandonnée, et cependant l’œuvre de Laënnec n’en a pas été ébranlée.
Car ce qu’elle a de capital, d’essentiel, ce ne sont ni les classifications, ni les théories, c’est la manière d’étudier et de décrire les faits.
Au lieu de considérer seulement la lésion anatomique, morte et définitive, comme l’ont fait tous ses devanciers, aussi bien les anciens que les plus modernes, ses contemporains même, et peut-être aussi bien de ses successeurs, c’est la lésion vivante, en action, si je puis m’exprimer ainsi, qu’il
s’efforce de décrire. Il essaie de reconstituer, par la juxtaposition des lésions observées chez divers sujets, et à divers stades de la maladie, les phases successives par lesquelles elles ont passé. Sur le cadavre, il cherche à retrouver ce qui, sur le vivant, se produit au cours de l’évolution morbide, pendant que se déroule la maladie, les lésions du début, de la période d’état, les modes de terminaison, lésion irréparable et définitive, ou bien phénomènes de résolution, de restauration ou de cicatrisation, qui en marquent la fin et constituent la guérison.
En d’autres termes, à la description pure et simple des lésions, il substitue, par la juxtaposition de celles-ci aux diverses stades, la description du processus.
Tout cela n’est ni formulé en principes, ni exprimé en théorie, mais bien démontré par l’exemple ; il ne le dit nulle part expressément, mais ce sont là des réflexions que m’inspire la lecture de son livre et de ses admirables observations.
Pour Laënnec, l’anatomie pathologique n’a pas sa fin en elle-même ; elle est la base de sa pathologie, mais non toute sa pathologie. Elle lui sert à comprendre la maladie, à la suivre dans ses diverses étapes, mais son œuvre n’est complète que le jour où par la découverte de nouveaux moyens d’exploration, il peut, sur le vivant, reconnaître l’état des organes à chaque stade de l’évolution morbide. Enfin cette connaissance serale guide de l’action thérapeutique, désormais capable d’intervenir sur des lésions connues,, à des stades déterminés de la maladie, et non plus réduite à agir en aveugle comme par le passé.
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Ainsi tout se tient dans cette œuvre, et la découverte de l’auscultation apparaît comme le complément nécessaire des études anatomo-pathologiques si longtemps poursuivies.
Cette connaissance approfondie des lésions, que L,aënnec possédait depuis longtemps, nous explique d’autre part la rapidité et la perfection, autrement incompréhensibles, avec lesquelles furent, en moins de trois ans, obtenus les résultats cliniques du nouveau mode d’exploration.
Est-il exagéré, après cela, de dire que Eaënnec a créé une pathologie nouvelle et qui n’existait pas avant lui ?
Peut-être, dans les considérations que je vous expose, dans ces réflexions que me suggère la lecture de l’œuvre de Eaënnec, restons-nous un peu trop dans l’abstrait. Il me semble utile, pour mieux faire comprendre le progrès accompli, de choisir un exemple particulier, l’histoire d’une maladie déterminée, et de l’envisager d’abord telle que ses prédécesseurs, depuis les âges les plus lointains, l’ont imaginée et construite, et de voir ensuite comment il l’a lui-même modifiée, transformée, modernisée.
E’histoire de la pneumonie me paraît, de toutes, la plus démonstrative à cet égard.
C’est là certainement une des maladies le plus anciennement connues; le nom de péripneumonie , encore employé dans le Traité de l’auscultation médiate, remonte à Hippocrate, et il semblerait, comme le remarque Eaënnec, qu’elle dût être la mieux connue. « Il n’en est cependant, point ainsi », ajoute-t-il immédiatement, et vous allez voir combien juste est cette affirmation.
E’histoire de la pneumonie avant Eaënnec,.
c'est, depuis les origines, une continuelle confusion entre les diverses maladies aiguës de la poitrine, et plus spécialement avec la pleurésie.
Quand, nous dit Hippocrate, le catarrhe descendant de la tête par les bronches, se porte sur les poumons, ils augmentent de volume de chaque côté et cela forme la péripneumonie. Si au contraire l’humidité ne se porte que d’un côté, c’est une pleurésie.
Les indications et symptômes mentionnés dans les Aphorismes ou dans les Sentences , expectoration sanglante, évolution cyclique, terminaison aux jours critiques, septième, neuvième, se rapportent aussi bien d’ailleurs à la pleurésie qu’à la péripneumonie.
Arétée, Galien nous donnent cependant les éléments d’un diagnostic différentiel.
