CHAPITRE TRENTE-DEUXIÈME
Etat de l'Aoadie— Armement organisé par Shirley contre Louisbourg — La gamiflon de la place fort mal disposée — Prise do Louisbourg— Projets d'attaque contre le Canada— Malheurs arrivés à la flotte du duo d'Anville et de M. de la Jonquière — M. de Ramezay prend ses quartiers d'hiver à Beaubassin- Coulon de Villiera déloge les anglais venus au secours de Port-Royal.
Le? Acadiens paraissaient assez satisfaits de leur situation dans l'Acadie ; ils cultivaient en paix leurs terres, sans crainte d'être inquiétés. M. Armstrong, gouverneur de la péninsule acadienne, se montrait disposé à bien traiter les missionnaires qui étaient envoyés du Canada, pourvu qu'ils ne fussent point (les religieux. M. de Saint-Rémy, missionnaire au Port-Royal, écrivait que non-seulement M. Armstrong laissait aux catholiques le libre exercice de leur religion, mais qu'il n'empêchait point les officiers de sa garnison d'assister au service divin, aux fêles solennelles. Les Anglais s'attendaient que l'Acadie serait rendue à la France, en vertu de quelque échange ; aussi, en 1739, il ne se trouvait que quarante familles anglaises établies près du fort de Port-Royal ; et aucune addition n'avait été faite aux anciennes fortifications. On comptait que, dans la même année, il y avait, dans toute l'Acadie, cinq mille français, de tout sexe et de tout âge, savoir : quinze cents à Port- Royal, deux mille aux Mines et aux environs, et quinze cents à Beaubassin, Le major du fort de Port-Royal, le sieur Mascarène, était un fiançais de Toulouse, qui aimait à vivre au milieu de ses compatriotes. Dans le reste du pays, qui avait été cédé par le traité d'Utrecht, on ne trouvait que des familles françaises» Depuis l'embouchure de la rivière Saint-Jean, jusqu'au fort Saint-George, du côté de la Nouvelle-Angleterre, on ne voyait pas une seule habitation anglaise, dans l'étendue de soixante-dix lieues.
Les Acadiens vivaient en sûreté, et n'avaient pas alors à
craindre que l'on voulût les chasser, pour les remplacer par des anglais. Ceux-ci craignaient beaucoup trop les Micmacs (1), qui étaient solidement attachés aux Français, pour oser former quelques établissements dans l'Acadie. Et, quoique ces sauvages fussent incommodes pour les habitants, auxquels, de temps en temps, ils enlevaient même ouvertement quelques bestiaux, cependant les français eux-mêmes n'étaient pas fâchés de les voir résider dans la province, et de se trouver ainsi sous leur protection.
Depuis qu'ils étaient sous la domination anglaise, les Acadiens n'avaient pas avancé leurs établissements, mais ils avaient trouvé le moyen d'amasser de l'argent. Au moyen de leur commerce de bestiaux, ils tiraient de Louisbourg presque toutes les espèces que le roi de France y envoyait chaque année. Ils mettaient cet argent en réserve, comme une ressource pour les temps malheureux. Avant 1740, plusieurs d'entre eux s'informèrent à M. de Beauharnois s'ils trouveraient des terres au Canada, et si on voudrait les y recevoir. Sans leur répondre directement, le gouverneur avait songé à former un établissement à Gaspé. Il en écrivait en ces termes à M. de Maurepas : « On pourrait faire un établissement à Gaspé. 11 y a, dans le fond de la baie de ce nom, un bon havre, appelé la baie de Fenouil ; les plus gros vaisseaux y seraient en sûreté... On a vu, à Gaspé et aux environs, jusqu'à quarante et cinquante navires de pêche .. le climat est à peu près semblable à celui de Québec ; on assure que les terres de la baie de Penouïl sont passablement bonnes (2).
Cependant, depuis le traité d'Ulrecht, la cour de France avait toujours songé à profiter de la première occasion pour reprendre l'Acadie. La guerre ayant recommencé en 1744, fournit à M. Duquesnel, gouverneur de l'ile Royale, l'occasion de tenter une descente. Eu exécution des ordres qu'il avait reçus, il chargea le capitaine Duvivier de s'emparer de Canseau. Il prit ensuite, sur la demande de plusieurs habitants de l'Acadie, le parti d'y faire passer un détachement de troupes, dans l'intention de s'assurer des dispositions de tous les habitants, et des secours qu'on en pourrait tirer.