A la pleurésie appartiennent surtout la douleur intense du côté, les crachats sanglants, le pouls * dur et serré.
La pneumonie est caractérisée par une suffocation avec peu de douleur. Car, nous dit Arétée, le poumon, formé d’un tissu spongieux, est naturellement insensible. Le pouls est mou et dépressible.
Mais, me direz-vous, ce sont là de bien anciens auteurs, rien d’étonnant que leur pathologie soit encore aussi rudimentaire.
Eh bien, franchissons d’un bond les siècles. Prenons Sydenham, le grand médecin anglais du xvne siècle, et notons-en quelques propositions. Il décrit surtout la pleurésie : fièvre, douleurs vives, crachats mêlés de sang. Pouls dur et ferme. Tout comme Arétée, la pleurésie essentielle doit sa naissance à une inflammation particulière et
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spécifique du sang. Elle est quelquefois symptomatique, quand la matière morbifique se jette sur la plèvre ou sur les muscles intercostaux:.
Dans la péripneumonie, la matière peccante se dépose sur la plèvre et quelquefois sur les poumons. Evidemment le grand clinicien, l’Hippocrate anglais, n'était pas anatomo-pathologiste.
Et Cullen, autre grande autorité du xviiie siècle, sous le nom de pneumonie, ou de fluxion de poitrine, comprend toutes les inflammations qui affectent les viscères contenus dans le thorax ou la membrane qui recouvre la surface interne de cette cavité ; car aucun signe, nous dit-il, ne peut servir à déterminer le siège différent de la maladie.
Voila pour la clinique. Quant à la localisation anatomique, Cullen nous dit encore :
« Quelques médecins se sont imaginé qu'il y avait un cas de fluxion de poitrine qui méritait particulièrement le nom de péripneumonie, c'est celui ou 1 inflammation commence par le parenchyme des poumons et s'y fixe principalement. Mais il me paraît douteux qu’il existe aucune inflammation aiguë des poumons... »
Cette fois, la pneumonie n’existe même plus. Telles sont les opinions des cliniciens les plus autorisés, au^moment même où Eaënnec a commencé ses études.
Passons aux anatomo-pathologistes. Ou plutôt, pour ne point perdre de temps, adressons-nous seulement au plus considérable d'entre eux, à Morgagni.
Morgagni décrit encore la péripùeumonie dans la catégorie des douleurs de poitrine. Vieille classification qu il emprunte au Sepulckretum ,
■ît qui remonte à Alexandre de Tralles, Il connaît et nous décrit d’ailleurs sommairement cet état du poumon, signalé pour la première fois par Lœlius a Fonte, et qui le fait ressembler à la chair du foie : quemadmodum esse solet hepatis car o, d’où le terme d’ « hépatisation » depuis généralement employé.
Au surplus, d’autres poumons qualifiés également de péripneumoniques sont farcis d’abcès ou de foyers putrides.
En ce qui concerne la pleurésie, Morgagni est tout à l’opposé de Cullen : « Je serais bien plus porté à adopter l’opinion de ceux qui enseignent qu’une pleurésie mortelle consiste dans la seule inflammation du poumon, ce que j’ai vu souvent, que celle des médecins qui disent qu’elle dépend de la seule inflammation de la plèvre, ce que je n’ai jamais trouvé. »
Et pour en finir, prenons enfin l’opinion d’un contemporain, de Portai, qui occupa les situations les plus considérables dans la médecine française, et qui en 1789 publiait un mémoire ainsi intitulé : « Observations qui prouvent que la pleurésie n’est pas une maladie essentiellement différente de la péripneumonie ou fluxion de poitrine ». Et il soutient, en effet, que le diagnostic en est impossible et n’aurait d'ailleurs aucune utilité relativement au traitement.
Vraiment, malgré les siècles écoulés, il y a bien peu de progrès depuis Hippocrate, Arétée ou Galien .
Reconnaissez-vous dans ces descriptions anatomiques et dans ces conceptions cliniques ou pathogéniques la maladie que nous appelons pneumonie , ou celle que nous étudions sous le nom de pleurésie ?
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C'est qu’en réalité, pour les anciens auteurs, ces termes qui pour nous ont un sens extrêmement précis, ne comportaient pas une semblable interprétation. Ives maladies étaient classées d’après
leurs apparences symptomatiques, et leur locali-
sation anatomique était plutôt le résultat d’hypothèses plus ou moins ingénieuses et basées sur l’interprétation de ces mêmes symptômes que de vérifications et de constatations directes des lésions. Et quand les anciens parlaient de pneumonie, de péripneumonie, de pleurésie, ils pensaient plutôt à la suffocation, ou à la douleur de côté qu’à l’inflammation bien déterminée de tels ou tels organes thoraciques.