L'hiver de 1744 à 1743 fut un des plus beaux que l'on eut vu depuis longtemps au Canada. Il tomba peu de «eige dans le gouvernement de Québec; aussi, toutes les semailles étaient
(1) Le nombre de micDiiics ^tait de 200 dans l'Acadie, de 80 dans l'île Royale, do 195 àMiramichi, et de 60 à Ristigouche.
(2) Zetire de M. de Beauharnois, 14 septembre 1745.
terminées à la fin du mois d'avril, et les miliciens purent se préparer à la guerre.
Louisbourg était une source d'inquiétude et d'irritation pour les habitants de la Nouvelle-Angleterre. Une multitude de corsaires sortaient des ports du Massachusets et dcRhode-lsIand, et harcelaient les navires français ; poui' contrebalancer ces attaques, on fit de Louisbourg le quartier général des corsaires français, qui enlevaient les navires de commerce de la Nouvelle-Angleterre, et ne permettaient pas à ses bâtiments pêcheurs de demeurer sur le grand banc. Shirley, ancien avocat, devenu gouverneur de la province du Massachusets, voyait avec chagrin le dommage que causaient les représailles au commerce et aux pêcheries de la Nouvelle-Angleterre, et résolut de s'emparer de Louisbourg. Tandis qu'il voyait ariiver le danger de ce côté, et demandait du secours à l'Anglelerre, les quatre-vingts soldats anglais qui avaient été pris à Canseau, et avaient passé l'été à Louisbourg, furent renvoyés à Boston sur parole. Ils rapportèrent des détails si circonstanciés sur l'état de la forteresse, que Shirley résolut de faire un effort pour s'en emparer. On fit espérer aux pêcheurs de la Nouvelle- Angleterre, que, par la prise de Louisbourg, ils pourraient se dédommager du repos forcé auquel ils étaient condamnés par la guerre. Le butin qu'ils feraient serait d'une grande valeur, et les dédommagerait immédiatement de leurs dépenses. Un autre avantage, plus éloigné, il est vrai, mais d'une valeur inappréciable pour eux, leur était présenté, et exerçait beaucoup d'influence sur l'esprit des marchands de Boston : la prise de Louisbourg enlevait un refuge assuré aux corsaires français, qui ruinaient les pêcheurs de la Nouvelle- Angleterre, et interrompaient son commerce avec l'Angleterre.
En janvier 1745, Shirley, qui n'avait encore reçu aucune réponse du gouvernement anglais, demanda aux membres de l'assemblée générale du Massachusets, de s'engager par serment à tenir secrète une proposition de grande importance qu'il voulait leur communiquer. Sur leur promesse, il déclara qu'il avait formé le projet de s'emparer de Louisbourg. Ce plan effraya un grand nombre de membres de l'assemblée ; à une première épreuve, il fut rejeté ; mais une très-faible majorité l'adopta ensuite. Des lettres circulaires furent envoyées aux autres provinces, pour les inviter à prendre part à l'expédition ; mais il n'y eut que le Connecticut, le Nouvel-Hampshire et le Rhode-Island qui répondirent favorablement à l'appeL Un
marchand, William Pepperell, fut nommé commandant des Iroiipos qu'on leva immédiatement. Pepperell, à la têle des soldats fournis par le Massachusets, fit voile de Nantasket le vingt-quatre mars 1743. et arriva à Canseau le quatre avril. Presque tous ses volontaires étaient des pêcheurs, qui, pendant la guerre, ne pouvaient plus aller pêcher sur le Grand Banc, des ouvriers et des cultivateurs. L'île du Cap-Breton était encore entourée de glaces, et il fallut attendre pendant trois semaines que les premiers beaux jours du printemps les eussent fait disparaître. A Canseau, Pepperell fut rejoint par le contingent du Nouveau-Hanipshire et du Connecticut, et le nombre total de ses soldais se trouva de quatre mille. Enfin, le Commodore Warren, conformément aux ordres envoyés d'Angleterre, arriva sur le vaisseau le Superbe, de soixante canons, et fut suivi de trois autres, qui portaient chacun quarante canons.
Cependant, à Louisbourg, des événements déplorables se passaient depuis le mois d'octobre 1744; la garnison était restée en révolte permanente. On avait promis aux soldats qui travaillaient aux fortifications d'augmenter leur solde ; mais il parait que Bigot, alors commissaire ordonnateur à Louisbourg, et quelques officiers, retenaient une partie de leur solde. Les soldats murmurèrent d'abord, puis se soulevèrent, et se choisirent de nouveaux officiers. Cet état de trouble régnait encore, particulièrement parmi quelques compagnies composées de suisses, lorsque la flotte anglo-américaine arriva devant Louisbourg.
Le dernier jour du mois d'avril, la flotte, composée de plus de cent vaisseaux, entra dans la baie de Chapeau-Rouge, et s'ap()rocha de Louisbourg. Cette ville, comme nous l'avons dit, était extrêmement forte ; ses remparts étaient garnis de cent-un canons. La garnison, composée de six cents soldats et de huit cents miliciens, suffisait pour défendre la place ; mais, quoiqu'à l'appel de Duchambon les séditieux se fussent soumis, il existait toujours, entre les officiers et les soldats, un sentiment de méfiance. Sur une île, dans le port, il y avait une batterie de trente canons de vingt-deux ; à la terre ferme, la batterie royale renfermait aussi trente canons de gros calibre. L'armée de la Nouvelle-Angleterre ne débarqua que dix-huit canons, et quelques mortiers ; mais la force des vaisseaux de guerre anglais fut la principale cause de la chute de Louisbourg ; elle donnait aux assaillants un grand avantage contre une garnison en partie démoralisée par le mécontentement et la révolte. Presque tous les officiers de l'armée provin-
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eiale étaient aussi neufs à la guerre que letirs soldats : aussi ils conduisaient leurs attaques assez irrégulièrement, mais ils y mettaient un entrain, un courage et un mépris des règles militaires, qui déconcertaient les officiers français. Le lieutenant colonel Vaughan, avec les milices du New-Hampshire, surprit les magasins militaires de Duchambon, et les brûla ; l'épaisse fumée qui s'en éleva, portée par un gros vent sur la batterie royale, surprit tellement les Français, qu'ils l'abandonnèrent, après avoir encloué leurs canons. Vaughan en prit aussitôt possession, et la défendit courageusement contre les Français, quand ils voulurent la reprendre. Les canons de la batterie royale abandonnée furent tournés contre les murs de la ville, et les battirent en brèche. Avec des difficultés incroyables, les angio -américains traînèrent à bras quelques' canons à travers un marais, dans lequel les hommes enfonçaient jusqu'aux genoux ; ils établirent une batterie en arrière de la ville. Protégés par leurs canons, ils s'approchèrent ensuite des murailles avec confiance, sans s'occuper des leçons que leur avait données un de leurs ministres, sur la nécessité de creuser des tranchées. La chaude réception leur prouva qu'il ne fallait pas mépriser les précautions, et qu'il n'était pas sûr de se porter en avant, sans avoir préparé les voies. Si ' quelque sortie eût alors été faite à propos, elle aurait, sans aucun doute, été couronnée de succès ; mais les officiers se tenaient renfermés dans la ville, dans la crainte que leurs soldats ne profilassent de l'occasion pour déserter. Ainsi on laissa à Vaughan le temps d'établir ses batteries, et de lancer des boulets et des obus sur Louisbourg. De son côté^ le Commodore Warren pressait le siège avec vigueur ; avec les vaisseaux qu'il venait de recevoir d'Angleterre, il se crut assez, fort pour entrer dans le port, et bombarder la vrlk, pendant que les troupes de PepperelU'attaqueraient parterre,
Duchambon ne semble pas avoir été à la hauteur de la lâche qui lui était confiée, et paraît avoir été effrayé du mécontentement qui régnait encore dans sa garnison. Des secours avaient été annoncés ; le Vigilant, commandé par M. de Maisonfort, arrivait avec des munitions, des vivres, et cinq cent soixante hommes, destinés à renforcer la garnison. 11 parut inopinément au milieu de la flotte anglaise, et, après un combat de plusieurs heures, il tomba, avec tous ses gens, au pouvoir des ennemis, à la vue des assiégés. Découragé par ce malheur, Duchambon détacha un pavillon parlementaire vers Warren ; la capitulation fut signée, et, le dix-sept juin, après un siège
"de quarante-neuf jours, la ville, le fort, les batteries de Louisbourg furent remis aux Anglais. Si Duchambon eût tenu buit jours de plus, Pcpperell, qui jusqu'alors avait été favorisé d'un très-beau temps, aurait été obligé de lever le siège, par les pluies extraordinaires qui comuiencèrent à tomber.