En fait, la pneumonie et la pleurésie, telles que nous les connaissons, n’existent que depuis Eaënnec.
Et si au cours des siècles il semble y avoir eu aussi peu de progrès , accomplis depuis Hippocrate, Arétée, Galien, c’est que les médecins du xviie et du xvme siècle ne disposaient que des mêmes moyens d’observation que les anciens, et que des techniques nouvelles étaient nécessaires pour identifier et séparer ces formes morbides.
Ifâ découverte de la percussion par Avenbrugger fut un premier pas dans la voie nouvelle, elle ne fut pourtant réellement utilisée et utilisable qu’à partir de la découverte de l’auscultation.
Prenons en effet maintenant notre Eaënnec de 1819.
Il est bien inutile d’analyser longuement ses descriptions ; un mot suffit à les caractériser : elles sont encore actuelles.
Ee chapitre qu’il consacre à l’étude anatomopathologique de la pneumonie, vous pouvez
le transcrire d’un bout à l’autre dans vos notes, et vous le trouverez identique, pour la description macroscopique, à celui que vous lirez dans vos traités les plus récents.
Ce n’est pas seulement le poumon induré, et devenu semblable au foie qu’il nous décrit. C’est un ensemble, un enchaînement de lésions, dont la succession explique le développement.
Un premier stade d 'engouement, où le poumon x est encore en partie perméable à l’air.
Ici une précision me paraît nécessaire : quand Laënnec parle de l’engouement, avec sa scrupuleuse honnêteté, il s’empresse d’ajouter : « c’est cet état du tissu pulmonaire que Bayle a désigné sous le nom d’engouement de poumon ». Et l’on serait tenté de croire que Bayle a donné le premier la description anatomique du stade initial de la pneumonie. Ce que ne montre nullement l’observation à laquelle renvoie Laënnec. En réalité, il a emprunté le mot et non la chose, et la description des lésions du début lui appartient bien en propre.
Un deuxième stade où le poumon solide, rouge, granuleux, est hépatisé.
Un troisième où la coupe, de couleur jaunâtre, laisse suinter un liquide purulent.
Ce sont les stades d’ hépatisation rouge et grise confondus par les anciens auteurs dans leur description du poumon devenu semblable au foie.
Enfin il admet la résolution possible au troisième degré, par résorption du pus sans désorganisation du poumon : prévision du stade d’hépatisation grise non suppurée qui depuis a été décrit.
Et, dans le cas de survie prolongée, il a observé
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la résolution normale et le retour à la perméabilité des poumons.
Je résume rapidement, mais vous voyez que le processus est décrit en entier et qu’au point de vue de l’évolution, soit fatale, soit heureuse, rien n’a été oublié.
C’est donc bien là, comme je vous le disais, une anatomie pathologique vivante, en action, c’est-àdire susceptible de renseigner sur la marche de la maladie observée pendant la vie.
Bt de tout cela, nous n’avons trouvé nulle trace chez ses prédécesseurs.
Puis quand, par sa merveilleuse découverte de l’auscultation, Baënnec nous fournit des signes permettant de reconnaître sur le vivant chacun de ces stades, la connaissance de la maladie est complète. -
Au premier stade, correspond le râle crépitant.
Au deuxième, d’obturation complète du parenchyme, le silence respiratoire, qui, combiné avec la matité obtenue par la percussion, devient absolument caractéristique. Car, dans l’édition de 1819, il n’est pas encore question de la bronchophonie, et de la voix dans T oreille, notre souffle tubaire d’aujourd’hui, qui ne sont signalées que dans la deuxième édition.
Au troisième stade, le râle crépitant de retour. Ht enfin la réapparition ultérieure du murmure respiratoire marquant le rétablissement de la perméabilité du poumon.
Ainsi, aussi bien au point de vue clinique qu’anatomo-pathologique, le type morbide est définitivement constitué ; les symptômes correspond ent aux lésions et en permettent le diagnostic précis du vivant du malade.
Dès lors, le médecin n’est plus désarmé, assistant impuissant à une évolution morbide dont il ignore tout l’essentiel, ce qui était le cas jusque-là. Il peut intervenir à temps, et le progrès thérapeutique devient une conséquence de la perfection avec laquelle les lésions ont été connues par l’ investigation cadavérique et sont reconnues par V exploration clinique.