Pendant plusieurs jours, après la prise de Louisbourg, le pavillon de France continua de flotter sur ses murailles ^ par ce moyen, on trompa les équipages de plusieurs navires français, qui, sans défiance, venaient se réfugier dans le port de Louisbourg. Les Anglo-Américains prirent ainsi deux navires de la compagnie des Indes ; leurs cargaisons, évaluées à six cent mille livres sterling, servirent à couvrir une grande partie des dépenses de la campagne.
Les nouvelles de cette importante victoire rempîirent de joie ' les habitants de la Nouvelle-Angleterre ; à Boston, toutes les cloches de la ville furent mises en branle pour annoncer que la place la plus forte de l'Amérique du Nord s'était rendue à une armée indisciplinée d'ouvriers, de cultivateurs et de pêcheurs. Cet échec retentit péniblement au Canada, et parliculièrement en France, où, depuis plusieurs années, on s'é\ertuait à fortifier Louisbourg. Toute l'énergie de la France sembla devoir se porter du côté de l'Amérique. Il était de ■l'honneur national de reprendre Louisbourg, la clef du Canada. Sur les avis de messieurs de Beauharnois et Hocquart, le comte de Maurepas fit préparer un armement considérable .pour l'assiéger ; onze vaisseaux et trente transports, sous les ordres du duc d'Anville, devaient transporter trois mille hommes dans l'Acadie. Ces troupes, commandées par M. de Mérie, devaient débarquer à Chibouctou, où six cents canadiens et autant de sauvages, conduits par M. de Ramezay. devaient les rejoindre. Celte petite année, après avoir repris Louisbourg, s'emparerait de Port-Royal, de Boston, et ravagerait les côtes de la Nouvelle-Angleterre, C'était la contrepartie du projet formé par Shirley.
De leur côté, les Anglo-Américains, encouragés par leurs succès devant Louisbourg, avaient résolu de s'emparer de toutes les possessions françaises en Amérique. Shirley, après avoir consulté Warren et Pepperell, en écrivit au ministère. Ses représentations furent écoutées, et, le printemps suivant, une lettre circulaire du duc de Newcastle, secrétaire d'état, fut adressée aux gouverneurs des colonies anglaises dans l'Amérique, leur demandant de lever des milices pour envahir le Canada, avec les troupes qui viendraient
d'Angleterre. La colonie française devait être assaillie de deux côtés, par le Saint-Laurent et par le lac Champlain. La saison propre aux mouvements militaires était déjà bien avancée, et on n'avait encore reçu d'Angleterre ni vaisseaux, ni soldats ; cependant les colonies anglaises ne voulant point perdre de temps, résolurent d'attaquer, avec leurs seules forces, le fort Saint-Frédéric. Clinton, gouverneur de New-York, demanda du secours aux cinq cantons iroquois, assuré qu'une partie de ces sauvages se joindraient aux Anglais pour faire la guerre aux Français. Pendant que ces préparatifs avaient lieu, un corps de canadiens et de sauvages s'était arrêté aux Mines, et de là menaçait Port-Royal. C'était le détachement de M. de Ramezay, commandé pour aller au-devant des Français qui arrivaient. Peu après, la flotte du duc d'Anville aborda à Chibouctou ; c'était le plus puissant armement que la France eût encore envoyé dans l'Amérique du Nord. La flotte française avait été assaillie par des tempêtes continuelles ; plusieurs navires avaient été perdus. M. de Conflans, qui revenait de Saint- Domingue avec trois vaisseaux de ligne et une frégate, s'était arrêté sur la côte de la Nouvelle-Ecosse ; mais, n'ayant pas trouvé le duc d'Anville, il était retourné en France.
Après leur arrivée à Chibouctou, une fièvre pestilentielle se mit parmi les troupes, et en emporta un grand nombre. En même temps, des lettres interceptées furent lues dans un consed de guerre ; elles annonçaient qu'une flotte anglaise arrivait au secours de Louisbourg. Au milieu de toutes ces contrariétés, d'Anville succomba, le vingt-sept septembre, à une attaque d'apoplexie, causée par l'inquiétude et le chagrin. D'Estourmel, qui le remplaça au commandement de la flotte, dans un conseil de guerre, proposa d'abandonner l'entreprise, et de retourner en France. La proposition fut rejelée ; d'Estourmel fui tellement contrarié par la décision, que la fièvre le saisit, et, dans un moment de délire, il se perça de son épée.