Car si, d’emblée, Laënnec a pu porter à un si haut degré de perfection et d’apphcation pratique sa découverte de l’auscultation, c’est que ses longues et patientes recherches anatomo-pathologiques antérieures lui avaient donné une connaissance précise des maladies qu’il étudiait, et qu’il n’avait plus qu’à identifier cliniquement, par le procédé nouveau de Y auscultation médiate, les diverses phases évolutives dont il connaissait par avance et l’existence et le mode de succession.
L’exemple choisi de la pneumonie m’a paru plus particulièrement apte à vous démontrer le changement apporté par Laënnec dans l’étude des maladies. Ce qui avant lui était un chaos, devient la forme morbide la plus claire, la plus facile à reconnaître, et par des procédés si simples que tout médecin peut aisément les employer. Les mêmes considérations seraient applicables à chacun des chapitres' de ce livre merveilleux.
J’ajouterai seulement, bien qu’un surcroît de preuves me paraisse superflu, que c’est par cette même méthode, étude des lésions élémentaires et de leurs transformations successives, que Laënnec a pu tracer de la tuberculose un tableau dont la justesse et la vérité n’ont pu être bien complètement comprises que grâce aux découvertes eflec-
tuées, bien longtemps après lui, par Villemin et par Robert Koch.
Bt maintenant que nous avons rendu l’hommage qu’il mérite au créateur de la médecine moderne et à l’inventeur de l’auscultation, laissons Baënnec, que nous espérons bien d’ailleurs retrouver prochainement, — car il est de notre honneur, à nous, Faculté de médecine de Paris, illustrée par la gloire de Baënnec, de célébrer à notre tour, et comme l’ont fait ses compatriotes, le centenaire de l’apparition de son œuvre, — et revenons à V enseignement de l’histoire de la médecine. Comment le comprendrons-nous, cet enseignement ?
C’est en effet une ample et vaste matière et qui peut être envisagée de façons bien diverses.
Histoire des hommes : biographie des médecins illustres, exposé de leurs découvertes ; nous venons d’en prendre un aperçu en parlant de Baënnec, et si, dans la succession des âges, nous trouverions peu de figures d!égale importance, du moins le nombre est grand de ceux dont la vie et les œuvres méritent d’être rappelées. ‘
Histoire des choses : j’entends des maladies, envisagées dans le temps, et selon les manières différentes dont, sans avoir paru se modifier, elles ont été comprises aux diverses époques ; nous venons, en parlant de la pneumonie, de voir les interprétations successives et le progrès pénible des connaissances médicales.
Ou, chose plus difficile, on peut chercher à retrouver les transformations qu’ont subies les entités morbides et particulièrement les maladies épidémiques.
On peut encore, en dehors des documents écrits, presque tous repérés et commentés, utiliser des
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mines jusqu’ici incomplètement explorées, et qui devront fournir des résultats intéressants. I/étude des cadavres momifiés, par exemple, ne pourra-t-elle éclairer un jour le problème toujours si discuté d e Torigine américaine de la syphilis ?
Ht que de ressources à tirer des travaux des anthropologistes et des médecins spécialisés dans les études préhistoriques ! Toute une histoire avant l’histoire qui se constitue peu à peu.
L'histoire de la médecine présente encore une forme bien intéressante,, passionnante même, dont notre grand historien Michelet a le premier indiqué l’importance. C’est alors la médecine dans l’histoire , venant éclairer bien des événements incompris, et tantôt fournissant la solution des problèmes concernant le sort des peuples et des États, et tantôt plus modestement se contentant de sujets anecdotiques. Nous possédons toute une littérature de ce genre, cultivée par d’éminents spécialistes.
Voilà bien des manières de comprendre l’histoire de la médecine. Ce n’est pourtant d’aucune d’elles que je compte vous entretenir.
C’est Y histoire de la médecine proprement dite que je veux étudier avec vous, dans mon cours de cette année. Ht comme, en annonçant de cette manière mes intentions à plusieurs de mes élèves, ils m’ont manifesté que cette définition ne leur paraissait pas suffisante, je crois utile de la préciser également pour vous.
Je m’explique donc.
C’est, vous le savez, un sujet d’agréable dissertation, et, au temps de notre ancienne Faculté, un sujet de thèse sur lequel on pouvait sans désemparer discuter de six heures du matin à
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midi, que la question de savoir si la médecine est un art ou une science.
On convient généralement qu’elle est à la fois l’un et l’autre, et c’est de cette distinction que nous partirons pour préciser le sujet de nos études. La médecine est un art : c’est Y art de soigner les malades.