Le premier octobre, M. de la Jonquière, qui avait été nommé pour remplacer M. de Beauharnoisdans le gouvernement général, se trouva chargé des opérations militaires. N'ayant plus d'espoir de reprendre Louisbourg, il résolut d'attaquer Port-Royal. La flotte française fit voile de Chibouctou vers le douze d'octobre ; mais, en doublant le cap de Sable, elle fut surprise par une violente tempête, qui détruisit une partie des vaisseaux, et dispersa les autres. Ainsi M. de la Jonquière fut forcé de retourner en France, et M. de Beauharnois demeura à Québec, attendant toujours son successeur. Dans cette campagne pé-
rirent deux mille quatre cents hommes, dont onze cents furent inluimés à Chibouctou.
Dès le commencement de juin, un parti de six cent quatrevingts canadiens était parti de Québec sur sept petits bâtiments. Placé sous les ordres de M. de Ramezay, il devait s'arrêter aux Mines, et y attendre l'arrivée du duc d'AnvilJe sur les côtes de l'Acadie. Les sauvages micmacs de Hisligouche, de Miramichi et de l'iie Saint-Jean devaient les rejoindre, et, tous ensemble, opérer avec les troupes françaises. Des Mines, M. de Ramezay surveillait la garnison anglaise de Port-Royal. Il avait compté assiéger cette place avec M. du Vignan, qui commandait deux vaisseaux ; mais celuici, n'ayant plus de provisions, fut forcé de retournei- en France avec le Castor. M. de Ramezay attendait avec anxiété l'arrivée de la flotte française. Après l'arrivée du duc d'Anville à Chibouctou, un bon nombre d'abenaquis, qui s'y étaient rendus, furent atteints de la lièvre qui y régnait, et beaucoup en moururent ; les autres s'éloignèrent aussitôt de ce foyer pestilentiel. Lorsque la flotte française eut été dispersée, M. de Ramezay se retira à Reaubflssin, avec ime grande partie de ses canadiens, qui devaient conduire à Québec les prisonniers que lui avait remis M. du Yignan ; il avait laissé aux Mines le sieur Coulon de Villiers, avec trois cents canadiens, qui, d'après les ordres de M. de Beauharnois, devaient rester au milieu des Acadiens, pour les empêcher d'être molestés par la garnison d'Annapolis.
Cependant, lorsque M, de Ramezay eut fait tous les préparatifs pour remonter à Québec avec ses prisonniers, la saison se trouva si avancée, qu'il ne put faire partir qu'une partie de ses canadiens pour conduire les prisonniers ; luimême fixa ses quartiers d'hiver à Beaubassin, où il fui rejoint par M. de Villiers, au commencement de l'hiver.
Mascarène, gouverneur de Port-Royal, se déliait du voisinage d'un corps si nombreux de milices ; il demanda raille hommes à Shirley, qui lui en envoya cinq cents, sous les ordres du colonel Noble, pour forcer les canadiens d'abandonner l'Acadie. Noble et ses anglo-américains partirent pour aller passer l'hiver à Grand-Pré. Vers le commencement de l'année 1747, Coulon de Villiers offrit à M. de Ramezay, qui était retenu par une blessure au genou, de conduire un détachement de trois cents hommes, canadiens et sauvages, pour déloger les anglais. Au milieu d'une violente tempête, dans le silence d'une nuit obscure et tempétueuse, montés sur des
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raquettes, ils reconnurent la position des anglais, qui, au nombre de cinq cents, occupaient une dizaine de maisons. Yilliers partagea son détachement en dix petites bandes. Une neige épaisse, qui tombait depuis la veille, leur permit d'approcher des sentinelles sans être aperçus. A trois heures du matin, le onze février, toutes les bandes donnèrent ensemble. Neuf des maisons avaient été emportées lorsque de Yilliers eut le bras fracassé par une balle. Le chevalier de la Corne prit le commandement, et attaqua la dixième, protégée par quelques pièces de canon. Elle fut bientôt enlevée, quoique défendue par le colonel Noble, son frère, et le capitaine Howe, membre du conseil de Port-Royal. Les Anglais perdirent cent trente hommes tués, parmi lesquels leur commandant. Le capitaine Goldwhaite, qui avait remplacé Noble dans le commandement des troupes, demanda à capituler ; le chevalier de la Corne lui accorda de se retirer avec les honneurs de la guerre, à condition que les prisonniers resteraient entre les mains des Français.