La médecine est une science : c’est la science des maladies , et par extension la science de l’homme sain et malade, que nous pouvons même envisager comme se confondant avec la biologie tout entière.
I Y art médical , l’art de soigner les malades, remonte dans son origine aux âges les plus lointains de l’humanité. Il remonte même plus loin, puisque nous en trouvons des manifestations incontestables chez les animaux. Dans ses formes primitives et rudimentaires, il ne nécessite pas de sciency, parfois de l’expérience, parfois du raisonnement, bien souvent le hasard seul le guide. Sur ses origines, l’imagination peut se donner librement carrière, et ses progrès nous deviennent perceptibles quand les documents historiques commencent.
La science médicale est au contraire beaucoup plus jeune. Si jeune même que nous pouvons sinon en fixer exactement le début, du moins en reconnaître les premières manifestations dans les documents médicaux qui nous ont été conservés.
Elle a pris naissance, comme toutes*nos sciences, comme notre civilisation même, chez les peuples du bassin méditerranéen.
Les plus anciens documents médicaux égyptiens — nous en possédons qui remontent à plus de quinze siècles avant notre ère, ne nous en montrent
pourtant à peu près aucune apparence. Ils contiennent, il est vrai, des recettes de médicaments dont l'usage a pu se continuer presque jusqu'à nos jours ; mais le positif et le réel y sont tellement mélangés de formules magiques ou mystiques, que le raisonnement ne paraît avoir que peu de part dans leur application.
La première œuvre où nous apparaît incontestablement la science médicale est cet ensemble que notas désignons sous le nom d'Hippocrate.
Ce n'est pourtant pas un début : les auteurs y parlent constamment de la médecine des anciens, de la vieille médecine, dont ils reconnaiésent suivre la tradition.
Mais de cette vieille médecine il ne nous est rien resté, et force nous en est de prendre pour notre point de départ la première œuvre véritablement scientifique qui nous ait été transmise par l'antiquité.
Véritablement scientifique; oui, seulement à partir du moment où le médecin raisonne sur la maladie, élimine les influences magiques ou mystiques, pour ne s'occuper que des causes naturelles, où la médecine se constitue en théorie basée sur la connaissance des lois de la nature, lois fixes, immuables, où les mêmes causes produisent constamment les mêmes effets.
La médecine est déjà scientifique, alors qu’elle n'est pas encore constituée en science, par ce seul fait qu'elle accepte des lois immuables.
La médecine scientifique est née et s’est constituée sur un seul point du globe : chez le peuple grec, entre le temps d'Homère et celui d'Hippocrate, entre le xe et le ve siècle avant notre ère. Tous les autres peuples, toutes les autres civili-
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sations, Hindous, Perses, Chaldéens, Egyptiens,, Hébreux, Chinois, etc., n’ont pas spontanément atteint ce stade d’évolution, ou, s’ils 1 ont fait, ce n’a été que postérieurement et sous l’impulsion
de la médecine grecque.
C’est ce que nous verrons quand, passant en revue la médecine de ces divers peuples nous étudierons les sources où la médecine grecque ellemiême a dû puiser à ses débuts.
La médecine scientifique est constituée quand l’auteur hippocratique de la maladie sacrée a pu écrire : « Cette maladie ne paraît avoir rien de plus divin ni de plus sacre que les autres^ mais la nature et la source en sont les mêmes que pour les autres maladies... la froideur, le soleil, les vents qui changent sans cesse et ne sont jamais en repos... »
De même, dans le traite Les Aivs, des Eciux et des Lieux, celui-là généralement attribué , à Hippocrate lui-même, parlant d une maladie singulière, impuissance progressive, développée chez les Scythes, et attribuée à la vengeance de Vénus dont , ces peuples avaient, au temps de leur conquête de l’Asie, brûlé le temple ; l’auteur dit : « Mais cela est divin comme le reste, chaque chose est produite conformément aux lois natutelles. >> Et il attribue la maladie à l’équitation continue de ces hommes toujours a cheval.
Dès lors l’embryon est formé, la science est née, encore bien faible et vacillante, pleine d’hypothèses et de peu de faits ; mais peu à peu ses forces croîtront, se développeront d’un mouvement parallèle aux autres sciences, toutes solidaires.
C’est ce progrès que nous devons suivre, et
■c’est l’histoire de la science médicale que nous allons étudier cette année, en commençant par ses origines, précisément pour apprécier ses acquisitions successives et comprendre par quelles phases les conceptions médicales ont dû passer pour arriver à leur état présent que nous n’oserions pas dire de perfection, mais tout au moins de perfectionnement.
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